‹ La Serbie et le MonténégroChapitre 16 sur 68 · Vonlc. Dlct.urbe · texte numérisé non relu

Vonlc. Dlct.urbe

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LA SERBIE ET LE HONTÉnÉGHO.

irèts a'auraient pas suffi pour empêcher la vie lale de s'éteindre pendant les longues années de ession ; il a falln les monastères, il a fallu les codces caravansérails de l'Orient chrétien, que les respeclèrent,tandis qu'ils livraient aux flammes les j. La conservation de la nationalité est due à la TatioD de la religion, et, sans les cooveats, la rallie l'Évangile eût pu disparaître devant celle du . Ce spectacle, nous le verrons se produire dans la' agora, malgré les efforts des ëvëqoes et du clergé. ]ue dans la Hontagne Noire, le culte manquait de iles sacrés où la foi ne saurait s'éteindre, pareille nbeau des vestales. Les Turcs, nous l'avons dit, ne niaient pas les chrétiens serbes; mais cette lolé-

indiffêrente et méprisante n'eût sans doute pas Les Serbes de la Bosnie en sont un exemple. S'ils ssë à l'islamisme, dit Léopold Ranke, c'est qu'il n'y [tas chez eux d'assez nombreux couvents pour proies vieilles croyances.

peut lire dans les voyages de HM. Blanqui et Xalarmier la description de ces monastères, vasteg jnts d'une architecture simple et primitive, aux Iles ornées de fresques. Le jour de la fête popn-

on 7 arrivait de tontes parts, on priait, on célée repas en commun, on dansait, on écoutait sur- I rapsode aveugle chantant les exploits des ancé- ) bataille de Kossovo, la vie aventureuse de Harko. [loésie, si cltakureiise et si ardente,n'a pas peu con-

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LA SERBIE SOUS LA DOMINATION OTTOMANE. 49 tribuê, elle aussi, à conserver intact l'esprit natioaal des Serbes. Qteis souvenirs que ceux de la dernière guerre contre les in&dèles, de cette guerre funeste qui aboutit à la journée sanglante de Kossovo ! qu'ils étaient bien faits pour entretenir sans cesse la Qamme du patriotisme ! Lazare, Harko Kraliévitch, ces deux noms reviennent sans cesse dans les pesmas. Lazare, c'est le czar héroïque qui préfère l'empire du ciel à l'empire du monde, mais qui n'en combat pas moins pour la foi. Harko, c'est à la fois le Cid et le Roland de la Serbie, qui trouve dans Rouanda sa Cbimène et sa belle Aude an bras blanc ; c'est le guerrier farouche qui combat toute sa vie contra les infidèles. Sa mort ressemble singulièrement à celle du héros de Roncevaux. Trahi, vaincu, prêt à tomber entre les mains de ses ennemis, il laisse couler le sang de ses blessures pour ne pas servir aux Osmanlis de trophée vivant ; mais rien de lui ne doit être souillé par les barbares ; d'un coup de son sabre, il abat ta tète de son cheval Scharatz et lui creuse une fosse ; comme Ro land, qui brise Durandal, il brise son bon sabre et le lance du haut de rOuvrina dans la mer profonde. Puis il meurt ; des moines ensevelissent son cadavre. Hais le héros reviendra un jour sur terre, le jour où la Serbie se lèvera contre l'oppresseur.

Et puis en secret, comme si c'était un crime que d'en parler, on se racontait l'histoire de Grouïtza, le roi de la Montagne Verte, libre encore dans ses inaccessibles Bal-

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m LA SERBIE ET LE HONTÉNÉGRO.

kans ':■ Le pacha de Zagorié écrit une lettre, et il l'expédie au knèze Miloutine vers la plaine de Graliovo : « Hiloutine, knèie de Grahovo, prépare-moi un logement splendide, fais nettoyer trente chambres pour mes trente braves, et procure-moi trente jeunes filles dans tes trente chambres pour mes trente braves ; pour moi, fois décorer la blanche tour, et que là soit ta chère fille, la belle Ikonia, afin qu'elle reçoive les caresses du pacha de Zagoriè. • Et la lettre va de main en main, jusqu'à ce qu'elle arrive à la plaine de Grahovo, nnx mains du knéze Hiloutine, qui se met à pleurer en la lisant. Hais , la belle Ikonialui dit : «0 moapère.knèze Hiloutine, fais nettoyer les trente chambres et préparer un souper splendide; ue t'inquiète point des jeunes filles, je me trouverai trente compagnes, et pour moi je serai dans la blanche tour. »

