ETIENNE OOUCHAN ET KOSSOVO
coaronne d'or de Serbie, demaia tu pars pour le champ de Kossoïo, emmenant tes serviteurs, tes volvudes, et n'en laissant aucun an palais, aucun homme qui.ciiargé ' d'une lettre, puisse me rapporter ta réponse. Tu emmènes avec toi mes neuf frères, les neuf fils chéris de Jug. Ah I laisse-moi uq seul de mes frères, un seul pour recevoir mes vœux, v
■ Lazare, prince des Serbes, lai répond : ( Chère épouse, leqoel de tes frères veui-f u que je laisse dans la blanche enceinte du palais? — baisse-moi, dit-elle, Busko JiijoTich. * Lazare, prince des Serbes, lui répond : « Chère épouse, czarine Milicia, lorsque demain l'aube do jour paraîtra et que le soleil commencera à luire, lorsque la ville ouvrira ses portes, rends-toi à U sortie de la ville. Là, les guerriers défileront eu ordre, tous à cheval et la lance en main, devant eux fiosko, fils de Jng, tenant l'étendard de la croix : souhaite-lui de ma part toute prospérité; qu'à son choix il cède l'étendard etreste an palais avec loi. •
B Le lendemain, quand l'anbe vint h paraître et qu'on oovrit l'enceinte des murs, la czarine Milicia sortit et se plaça aux portes de la ville. El voici, les troupes sortirent en ordre, toutes à cheval et la lance en main, et devant elles, Bosko,fils de Jug.Son cheval bai est resplendissant d'or, et jusque sur le dos du cheval se déploie la grande bannière du Christ. Sur la bannière s'élève une pomme d'or, de la pomme jaillissent des croix d'or, des croix d'or
32 LA SERBIE ET LE MONTËNËGaO.
descendent des banderoles qui etfleurent les épaules de Bosko.
a La czarine Hilicia s'approche, arrête le cheTal bai par ' la bride, et élevant le* bras vers Bosko, elle lui parle Ainsi à Toix basse : < cher frère, Bosko Jujovich, le czar accorde à ma prière que tu n'ailles pas combattre k KossoTo. Il le souhaite toute prospérité; à ton choix tu céderas Téteadard et tu resteras avec moi, afin qu'un frère puisse recevoir mes vœui. »
n Hais le ûls de lag lui répond : « Va, ma sceur, retourne vers la tour blanche; mais je n'irai pas avec toi, et l'étendard ne quittera pas mes mains, quand le czar me donnerait Krucévac. Voudrais-tu qu'un me montrât au doigt et qu'on dit : a Voyez Bosko, le là<;he qui n'ose pas aller à Kossovo y verser son sang pour le Christ et mourir en défendant la foi? •
> k ces mots, il a franchi la porte. Alors parait le vieillard Jug Bogdaa et avec lui les sept Jngoviches. Elle les appelle tous les sept l'un après l'autre, mais aucun d'eni ne veut voir la czarine. Elle attend quelques monienis encore, et voici "Voino, fils de Jug, conduisant les ûers coursiers du czar, sur lesquels brillent des harnais d'or. La czarine, arrête son cheval gris, et élevant les bras vers VolQo elle lui adresse vivement ces paroles : « clftr frère, Voïno, le czar t'accorde à ma prière. 11 te souhaite toute prospérité; à ton choix tu remettras les coursiers, et tu resteras avec moi, afin qu'ua frère puisse recevoir mes vœux. ■
ETIENNE DOtICHAN ET KOSSOVO. 33
> Hais Voino, fils de Jag, lui répond : « Va, ma sœur, retourne vers la tour blanche; car jamais on brave guerrier ne recule et n'abandonne les chevaux du czar, quand il saurait qu'il doit périr. Laisse-moi, sœur, aller à Kossoïo y verser mon saug pour le Christ, y mourir pour la foi avec mes frères! a
• A ces mots il a franchi la porte. A cette viie la czarine Milicia lomhe sur la froide pierre, tombe soudain évanouie. Alors par^t le czar Lazare lui-même; des larmes coulent de ses jeui, il regarde à droite et à gauche, et appelant Goluban, sou écuyer : «. Goluban, fidèle serviteur, descends de ton cheval au cou de cygne, prends ta maltresse par ses blanches mains, et ramènela vers la tour élevée. Reste ici à la grâce de Dieu; ne nous suis pas au champ de bataille, mais garde l'enceinte da palais. >
» L'écuyer Goluban a entendu ces mots, et des larmes s'échappent de ses yeux. Cependant il descend de son cheval, prend sa maîtresse par ses blanches mains, et la ramène vers la tour élevée. Mais il ne peut résister à son coaur qui l'enlraiae vers le champ de Kossoïo ; il rejoint son cheval au cou de cygne, s'élance dessus et part pour Kossovo.
