‹ La Serbie et le MonténégroChapitre 20 sur 68 · C -à-dJFe: chaque maiion a iod chef · texte numérisé non relu

C -à-dJFe: chaque maiion a iod chef

■v,Go(><^[c

66 LA SERBIE BT LE MONTËMËGRO.

Cepenjant les dahis, retranchés daas les forteresses, appellent à leur secours les terribles cavaliers connus sous le nom de kridschaies. De son cdié, Ali-Bey, pacha de Bosnie, s'établit au furt de Schabatz, avec une nombreuse armée; il somme tes Serbes de mettre bas les armes. A cette insolence il fut répondu par la victoire de Svilenoa. Puis Kara-Georges mil le siège devant Bel- La victoire de Svilenoa donna à la révolte an immense élan. Schabalz capitula grâce aux deux cents hajdouks du couvent de Tschoketschina qui se lirent égorger jusqu'an dernier pour retarder l'armée de Békir et permettre à Georges de forcer les portes de la ville. « Ce furent là les Thermopjles de la Serbie. • Le chef de ces haydouks, l'indocile Kjurtscbia, avait hésité devant le danger, il voulait abandonner le couvent, u Eii, disait-il, laissons les Turcs détruire ces murailles, on rebâtit un monastère bnUè, on ne ressuscite pas un homme mort : » Le knéze Jacob Nénadovitch lui répondit par une parole antique : « Crois-tu donc que la semence des hommes doit pècir avec toi '. •

Le siège de Belgrade continuait. A Gonstantinople, le sultan Sèlim avait accueilli avec joie la nouvelle de la révolte des raias ; il était donc enfla vengé de ces insolenU janissaires qui lui brisaient le pouvoir entre les mains ! Sélim considéra les Serbes comme des auiiljaires' il promit au knéze Jean Raschkovitcb, alors à Stamboul de secourir ses frères révoltés, il ordonna an pacha de

LA RËTOLDTION SERBE ET KARA-GEORGES. fn Bosnie d'iatervenir an Serbie, d'éloigner les duhia et de rétablir l'ordre. — Aa»sit6t, Bèkir joiat ses troupes à celles de Georges, de Nénadovitch, de Hilenko, et pousse arec vigueur le siège de Belgrade. La terreur règue dans la grande ville; les kridschales prennent la fuite; les dahis s'embarquent sur le Ddnube pour se réfugiera Novo-OrsoTa; mables râlas les préviennent, les surprennent, vengent sur eus le massacre des kaèzes. Alors le pacha Békirditaiix Serbes: a Maintenant justice est faite, retournez dans vos maisons : vos troupeaui et vos charmes vous attendent. »

Lorsque Kanut ordonna au Ûuz de la mer de se retirer dan5 son lit, il ne s'attendait pas à ce que les Qots lui obéissent. Sèlim, lui, s'attendait naïvement k ce que le torrent populaire s'arrêtât aa premier son de sa voix» Kara-Georges se chargea de le détromper.

La débite des dahis changeait peu de chose à la situation matérielle de la Serbie; la tyra:inie ottomane pouvait recommencer du jour au lendemain. Il fallait aui râlas des garanties. On était alors aa mois d'aofll <80i. Georges temporisa, traîna en longueur les négociations avec le sultan. Mais pendant ces six mois il avait envoyé trois ambassadeurs à Saint-Pétersbourg, Jean Pratch, le proia Nénadovitch et Tcbardakiia. Ce que l'on demandait à la cour impériale, était moins un secours actif qu'un appui mor.tl. Les députés retournèrent avec cette réponse : ■ Prenez l'inilialive du mouvement , adressez vos demandes à Constant] nople, notre représentation les ap-

Dinliii-invGoOt^le

68 LA SERBIE ET LE MOi%TgNËGRO.

Aussitôt Karj-Georges cessa de temporiser. II convoque à Ostraschnitza une assemblés de tous les Serbes; le sultan, les hospodars de Valachie et de Moldavie envoieot des représentants. Dès la première séance Sëlim rendit un fîrmaa qui donnait à Georges le litre d'ober-knèze de la Serbie. Hais cette Taine distinction lionorifique ne suffisait plus : ■ A daterd'aajourd'hui, dit Georges, lesSerbes ne payeront plus d'impôt au divan; assez longtemps le Joug tnrc s pesé sor les chrétiens. Nous expulserons de leurs repaires les derniers dahis et nous nous emparerons de toutes les forteresses, n Ces paroles furent suivies d'actes non moins énergiques. Sans attendre le retour des dâpulés envoyés à Stamboul, Kara-Georges recommença la guerre, forçant les citadelles occupées par les dahis, taillant en pièces tous les bataillons ennemis qu'il rencontrait; et un nouveau chaut de triomphe résonna dam ta Sboumadia : i Quand le soleil de la Serbie brille dans les eaux du Danube, le Ueuve semble rouler des lames de yatagan et les fusils resplendissants des Monténégrins : c'est un Ueuve d'acier qui défeud la Serbie. II est doux de s'asseoir sur la rive et de regarder passer les armes brisées de l'ennemi. — Quand le vent de l'Albanie descend de la montagne et s'engoulTre dans tes forêts^ il en sort des cris comme de l'armée des Tares en déroute, et ce murmure est bien doux à l'oreille des Serbes affranchis. Hort ou vivant, ohl qu'il est doux après le combat, de reposer au pied du chêne qui cbaate ta liberté I »

