CHAPITRE IX
Le besoin d'argent précipita la réforme imposée par l'abolition de la dîme.
L'Assemblée nationale s'était vue réduite à consentir un emprunt que ses mandats lui interdisaient d'accorder avant l'achèvement et la promulgation de la Constitution. Cet emprunt n'avait pas réussi, le crédit était épuisé; pour éviter la hideuse banqueroute, que Mirabeau avait montrée imminente, une seule ressource restait : les biens ecclésiastiques.
Nous n'essaierons pas de les évaluer; jamais le Clergé n'avait donné la déclaration que la couronne réclamait. Ce que Ton peut affirmer, c'est l'immensité de cette richesse. Les trouvères parlent d'un temps où les « moines noirs de Saint-Benoît » accaparaient un si grand nombre d'héritages que c< les
Gaules couraient à leur perte 1 ». Une très considérable partie de la fortune nationale était tombée aux mains du Clergé *.
Cela se justifiait à l'époque où il était l'àme de la société, tenait jusqu'à un certain point la place de l'Etat, remplissait les fonctions les plus diverses; il n'avait pas seulement à célébrer le service divin, il secourait les pauvres, dirigeait les hospices, enseignait, présidait à toutes sortes d'œuvres d'utilité publique. Pendant plusieurs siècles il n'y eut un peu de sécurité et quelque vestige de culture que dans les cloîtres. Il ne paraissait pas odieux que l'Église s'arrogeât une part dans les biens des gens qui mouraient sans lui faire de legs 3 ; cette