Unius Hilarii beneficio », dit Sulpice Sévère
Commencée avec son secours, maintenue ^** moyen âge par les massacres et les bûchers, coï^-* (innée par la révocation de l'édit de Nantes, \& suprématie exclusive, absolue, du catholicisme dura autant que la monarchie.
Au xvni e siècle, chaque année, le 15 août, un^ pompe solennelle, à laquelle toutes les compagnies souveraines assistaient, commémorait à Notre- Dame le vœu par lequel Louis XIII avait consacré la France à la sainte Vierge.
Par une faveur dont il n'y a d'exemple en aucun autre pays, le Clergé formait le premier ordre de TÉtat. Il détenait les registres de l'état civil, disposait de biens immenses.
Le gouvernement faisait exécuter exactement les commandements de l'Eglise, imposait l'observation des dimanches et d'innombrables jours de fêtes, celle du carême.
En cas de longues pluies, de grandes sécheresses ou d'autre calamité publique, le Parlement ordonnait des processions; dans les circonstances très graves, il faisait « découvrir la châsse de sainte Geneviève ».
Les traditions ecclésiastiques avaient, même en matière commerciale, assez d'autorité pour faire interdire le prêt à intérêt.
Pour complaire au Clergé, il était défendu aux
médecins de visiter les malades qui n'appelaient pas un confesseur 1 .
Tout ce qui paraissait une attaque, si légère qu'elle fût, à la religion, était vigoureusement réprimé 2 .
Il y avait peut-être trop de hardiesse dans la lettre pour laquelle Diderot fut emprisonné. Mais, quelques mois auparavant, « le plus galant homme du monde, le plus honnête », nommé Toutain, fut également arrêté pour un livre dont il semble que tout le tort était de contredire l'éternité des peines infernales.
Dans une thèse discutée en Sorbonne pendant plusieurs heures sans que personne y trouvât rien à reprendre, on finit par découvrir des traces d'hérésie « si artificieusement enveloppées » qu'elles avaient échappé complètement aux censeurs et aux examinateurs. L'auteur, l'abbé de Prades, s'était permis un rapprochement entre les guérisons relatées dans le Nouveau Testament et celles opérées par Esculape ! Il se vit décrété de corps par le Parlement et réduit à s'exiler.
« L'inquisition augmente d'étendue et de pou-
1. Déclaration du 8 mars 1712. Le 31 décembre 1698, il avait été enjoint aux médecins appelés auprès d'une personne gravement malade d'en donner avis au curé de la paroisse.
2. En 1774, à Laon, Tévêque fit supprimer dans le collège le cours de physique comme dangereux pour la foi.
voir, écrivait d'Argenson, le 13 février 1752; mal — heur aux honnêtes gens qui ne maîtrisent pa^ assez leur langue 1 . » Le 21 mars 1754, il déplorait^ que « le parti sacerdotal » eût assez d'influence pour faire du roi un tyran.
La déclaration royale d'avril 1757 prononça la peine de mort contre les auteurs, les imprimeurs et les colporteurs d'écrits tendant k attaquer la religion 1 .
Pour avoir chanté une vilaine chanson sur je ne sais quel saint, et outragé un crucifix, le chevalier de La Barre fut condamné au bûcher en 1766.
On célébrait régulièrement tous les ans à Toulouse l'anniversaire du massacre des huguenots en 1562.
Dans la cérémonie du sacre le roi jurait de les exterminer.
Ils n'avaient pas d'état civil, ne pouvaient être légitimement ni pères ni maris. Leur culte était proscrit. L'article 2 de la déclaration royale du 14 mai 1724 condamnait à mort leurs ministres et
\ . Voir à la table du Journal de Barbier la liste (incomplète) des condamnations.
2. Gela a paru si monstrueux que certains auteurs (entre autres Tocqueville, Ancien régime, p. 99) ont refusé de le prendre au sérieux. Ils en parlaient bien à leur aise; les contemporains n'en jugeaient pas de même, voir la lettre de D'Alembert à Voltaire que Beuchot a donnée sous le n° 2483.
défendait sous peine des galères de leur donner asile.
Dans les Considérations sur le gouvernement de la France qui eurent une singulière autorité au xviii 6 siècle, d'Argenson excluait des offices de judicature et des places de police et de finance dans les provinces, quiconque ne professait pas la religion catholique, apostolique et romaine. Il tolérait que les réformés fissent des actes religieux, « mais sans éclat extérieur ». Il leur interdisait de faire imprimer rien qui tendît à diminuer le respect dû à la religion dominante.
En 1781, Condorcet, qui plaidait leur cause, n'osait pas se montrer beaucoup plus libéral que d'Argenson. « Nous ne demandons point qu'ils aient un culte et des ministres, disait-il; nous demandons qu'ils puissent avoir des enfants. » Il trouvait dur de ne pas leur permettre d'enterrer leurs morts « avec quelque honneur » et souhaitait pour eux des sépultures décentes. Mais lui aussi leur refusait toute magistrature.
Si quelqu'un se hasardait à dire qu'ils étaient trop persécutés, on répliquait victorieusement qu'au contraire, ils étaient traités avec une modération telle que, dans l'espace d'une trentaine d'années, il n'y avait pas eu plus de huit de leurs pasteurs pendus ou roués pour avoir prêché au désert.
Deux ans avant la Révolution, l'empire du catholicisme était intact. Toutefois cette domination séculaire ne nous avait pas, comme le prétend Quinet, asservis à Rome. Fille aînée de l'Église, et non son esclave, la France gardait avec sa vieille mère une attitude respectueuse mais fière, un ton plein d'indépendance.
Camus n'a rien dit de trop, le 27 novembre 1790, en répondant aux évêques qui parlaient de consulter le pape : « Quoi donc! La nation française n'aurait brisé les fers qui la tenaient captive sur ses propres terres, que pour se soumettre à une puissance étrangère! Elle n'aurait élevé sa tête audessus de celle des autres peuples que pour la courber devant Tévèque de Rome? Et son Eglise, qui se faisait gloire d'avoir constamment défendu sa liberté contrôles entreprises ultramontaines, perdrait cette liberté au moment où la nation acquiert la sienne ! Nos pères ont la gloire d'avoir conservé quelques vestiges de la liberté de l'Eglise gallicane, et nous, nous abandonnerions ces libertés en déclarant qu'il ne peut rien se faire de bon s'il n'est fait sous le bon plaisir du pape!... Que l'assemblée sollicitât le consentement du pape ou en reconnût la nécessité, ce serait porter une atteinte mortelle k la liberté de l'Eglise gallicane. »