LA VRAIE CAUSE DE LA GUERRE EUROPÉENNE
L'UNiaUE SÉCURITÉ DE LA PAIX
[Article publié dans la Revue Bleue, numéro du 11-18 mars 1916.] TT A question : qui a voulu et qui a provoqué la guerre
actuelle? a été longuement discutée, et je ci'ois que les
i — ^ neutres eux-mêmes sont fixés définitivement sur ce point. Dn a moins examiné le problème : quels ont été la cause et le motif de ce carnage qui n'a point de pareil dans l'Histoire du monde ? Dans ces quelques lignes, je voudrais, très succinctement, relever ce fait capital de la politique prussienne, depuis au moins dix siècles, — je veux parler de la Germanisation des Slaves — en espérant que le futur congrès de la paix en tirera toutes les conséquences, dans l'intérêt de l'humanité tout entière. Je laisse pour le moment de côté les tendances germanisantes de l'Allemagne vers l'Ouest et vers la Suisse Romande, bien connues par les lecteurs de cette Revue. «
Dans ses conversations avec le fameux jurisconsulte Bluntschli, Bismarck a déclaré le 30 avril 1868 : « Parmi les peuples, on peut distinguer, comme dans la nature, des mâles et des femelles. Les Germains sont des mâles... Les Celtes et les Slaves sont féminins. Ils sont incapables de rien produire eux-mêmes^ de rien engendrer. » Déchu du pouvoir, mais avide
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de parler et de faire parler de lui, il a. adressé à une députation universitaire de Graz en Styrie, en 1895, les paroles que voici : « Quand vous avez affaire à vjds rivaux slaves, même aux moments de colère les plus violents, et dans les situations les plus critiques, gardez toujours la conviction profonde, la conviction la plus profonde mais secrète, que vous êtes au fond leurs supérieurs et que vous Vêtes à jamais. » L'auteur anonyme de la brochure : Grossdeutschland und mitteleuropa UM DAS jAHR 1950 (Berlin 1893) a écrit de son côté : « L'Allemagne a été, de tout temps, la mère des peuples. Le peuple allemand a donné à l'Europe ses princes et sa -noblesse, et ne s'est jamais lassé d'infuser un sang nouveau aux veines vieillissantes des Celtes et des Welches... Au sud-est et à l'est, il n'y a pas de frontières naturelles au développement du germanisme. Aussi, le domaine linguistique allemand s'est-il continuellement étendu au sud-est et au nord-est depuis plus de mille ans. Il est impossible qu'à l'avenir l'énergie allemande ne continue pas sa poussée en ce sens, jusqu'où ? Qui peut le dire ?... Il faut que le peuple allemand s'élève comme un peuple de maîtres au-dessus des peuples inférieurs d'Europe et des peuples primitifs des colonies. » je pourrais donner, de ces citations aussi intéressantes que suggestives, à n'en pas finir. Le lecteur les trouvera dans l'excellente série de publications éditées sous la direction de M. Ch. Andler, sous le titre de Collection de Documents sur le Pangermanisme (L. Conard, éditeur, Paris 191 5-16). je ne puis pourtant m'empêcher d'en donner encore deux ou trois, très caractéristiques et très éloquentes à l'appui de ma thèse. Ainsi, le prince de Bùlow, le continuateur le plus brillant de la polifique bismarckienne, s'exprimait le 14 janvier 1902 à la Diète de Prusse dans les termes suivants : « je considère la question de nos marches de l'Est, non seulement comme l'une des questions les plus essentielles de notre politique, mais même comme la question dont la solution déterminera très prochainement l'avenir
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de notre pays. C'est la marche de notre politique, ou notre héritage historique qui nous a conduits dans ces provinces. Leur sol est imprégné du sang allemand, des sueurs allemandes : nous y sommes et nous y resterons, que cela dérange les autres ou non... Sans défaillance, nous continuerons à favoriser méthodiquement, et aussi rapidement que possible, la colonisation allemande dans les provinces de Prusse occidentale et de Posnanie... » Tout ceci, le quatrième chancelier allemand Ta dit dans le même discours où il avait affirmé, quelques minutes avant, que « les hostilités dans ces pays étaient ouvertes par les Polonais et continuées par eux avec une âpreté toujours plus grandissante (!) » et pour aboutir à cette exclamation qui vaut la peine d'être retenue : « Nous ne vivons pas en Utopie, pas plus qu'en paradis, mais bien sur cette rude terre, où il s'agit d'être enclume ou marteau... Nous ne pouvons tolérer que les racines mêmes de la force prussienne se dessèchent, et que nos éléments nationaux... soient débordés et chassés par des éléments étrangers. »