* Ikonia ayant instruitson père, elle piit une écritoire et du papier, et elle écrivit sur son genou cette lettre à son pobratime Grouitza : ■ Frère, choisis dans ta bande trente jeun es compagnons, qui soient beaux comme des filles, et ïieHS avec eux vers notre blanche maison. » Et, la lettre écrite, elle l'envoie en hâte à Grouitza, qui sit&tse met en marche et arrive au coucher du .soleil dans la plaine de Grahovo La belle Ikonia l'attendait, elle ouvre les bras et le baise au visage, à ses trente compagnons elle baise la main, puis les introduisant dans la

1. A DozoÈi. Poégies poputttiret serbes. (Traduites ear les originanï.)

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LA. SERBIE SOUS LA DOMINATION OTTOHAHE. 91 blanche tour, elle OQvre de grands paoiers, en tire des habiU de lîlle, dont elle revêt les trente hajdouks ; après quoi, elle les conduit dans les trente cliambres, et Grouitza leur dit : •> Frères, vous tous mes compagnons, que ehacuD de vous demeure dans sn cbambre; puis, quand viendront les gens du pacha, baiseileur le bord de l'habit et la main, détachez lears armes brillanles, et servez-leur le vin et l'eau-de-vie. Uais écoutez mon fusil : quand il retentira dans la blanche tour, c'est que j'aurai tnè le pachti ; que chacun de vous, alors, lue son homme et tous accourez vers moi pour voir ce qu'il est advenu du pacha. >

» Ainsiavaitdit le jeune Grouitza, et ainsi est-il arrivé. La belle Ikonia emmena les haydoaka et les distribua dans les chambres. Puis, elle revient à la tour et, tirant ses plus beaux habits, elle eu revêt Grouitza l'adolescent. Elle lui passe une fine chemise brodée d'or, aux jambes des pantalons et aux épaules trois tuniques, sur lesquelles il y a trois mesures d'or ; an col elle lui attache trois colliers, et, par-dessus, un rang de perles ; aux jambes, elle lui met des guêtres et des babouches; et, pour compléter ce costume, elle lui couvre la tète d'nne riche coilfare ; puis se mettant à le considérer, elle lui dit : ( Tu es beau, mon frère ! plus beau que moi. qui suis une iille. » Comme ilsparlaientainsi, on entend résonner le pavé de marbre : c'est le pacha de Zagoriê qui arrive ; devant lui marche le kaèze Miloutine et derrière lai ses trente braves. Grouitza va à leur rencontre, et baise la

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LA SERBIE ET LE MONTÉNÉGRO et riubit du pacha, qui lui rend le baiser ses yeux Doirs, et dit à Miloutine : ■ Retire-toi, !, avec mes braves, et fais-leur servir un souper le il coDïient ; pmir moi, je ne veui rieQ manger. » and ils furent partis, Hiloutine et les trente braves, le pacha commença à 6ler &es riches habits et tza à placer les coussins ; pais,qtiand le pacha se fut l'aise, il se laissa tomber sur la couche, en disant à tza : a Viens ici l'asseoir, belle Ibonia, pas<>e avec i nuit sur ce ht, et tu seras la femme d'un pacha. > ssitôt il se met à lutioer Groultza, à Ini passer la sous les bras; mais le haydouk n'y était pas fait : î, dèbauchË, dit-il en sautant sur ses pieds légers, , pacha de Zagorié ! Ce n'est point ici la belle 1, mais Groullza NoTakovitck t » Puis.lirant un poids sa ceinture, il en perce le pacha, court à la fede la tour et lire deux coups de fusil pour donner ;nal à ses compagnons. A peine les haydouks at-ils entendu, que saisissant les sabres tranchants tuèrent les trente braves, leur prirent ce qu'ils it de précieux et coururent trouver leur chef pour e qu'il avait fait du pacha. Or, il l'avait tué, et il issis bavant du vin que lui servait la belle Ikonia. » t ainsi que les Serbes sous la domination ottone cessaient d'espérer dans un avenir meilleur, lislotre, pendant cette triste période,se borne à peu ise. Ceux d'entre les Serbes qui, à la mort de Las'étaient réfugiés en Hongrie, continuèrent dans

