‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 42 sur 88 · Vie de Turgot · texte numérisé non relu

Vie de Turgot

3. Dans le rapport sur la réforme des poids et mesures (8 mai 1790) on lit : « Entamons avec vivacité cette grande entreprise, mais suivons-la avec lenteur et patience. Gardons-nous de rien précipiter. La vérité ne doit jamais s'offrir brusquement aux hommes... Ce projet doit mûrir en silence pour ne reparaître dans l'Assemblée législative que lorsque des instructions préalables en auront fait désirer partout l'accomplissement. Vous verrez combien de précautions sont indiquées, soit pour préparer graduellement les peuples à jouir du bienfait que vous leur destinez, soit pour empêcher les secousses qui pourraient naître d'un chan-

leur avait été posée, s'ils avaient songé à la séparation ; mais ils ne se trouvèrent pas dans le cas de sacrifier leur opinion â l'intérêt public. Combien d'entre eux avaient jamais entendu parler de supprimer tout lien entre l'État et l'Église? Au mo- J ment de la prise de la Bastille, un révolutionnaire J qui ne manquait certainement pas de hardiesse, Camille Desmoulins, se déclarait, dans la France libre, partisan d'une religion nationale 1 .

Le 9 avril 1790, dans un rapport sur le remplacement de la dîme, Chasset dit que quelqu'un avait proposé de laisser à chaque paroisse le soin de payer le culte, mais que cette solution était inadmissible, attendu que, d'une part, pour beaucoup de paroisses, la charge serait trop lourde, et que, d'autre part, le culte, étant un service public, devait, comme tout service public, être payé par l'Etat. L'argument parut décisif, personne ne répliqua. Pour que l'on songeât à la séparation, il fallait que les esprits fussent habitués à distinguer l'ordre spirituel de l'ordre temporel, que la vieille confusion fût dissipée. Elle ne l'était pas au prin-

p-ement subit. » On retrouve le même souci dans une foule de . rapports et de discours de cette époque. ;

1. Kn décembre 1789, Clermont-Tonnerrc se proposait de dire ' à la tribune que le corps social, étranger par nature à. la religion, ne doit ni rejeter ni adopter aucun culte; cette opinion ne put être prononcée.

temps de 1790; vers la fin de 1792, quand les événements commençaient à donner la leçon nécessaire, après avoir dit : « Il semblerait que l'Assemllée aurait mieux fait de ne pas s'occuper des iffaires religieuses », Rabaut-Saint-É tienne remarquait néanmoins que « les prêtres tiennent tellement toutes les affaires temporelles et se rattachent si >ien à celles du gouvernement, qu'il est difficile de les en détacher et que, de quelque manière qu'on 'y prenne, on les retrouve toujours ».

I Les Constituants étaient aussi peu en état de faire fa séparation que d'éclairer la salle du manège à 'électricité. Ils ne l'ont pas rejetée, ils n'y ont pas I tensé et ne pouvaient y penser. Nous verrons comment la notion qui leur faisait défaut fut suggérée par les événements. Raisonner comme si, dès le début, elle avait été acquise et familière aux hommes de la Révolution, c'est fausser ou plutôt supprimer toute l'histoire religieuse de ce temps, puisque cette histoire n'est que le récit des faits par suite desquels l'idée de la séparation germa et propagea peu à peu.

Les hommes de 89 ne sont pas plus des poltrons

que des apôtres frénétiques. Egalement éloignés

* d'un fanatisme subversif et d'une timidité servile,

1 quoiqu'en disent leurs censeurs de droite et de

gauche, ce sont des gens qui, tout à la fois hardis

et avisés, s'éclairent par une expérience doulo reuse, sont émancipés et guidés par la force d choses bien plus que par des spéculations abstraite C'est même ce qui fait l'intérêt si vif du sujet q nous étudions : rien de plus dramatique, dans toi la Révolution, que le spectacle donné par c hommes sortant péniblement de leur orniè obscure, aux prises avec l'antique superstitio réduits à lutter contre des institutions et d croyances qu'ils veulent ménager et, après longues hésitations, parvenant à la rupture do ils étaient d'abord si éloignés.

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