Nous lisons d'autre part, dans une brochure allemande sur L'Effondrement et la Reconstruction de l'Autriche (1899), la sentence suivante : « Notre avenir est sur l'eau. Mais notre présent est entre l'Adriatique et la Baltique, entre la Meuse et le Pas de Calais. Seul le germanisme unifié au cœur de l'Europe est capable des grandes tâches lointaines qui nous attendent dans d'autres continents. » En étudiant le problème de la germanisation de la Lorraine, Ernest Hasse énumère toutes les mesures imaginables pour arriver à ce but, et il préconise entre autres l'élimination des derniers optants français de toute l'Alsace-Lorraine, et l'interdiction de séjour pour tous les étrangers dans tout le Pays d'Empire, ainsi que l'interdiction de louer des chasses dans ces pays, dans le Grand-Duché de Bade et dans le Palatinat ! Toute la politique de Hasse est cristallisée dans ce programme : « Il faut germaniser contre la Pologne et protestaniser contre Rome. » 11 avoue que, sans
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idéal, le peuple allemand sombrerait certainement, s'il ne devait chaque jour compter avec la possibilité d'une lutte à mort «qu'il peut avoir à soutenir (!) pour son existence contre les peuples voisins ». Lisez encore cette profession de foi : « Si notis n'étions pas entourés de dangers de guerre, il faudrait artificiellement en créer un pour tonifier notre germanisme amolli et relâché, pour lui faire des os et des nerfs. » Et ajoutez-y ceci du même auteur : «Lé peuple allemand sombrerait certainement, dans l'espace de quelques générations, soit dans la richesse, soit dans la pauvreté, en tous cas dans la médiocrité et la faiblesse, s'il ne devait chaque jour compter avec la possibilité d'une lutte à mort qu'il peut avoir à soutenir pour son existence contre les peuples voisins. » Retenez encore cet axiome de Treitschke : « Une nationalité ne peut * pas être tolérante », et ajoutez-y la quintessence de la philosophie de Gœthe, d'après laquelle toute la vie consiste dans le dilemme : supplanter ou se laisser supplanter^ et vous avez devant vous la fine fleur de la mentalité allemande, d'où la ligne directrice de toute la politique de l'Empire des Hohenzollern.
Mes lecteurs n'ignorent point que la moitié de l'Allemagne actuelle a été habitée par des Slaves au Moyen-Age, et que leur germanisation a été poursuivie méthodiquement à travers plusieurs siècles. Ils savent que l'île de Rùgen a été l'un des derniers refuges de Slaves d'Elbe de l'époque païenne, et que la ville de Greifswald n'est autre étymologiquement que Kragouïévatz, en Serbie. En voyageant en 132 1 en Allemagne et sur la côte baltique, le vénitien Marin Sanudo s'est arrêté en Holstein et sur son littoral qu'il désigne du nom de Sclavia, Ai-je besoin de rappeler les noms des peuples slaves qui ont habité toutes ces contrées ? Ne sait-on pas, par exemple, que la Poméranie et le Brandebourg proviennent de Pomorska et de Branibor, ainsi que le Posen de Po:{nania, et que la plus
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ancienne dynastie allemande, celle de Mecklembourg, est d'origine slave ? On se rappellera peut-être les paroles dites en 1687 par l'électeur de Brandenbourg à l'alchimiste Tollius, rapportées tant de fois: «J'ai des Vandales dans mes Etats. Ils habitent les côtes de la mer Baltique. Ils parlent esclavon, à cause de l'Esclavonie, d'où ils sont venus jadis (!). » De nos jours encore, nombreuses sont les traces d'origine slave dans les dénominations des villages, des villes, des montagnes et des rivières, aussi bien que dans celles de familles en Allemagne. Ainsi les noms de villes comme Berlin, Dresde, Laibach, Lubeck, Leipzig, Stettin, Sassnitz, Zerbst, etc., ne sont pas du tout d'origine allemande; d'autres noms tels que Kônigsberg et Greifswald ne sont que des traductions de dénominations primitives slaves. Un des jeunes géographes allemands n'a-t-il pas publié, il n'y a que quelques années, une étude sur les habitants de la Thuringe orientale, dans laquelle il a conclu que la plus grande partie de ces contrées a été habitée originairement par des Slaves ? La forme même de leurs villages, les Allemands l'ont prise des Slaves. On n'ignore point non plus, que toute la Saxe méridionale a été peuplée par des Slaves. On n'a d'ailleurs qu'à sortir des faubourgs de Berlin, pour rencontrer dans les premiers villages avoisinants une population slave. Un très grand nombre de nourrices de la capitale actuelle de l'Allemagne sont déjeunes femmes, connaissant à peine l'allemand, dtant des Serbes de Lusace ou des Vendes.