D,nl,ii"invG00<^[c

Ik RÉVOLUTION SERBE ET KARÀ-GBORGBS. 60 Sélîm élait fort embarrassé; il aedemaudailpaa mieux qDe|de se concilier les Serbes.prérëraat avoir de Qdèles alliés que des sujets toujours disposés à la révolte ; il hésitait à repousser leurs propositions et à entrer en lutte avec eux. Mais d'autre part le mêcouteutement contre ses tentatives de réformes augmentait à Conslantinople; on l'appelait le sultan Giaour. Sélim eut la faiblesse de céder aux vieux Turcs. Au mépris du droit des gens, il jette dans un cachot les envoyés serbes, et donne à Aflz, pacha de Nisch, l'ordre de marcher contre les re-

La guerre épique était engagée : d'un côté les troupes innombrables de l'empire turc, les spahis, les janissaires, les bachi-bozouks ; de l'autre quelques milliers de haydouks et de pâtres, armés de vieux fusils, de handjars, de faDX, mais animés du plus ardent patriotisme, héroïque poignée d'hommes ayant juré de vaincre on de mourir. Un grand poêle l'a dit : • Cette histoire ne doit pas être simplement écrite, elle doit être chantée 1 • — fe vais essayer d'en retracer les principaux épisodes.

A&z marche sur Belgrade; Mileuko l'attend fièrement à Kjupria avec trois mille bommt^s, soutenu par Georges et le peuple de la Schonmadia. Le pacha de Nisch tenait le langage de Xenès, les Serbes se battirent comme les Grecs de Thémistocle. La lutte fut terrible et ie prolongea pendant deux jours; la victoire était indécise, lorsque, le soir du second jour, le bruit de l'arrivée de Georges se répand sur le champ de bataille; à cette non-

D,nl,ii"invG00<^[c

Telle, les Osmanlis prenaent la fuite. Afiïoe peot supporter la honte d'avoir été vaincu par de misérables ralaa ; il meurt de douleur et de colère. Les Turcs le vengent en assassinant le vaillant voîvode Guiska VoullitchéTitch.

La guerre continua avec de sanglantes alternatives. Contre les Serbes chrétiens, le sultan appelle aui armes les Serhcs musulmans de la Bosnie, de l'Albanie, de l'Herzégovine ; Békir et Ibrahim se mettent à leur tète, et Osman Dshora marche sur Sokal; .nais les Serbes l'attendent au passage de la Drina, le repoussent, le massacrent avec des milliers des siens. Puis c'est au tour de Héhémet-Kapélan, qui envahit la vallée de Matschra, de se briser contre l'enthousiasme des haydouks de Tschanpitch. Seul parmi les Serbes, Nénadovitch se trouble; il négocie au lieu de se battre, se laisse surprendre et vaincre par le jeune séraskier Kulin. Désastre terrible! Les habitants des campagnes prennent la fuite, le pacha de Scoulari passe la frontière, le pays est livré aux fl:immes. Mais Kara-Georges arrive : il envoie Kalitch avec ipinze cents hommes contre les trente mille suldats de l'armée de Bosnie, et marche lai-mème avec mille de sesplus intrépides bayduuks contre Eladschi Bey; il le bat smis les murs de Petzra, chasse les Turcs devant lut, les culbute dans la Driua, puis revient sur ses pas, rétablit partout i'insorrectiou, punit de mort les knëzes coupables de trahison, récompense les sei-vices héroïque» de Milosch Stotschevitch. Âussilbt les bandes serbes se reforment :

LA RËVOLUTtON SERBE ET KARA-GEORGES 71 une grande bataille se prépare dans les plaines de Scliabatz ; le pacha de Bosnie réuait le ban et t'arrière-ban de ses troupes. C'est eu Tain, rien ne peut résister à Kara- Geoi^s; Sinan, pacha de Gorascb, le séraakier Kulin, HëhÈmet'Kapétan et ses deus fils sont tués. La déraite de Kossoïo était Ten^ëe. En mâme temps Jacob Levisch, HIadeu, Pierre Dobrinjatz, Glavasch, Stanoina Alas, repoussent les troupes qui leur sont opposées (1806). Ibrahim demanda la paii.

