‹ La sépulture d'Étienne BruléChapitre 5 sur 10 · DURÉE DU VOYAGE · texte numérisé non relu

DURÉE DU VOYAGE

De Brébeuf dit que le voyage prend d'ordinaire une vingtaine de jours. Des Hurons revinrent en 1637 avec le P. Châtelain trois semaines après leur départ d'Ihonatiria, ce qui abrège énormément l'indication précédente. En 1633, l'état des cours d'eau était propice au canotage rapide; l'ordre des chemins hâtait les portages. Amantacha, parti de Québec le 5 juillet, revenait le 27 après avoir remonté jusqu'à l'île aux Allumettes, devançant le gros des Hurons d'une journée. Trois semaines ont certainement suffi à ce bon pagayeur pour descendre du lac Huron à Québec, étant données les conditions du voyage et la hâte du converti à dénoncer des meurtriers qui n'appartenaient pas à sa tribu. Amantacha était de la Corde. Toanché appartenait aux Ours. Les tribus se jalousaient. Le P. Le Jeune dit que Louis était arrivé le 2 et s'était confessé le 4 juillet. Il partait le lendemain en mission pour Champlain. Comptons vingt-et-un jours pleins, et nous sommes au 12 juin, date probable du départ des Hurons pour la traite. Amantacha prend la tête du cortège pour annoncer la venue des Sauvages. Comme il n'est pas de l'Ours, il n'a pas à craindre les représailles des Français pour le meurtre de Brûlé. Il n'accorde donc aucune attention aux menaces des gens de l'Ile et continue sa route. Mais les autres Hurons, intimidés par l'astuce des insulaires, s'arrêtent; plusieurs même rebroussent chemin. Tous les Algonquins d'ailleurs s'employaient depuis des années à semer la discorde entre Français et Hurons pour conserver les avantages de la traite à leur bénéfice exclusif. Il faut qu'Amantacha dépêché par Champlain, insiste pour que les Ouendats reprennent leurs canots, surtout ceux de l'Ours.

Sagard et les Jésuites nous assurent souvent de la hâte excessive apportée par les Hurons à partir en voyage, soit pour la traite ou pour d'autres raisons. Exagérons ces renseignements, et donnons quatre

jours aux préparatifs Du 12, date du départ, nous remontons au 8 juin.

Aénons, accusé du meurtre, nous fournira lui-même un renseignement exact. Ce chef désirait réunir plusieurs villages en une seule bourgade, autour des Jésuites. Il en parle au P. de Brébeuf (Rel., Vol. X, p. 236) :

. . . Les François ont toufiours efté attachez à moy, & m'ont aymé, ie les ay auflfi toufiours affiftez en tout ce que i'ay peu, & n'ont pas trouvé en toutes ces terres de meilleur ami que moy: ce n'a pas efté fans encourir l'enuie de tout le Pais, qui m'en regarde il y a long temps de mauuais œil, & a fait tout ce qu'il a peu pour me mettre à mal auprès de vous; iufques là que, comme vous fçauez, on m'a imputé la mort de Brillé, & incontinent après qu'il eut efté tué, quand il fut question de def cendre à Kébec, on difoit haut & clair que fi i'y allois i'y laifferois la tefte.

Incontinent après qu'il eut été tué est précis. Nous sommes à la veille du départ pour la traite, avant le 12 juin, et comme l'action huronne est toujours rapide après décision prise, il n'a pas dû s'écouler plus de quelques jours entre l'embarquement et le crime. Il reste donc une marge de douze jours entre la mise en marche de la flottille et la mort de Brûlé, plus de temps qu'il n'en faut pour les préparatifs, et pour nous trouver encore en deçà de l'époque fixée par Aénons incontinent après la tragédie de Toanché.

Les Hurons, sévèrement fidèles à leur patrie, ne croient pas avoir mal fait en tuant un traître, et ils comprennent pourquoi Champlain n'hésite pas à les tranquilliser, un peu plus tard, par la bouche de son délégué, Amantacha. La certitude de l'impunité complète les amène en groupe le 28 à Québec.

Nous croyons qu'Etienne Brûlé a été assommé et mangé au cours de la première semaine de juin 1633.

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