L'œuvre de germanisation a sa première origine dans la tendance de prussification, inaugurée et pratiquée surtout par les ordres teutoniques, « par le fer et par le feu ». Cette œuvre de germanisation a été ensuite poussée avec une grande force dans le pays appartenant à notre époque à la maison des Habsbourg. La Bohême a formé, au commencement du Moyen-Age, avec la Silésie et la Moravie, un grand royaume slave : cet État a succombé définitivement dans la bataille de
la Montagne Blanche, le Kossovo des Slaves occidentaux,. Les historiens allemands eux-mêmes ont constaté dans leurs écrits que les Slaves ont habité toute la Basse-Autriche aussi bien qu'une grande partie de la Haute-Autriche, toute la Carinthie, la Styrie, la Carniole, le littoral lllyrien et la moitié du Tyfol, dont une partie fut appelée « Patria Slavorum » par un chroniqueur du vi° siècle : ne sait-on pas que les fondateurs de Vienne (capitale d'Autriche) et de Graz ont été des Slaves et que le Slovène était l'idiome préféré des Habsbourg au XV® siècle? En vue de germaniser les populations slaves, les Allemands n'ont reculé devant aucun moyen. Mais leurs pionniers de la germanisation les plus actifs et les plus redoutés, ont été les sous-officiers, c'est-à-dire la force brutale. Dans ce but, ils se sont servis du catholicisme aussi bien que du protestantisme. Parmi les Slaves du Sud, par exemple, toutes les institutions catholiques sont accompagnées des écoles allemandes. Ils considèrent les Slovènes et les Slovaques déjà comme hors de cause, étant suffisamment germanisés !
Dans leur poussée vers l'Orient — puisque c'est l'Orient qui nous intéresse tout particulièrement ici — les Allemands ont suivi trois directions. La première à travers la Pologne méridionale et la Petite Russie vers la Mer Noire, la seconde à travers les Carpathes et la Roumanie vers l'embouchure du Danube, enfin la troisième à travers ie Danube et la Save vers Salonique. Comme avant-gardes de cette poussée, peuvent être considérées les nombreuses colonies allemandes en Galicie, en Bucovine, en Russie méridionale, ensuite les Allemands de la Transylvanie, les colonies du Banat de Temesvar, celles de la Syrmie et de la Slavonie. Cette poussée a franchi les frontières politiques de la Russie et de la Roumanie. Aucune colonie allemande n'a pu s'introduire en Serbie jusqu'à nos jours, malgré leur proche voisinage, aussi bien sur le Danube et sur la Save que sur la Drina, et tout près de Belgrade, autour de Semlin et de Pancsova* Pour rompre plus
facilement la digue serbe sur la route Morava-Vardar, et pour se frayer le plus vite possible le chemin vers le canal de Suez, ils se sont mis à Tœuvre, depuis 1878, à coloniser la Bosnie septentrionale. Ils ont donc serré la Serbie par leurs colonies de deux côtés, du Nord et de l'Ouest. Mais ils n'ont pas pu percer le mur serbe.
