‹ La sépulture d'Étienne BruléChapitre 7 sur 10 · LA CONDUITE DE BRULE CHEZ LES HURONS · texte numérisé non relu

LA CONDUITE DE BRULE CHEZ LES HURONS

La mauvaise conduite de Brûlé en Huronie est notoire. Il n'avait pas de piété, mais de fortes superstitions. Sa paillardise et son dévergondage étaient de nature à provoquer des plaintes. Venu avec le groupe de Rouen, dont on a dit tant de mal (Rel., XVII, 44; XX, 18; Champ., VI, 81), il avait les moeurs des premiers traitants et de leurs employés, gens pour la plupart sans aveu, qu'on retrouve soit chez les Français, soit encore dans les équipages des Kirkts, Rouennais qui prirent Québec pour le compte du roi d'Angleterre. Citons un acte religieux de Brûlé (Sagard, Hist., t. II, p. 430):

Il n'eftoit guère deuot, tefmoin ce qu'il nous dit un iour, que s'eftant trouué en un autre grand péril de la mort, pour toute prière il dit fon Bénédicité.

Le père de Louis Amantacha, exhorté par de Brébeuf, disait au missionnaire (Rel., X, 62) :

. . . les François qui auoient efté icy (Teanaostaiaé), ne leur auoient iamais parlé de Dieu, ains s'eftoiët eux mefmes adonnez comme eux à courir & folaftrer auec les femmes.

De Brébeuf portera cette sentence sévère (id., 310) :

Véritablement il va dequoy admirer icy les fecrets iugemens de Dieu; car cet infâme (Brûlé) aufïi bien ne méritoit pas cet honneur; & pour dire le vray nous euffions eu afïez de peine à nous refoudre de faire à fon occafion vn Cimetière particulier, & de tranfporter en Terre faincte vn corps qui a mené vne vie fi fcandaleufe dans le Pais, et donné aux Saunages vne fi mauuaife imprefïîon des moeurs des François.

Qui n'a lu les remontrances de Champlain à son interprète ? Le récit de la capitulation de 1629 fourmille de plaintes contre Brûlé. Inconduite, irréligion, trahison, le fondateur reproche tout au transfuge On prétendra peut-être que les Ours ont pris leur temps pour venger le Grand Oki en tuant celui qui l'avait vendu et qui leur avait par la même occasion fait perdre la traite. De 1634 à la dispersion de 1650, les Jésuites ont été plus de cent fois condamnés à mort comme sorciers, en plein Conseil; les Anciens ont poussé presque chaque jour la jeunesse au massacre des Robes Noires, mais les missionnaires ne s'en sont pas portés plus mal, la crainte du blanc était au fond de ces atermoiements.

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