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LA SERBIE SOUS LA DOMINATION OTTOHANE S3 leur BOUTelle patrie ft combattre la puissance uttomane; ils formaient à Salan-Kemea et à Temesvar une petite armée que commandèrent pendant longtemps deux princes de la famille dea BfaukoTitcli, Voue, dit le Dragon, et Paul, neveu de Grégoire. Ou voit ces vaillants proscrits lutter à Gibeh (1480] a?ec lenr bravoure habituelle contre les troupes du snltan qui avaient envahi la Transylvanie ; le roi Blathias protégea le prince Paul et donna aux Serbes le privilège d'eiercer publiquement leur religion. Puis Voue Zmal et Paul moururent à quelques années de distance ; la plupart des Serbes émigrèrent en Transylvanie ; les membres de la famille BrankoTÎtch, le prince Joseph, Auguste, les deui Étiennovitch, offrireai leurs services à l'empereur- La dispersion était complète, la Sublime-Porte était partout victodeuse, et la kral Marko sommeillait encore dans son tombeau.

Mais pour que Harko vint prendre de nouveau le commandement de ses hayd3uks,il fallait autre chose encore que le courage jamais abattu des enfants de la Serbie ; il fallait le sentiment de force inspiré par l'alliance d'une «Qtre nation slave. Aussi les yens des guerriers asservis !e tournaient sans cesse vers Vienne et Moscou : les uns espéraient dans le ciar du Nord dont Tappui fut dans la suite d'utilité si grande aux enfants de la Montagne Noire; les antres espéraient dans l'empereur d'Allemagne. N'étail-il pas à la fois roi de Bohème et de Moravie? devait-il rester étranger aux intérêts du peuple slave, lui qui commandait à d'autres Slaves, lui qui dans

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ion de ces peuples pouvait trouver la plus solide Tiêres entre sou empire et celui du sultan?

imhla pendant quelque temps que l'empereur lague fût disposé à prendre le beau rôle de libédu peuple serbe. On vit (1663-1690), l'empereur d pressant le patriarche d'Ipek de proclamer 9 Brankontch, despote de Serbie, promettaut à . proscrits ses secours et sou appui. Le patriarche Léopold insista de nouveau, et Maxime proclama I II, qui rejoignit à Kl^ovo l'armée autrichienne Ëral prince Louis de Bade. Hais, au dernier moempereur recola devant la grandeur de l'entrelors ' épouvantées par les dispositions menaçantes es, près de qnaranle mille familles serbes cumproans la tentative de Geoi^es, altèrent s'établir en en âlavonie, dans les environs de Bade , où 1 les couvrît de sa protection. Charles VI et Mariesuivirent la même politique. Ouant à Georges II , ut dans la forteresse d'Eger, après trente années vite.

idant l'empire turc chancelait sur ses bases. Déjà inégro.avait levé l'étendard de la révolte ; déjà s pachaliks avaient refusé le paiement de l'impôt ; et la Bosnie s'étaient rendues à demi indépene la Porte, Joseph II était alors empereur d'Allepeu de princes ont été animés d'un esprit plus implojant la force même pour rëiliser ces réfor- 'hiers. La Serbie, p. 89. sq.

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LA SERBIE SOUS LA DOMINATION OTTOMANE. S3 mes que dans des pays voisins d'antres princes combattaieot avec la dernière violence, et cependant le Ûls de Marie- Thérèse fut mèconna de ses contemporains, l'histoire même ne lui a pas encore readu le rang si élevé dont il est digne. Joseph II prit en main la canse des Serbes chrétiens : « Il fant, disait -il, venger l'humanilé de tout le mal qui lui ont fait les Ottomans ; il faut rejeter dans leurs steppes- ces barbares d'Asie. • De là, an moment même où éclatait la Révolution française, son alliance avec la Russie, alliance dont la plupart des causes ont été si mal comprises de ceux-là mêmes qui jonèrent an rdie dans les fameuses négociations de Carson, du prince de Ligne, par exemple, alors attaché à la cour de l'impératrice Calherioe et .qui disait de ces événements : t La flotte de Clèopàtre est partie de Kiovi dès qu'âne canonnade générale nous a appris la débâcle du Borysthéne. Si un nous avait demandé, quand on nous a vus monter sur nos grands ou petits vaisseaux, au nombre de quatre-vingts voiles, avec trois mille hommes d'équipage : Que diable allaient-ils faire dans les galères ? nous aurions pu répondre ; Nous amuser; et voguent les galères!... * »

Au mois de déc<^mbre 1787, l'armée autrichienne était snr pied. Malheureusement l'empereur voulut en prendre lui-même le commandement sous la maladroite direction de Lacy, son Heator militaire, bon serviteur,brave soldat,

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