‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 50 sur 88 · Voir son discours du 29 mai · texte numérisé non relu

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150 LA SÉPARATION DE i/ÉGLISE ET DE L'ÉTAT EN 1794

qu'un mot. L'Église se refusa à le dire. Une simple réforme géographique l allait lui servir à affoler les populations, en leur persuadant que les prêtres préposés aux circonscriptions nouvelles n'étaient que des « intrus », indignes de confiance, incapables d'exercer le ministère envahi par eux 2 .

La Constituante ne songea pas à ce danger ou n'en tint pas compte, et quand, par la suite, il devint manifeste, elle eut peine à le prendre au sérieux. Mirabeau disait que pour l'écarter, pour démontrer que la réforme des circonscriptions n'avait pas le caractère qu'on lui reprochait, il suffisait de « cette observation palpable, que les circonscriptions épiscopales sont évidemment un fait de l'ordre temporel ».

Toutes sortes de motifs concouraient à rassurer les Constituants. Il semblait improbable que Ton réussit à faire passer « la subversion de la hiérarchie » pour une subversion de la religion même, surtout à l'heure où, par la Constitution civile, la

1. C'est l'expression des électeurs parisiens dans leur adresse du 14 décembre 1700.

2. On profita du défaut de formes dans l'organisation des circonscriptions épiscopales pour attaquer la réforme des paroisses contre laquelle on n'avait pas le môme argument. Examinant ce qu'il faudrait faire après avoir vaincu la Révolution, Maury a dit : « Le pape les déclare nulles... Cependant si les évoques jugent à propos de confirmer les dites suppressions, unions, érections, ils pourront rendre à cet effet leur ordonnance ». (Documents publiés par le P. Theiner, I, 416.)

religion se trouvait « liée à la destinée de l'empire 1 ».

L'Église avait, comme le rappelait Durand Maillane, souffert sans révolte, sous l'ancien régime, des lois et des règlements que la Constituante « aussi éloignée de l'irrévérence que de la superstition », ne se serait jamais permis.

Convaincus qu'ils ne portaient pas la plus légère atteinte à rien de ce qui est essentiel dans la religion, que leur réforme ne touchait en aucune façon aux articles de foi, les Constituants ne désespéraient pas de l'assentiment du pape et, nous le verrons, l'auraient peut-être obtenu en effet si leurs adversaires avaient été moins acharnés, moins impudents, ou si un pontife plus ferme que Pie VI s'était trouvé à la tête de l'Église.

Ils comptaient, à plus forte raison, sur le bas

Clergé. Attentifs d'ordinaire aux enseignements de

l'histoire, ils semblent avoir, en ce cas, méconnu la

leçon qui résulte des annales ecclésiastiques. L'un

d'eux, bien placé cependant pour savoir ce qu'il y

avait à attendre des gens d'église, le curé Lindet \ fc.

écrivait, le 8 mai 1790., à propos de l'opposition * <

ultramontaine : « Maintenant, nous pourrons res- /

pirer..., l'ennemi nous laissera tranquilles »; plus

] 1. Ce sont les expressions des Deux amis de la Liberté à l'endroit où ils déplorent la « grande faute » de la Constituante.

tard encore, il tint un langage analogue *. Ses collègues partageaient son illusion. Il aurait fallu redouter davantage les évêques, ne pas se flatter de désarmer si tôt et si facilement des colères implacables, et remarquer les symptômes de timidité, de fatigue et de désaffection déjà visibles chez certains prêtres. L'événement a prouvé que la Constituante fut trop confiante. Mais n'avait-elle pas lieu de l'être? Les félicitations, les encouragements qu'elle recevait de toutes parts, permettaient d'espérer que le bas Clergé, dont le sort venait d'être amélioré largement, continuerait à prêter à la Révolution un appui efficace et à prendre, contre « l'intérêt sordide soutenu par le fanatisme », la défense de décrets qu'il déclarait fondés sur l'Évangile 2 .

1. Voir sa correspondance publiée par M. Montier pour la Société de la Révolution.

2. Voir les adresses envoyées à la Constituante par de nombreux ecclésiastiques; par exemple, celle des trente curés des environs de Villeneuve-d'Agen, présentée le 18 juin 1790; celle des prêtres du district d'Orgelet (Jura), 10 mai ; celle du Clergé de Saint-Lô, 13 juillet.

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