‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 80 sur 88 · Discours de Vergniaud, 10 avril · texte numérisé non relu

Discours de Vergniaud, 10 avril

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cèrent d'apaiser le ressentiment populaire. Les jacobins donnèrent les conseils les plus sages; après avoir montré que le dernier espoir de la contre-révolution était d'allumer une guerre civile, ils exhortèrent à la prudence et à la modération en termes mémorables : « Nous vous en conjurons, et la patrie vous l'ordonne, employez tous les moyens pour faire régner le calme... Redoublez de zèle et de vigilance pour éviter les désordres et assurer la tranquillité publique. Craignez que le peuple, égaré par l'amour de la liberté, ne se livre à quelque excès contre les ecclésiastiques qui refuseraient le serment... Dites-lui que la moindre violence contre les ministres du culte pourrait rendre intéressants des rebelles à la Constitution. Faites-lui sentir que ces ministres seraient décorés du beau nom de martyrs. La persécution anime le fanatisme 1 . »

Le Directoire de Paris écrivait : « Il est défendu de mêler aux exercices du culte des provocations contre la Constitution, les lois et les autorités établies... A ce signe la police doit distinguer ceux qui se réunissent paisiblement pour leur religion, de ceux qui sous ce prétexte s'assembleraient dans des vues criminelles et pour tenter des coalitions factieuses. » C'était parler à merveille, mais la dis-

1. Lettre de la société des Amis de la Constitution aux sociétés qui lui sont affiliées, 9 janvier 1791.

tinction si sagement conseillée devenait très souvent impossible dans la pratique. Les provocations, les coalitions auxquelles le Directoire faisait allusion, engendrèrent fatalement les insultes au culte, la tentative de l'abolir ; les églises étaient le foyer de la réaction, et leur fermeture parut et fut peut-être en certains cas, une mesure de salut public 1 .

A l'exception d'un petit groupe resté catholique comme Grégoire, les révolutionnaires s'habituèrent peu à peu à envisager la religion comme le principal obstacle à leur victoire et la suprême ressource de la contre-révolution; seulement, tandis que les uns étaient décidés à briser par tous les moyens possibles l'arme employée contre eux, les autres ne voulaient pas d'une persécution qui répugnait à leurs principes et aux sentiments du plus grand nombre des Français.

Nous avons ici un bon exemple de l'inconvénient qu'il y a à appliquer à la Révolution des formules étroites et rigoureuses. Ils étaient sans doute des révolutionnaires, ces hommes qui s'irritaient de voir tolérer une religion intolérante, et parlaient de désabuser brusquement la France, ces conventionnels peu nombreux, mais actifs et bruyants, qui

1. 11 n'est pas douteux que l'interdiction des processions dans les rues ait été motivée uniquement par le souci de maintenir Tordre.

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eprochaient au Comité de Salut public de vouloir la iberïé des cultes 1 ; mais c'étaient aussi des révoationnaires qui composaient ce comité, c'étaient es révolutionnaires qui condamnaient les fauteurs e la déchristianisation comme agents de Pitt et de lobourg 2 .

Ni les uns ni les autres n'avaient absolument tort i absolument raison.

Au moins de juin 1791, à propos des désordres ausés dans Paris par les manœuvres des réfractaires, i ïndet écrivait que les décrets de la Constituante ^ Laient fondés sur des principes vrais, mais que la Dlère des Parisiens était fondée sur des faits non îoins vrais. Si dès lors la situation était embarrasan te, combien elle le devint plus encore au cours Les années suivantes! Fallait-il, pour défendre la dévolution, pour sauver la République et la patrie, olérer une persécution contre les prêtres qui abouissait à une persécution religieuse; ou, pour res^ )ecter la liberté de conscience, la plus précieuse ïonquête de la Révolution, et ne pas multiplier les >artisans de l'aristocratie, chercher à défendre les

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