ETIENNE DOUCHAN ET KOSSOVO
Je reviens à rbtctoire.VoukaschJQe ne manquait pas de talenl. Profitant d^s troubles, Lalaschahia s'était emparé dos provinces orientales de la Serbie. L'empereur fit alliance avec le kral des Bulgares et alla s'établir en Macédoine. Pendant quatre années consécutives, les Tares furent tenus en échec; Voukaschine et son frère Ongliécha combattirent en héros, toujours en mouvement, jamais abattus par leurs défaites, sans cesse prêts à l'attaque. Mais l'armée ottomane était soumise à la plus sévère discipline, observait l'obéissance la plus passive; il n'en était pas de même de l'intrépide armée serbe; c'étaient sans cesse de nouvelles disputes entre les volvodes, d'égoïstes rivalités, qui rendaient iuQtiles le conrage des troupes et l'ardenr patriotique de Voukaschine, Le 6 septembre 1371, une grande bataille fut livrée sur les bords de la Haritza, non loin du lieu où Ouroscb avait essuyé, cinq années auparavant, nne terrible défaite. Mourad fut vainqueur encore une fois, l'usurpateur fut tué, la fleur de la jeunesse serbe périt.
En présence du danger qui menaçùt la patrie, les Serbes oublièrent leurs rancunes et leurs haines particnlières. Un immense enthousiasme se réveilla chea ce peuple héroïque; les paysans quittent leurs charrues pour courir aux armes, les baydoucks descendent du sommet de leurs'montagnes, de tous côtés le cri de guerre retentit. C'est l'époque épique de la Serbie, l'époque légendaire qne célèbrent les pesmas. De tous les héros qui se levèrent alors pour combattre les infidèles, nul n'est
,i-,>in,Goo<^[e
plus illustre que Marko, Marko Kral'èvilch, fort et intraitable comme Hercule, qui sera le dernier surTivaot de Kossovo. Hais pour conduire à la bataille ces soldats intrépides, il manquait un chef. Les volvodes se rassemblèrent pour délibérer. Lazare GréblianoTitcb fut élu kral de Serbie, empereur de Diodélie et de Bosnie.
• Lazare, dit M. Laboulay e, fut, comme saint Louis, le modèle du chevalier, du roi, du chrétien; sa bannière porta la croii; son vœu fut de mourir pour la patrie ou pour la religion, b Son courage, son inébranlable fermeté, la sincérité de sa foi, avaient attiré sur lui les regards de Doucban. Quelques anteurs (Safarik, Jiricek), veulent qu'il ait été le fils naturel du grand empereur. Premier prestige que ce mystère de sa naissance. Au début de sa carrière, il est auprès de Doucban comme écuyer : bientôt l'empereur le nomme au commandement de l'armée de Bosnie, lui accorde en mariage la princesse Uilicia, issue de Voue, le troisième tils d'Éttenne Nëmiuia.' Aucun nom n'est plus populaire chez les Serbes que celui de Lazare, le dernier roi, le dernier héros que chantent les pesmas : la La^ariza, qui est k l'Iliade, ce que le chant de Harko est à la chanson de Roland. L'histoire est d'accord avec la légende pour célébrer le nonvel empereur que la Serbie s'était donné pour chef dans cette lutte suprême.
A peine élu, Lazare se mit à la tète de ses troupes. Les Hongrois voulant venger les défaites de leur roi Louis, venaient de passer le Danube ; Lazare marche à leur ren-
om i,.i"ii,,Goo<^[c
STÎEfîNE DOUCRAN ET KOSSOVO. 29
contre, les taille en pièces, les rejette derrière la Theiss. Tristes victoires qne ces victoires de chrétiens sur d'antres chrétiens, quand le croissant était planté devant les portes de Constant! no pie I Profitant de la criminelle invasion tentée par les Hongrois, le sultan Hourad avait rassemblé une armée considérable à Philippopolis, et s'emparait de Nich, point central de communications entre laThrace, la Serbie et la Parmènie. Lazare accou* rut, chargea le brave Démétrius de s'emparer de Cerkvitché; Démétrius obéit et prit la rille. Cet échec étonna Hourad ; Lazare, de son cètè, ne se croyait pas en mesnre de continuer la lutte avec avantage. Une trére de six mois fut signée. Les deux partis en profitèrent pour refaire leurs forces ; mais le sultan avait en Asie une source perpétuelle de nouvelles légions ; l'emperear serbe n'avait pour alliés que les krals de Bosnie et de Bulgarie, les montagnards de l'Albanie et de l'Herzégovine, l'héroïque prince de Montèoégro, Georges Baischa. L'empereur de Constanlinople, l'imbécile Jean V, ne vint pas au secours des intrépides peuples de la Serbie; il se contenta d'aller mendiera Rome la protection du pape. Honteuse époque, s'écrie le grand historien Gibbon, honteuse époque, oii im Urbain V eut !a triste gloire de recevoir au Vatican ces deux ombres impériales, les successeurs de Charlemagne et de Constantin 1 Bientôt, tandis que Georges Castriot, alors allié du sultan, ravageait la Bosnie, les Serbes recommençaient la guerre et Lazare appelait à lui tous les peuples, les vaillants Monténégrins,
D,nl,ii"invG00<^[c
les Bulgares, qui venaient d'anéantir toute une année
turque dans les gorges de Novi-Bazar.
L'heure suprême avait soaaé : l'armée chrétienne et l'armes masulmane étaient en présence dans les plaines de Kossovo.
Hoarad conduisait lui-même ses tronpes; elles étaient si nombreuses, dit le pesma, qu'en quinze jours, un cavalier n'en a pu joindre le boul. La plaine est couverte de Turcs, cheval contre cheval, guerrier contre guerrier; leurs lances sont une épaisse forêt, lears drapeaux sont pareils aui nuages, leurs tentes aui masses de neige sur la montagne ; une goutte d'eau tombée du ciel n'arriverait pas à terre, tant les chevaux et les hommes sont pressés... Et cependant le sultan hésitait à livrer bataille aux princes alliés ; ce fut le granil vizir qni l'y décida : • La nuit dernière, dit-il au conseil assemblé, deax fois t j'ai ouvert le Coran au hasard, et deaz fois je suis ■ tombé sur ces lignes : n Prophète, combats les infî- > dèles et les hypocrites! • Le lendemain matin, l'armée turque se déployait en ordre de bataille sur la plaine immense; le sultan était au centre; à l'aile droite, il avait placé son lils Bayézid el le farouche Evrênosbej ; à l'aile gaoche, son autre fils Yakoub.
De leur côté, les Serbes s'étaient préparés au combat '.
« Le czar Lazare était assis au souper, à côté de Ini la czarioeHilicia; et la czarineHilicia lui dit :« Czar Lazare,