Voir les Mémoires de La Rochejaquelein
3. Voir le Recueil des actes du comité de Salul Public et la guerre de Vendée de Chassin.
du général républicain ne désarmât les paysans, il conseillait aux prêtres de renoncer à l'exercice de leurs fonctions pour forcer les fidèles à continuer la lutte 1 .
Les fureurs excitées et entretenues par la dévotion paraissent avoir été au moins aussi effroyables que celles qu'engendra la passion révolutionnaire 2 ; la religion fut plus souvent invoquée que la philosophie à l'appui de violences abominables. Ce qui distingue les terroristes blancs des terroristes rouges, c'est d'abord que ceux-ci agissaient sans préméditation, n'eurent pas de plan longuement pré-
1. Est-il besoin d'ajouter qu'il y eut dans le Nord et dans TEst dos faits analogues à ceux qui se passaient dans le Midi et dans l'Ouest? Voir par exemple, sur les manœuvres des prêtres réfraetaires et des moines, la lettre des commissaires dans le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et les Vosges, qui fut lue à la Constituante le 17 juillet 1791, confirmée par V. de BrogLie et complétée par les discours de Vadier, Palasne de Champeau, Rewbcll, dans la séance du 23. Pour le Nord, voir le rapport de Biron dans la séance du T r août 1790.
2. Le rapprochement a été fait par Mallet du Pan. — En disant qu'il n'y avait rien de si hideux, de si révoltant que les ruses et les atrocités contre-révolutionnaires; que l'enfer semblait déchaîné pour animer les énergumènes enrôlés pour soutenir la religion, M me Roland et le curé Lindet restaient au-dessous de ce qu'un émigré (probablement Lally Tollendal) écrivait un peu plus tard à propos d'évèques attaqués pour avoir, comme le pape les y invitait, donné leur démission : « Quelle est l'insolence, la calomnie, le blasphème, qu'on n'ait pas vomi contre eux?... Il est douteux que dans les annales de la perversité, il y ait eu une combinaison réunissant à un tel degré l'infâme et l'odieux. Je le dis avec une douleur poignante : c'est par de telles mœurs que les révolutions s'expliquent ». (Lettres au courrier de Londres, 4 e lettre, p. 1GG-7, en 1801.)
conçu, furent à la merci des circonstances, tandis que leurs adversaires, s'inspirant de la politique ultramontaine, exécutaient systématiquement un programme ingénieux. C'est ensuite le « ridicule charlatanisme » des contre-révolutionnaires les plus convaincus', c'est l'hypocrisie, la fourberie, les fraudes grossières audacieusement prolongées 2 .
Indigné des « funestes emportements » par lesquels les jésuites avaient « comblé la mesure de leurs calomnies », Pascal s'était écrié : « Qui prétendez-vous persuader? Le croyez-vous vousmêmes, misérables que vous êtes?» Pour expliquer comment une société « aussi pleine de gens de piété pouvait avancer et soutenir ces étranges calomnies », Racine disait : « Est-ce que l'esprit de religion s'est éteint en eux? Non, sans doute, et c'est même par esprit de religion que la plupart les ont avancées... C'est le vice de la plupart des gens de communauté de croire qu'ils ne peuvent faire mal en défendant l'honneur de leur corps. Cet honneur
1. Je trouve le mot à propos de la dévotion de d'Elbée dans les Mémoires de La Roche jaquelein.
2. Montlosicr, qui ne flattait pas la Révolution, a dit dans son Mémoire à consulter : ■ Cependant les anciennes impressions d'honneur n'étaient pas effacées, la nouvelle armée ainsi que la nouvelle nation en demeurèrent saisies... Même au plus mauvais temps de la Révolution, la France a conservé les sentiments d'honneur. » (240.)
est une espèce d'idole a qui ils croient permis de sacrifier tout, justice, raison, vérité, »
Dirigés par de tels chefs, les contre-révolutîoniires eurent au plus haut degré le génie de la fraude, usèrent de toute espèce de supercheries, d'impostures» de faux : faux assignats, fausses nouvelles propagées en pleine connaissance de cause 1 , fausses imputations contre les prêtres assermentés, faux brefs du pape 2 , faux dignitaires de l'Eglise,
Une décision de Rome gêne l'abbé Maury; il la supprime et en fabrique une en sens contraire . Pour empêcher les ecclésiastiques de France de prêter un serment, il invoque le pape, prétend parler en son nom, de sa part; Émery consulte le cardinal Zelada, qui répond que le pape ne s'est pas prononcé*.
Afin d'entretenir le fanatisme des Vendéens, apparaît un soi-disant évêque d'Agra. Il n'existait pas d'évêque ayant ce titre ; les chefs ecclésiastiques du parti savaient sans doute à quoi s'en tenir. Si, ce qu'il est difficile d'admettre, ils ont d'abord été
1. Voir les Conspirations royalistes de M. E. Daudet et en particulier la lettre mensongère dont il est question, p. 95.
2. Voir entre autres celui qui fut constaté par la Constituante, le 18 janvier 1791 ; Malouet convint que c'était une manœuvre contre-révolutionnaire.