ETIENNE DOUCHAS ET KOSSOVO
furieux, Hotiucniiied ordonna an assaut général de Belgrade et M mit lui-même à la tète de ses janissaires. L'assaut fut repoussé ; les Turcs prirent la fuite, en vain le sultan essaya d'arrêter la débandade, il dut lever le siëgii, ayant perdu vingt mille de ses soldats.
Ce fut le dernier triomphe des chrétiens dans cette guerre terrible. Hunyade, blessé dans la lutte, alfaiblî encore par les miasmes pestilentiels du champ de bataille, eipira vingt jours après la défaite de Mohammed, et 1c poêle chanla ; a Son Ame s'est envolée vers la grande patrie : Jean Hunjade avait assez vécu. ■ Georges suivit an tombeau son héroïque allié, le 24 décembre 1437, dans sa forteresse de Sémendria. Hunyade et Georges sont dignes de leur gloire. Certes, leurs luttes furent inutiles puisque laSerbie fut soumise par les Tores, malgré leurs hauts faits; mais le peuple gardera leur souvenir. Ce souvenir le soutiendra pendant les siècles ,do l'oppression, il l'excitera au combat le jour où il reprendra les armes contre ses tyrans.
Passons rapidement sur les tristes années qui séparent la mort de Georges de l'asservissement dé&nitif de la Serbie. Le vieui prince laissait une fille, Mara, veuve de Itourad II, et trois lils, Gréf^oire, Etienne et Lazare. Hais les deux premiers avaient eu les yeux crevés par ordre d'ishakbey, après la pri^e de Sémendria. Lazare chassa ses frères aveugles, prit seul le titre de Despote, empoisonna sa mère et demanda la paix ao sultan, lui offrant un tribut annuel de 20,000 livres d'or. Ce misérable, qui
Dinliii-invGoOt^le
ii LA SERBIE ET LE HONTËNËGRO.
déshonorait le nom de Brankovitch, mourut après deux mnis i)n règQO. Alofs, tandis que sa sœur, la czarine lait à Belgrade et suppliait le sultan de lui droits, la veuve de Lazare, Hâlèae, se soulève, f>ii secours le légat du pape, San-Ângéjo, qui Ile aînée à l'héritier du tr&ne de Bosnie. Chose Me était l'aversion des deux églises grecque et u moment même où pour plas de cinq siècles lit l'iadépendance de la Serbie, ce fut contre coDclu sous la protection du pape que se dignation populaire, et la fonle furieuse se lire la petite-QHc de Lazare. Mohammed proiésordres : le grand vizir Hahmood Pacha, e Roumilie, entra en Serbie, gagna te Danube brcées, soumit tour à tour Ressova, Czarivouc, ranigoraga. L'année suivanle(l459),le sultan e mît à la tète de ses troupes, prit et incendia Bientût tout le reste de la Serbie se soumit, iprès la prise de Constanliuople, l'empire du m n'était plus qu'une humble province de toman. Seul, Scanderburg poursuivait en lulto héroïque.
i que la Serbie fut soumise aux Turcs. Ses jes intrépides défenseurs, n'étaient plus; lernier survivant de Kossovo, dormait du i morts entre les bras de la vila de Chilindar, :il dura plus do trois siècles.
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Lk SERBIE SOUS I\ IIOMrHATIOK OTTOXilNK.
La guerre avait éclata entré les Hongrois et les Turcs. Voici ce que raconleat les pesmas :
< Georges Brankovilch a dit k Hanyade : Si tu es vain- » queur, que feras-tu de Eolre Église? HunyBde a ré- ■ pondu : J'établirai partout la religion catholique et ro- D matne. Alors Georges Brankovileh est allé vers le " sultan et lui a dit : Si tu es vainqueur, que feras-tu de » notre Église? Et le sultan a répondu : Auprès decUaque mosquée, il y aura une Église, et tout habitant s«ra » libre de se prosterner devaut Tune, oudefdredes signes > de croix devant l'autre, a
C'est là le secret de la langue domination ottomane en Serbie, domination qui dura plus de trois cents ans. La tolérance religieuse la plus complète, tel était le fondement de la politique turque Était-ce par un mépris de l'infidèle conforme à ces paroles du Coran : « Celui que
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* Dieu a abandonné à l'erreur, jamais tu ne pourras lu » faire reconnaître la lumière de la rérilë T • Ëtait-ce par un intérÈt bien entendu ? Qu'importe au fond, si la Porte avait essayé de persécuter le; chcétiens serbes, au lieu de régner pendant quatre siècles en Serbie, elle n'eût joui que d'une domination éphémère comme daiis le lUonténégro. Les philosophes conseillent la tolérance religieuse comme une chose juste et fondée sur la liberté htimainei lea hommes politiques derraient la conseiller comme un ressort essentiel d'un gouxernement fort.
Non-seulement le sultan respecta l'Église serbe; il sot encore atec ane rare habileté tirer profit de sa constilu- Ijoa. tl ; a en effet dans l'Église d'Orient autre chose que ces minuties bizarres, que ces superstitions puériles qui nous étonnent. Plus que l'élise romaine elle a sa conserver la primitive simplicité du ctiristianisme ; elle a moins d'unité, dit Btanqui, elle a moins de discipline, d'où moins de grandeur et moins d'autorité; mais elle se prête mieux aux habitudes des peuples,elle est plus souple, elle ne supprime pas entièrement le libre arbitre de l'homme, et, moins austère, elle est portée aux transactions : en i-eli^on, comme en histoire, la formule du slavisme est simple : médiation perpétuelle. . Graves différences que celles ci,plusimportantes que celles dont dissertent les casuiste^, simples questiom d'Étiquette, de blason. Aussi, dés la fin du iv* siècle, par de successife^ et insensibles empiétements.ce fut le patriarche de Constantinople qui s'arrogea le droit de consacrer le patriarche
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LA SERBIE SOUS LA DOMINATION OTTOMANE. 4S et les éïèqiiea de la Serbie, grand avantage pour la SubliniË-Porte et dont les Slaves du sud n'ont pas compris la portée pendant longtemps. C'est ainsi que trois personnes représentaient l'administration ottomane chez. les Serbes : le padia auquel était dévolu le gouvernement politique ; le cadi, chargé de la justice ; l'évéque, chargé du culte. Tons trois percevaient les impôts, l'évéque chrétien comme les fonctionnaires Inrcs, Mais si le pacha de Serbie, était tolérant en matière religieuse, il prenait comme sa revanche dans une éponvantable tyrannie politique. Aujourd'hui encore, il n'e^t pas un enfant de la hbre Serbie qui ne prononce avec horreur le nom de la Néboîcha, cette sombre prison de Belgrade, d'où l'on sortait rarement, où, i^elon les pesmas, il y a de l'eau jusqu'aux genoux, où les serpents se croisent, et les amas d'os hiimains s'élèvent à la hauteur des épaules ; il n'est pas une jeune lille qui ne frissonne au souvenir dn taureau de Boudnik, ottoman féroce et libertin, qui, pareil au Uinotaure de la Crète, levait un tribut de vierges ' : il n'est pas nn cœur qui ne frémisse encore lorsque les vieillards racontent les horreurs des supplices, les souffrances indicibles de ceux qui restaient vivants sur le pd, souvent pendant plusieurs jours, tandis que les chiens leur venaient manger les pieds.
Cartes, de pareilles cruautés ne se renouvelaient pas chaque jour, m^is le joug ottoman n'en était pas moins