‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 71 sur 88 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Au moment où parut la bulle Unigenitus, Saint- Simon eut avec le P. Tellier un long entretien dans son arrière-cabinet de Versailles, « bec à bec, entre deux bougies ». Il fut éperdu, épouvanté, en voyant « ce que c'était qu'un jésuite », et comment ce jésuite, « de propos délibéré et amené avec le plus grand artifice, allait mettre l'Etat et la religion dans la plus terrible convulsion et ouvrir la persécution la plus affreuse ».

Le souvenir de cette merveilleuse scène, l'une des plus étonnantes qu'il y ait dans les Mémoires, me rovient quand je pense à la contre-révolution.

Pour raconter les exploits des partisans de l'ancien régime, il faudrait un Saint-Simon. A défaut de la gramlo peinture qui n'est pas à espérer, ne se trouvora-t-il pas quelqu'un pour entreprendre une

image plus modeste mais non moins instructive? Il vaudrait mieux faire connaître les hommes par qui la contre-révolution fut conduite, que de disserter sur la psychologie d'un « Jacobin » imaginaire. Lorsqu'on entreprendra cette étude, on s'apercevra que les partisans de l'ancien régime ont eu dans notre histoire un rôle capital. Ils ont provoqué en très grande partie les actes dont ils se sont tant indignés; le fanatisme révolutionnaire a été systématiquement excité, propagé, aggravé par eux.

A parler ainsi, on risque aujourd'hui de passer pour un énergumène. Il n'en était pas de môme autrefois. Le comte Lanjuinais, pair de France, flétrissait le plan conçu dans l'entourage de Louis XVI, et suivi constamment, de pousser à tous les excès pour crier au scandale et déshonorer toute espèce de réforme. Il disait : « D'horribles violences, des massacres, des proscriptions, des pillages, couverts d'un prétexte religieux ont souillé nos annales. Nous avons connu les crimes révolutionnaires et les crimes contre-révolutionnaires, sortis souvent les uns et les autres de l'esprit de i contre-révolution. Nous avons vu les guerres, 1 presque aussi religieuses que politiques, de la Vendée et de la chouannerie, les assassinats tantôt sous un nom divin , tantôt

sous celui de la légitimité , dans presque tout le Midi 1 . »

Le 26 décembre 1831, à propos de ces gens qui, « pour recouvrer tout dans l'avenir », avaient fait le sacrifice « de tout dans le présent quoiqu'il en pût coûter au pays », Casimir Perier rappelait à la Chambre des pairs que de pareils moyens avaient été employés quarante ans auparavant c< avec un triste succès ». c< On sait, ajoutait-il,- que, par haine de la Révolution et pour la perdre, on voulait la rendre plus révolutionnaire, on se faisait plus révolutionnaire qu'elle-même, on s'associait aux vœux ultra-révolutionnaires qu'elle désavouait » 3 . î 5

Dès l'origine, des témoins irrécusables avaient If, attesté les manœuvres de la contre-révolution. Le , ? 16 juin 1790, à propos des troubles signalés dans plusieurs provinces, le vicomte de Noailles disait : « C'est la faute des ministres, c'est à leur coupable

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