I. Manon : Mémoires secrtU tur la Rustle, vol. I, p
Dinliii-invGoOt^le
Li SERBIE SOUS LA DOMINATION OTTOMANE. 5f de relever l'empire de Douciian. Hais il valait mieux pour la Serbie de ne devoir son indépendance qu'à elle seule, de la conquérir elle-même, fiM-ce au prii de son ung le plus précieux. La Providence a ses desseins cachés que les homnles sont longtemps à méconnaître. Les Serbes, abunduonés par l'Autricbe, abandonnés par la Russie, coai'bârent la tèle avec douleur : l'oppression devait-elle donc durer éternellement? Les Serbes ne comprireiit pas que la liberté acquise au prix de la protection d'une puissance étrangère, n'eût jamais en de la liberté que le nom. La czarine eût voulu faire de Belgrade un chef-lieu russe, lui imposer des généraux et des prêtres moscovites. Quant à l'Allemagne, elle méprisait les Serbes, elle baissait les races slaves si différentes des races germaniques; plus tard elle les jalousera, et, dans son égoisme étroit, elle applaudira Hegel, affirmant que les Slaves ne comptent pas dans le travail de l'humanité.
Nous touchons au glorieux moment où, la coupe de lie vidée, la Serbie va se lever comme nn seul homme contre les pachas qui l'oppriment. La dernière campagne de l'empereur Joseph avait réveillé, excité tous les esprits. • Qu'avez-vous fait de nos ralast » s'écriiiit, eu s'adressant à MO officier autrichien, nn commissaire du pacba de Belgrade; et le sultan Houstapha songeait déjà & abandonner Stamboul pour retourner en Asie. Le peuple murmura : Sélim, successeur de Mousiapha, réagit énergiquement contre la politique de son pèro; il équipe de
D,nl,ii"invG00<^[c
LA SERBIE ET LE HONTeNËGRO.
9 troupes, leur impose une discipline séTère, re des caoons, achète des vaisseaux à l'Auglertifle les frontières. A la nouvelle de ces prépaigitatioQ, qui s'était emparée de la Serbie, augicore,soDr<]e rumeur, bruit précurseurde l'orage, grande révolution qui rendra la liberté au peuple lian et de Lazare, révolution essentiellement dé- [ue, et dont les chefs ne seront pas, comme ceux èce, des princes et des nobles parfois empruntés rres étrangères, mais de grossiers paysans, sare à peine et qui accompliront cependant l'une fres les plus glorieuses des temps modernes.
a Serbie, dans la longue guerre qu'elle eut à sonitre les Turcs, déploya autant d'hérolsiue que la Kara-Georges vaut Bolzaris, les défenseurs de tscliina valent ceux de Hissolonghi. Mais comme lieux philosophe : n La gloire d'une belle action beaucoup de l'endroit où elle se pa^se. ■ Sublime î : les Grecs ont trouvé un Bjron pour chanter :ploits; et pour chanter leur lutte épique, les L'ont que les bardes errants des pesmasi
Lt BËTOLOTlOtl SIBBB. — K&R1-GE0RGB5.
De toui leî ennemis intérieurs da sultan, aucun n'était plus i craindre que le corps farouche des janissaires, in* solenLs et capides mercenaires dont la puissance était Dne des causes de la décadence de l'empire ottoman; les vizirs tremblaient devant eux, et depuis longtemps déjà les sultans étaient entre leurs mains de timides in«truments, comme jadis les Césars d ; Rome entre les mains de la garde prétorienne. Sélim dés son afénement, avait résolu d'abattre l'orgueil et les prétention» des janiiïaires. Tâche rode et difficile, entreprise pleine de périls, qu'il fallait tenter cependant, car le salut de l'emp^e en dépendait, Sélim y succombera et cette réforme ébauchée contribuera à accélérer la révolution serbe.
Si les janissaires étaient les plus redoutables parmi les ennemis intérieurs du sultan, les janissaires de Belgrade étaiantdetous ceux qui lut inspiraient le plus de crainte.
D,ni,ii"iT,GoO<^[c
Leur insolence ne coniiâissciit pas de bornes; unis aux spahis, sou te a us par le cËlèbre Pasvan-0glou,il3 avaient éla eni-mêmea leurs cbefs qu'ils appelaient dahis, à l'exemple des deyj de Tripoli et d'Alger; ils commandaient en infiltres dant toutes les furtereases; ils refusaient l'obéissance aux pachas de Serbie et de Bosnie.