> Le lendemain, quand l'aube vint à paraître, voici deux corbeaux noirs, venus du champ de bataille, sur la tour du nobl* Lazare. L'un croassait et l'autre s'écriait : « N'ert-ce pas ici le palais de Lazare? N'y a-t-il personne dans le palais? >
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34 IK SERBIB ET LB HONTËNËGRO.
* AucDne Toii ne répond dans le paUis, mais la narine les avait entendus. Aussilôt elle monte sur la toar blanche, et parle ainsi aui deux corbeaux : c Qne Dieu vous conserve, noirs corbeaux 1 Dites-moi, d'où venez-Tous dès l'aurore; serait-ce peul-âtre du champ de Kossovo? Y vltes-vous deux puissante; armées? Ces armées se sontelles battues, et laquelle est restée Tictorieusuî »
V Les deux corbeaux répondent à la princesse : <t Que Dien vous sauve, csarine Milicia! Noos venons ce malin de Kossovo ; nous ; avons vu deux puissantes armées qui hier ont livré une bataille dans laquelle les deux czars ont péri. Des Turcs il en est peu qui survivent; mais des Serbes, ceux qui respirent encore sont tous couverts de sang et de blessures. »
s Pendant que les corbeaux parlaient, voici l'écuy er Hilutin, soutenant sa.main droite de la gauche, sillonné de dix-sept blessures, et son cheval nageant dans le sang. « Qu'est-ce cela, malbeureui Slilutin, la trahison a-l-elle perdu le czar? • L'écayet Milutin lui répond : < Maîtresse, aide-moi & descendre de cheval, humecte mon front d'eau limpide et verse-moi du vin généreux ; car mes blessures ont cousnmé mes forces. •
» La czarine l'aide à descendre, humecte son front d'eau limpide et lui verse du vin généreux. Quand il a repris quelque force, Milicia interroge l'écuyer ; « Dismoi, qu'a-t-on fait à Kossovo? Comment a succombe le noble Lazare? comment le vénérable Jug Bogdan? comment les neuf fils de Jug, et le volvode Hilos, et Vuk Brankovitch, et Strainia ? i
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» L'écayer lui répond alors : « Ils ont péri, czarine, à KossoTo. Là uù est Uimbé le noble prince, on vnit mille javeluU loua brijés, mille javelots de» Tiiri:s et des Serbes; mais les plus numbreui sont cei:i des Serbes, luncès pour la dËCense du prince, de notre glorieux souveraia. Quant à Jug, au front de la bataille, il est tombé dès les premiers coups, et après lui huit de ses lils; car le frère soutenait toujours le frère, tant qu'un seul d'entre eux put se mouvoir. Seul encore Busko survivait; sa bannière flottait dans la plaiue.où il chassait lus Turcs par essaims, couime le faucon disperse les colombes.
