APR
périlonite n’est admise, en effel, que s'il existe du pus ou des fausses membranes.
Quand elle n’est pas due à l'hémorrhagie, à une complication viscérale ou à quelque autre cause rare, la terminaison fatale résulte de l’infection de l’organisme, infection suraiguë qui ne laisse souvent que des traces à peine appréciables et dont l'existence passe inaperçue. Pour que les lésions macroscopiques existent, il faut qu’elles aient eu le temps de se produire, et souvent la malade est emportée, véritablement empoisonnée, avant que de grosses modifications soient survenues du côté du péritoine. Il va pourtant des lésions, faibles, il est vrai, à peine marquées, mais bien démontrables et permettant d'affirmer que le shock n’est pour rien dans l’évolution des accidents. En outre, point capital, l’examen bactériologique fait découvrir dans le péritoine la présence de germes pathogènes que l’on retrouve parfois même dans le sang.
Je ne puis m'empêcher de citer dès à présent, comme exemple typique, l'observation XIV, p. 102. Il s’agit d’une femme, qui meurt trente-six heures après une hystérectomie abdominale. Le ventre est rouvert cinq minutes après la mort : pas de grosses lésions macroscopiques. Un peu de sérosité péritonéale est recueillie, examinée et ensemencée ; de mème, le sang du cœur. Or la sérosité renfermait le streptocoque et le staphyiocoque, et le sang contenait déjà le streptocoque. C’est le plus bel exemple d'infection suraiguë qu'on puisse citer.
L’étiologie de ce cas, comme de beaucoup d’autres d’ailleurs, permettait encore de nier le shock. En effet, cette malade est opérée entre quelques autres, qui toutes sont infectées et dont deux meurent également. Faut-il ajouter qu’un érysipèle se montre en même temps dans la salle? Ici donc, tout converge pour prouver l'infection. Beaucoup d’autres cas, dont les observations sont consignées à la fin de ce mémoire, démontrent à leur tour l'existence de la péritonite suraiguë au lieu du shock dont le nom a pourtant été prononcé à ce propos. Ceux dont la preuve bactériologique n’a pas été faite sont identiques aux autres, calqués sur eux, et méritent d’être classés à leur suite.
Ma conclusion est que le shock ne doit jamais être
EN peu
invoqué, quand l’opéré ne succombe pas dans les premières heures. La mort, en dehors des exceptions signalées plus haut, est due à une septicémie péritonéale, dont la rapidité d'évolution dépend de la virulence des germes pathogènes d’une part, de la résistance de l'organisme d'autre part. Si la. mort reconnaît pour cause l'infection, elle peut être évitée, elle doit l'être. La démonstration de l'existence de la septicémie péritonéale post-opératoire vient ainsi réconforter le chirurgien qui, dès lors, se trouve lutter, non plus contre un réflexe insaisissable, mais contre un ennemi connu, peu souvent victorieux aujourd'hui, et qu'il saura réduire à l’impuissance absolue, s’il le combat avec acharnement.