‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 8 sur 88 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Dans un livre où il y a des parties admirables mais aussi des pages contestables, injustes, qui ont eu peut-être autant de succès que les meilleures, Edgar Quinet, pour expliquer notre histoire religieuse, est remonté jusqu'à la conquête romaine.

« L'autorité absolue du pouvoir spirituel de Rome, dit-il, est le sceau éternisé de la soumission au génie romain... Tout homme qui vient au monde chez nous porte le sceau de la tradition latine. Nous naissons serfs de Home, prisonniers

LA SÉPARATION DK l'kûLISK KT UU L'ÉTAT KN 1791. 1

du monde antique, enchaînés au pied du Capitol * comme nos pères les Gaulois... L'anneau de Césa** subsiste dans le pape 1 . » Si les Français sont e^» majorité catholiques, c'est qu'ils sont de rac^ latine.

Quinet n'était pas encore pleinement dégagé de ces « nuages allemands » dont il convenait avoir été enveloppé comme la plupart de ses contemporains.

La race n'a rien à faire ici. Des peuples qui ne sont pas de race latine sont restés catholiques pendant des siècles. Est-ce l'origine germanique des Anglo-Saxons qui fit triompher le protestantisme en Angleterre? Stuart Mill pensait qu'il y eût été probablement extirpé si la reine Marie avait vécu davantage ou si Elisabeth était morte. Les victoires de César ne sont pas cause que le catholicisme triompha en Gaule. A entendre Quinet, on croirait que les légions romaines avaient des aumôniers pour leur dire la messe et qu'elles étaient guidées par le labarum de Constantin. Le christianisme ne nous est pas venu avec les aigles

1. La Révolution, v. 4, et xiv, 8. Il avait déjà dit dans la Philosophie de V histoire de France : « Qu'est-ce que cette horreur dont la nation fut saisie contre la Réforme? Un reste de la soumission à la conquête romaine. Dans l'impossibilité de s'affranchir de Home, je sens une nation rivée encore après quinze siècles au dur anneau de Jules César; elle a pris goût à sa chaîne. »

latines, et en dépit de la légende de Saint- Denis, la plus grande partie de notre pays restait païenne quand l'empire s'écroula 1 . Les temples antiques ont parfois fourni des matériaux pour édifier les églises catholiques; ce n'est pas une raison pour chercher sur le Capitole la source de la fortune du Vatican. N'attribuons pas à César ni même aux empereurs chrétiens ce à quoi Us n'ont aucun titre, et rendons à Clovis ce qui appartient à Clovis.

Ce chef de bandes germaniques, après avoir détruit les derniers débris de la domination latine, décida de la religion de la Gaule. L'Arianisme prévalait avec les Burgondes et les Visigoths dans les provinces les plus imbues de la civilisation antique ; sans Hilaire de Poitiers, l'hérésie eût gagné le pays tout entier 2 . L'orthodoxie ne l'emporta qu'à l'aide des barbares restés germains et grâce à la défaite de ceux qui étaient devenus à moitié romains. L'appel que Byron met dans la bouche du gladiateur mourant fut réellement poussé par les évèques catholiques. Ils se firent les alliés, les complices de Clovis, et s'associèrent à ses succès. Ta victoire est la nôtre, lui disaient-ils.

1. « Ante Martinum pauci admodum, imo pêne nonnulli in Mis regionibus nomen Christi receperant. » (Sulpice Sévère).

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