‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 43 sur 88 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Pour substituer un culte à un autre, il ne faut •as une émancipation aussi grande, pas autant de lardiesse d'esprit, que pour supprimer tout lien ntre Tordre spirituel et Tordre temporel. Il est moins grave de changer de religion que de renoncer à toute religion d'État. Dans un cas, on déplace lïautorité, dans l'autre, on s'en affranchit; c'est à jpeu près la même différence qu'entre un renversement de dynastie et l'abolition de la royauté.

Il ne semble pourtant pas que la Constituante fût mieux préparée au protestantisme qu'à la séparation de l'Église et de l'État. Si elle avait examiné lérieusement les deux partis, le premier lui aurait lans doute paru moins extraordinaire, plus facile à concevoir que le second, mais non moins difficile i admettre.

Le 31 mai 1790, Camus, dans un discours qi fit grand bruit, dit qu'une nation peut toujoul choisir sa religion ; que la France se rendrait cou» pable d'un crime horrible si elle rejetait le catholît cisme dont elle reconnaissait la vérité et la sainteté* mais que son droit de le faire était incontestable 1

Quinet aurait voulu que les Constituants usasseï de ce droit. Sans dire nettement qu'il falli embrasser le protestantisme, il parle de fermd^ l'Église du moyen âge, il examine ce qui sérailarrivé si la Révolution eût employé dans la religionles mêmes moyens que l'Angleterre, il cite l'exemple de Henri VIII, il invoque Jean Huss, Luther e^ Calvin, les appelle au secours 2 . Pour lui comme: pour Louis Blanc et beaucoup d'autres, la Révolution descend de la Réforme ; il croit à un lien intime,, étroit, entre le protestantisme et la liberté. Il est entêté de cette opinion au point d'écrire que, pour

i. On a donné au discours de Camus une interprétation qu'il ne paraît pas comporter. Selon Louis Blanc, « cette rude parole » renferme, sinon une menace immédiate, du moins une réserve pour l'avenir. Je ne vois rien de pareil dans le discours prononcé par Camus le 31 mai 1790. Louis Blanc parle d'un discours prononcé le 1 er juin et renvoie au Moniteur. 11 se peut que le résuma du discours contenu dans le Moniteur du 1 er juin prête à ui sens que n'a certainement par le discours imprimé par ordre d< la Constituante.

2. Voir aussi le chapitre intitulé Le Protestantisme dans h Convention, où il déplore l'échec de Baudot qui avait, paraît-il proposé un changement de religion.

ne point la partager, « il faut absolument le vouloir 1 . »

Il oubliait ou il ignorait que ce qu'il trouvait si .évident ne l'était pas du tout au xviu e siècle. L'engouement pour la Germanie n'avait pas encore mis à la mode les théories creuses que Guizot professa avec un succès déplorable.

J Voltaire louait les Quakers, mais il savait que la Réforme n'implique pas la liberté de conscience ; il ne se lassait pas de maudire la barbare intolérance ojide Calvin. Il disait : « Papistes, luthériens, calp'.vinistes, sont autant de sectes sanguinaires... Les i jansénistes et les molinistes ont joué une farce en n France; les luthériens et les calvinistes ont donné h des tragédies sanglantes à l'Angleterre, à l'Alle- :i magne, à la Hollande*. »

4 Rousseau écrivait : « Les Genevois le prennent i sur un singulier ton ! . . . Quelle extravagante inqui- I sition! On n'en ferait pas tant chez les catholiques... Pourquoi les réformés s'échauffent-ils si fort? Veulent-ils se rapprocher des manières de penser de l'Eglise romaine, comme ils se rapprochent de son intolérance? Si j'eusse toujours vécu en pays protestant, ou la profession de foi du vicaire savoyard n'eût point été faite, ou elle eût eu

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