I. Lettre de M" Roland à Bancal, 22 mars
retirèrent leur adhésion à la Constitution civile, refusèrent le serment ou, après l'avoir prêté, se rétractèrent.
Quand il fut décidément hors de doute que le serment se réduisait à la promesse de ne pas fomenter de troubles; quand un nouveau serment ne prêtant à aucune équivoque eût été substitué au premier 1 , au lieu de se taire, les rebelles hurlèrent de plus belle.
a M. Émery examina mûrement la question avec ses collègues dans l'administration du diocèse et avec plusieurs membres de la compagnie de Saint- Sulpice... Il interrogea ou fit interroger les auteurs du décret, les administrateurs chargés de son exécution. Tous assurèrent que le décret n'avait aucun trait aux opinions religieuses. M. Émery n'hésita plus à croire ce serment licite et le prêta, exemple imité par la plus grande partie du Clergé de Paris. » Il prévoyait des reproches, mais ne s'attendait pas à la vivacité de ceux qu'il reçut. Maury, qui était à Rome, écrivit : « Tout le monde est d'accord pour proscrire le nouveau serment, plus impie, plus exécrable, plus perfide que le premier... La per-
1. Gensonné, consulté par M. Émery, en mars 1793, sur la portée de ce serment prescrit par un décret dont il était rapporteur, répondit qu'il ne comprenait pas qu'on pût mettre en doute que le serment était purement civil et politique. ( Vie de M. Êmery, I, 337.)
fidie est bien prouvée, puisque cette formule séduit des gens de bien, de bons esprits *. »
En 1795, la Constitution civile n'existait plus. Le comité de législation expliqua dans une circulaire du 17 juin qu'il n'en était plus question, que Ton ne demandait à personne compte de ses opinions religieuses, que le serment ne pouvait être envisagé que comme une déclamation de soumission aux lois. Une partie du Clergé réfractaire persista à déclamer furieusement. N'exerçant pas alors le saint ministère, Emery n'eut pas à prêter le serment, mais il le croyait absolument licite et, le 22 juillet, il écrivit à M. de Romeuf, chanoine de Saint-Flour : « Il semble que toutes ces têtes soient renversées... On outre tout, on exagère tout... On croit être plus catholique à mesure qu'on ferme les yeux à la lumière 2 . »
Ce qui se passa sous le Consulat, prouva le peu de cas que le pape faisait des arguments employés contre la Constitution civile du Clergé, et le peu de cas que des évêques, qui venaient d'exalter l'autorité du pape, faisaient de cette autorité.