‹ La séperation de l'église et de l'État en 1794Chapitre 81 sur 88 · Recueil Aulard, X · texte numérisé non relu

Recueil Aulard, X

2. Dans le même ordre d'idées, on pourrait se demander s'il aut considérer comme révolutionnaires le culte de la Raison et elui de l'Être suprême, ou si ces tentatives de religion d'État l'étaient pas en opposition avec le principe de la séparation, vériable expression du génie de la Révolution.

prêtres tout en les empêchant de nuire, c'est-à-dire entreprendre de résoudre un problème à peu près insoluble?

La Convention adopta ce dernier parti. Le 16 fri? ^ maire de l'an II (6 décembre 1793), elle rendit un-, décret interdisant tout acte contraire à la liberté des , cultes.

Quinet, très courroucé, a vu là un effort « pour^ retenir dans l'ancienne Eglise » le peuple qui « rejei tait le joug des temps gothiques ». Ce décret, selonl lui, « sauve la contre-révolution, fait plus pour lajg religion que les saint Dominique et les Torque-

mada 1 ».

Que Robespierre et d'autres aient été trop favo râbles aux prêtres, c'est incoristable. Nous savons qu'en quelques endroits le décret de frimaire parut, énerver la Révolution 2 . Mais, dans beaucoup de lettres adressées au Comité de Salut public, nouSj voyons combien il était urgent, nécessaire, dej réprimer des actes qui exaspéraient les campagne^

1. Quinet croit triompher en disant (II, 180) : « Ni art ni subti-i 1 i té ne renversera ce dilemme : si Ton voulait la Terreur, il neJ fallait pas la tolérance; si Ton voulait la tolérance, il ne fallait pas la Terreur. Le moyen et le but s'excluaient réciproquement. Le système n'était pas seulement barbare, il était faux. » La réponse est facile : personne n'a donné la Terreur comme moyen d'établir la tolérance. Le système est de l'invention de Quinet.

2. Voir, entre autres textes, la p. 338 du tome XI du Recueil Aulard.

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ties brouillaient avec la Révolution. Quinet semaine que le peuple renonçait à ses vieilles croyances ; > contraire est attesté par des représentants en lission très hostiles à la liberté des cultes, et par 'autres qui, après avoir cru la Terreur salutaire, entaient si bien l'urgence d'apaiser les paysans, u'au moment où le décret fut rendu, ils préparaient ne proclamation conçue dans le même esprit 1 . >artigoeyte, qui avait, en novembre, annoncé agonie du fanatisme à Auch, écrivait le 13 décembre ue la révolution sacerdotale avait été poussée trop oin, par de faux patriotes qui violentaient les lonsciences.

A en croire Robespierre jeune, les tyrans ne scrutaient leurs armées que « grâce aux extravagances commises envers le culte »; la déchristianisation était l'œuvre « d'hommes pervers qui abattaient les croix pour qu'on oubliât leurs dilapidations et leurs crimes ». Ce sont là des exagérations ; mais le comité de Salut public apprenait, de bonne source, que des « scélérats abusaient de la force armée révolutionnaire », que des « actes illégaux, criminels », commis par des comités de surveillance, étaient exploités par les contre-révolutionnaires pour soulever le peuple. Etait-il possible

1. Voir la lettre de Godefroy à Morisson, sur ce qui se passait uitour de Coulommiers, 19 décembre 1793.

de ne pas arrêter les représentants qui, comme A. Dumont dans la Somme et FOise, frappaient « trop violemment » , et de ne pas soutenir ceux qui, comme Dartigoeyte, trouvaient imprudent de « trop violenter les consciences » ?

Un homme d'humeur violente, Albitte, ne voulait plus de prêtres mais n'était pas d'avis de détruire ceux qui existaient : « Il en reviendrait d'autres. » C'est l'idée de Robespierre : « Si vous empêchei de dire la messe, on la dira plus longtemps. » Les hommes placés à la tête de la Révolution, à quelque parti qu'ils appartiennent, s'accordent presque tous à réprouver les mesures brutales contre le catholicisme ; les plus impies savent parfaitement « avec quelle circonspection il faut toucher au culte », constatent à regret que les progrès du bon sens sont lents, et recommandent de laisser subsister les églises, « petites maisons d'imbéciles, de peur que les fous qui les habitent ne deviennent furieux »'.

Le danger des persécutions était si bien compris, le parti que la réaction devait en tirer apparaissait d'une façon si évidente, que le mouvement contre le culte fut très vite regardé comme une manœuvre contre-révolutionnaire : « En nous faisant saisir à contre-temps l'arme de la philosophie, nos enne-

\. C. Desmoulins appuie cette opinion sur l'autorité de Montaigne. 11 n'y a rien de pareil dans les Essais.

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s ont cherché à engager un combat mortel pour 3... Ce système se liait au machiavélisme des issances étrangères, » disait le comité de Salut blic, le 9 décembre 1793. Presque au même >ment, les représentants à l'armée du Nord écrient que les prêtres qui abdiquaient leurs fonças étaient les instruments de faux patriotes idus à l'étranger, et Camille Desmoulins, qui trouvait en principe la proscription du papisme, i venait que l'esprit humain malade a besoin du plein de songes de la superstition, qu'il était p tôt pour parler aux vieillards, aux femmes, £ malheureux, de renoncer à leurs vieux autels, e la politique a besoin de ce ressort. Il finissait r soupçonner les déchristianisateurs d'agir à istigation de la Prusse.

Certes, Clootz voulait servir la République lors- 'il encouragea Gobel à se déprêtriser; quoiqu'en

Camille Desmoulins, lui et Chaumette étaient bonne foi. Mais il y avait des raisons sérieuses

croire que « les ennemis de la liberté espéraient aimer le fanatisme et la superstition » en provoant des actes d'intolérance l ; que l'aristocratie, sous le voile du patriotisme, demandait à haute ix la clôture des églises » 2 , un système d'exagé-

. Lettre des représentants à l'armée du Nord.

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