Voilà comment et pourquoi la Serbie a représenté jusqu'à nos jours, le rempart qui a défendu les libertés des. peuples balkaniques; voilà en même temps la raison pour laquelle les Allemands l'ont haïe, et pourquoi ils l'ont attaquée avec la furie teutonique.
Le professeur Albert Wirth, auteur d'une Histoire de l'Asie et de r Europe Orientale (1905), a écrit dans son journal Der Tag de Berlin vers 1909 : « Nous autres Allemands, nous sommes le peuple dominateur, et nous avons besoin de races asservies. Les Slaves sont la louve que nous montons... Permettre aux Serbes de former une barrière de l'Adriatique jusqu'au Danube signifierait cacher aux Allemands leur avenir qui est à la mer Egée. Pour le germanisme, c'est la question d'être ou ne pas être. » Favoriser et civiliser le paysan bosniaque,, ce serait vouloir fortifier la nationalité serbe, et ceci serait pour les Allemands une « Selbstentmanjiung ». Non, avant tout, les Serbes doivent être opprimés et coupés en morceaux. «Et ce n'est qu'alors que nous soumettrons les autres Slaves. En procédant ainsi, l'Autriche ne fait qu'accomplir sa tâche germanique, servir les intérêts pangermaniques, en quoi l'appui de l'Allemagne lui est assuré. Comme autrefois Bismarck, c'est aujourd'hui l'archiduc François-Ferdinand qui sait le mieux ce qui sert les intérêts allemands. » D'autre part, le grand économiste allemand G. Roscher a enseigné à l'Université de Leipzig déjà en 1882 :
« A l'expansion germanique ne restent ouverts que l'Est et le Sud-Est. Vous voyez de là, dans quelle direction vont nos regards et qui doit succéder à la Turquie. Son héritière ne
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peut être que l'Allemagne. Cest pourquoi c'est dans ma profonde conviction la Germanie qui s'installera sur des ruines à la place de l'ancienne Byzance. Il est plus que probable que l'Autriche-Hongrie s'annexera la Bosnie et l'Herzégovine, comme il est sûr que, dans un prochain avenir, elle s'appropriera aussi l'Albanie et Salonique. C'est à cela que tend toute notre politique, et son succès n'est point douteux. On comprend ceci très bien à Berlin et on y travaille dans ce sens.,.
« Et quand, à la fin, nous arriverons à Salonique et à la mer Egée et nous relierons de cette manière par la plus courte voie avec l'Orient; quand nous posséderons la fertile Macédoine où fleurit l'oranger, et où le café, le tabac et le vin sont cultivés, l'Allemagne pourra penser à la politique protectionniste de List. Cest là que nous déverserons l'excédent de nos populations en le conservant pour nous. Simultanément l'Allemagne moderne grandira et se substituera à l'ancienne Grèce et à l'Empire Romain d'Orient. Pour les ambitions allemandes il n'y a point de meilleure voie. L'exode en Amérique ou ailleurs ne représente que l'éparpillement de notre élément, tandis que notre poussée ininterrompue vers le Sud et vers l'Est n'est que l'épanouissement normal de notre organisme national. »
Voilà aussi la raison péremptoire pour les gouvernements alliés, de faire renaître une Serbie renforcée de tous les éléments yougoslaves, assez forte pour s'opposer à la descente germanique dans la Méditerranée.
Cette germanisation est devenue un système que les alliés de l'Allemagne, les Magyars, les Turcs et les Bulgares. pratiquent chez eux de la même manière qui indique chez tous ces peuples une affinité, antérieure à cette guerre, et de nature à favoriser leur étroite collaboration réciproque dans l'avenir.