En présence de cette situation, grosse de dangers, Sélim nomma un nouveau pacha de Belgrade, l'énergique Abou-Békir; mais à peine celui<ci était-il arrivé à Nisch, que les janissaires l'entourent et le menacent; Abou- Békir répond par la lecture du tirman impérial qui ordonne aux janissaires de quitter la Serbie, et de se tenir prêts à obéir aux ordres du sultan. Ce firman était prévu; un violent tumulte n'en suit pas moins la lecture faite par le pacha ; un coup de feu part, et le malheureux envoyé de Sèlim tombe baigné dans son sang. Ce qu'il 7 eut de plus grave, c'est que les soldats, rassemblés aussilfit après par le sultan, refusèi'ent de marcher contre les révoltés : « Jamais, s'écriaient-ils, nous ne ferons la guerre à des Uusulmans qui n'ont d'autres torts que celui de vouloir empêcher que l'on porte atteinte à leurs droits '. B
Les janissaires se trouvèrent ainsi maîtres absolus de la Serbie; les cadis avaient pris la faite, les pachas n'osaient se risquer parmi eux, une véritable terreur régnait à Belgrade et ^anslescampagnes. Nul n'étaitassuré de sa fortune,
1. Olivier : .-foyage dans l'empire oUoman; cilé par h. Ranke. Loc. cit., p. 94.
.,Go(><^[c
LA RÉVOLUTION SERBK ET KARA-GEORGES. 61 nul n'Était assuré de sa vie; il semblait.dit Léopold Ranke, qae contrée et habitants, tout fût devenu la propriété des dahis. Déjà le sang avait coulé; le koëze de Schabatz, Rauko, avait été égcrgè par le sauvage Bego Nouljaain, et le district tout entier avait éti livré aux flaromes. Piûs, tes janissaires avaient rompu avec leurs andeus alliés, les spahis; ils les chassèrent, ils massacrèrent tous ceux qui leur tombaient entre les maius; le meurtre et le pillage furent organisés en système .
Les knèzes envoyèrent une députation à Sëlim : ■ Le joug des dahis est insupportable, dirent ces malheureux ; nos croyances sont attaquées, nos femmes et nos filles outragées, nos monastères livrés aui flammes, nos prêtres abrenvés d'insultes. Sire, si V, H. ne met pas fin à ces excès, nous irons nous rérugier dans les montagnes et nous saurons nous venger nous-mêmes. » Le sultan répondit alors par la bouche du grand vizir: ■ Vosplaiotes mal justes, mais puisque les croyants n'aiment pas tirer le sabre contre d'autres croyants, j'enverrai contre les dahis ane armée étrangère. >
Parole imprudente t Quelle était cette armée étraogère snr laquelle Sélim fondait ses espérances ? Était-ce nne armée msse, était-ce une armée autrichienne? N'était-ce pas plutôt les ratas serbes que le sultan avait eas en vue ? AussiLfit un seul cri se fait entendre parmi les dahis : « Mort aux râlas ! n Les janissaires courent aux armes, envahissent les villages et les fermes, égorgent les ralas et les knèzes Stanoje, de Bé-
■v,Go(><^[c
Si LA SERBIE ET LE U0NTËNÉ6R0.
galitza, fut le premier qui tomba sous les coups de ces furieux ; puis ce fat au tour d'Étlenne de Socke, deThéophan, de Mark Tschaparapilcli, du praire Géro (4 février ISOi), de cent autres dunt les DomsoDtélé conservés dans les chroniques de la Serbie. Le pays tout entier était ploagë dans la terreur: où devaient s'arrêter ces vêpres sanglantes ? Personne ne le savait, mais chacun craignait pour soi. Seuls, les vieillards et les enfants demeurèrent dans les villages, tous les hommes valides se réfugièrent dans les montagnes.
C'est alors que du fond des forêts de ta Schoumadia, une voix éloquente s'éleva, appelant tous les Serbes à la défense de leur foi, à la conquête de la liberté; cette voii, c'était celle d'un rude paysan de Topolo, Georges, (ils de Pierre.
L'homme que les Turcs devaient surnommer Kara- Georges ', et auquel était réservée la gloire de rendre à sa patrie la liberté et l'indépendance, gardait alors dans la Schoumadia des troupeaux de porcs. C'était un homme grand et fort, aux épaules larges, à la (été longue et fine, au nez vigoureusement accentué ; m:iis l'expression était douce, leregard bienveillant et sereîu. On a pu dire de lui, comme Uichelet de Gustave -Adolphe, qu'il était « un bon géant »
Sa jeunesse fut héroïque. Lorsqu'on 1787 les Autrichiens soulevèrent les ralas, son père et lui combattirent