‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 66 sur 88 · Voir ci-dessus, ch. XI · texte numérisé non relu

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suite de la discussion répéta que les principes qu avaient dicté l'arrêté étaient les mêmes que ceux que l'Assemblée nationale avait reconnus et proclamés dans cette déclaration.

Cela n'était pas exact. On n'avait pas, en 1789, garanti à tout homme, ainsi que le fit la Constitution de 1791, la liberté d'exercer le culte religieux auquel il est attaché ; on n'avait pas décidé comme un principe « incontestable » que l'administration doit protéger toutes les religions. Si la déclaration des droits avait eu ce sens, Mirabeau et Rabaut- Saint-Etienne n'auraient pas protesté ; Custine n'aurait pas eu besoin de demander la liberté des cultes dans la séance du 21 décembre 1789, etThiébault, le curé de Sainte-Croix de Metz, n'aurait pas pu lui répondre comme il le fit; le débat sur la motion de Dom Gerle, la motion elle-même n'aurait pas eu lieu; enfin Sieyès et Talleyrand n'auraient pas si longuement plaidé en faveur de la liberté religieuse, si vivement insisté sur le danger d'empêcher les réunions publiques des prêtres réfractaires et sur le respect qui leur était dû tant qu'elles ne dégénéraient pas en insurrection.

La déclaration des droits n'établissait que la tolérance \ et Talleyrand, qui feignait de ne pas s'en

1. C'est peut être pour atténuer l'écart qu'il y a entre l'article 10 de la déclaration des droits et le décret du 7 mai, que Sieyès, dans

apercevoir, le savait si bien qu'il continuait son rapport en ces termes :

c< Il est temps qu'on le sache... Il faut enfin prononcer la vérité tout entière et savoir ne s'effrayer d'aucune de ses conséquences... Ne parlons pas ici de tolérance ; cette expression dominatrice est une insulte et ne doit plus faire partie du langage d'un peuple éclairé. »

Il s'agissait, en effet, non plus de la liberté des opinions, mais de la liberté d'exercer un culte quelconque. « En prononçant la liberté religieuse dans toute son étendue, nous n'exceptons aucune croyance, et nous devons dire aux habitants de cette capitale que leur patriotisme s'est trop alarmé lorsqu'ils ont appris qu'un ancien édifice allait s'ouvrir à des prêtres non assermentés. Il est vrai que quelques précautions, peut-être nécessaires dans un moment d'inquiétude, paraissent avoir été négligées... Il eût fallu préparer les esprits à cet événement inattendu par une instruction bien claire. On aurait dit que la liberté religieuse comprend indistinctement toutes les opinions sans distinction de secte; que si celle des protestants, des

un passage peu intelligible de son discours, s'attarda à une subtile distinction entre la liberté des cultes et leur publicité, soutenant qu'il ne s'agissait pas du culte public et traitant « la question dépouillée de l'idée de publicité ».

juifs, doit être respectée, celle des catholiques nonconformistes doit l'être également. »

Dupont proposa de décréter que le rapport de Talleyrand serait mis au rang des livres classiques de la nation, comme le premier monument de la liberté religieuse. La Constituante ordonna de l'imprimer et de l'envoyer à tous les départements, et décréta que le défaut de prestation du serment ne pourrait être opposé à aucun prêtre se présentant dans une église pastorale ou succursale ou dans un oratoire national « seulement pour y dire la messe » .

Elle avait fait un bien grand pas depuis quelques mois. En rejetant la motion de Dom Gerle au printemps de 1790, elle décrétait la tolérance, imparfaitement annoncée par la déclaration des droits; au printemps de 1791, corrigeant implicitement cette déclaration et sa réponse à Dom Gerle, elle décrétait la liberté. Lanjuinais exagérait, mais n'avait pas tout à fait tort, quand il soutenait qu'on ne pouvait approuver le Directoire de Paris sans se mettre en contradiction avec la décision prise un an plus tôt. Le 7 mai, la Constituante ne s'est pas rétractée ni démentie ; elle a dit ce qu'elle s'était bien gardée de dire jusque-là, ce qu'elle s'était même défendue de penser. Sur ce point, à la différence de ce qui lui était arrivé en d'autres

matières, au lieu de rétrograder en vieillissant, elle avait, grâce à la Révolution, dépouillé les préjugés ou les appréhensions qui l'entravaient encore en 1790.

L'attitude de la droite n'est pas ce qu'il y eut de moins curieux et de moins significatif dans les deux séances si curieuses du 18 avril et du 7 mai. Non seulement elle s'abstint de prendre part au vote libérateur, mais il y eut des membres assez fanatiques ou assez hypocrites pour reprocher à la Constituante son esprit de persécution. Maury n'avait pas voulu voir autre chose dans l'arrêté du Directoire 1 . L'abbé Couturier, député du Clergé de Châtillon-sur-Seine, s'écriait : « Le moment est enfin arrivé ! on lève hardiment le masque. C'est maintenant qu'en termes formels, on vous propose d'établir l'abomination de la désolation dans le lieu saint... Quels effrayants progrès ont fait les idées depuis dix-huit mois ! Si, il y a deux ans, quelqu'un eût osé vous proposer de convertir une église en temple protestant, ne l'eussiez-vous pas repoussé avec indignation ? »

L'idée que les non-catholiques pussent prier dans

1. Voir ses chicanes dans la séance du 18 avril; pour faire annuler l'arrêté, il soutint avec son impudence ordinaire que Ton voulait ôter aux catholiques la liberté de leur culte. Il ne parait pas être intervenu dans la séance du 7 mai.

une église affectée jadis au culte catholique, affolait certains députés sincèrement dévots. D'autres, qui ne songeaient qu'à la discorde, à la guerre civile, n'étaient pas beaucoup moins exaspérés. Ni les uns ni les autres ne voulaient entendre parler de liberté, même alors que la leur se trouvait menacée et qu'ils devaient être les premiers à bénéficier d'une décision équitable. Au fond ils tenaient à être regardés comme des victimes 1 , et il ne leur convenait pas que l'on tînt des discours pareils à celui de Sieyès dans la séance du 18 avril : « Par le moyen des mesures que nous avons prises, on pourra dire aux réfractaires : Vous voulez faire croire que vous êtes persécutés, vous ne l'êtes pas... Le département n'a fait autre chose que de dire à ceux qui se cachent : Vous n'êtes pas persécutés; et aux intolérants : Vous ne persécuterez pas. »

1. On on (Hait si persuadé que la foule criait à un pr«Mre : « Tu voudrais bien te faire mettre à la lanterne. » Voir Deux amis dp la liberté, p. 311 du t. VI de la première édition.

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