Aussi bien que les instituteurs prussiens font tout leur possible pour transformer un petit Polonais ou un petit Danois en Allemand, de même font les Magyars, les Turcs et
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les Bulgares : ces néophytes, ces nouveaux convertis, ces janissaires chrétiens et musulmans, sont toujours très dangereux. C'est la germanisation qui a amené la chute de la Pologne et de la Bohême. C'est par l'imposition du système féodal germanique à l'esprit éminemment démocratique slave, que ces royaumes ont été paralysés dans leur évolution normale, et ensuite dénationalisés à un grand degré. Et remarquez que la Prusse doit presque toute sa civilisation moderne aux émigrés français à la suite de l'édit de Nantes, qui lui ont apporté non seulement les sciences, mais aussi les nouvelles connaissances agricoles, les industries et les arts. « Les rares cas de haute culture que j'ai trouvés en Allemagne étaient tous d'origine française », a écrit Nietzsche. L'étendard des libertés de la grande Révolution en main, Bonaparte a mis parterre la Prusse caporalisée, malgré toute là discipline militaire de cette dernière, et l'Europe, très probablement, vivrait en ces moments une vie de prospérité et de paix, si la Grande-Bretagne et la Russie ne s'étaient entêtées à sauver sa couronne au mari de la reine Louise, et à poursuivre le Corse, devenu l'Empereur des Français.
Remarquez pourtant que la Prusse, la Hongrie, la Turquie et la Bulgarie doivent leurs hommes les plus dangereux pour l'humanité, à ces convertis ou dénationalisés par force : sans les janissaires dans leur armée, et sans les grands vizirs d'origine chrétienne, les Turcs ne seraient jamais arrivés à jouer le rôle qu'ils ont joué pendant des siècles en Europe ; sans les Macédoniens d'origine albanaise, grecque et serbe, les Bulgares seraient probablement restés les paisibles paysans du Danube ; imaginez-vous la Hongrie moderne sans Mathéas Corvin et sans Jean de Huniady, sans Kossuth, sans Petôffy, sans les Keglevich, les Pejacevich, les Festetich, les Vlassitsch, les Zriny, et sans Liszt, dont aucun n'est magyar. Dépouillez l'Allemagne de tous les Kant, Leibnitz, Du Bois-Raymond, Verdy du Vernois, l'amiral Souchon, Moltke, Bernhardi^
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Bueiroth, Scoda, Rokitansky, Treitschke, Nietzsche, Caprivi, Lichnovsky, Pourtalès, Radolin, Tirpitz, Blasevitz, Clausevitz, Wilamovitz, le juriste von List, même les Maximilien Harden, et les Zeppelin, et tant d'autres. L'Europe s'en passerait et s'en trouverait sûrement beaucoup mieux si ces hommes avaient agi dans les pays et dans l'esprit de leurs origines, souvent lointaines. Il est, en outre, inutile d'insister sur le fait bien connu, que la plupart de généraux et d'amiraux autrichiens dont la lignée commence par Eugène de Savoie n'étaient pas d'origine allemande. Ce sont pourtant eux qui ont rendu possible à travers les siècles la domination de la maison des Habsbourg !
La grande guerre européenne a été décidée à Berlin probablement le jour même de la signature du traité de Bucarest, au moment où le germanisme a senti qu'une forte et inexpu gnable barricade allait être construite contre sa poussée vers l'Orient, contre son fameux « Drang nach Osten », par la création d'une forte Serbie. Le vieux Habsbourg s'y est décidé après une insistance de Guillaume II, appuyée par l'assurance que la Russie n'est pas en état d'affronter une guerre, assurance tirée d'un rapport militaire, très probablement truqué, ainsi qu'après la conviction que ni la France, ni la Grande- Bretagne n'étaient à même de s'opposer à la volonté du Kaiser.
Or, si les alliés veulent assurer la paix au monde, une paix aussi durable que la raison humaine peut la prévoir, il faut arrêter l'incubation prussienne, plus dangereuse, certes, pour l'humanité que toutes les hérésies, et que toutes les invasions et les révolutions que l'Histoire ait connues. Pour atteindre ce but, il faudra affranchir du joug prussien autant de populations non germaines que possible et soustraire l'Allemagne elle-même à la direction des Hohenzollern. Nous
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avons constaté plus haut, que les Bulgares, les Hongrois et les Turcs présentent le même « virus » dangereux pour le genre humain, qu'incarnent de nos jours les Allemands prussifiés. Leur influence sur la marche des événements doit être réduite au minimum, sinon rendue impossible pour toujours. Ce n'est qu'à cette condition, à cette condition seule, que nous pouvons escompter une paix en Europe, une paix digne des sacrifices supportés par les nations civilisées, en défense des intérêts les plus légitimes et les plus sacrés de l'Humanité.