‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 64 sur 88 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Le 7 mai 1791, dans une séance qu'André Chénier comptait parmi les plus belles de cette époque, l'Assemblée constituante dût s'expliquer nettement sur cette liberté que le pape venait de condamner.

On pourrait croire qu'en la décrétant au lendemain du jour où Rome lui reprochait de ne pas éterniser l'intolérance, elle se livrait à des représailles, affectait d'affirmer le principe solennellement réprouvé. La vérité est qu'elle avait attendu l'heure où, le culte des prêtres réfractaires étant menacé, le décret libérateur se trouva justifié ou du moins excusé aux yeux des catholiques restés capables d'un peu de bon sens, par l'intérêt de la religion au nom de laquelle on le réprouvait 1 .

1. Rapprochez l'acte de mai 1791 du décret de décembre 1793 réprimant les violences des dcchristianisateurs ; à deux reprises,

Les Parisiens détestaient les prêtres réfractaires, supportaient impatiemment leur attitude injurieuse et hostile à la nation; le culte célébré par eux paraissait une manœuvre contre elle et une coalition contre la loi, plutôt qu'une manière de servir Dieu 1 . On s'inquiétait de la faveur dont ils jouissaient à la Cour, de leurs rendez-vous dans les églises inoccupées depuis l'établissement de la Constitution civile, de la « multitude » de leurs assemblées clandestines, regardées comme autant de clubs aristocratiques 2 . Le fanatisme contre-révolutionnaire éveillait le fanatisme révolutionnaire. Des violences odieuses furent commises contre des femmes qui assistaient aux cérémonies faites par des prêtres insermentés dans l'église des Théatins.

Le 11 avril, le Directoire de Paris prit un arrêté par lequel il ordonnait à la municipalité d'employer tous les moyens pour réprimer efficacement l'intolérance qui venait de se manifester et prévenir les délits contre la liberté religieuse. L'article 11 vou-

c'est pour protéger la religion que la liberté des cultes est proclamée par les hommes de la Révolution.

1. C'est ainsi qu'à la même heure et presque dans les mêmes termes, l'évoque Lindet et Cabanis expliquaient les causes de l'irritation populaire. — Ce n'est pas à Paris seulement que les prêtres réfractaires avaient besoin de protection; le département de l'Ain faisait défense à tout curé, desservant ou vicaire, de leur laisser remplir les fonctions sacerdotales, sous peine d'être regardé comme perturbateur du repos public.

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