» Là où le sang montait jusqu'aux {genoux, là est mort Slrainia, fiU de Bduo. Hilos, b princesse, est tombé près de? froides eaux de la Silnicia, où les Turcs ont péri en masse; Hilos a tué le sultan Hourad, et avec lui douze milliers de Turcs. Que Dieu l'en récompense ainsi que toute sa race ! Il vivra dans les cœura des Serbes, dans leurs chants et dans leurs annales, jusqu'à ce que le monde et Kossovo s'ahtmenl. Hais si lu me demandes où est Vuk? Qu'il soit maudit ainsi que toute sa racel Car c'est lui qui a trahi le czar, qui a entraîné vers les Turcs ■ douze milliers de parjures comme lui. »
Ainsi fut décidé le sort de la Serhie. Voici maintenant comment le poëte turc < raconte la mort de Hourad.
< Déjà les lances brillantes comme le diamant avaient été changées par le sang qu'elles avaient versé en lames
l. Se»ddedin. ap. Boalullj, p. 153. De Uammer, t. I, p. 284 Irad. franc. — Ëugel, Oesch. voa Servien. p. 344.
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de la Gooleur de l'hfacintlie ; déjA les poiates des jaTclots s'étaient tran&formËes en robis ëtiocelanls, et le champ de bataille jonché de tètes et de turbans, en na immense carré de tulipes. Tout à coop, un noble serbe, Milosch KobiloTitch, s'ouvre un chemin à trafers les morts et les combattants. En passant au milieu des gardes dn snltan, il s'ëcrie qu'il vent lui rëTéler un important secret. Moarad nrdonne qu'on le laisse approcher. Alors le Serbe se prosterne, comme poor baiser les pieds du sultan, et lui enfonce an poignard dans le cœur. Les gardes se précipitent sur l'assassin; mais lui, doué d'une force et d'nne agilité prodigieuse, en tue plusieurs et trois fuis écbappe à la foule des assaillants. Enfin, n'ayant pu atteindre soa cheval qu'il avait laissé sur le bord de la rivière, il snc- Gombe, vaincu par le nombre. »
C'en était fait de la liberté serbe. Hais le successeur de Mourad, Bajézid IJdérim, voyant son armée épuisée par sa victoire, dut abaodonDer pour quelque temps les projets de son père. Une paii cruelle fat imposée aui fils de Lazare, Étieone et Voue. Etienne prit le titre modeste de Despotes, il fournit à l'armée turque un contingent de troupes, il donna sa soeur Hiléva en mariage au sultan. C'est ainsi que les Serbes combattirent à Angora, dans les rangs des Tnrcs.
Tant que vécut Etienne, ta paix régna. Prince sage et prudent, il s'efforça de détruire les funestes vestiges du régime féodal, refusant de s'associer à la téméraire entreprise de son frère Voue, q<ii embrassa follement la
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querelle de l'un des Sla de Bayézid, et fui lue sur le champ de bataille d'Urbilza. À Bayézid succéda liahammedi", elàMohainined.HoQrad II. Le nooieau sultoQ avail dix-huit ans àpeine: il reuou vêla avec le prince de Serbie les Irailés de 1389, recherchaot soq amitié, le chargeant d'aller féliciter en son uQm Sigismond, roi de Hongrie q'ii venait d'être élu empereur' d'Allemagne. Trop sage peal-étre le prince Etienne poor cette race serbe si jeane et si guerrière, trop plongé dans ses méditations claustrales, jusqu'au jour ■ où le czar de» czars enverra son ange de mort au gardien de la foi et où son &me se séparei-a de son misérable corps '. » Tool autre est son successeur, Georges Brankovitch qui recommença la guerre contre les Turcs. VaiacQ à Srébaié, it demanda la pais et ne l'obtint qu'à condition de payer à la Porte un tribut annuel de cinquante mille ducats, de rompre toute relation avec la Hongrie et de joindre ses troupes i celles du sultan. Georges dévora l'affront et attendit le moment propice de rompre avec les Turcs. Uni par des tiraitès d'alliance avec l'empereur d'Allemagne, avec Wladimir le Diable, priuce de Valactaie, avec le prince asiatique de Kammania, trois fois encore il recommença la lutte, trois fois it fut vaincu. C'est en vain que l'empereur Frédéric essaya de susciter une croisade • contre las Turcs et autres hérétiques, qui sont le fléau de la chrétienté. • Gem-ges, après la défaite de son armée, dut