Nous sommes portés à exagérer l'influence de la passion
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en mission installer des prêtres, restaurer des cathédrales, assister à des Te Deum. Des terroristes farouches regardaient Jésus comme un devancier, un précurseur, le véritable type, le modèle des sans-culottes. Jusque dans le club des Cordeliers, Marat lui fut comparé 1 . Camille Desmoulins a rappelé et approuvé ces lignes du Père Duchesne : « Je l'ai dit cent fois et le redirai toujours : qu'on imite le sans-culotte Jésus, qu'on suive à la lettre son évangile. » Il y eut des persécuteurs du culte qui prenaient leurs actes de violence pour des œuvres évangéliques; en dépouillant les églises de Seine-et-Oise, le représentant Couturier écrivait : « La prophétie de Jésus s'accomplit grâce aux sans-culottes. Jésus Tétait, et s'il n'a pu mettre à exécution les principes d'égalité, c'est qu'il n'avait pas de sans-culottes pour le soutenir 2 . » Buonarotti a mis le législateur des chrétiens à la tête des précurseurs de Babeuf.
antichrétienne. Le calendrier républicain passe pour une œuvre irréligieuse ; ses auteurs avaient, il est vrai, des intentions hostiles, mais Tidée d'une ère nouvelle est antérieure à la déchristianisation, elle existe dès 89. La réforme des poids et mesures conduisait logiquement et nous ramènera à la réforme dans la façon de compter le temps.
1. Dans certaines écoles on faisait le signe de la croix au nom de Marat.
2. On trouvera ce texte, ainsi qu'une partie de ceux qui vont suivre, dans le Recueil des actes du Comité du Salut public, publié par M. Aulard.
La Révolution ne devint décidément anti-chrétienne que parce que le christianisme se trouva la plus terrible des armes employées contre elle. Philosophiquement parlant, elle se rattache bien à la Renaissance, au xvi* siècle; historiquement elle est dans une certaine mesure l'œuvre des ultraniontains, et Voltaire n'y a peut-être pas une part plus grande que Loyola. On fit la guerre à la religion en haine des prêtres, non la guerre aux prêtres en haine de la religion, Grégoire, qui n'était pas d'humeur à méconnaître les méfaits des philosophes, ne s'en prenait pas à eux des actes d'impiété dont il était témoin : * Je maintiens, disait-il, que si h l'aurore de la Révolution, tout le Uit^ s'était réuni de volonté et de fait au Tiers état; si, procédant à l'extirpation des abus, il eût rendu à la religion sa pureté primitive, aucun attentat politique contre elle ne souillerait les pages de l'histoire contemporaine... Comme on ne pouvait se dissimuler que les manœuvres des réfractaires tendaient à renverser la République, l'autorité civile scruta tous les moyens d'extirper le royalisme * . »
« On accuse les Français d'être irréligieux, disait
1. A la veille de sa mort, Grégoire écrivait encore à l'archevêque de Paris : « La religion se perd par la faute du Clergé. » Quelques années auparavant, Montlosier avait dit : « Le grand obstacle à notre religion, ce sont nos prêtres. » Nous avons entendu d'Argenson parler de même un siècle plus tôt.
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M me de Staël à la fin de sa vie ; une des principales causes de ce funeste résultat, c'est que depuis vingt-cinq ans on a toujours voulu diriger la religion vers un but politique. »
Tocqueville, éclairé par les événements dont il avait été témoin, comprenait parfaitement que la guerre à la religion « n'était qu'un incident de la Révolution, non son génie propre », et que le christianisme avait été attaqué bien moins comme doctrine religieuse que comme institution politique 1 .
Si la Révolution, qui avait commencé par se placer sous le patronnage de sainte Geneviève, brisa par la suite au portail des églises les statues des saints qu'elle avait d'abord invoqués ; si elle rompit avec la religion qu'elle voulait associer à ses progrès, c'est que tous les patriotes pensaient ce que l'évêque Lindet écrivait à son frère le 17 septembre 1792 : « Le roi n'aurait pas osé trahir ses serments si le Clergé ne lui avait promis indulgence et absolution; la Noblesse ne se serait pas croisée si le Clergé n'eût prêché la croisade; les Prussiens
1. La correspondance de Tocqueville est riche en pages remarquables sur l'irréligion qu'il voyait à son grand regret renaître autour de lui. II constatait que la nation devenait en majorité hostile au catholicisme parce que le Clergé prêchait « en faveur du pouvoir absolu ». « Profondément irrité contre les folies » des prêtres, il disait « les fautes énormes, la conduite insensée » du Clergé qui jetait dans la guerre des milliers d'hommes nullement hostiles à la religion.
et les Autrichiens ne nous auraient pas attaqués s'ils n'avaient cru nous trouver divisés par les prêtres. » « Les prêtres fanatiques sont les ennemis naturels de la République, écrivaient Cavaignac et Pinet au Comité de Salut public ; tant qu'il en restera un sur la terre de la liberté, il conspirera contre elle. Vous les voyez toujours à la tête des complots. . . Les républicains sont en présence de ces conspirateurs royalistes. Doivent-ils attendre leurs coups pour les frapper 1 ? »
L'irritation causée par les manœuvres des prêtres ne pouvait manquer de rejaillir sur les croyances et les cérémonies religieuses. Le peuple de Paris « vit que dans les églises ouvertes aux prêtres non assermentés on se réunissait au nom du ciel pour conspirer contre la liberté; il vit qu'on n'y recevait que des hommes qui se glorifiaient d'avoir trahi les devoirs et abdiqué le titre de citoyen; que la morale qu'on y prêchait était le mépris des lois constitutionnelles, que la vengeance et la trahison étaient le dieu qu'on y servait; il abhorra le culte exécrable et, dans son indignation, dispersa ses perfides sectateurs*. »
Les gens qui gardaient leur sang-froid s'effor-
1. Ceci à propos des manœuvres par lesquelles les prêtres travaillaient à renouveler dans les Landes les désastres de la Vendée.