Le mot est de Quinet
l 3. Dans une lettre écrite, le lendemain 14, aux officiers munil cipaux de Bernay, le curé Lindet s'appliqua à démontrer la sagesse
prit soin de rendre un éclatant hommage à la reli- • gion nationale et d'exprimer l'attachement qu'elle lui portait.
D'autre part, elle redoutait le fanatisme 1 . Elle n'en était pas encore à affirmer la liberté des cultes, mais elle tenait à ne pas la nier; elle s'en expliqua tout d'abord. Le préambule du décret commence par ces mots, d'importance capitale et que l'on n'a pas assez remarqués : « L'Assemblée nationale, considérant qu'elle n'a et ne peut avoir aucun pouvoir à exercer sur les consciences et les opinions religieuses... » Pouvait-on dire mieux, plus clairement, plus fortement?
Lisez bien ce décret tout entier. Il est mal rédigé par places, mais le sens n'en est pas douteux; il signifie incontestablement ceci : L'Assemblée, malgré son respect singulier pour la religion catholique, ne saurait consentir à proscrire les autres. En refusant de voter la motion de Dom Gerle, elle fermait la porte qu'elle avait, en faisant la déclaration des droits, laissée ouverte à l'intolérance.
Personne ne s'y méprit. Loin de trouver la
du parti adopté : «« Vous jugerez que l'Assemblée doit être à l'abri des inculpations d'irréligion dont les ennemis de toute réforme s'efforcent de l'entacher, efforts qu'ils vont redoubler pour séduire et égarer le peuple.... Les citoyens éclairés ne craindront plus pour la religion. »
1. Un peu plus tard, Mirabeau usa de toute son éloquence pour . évoquer l'horrible image de la Saint-Barthélémy.
ei Constituante indécise et timide, de dire qu'elle ter-
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giversait, rusait, dissimulait, les ennemis de la Révolution s'indignèrent, et le parti, facile à prévoir, qu'ils ont tiré de sa résistance, prouve assez qu'elle n'avait manqué ni de franchise ni d'énergie. ii4 Ds tenaient enfin l'occasion dont ils avaient besoin pour déchaîner l'hostilité attisée plusieurs mois. Le haut Clergé lança un manifeste éploré. Le bruit se répandit que la religion courait un danger suprême, les fanatiques s'ameutèrent, des troubles sanglants éclatèrent à Nimes et la guerre civile commença dans plusieurs départements. Au cours de la séance du 21 juin, Menou adjura les évoques de rétracter les paroles qui avaient un effet si funeste. « Que l'Assemblée se rétracte d'abord, répliqua Montlosier ; qu'elle déclare que la religion catholique est la religion de l'Etat \ »
Il ne semble pas que l'on ait songé à Voltaire dans la séance du 13 avril. Ce n'en fut pas moins une de ses belles victoires, un triomphe plus à son goût sans doute que la représentation d'Irène ou la cérémonie du Panthéon. Oh, s'il lui eût été donné
i. Si l'aveu de Montlosier ne suffisait pas pour faire sentir la ' gravité de la décision prise par la Constituante, qu'on lise, d'une part, les mandements épiscopaux qui accompagnèrent le manifeste du haut Clergé (voir aussi l'opinion menaçante de l'abbé de Bonneval) ; d'autre part, les déclarations d'ecclésiastiques qui, après avoir inconsidérément adhéré au manifeste, retirèrent leur adhésion quand ils virent le mal qu'il produisait.
de voir une telle journée, quel cri de joie le mo aurait entendu ! Nous lirions un chapitre de pi la fin du Traité de la tolérance, et la Constitua n'attendrait pas, aujourd'hui encore, la justice lui est due.