L'assemblée serbe s'était réunie de nouveau h Smèdérévo : après une longue délibération, le bulgire Pierre Itschsko fut envoyé à Stamboul, t La victoire a triplé nos forces, dit l'éloquent ambassadeur, les Russes, nos alliés, approchent ; Us s'apprêtent à passer le; frontières de la Valachie. Nous sommes prêts à accepter la pair qu'un nous offre ; mais nous voulons être les maîtres chez nous, nous voulons avoir^un gouvernement iudèpeudant, occuper les forleresses. Nous consentons d'ailleurs â payer nn tribut annael de 900,000 piastres. • Le sultan accepta en principe les propositions, Itschsko retourna d Sraédéréïo faire signer les préliminaires par Kara-Georges et revint à Cunstantinaple. [ H.iis le sultan refuse cette fois-ci de ratifier la paii ; il déchire le traité, renvoie Itschsko et recommence la guerre.

D'où venait ce brusque revirement? Q'iand l'ambassadear de Kara-Geurges se rendit la première fui? k Stamboul, DD éUit au printemps de 1808; la Busaie était menaçante; ses troupes masséi^s sur la frontière turque

■v,Go(><^[c

1i LA SERBIE ET LE HONTËNÉGRO.

D'attecdaient qu'on signal pour marcher sar Constantinople. Hais, d<^piiis, la situalîon avait changé : l'empereur d'Allemagne avait abdiqué sa couronne, le roi de Prusse avait essuyé les deux terribles défaites d'Iéna et d'Auerstaedt, Napoléon marchait sur la Polo|;;ne, et le czar avait rappelé dans le nord toutes les armées dont il disposait. Mors Sélim arait repris courage et avait résolu d'en appeler encore à la fortune désarmes.

Ce n'était pas l'babitnde de Kara-Georges de reculer. Dés le 12 décembre Belgrade tombait entre ses mains ; mais Georges ne put empêcher le pillage de la riche cité et le massacre d'un grand nombre de Turcs ; sesgénéreui efforts furent méconnus. Le 1 raars 1807, deux cents Janissaires turcs qui, munis d'un sanf-conduit, Eortaienl de Belgrade avec leurs familles, furent attaqués par les haydottks et égorgés jusqu'au dernier. De nobles knèzes trempèrent leurs mains dans ce meurtre inutile. Les vieillards consternés disaient : « C'est mal, c'est mal. Dieu punira lesSerbes.nMais les jeunes gens répondaient : ( Nous reprenons nos biens, il y a des siècles que les Tnrcs nous volent le prii de nos sueurs, b Aucun pesma ne célébra ce triste exploit.

Bientôt d'éclatantes victoires tirent oublier ces sanglants- massacres: Schabatz ouvrit ses portes à Kara- Geor^es ; Hiloscb Obreaovitch, alors simple pâtre, s'empara de la citadelle d'U^chitzé ; les autres places fortes tombèrent également entre les nains des Serbes. Toutefois, il manquait quelque chose à ce peuplesoulevé contre

■v,Go(><^[c

LA RÉVOLUTION SERBE ET EAHA-GEORG'BS. 73 ses oppresseurs : la dirt^ction. Chacun se faisait trop sa place au soleil ; pai'tout s'élevaient des volvodes iadépeiidants, souvent jaloux les ans des aulres; les monkes, bardis cavaliers, donpiDaient dans les plaines et prélevaient les dîmes. De là, une situation grosse de périls, que ré- Télërent deux échecs éprouvés coup sur coup par Uilenko et par Nénadovitch au printemps de 1807. L'autorité des knèzes allait s'alFaiblissant chaque jour; elle se concentrait peu à peu entre les mains des volvodes ; puis les Tolvodes à leur tour virent le pouvoir leur échapper pour revenir aux pins puissants d'entre eux, tes hospodars. Hais les hospodars, bien que prêts à s'unir à l'heure d'un grand danger national, étaient divises par des discussions particulières, par ces haines et ces rivalités iaséparablus d'une position élevée ; chacun aspirait au premier rang. Comme les chefs grecs après la journée de Salamine, les chefs serbes n'hésitaient pas à donner le second rang à Kara-Georges ; sur ce point, les avis étaient unanimes; mais Jacob Nénadovitch, mais Hilenko, mais Pierre Dobrinjatz et Hilosch Obréaovitch ambitionnaient cha- CUD le commandement supi'ême. C'est ainsi que le salut de la patrie se trouva peu à peu compromis ; dès k lendemain de leurs plus hriUants triomphes, les volvodes, par leurs dissensions, prêtaient le flanc aux entreprises des Turcs; ii fallut aviser sérieusement au danger.

Alors les Serbes se souvinrent d'un ancien usage qui se pratiquait annuellemenl à l'époque d'Etienne et de Douchan, je veux parler de la rëuntoa des skouplchina,

.,Go(><^[c

OD assemblées nationales du printemps. C'étaient de véritables champs de mai. Les volvodes s'y rendaient avec leurs serviteurs et délibéraient des affaires de l'État. Kara-Georges convoqua nne skouptchina ; c'était na progrès considérable, mais qui ne suffisait pas encore : it Je ne vois ici, disait le législateur Philippovitch, je ne vois ici que despouvoirsuiilitaires, même dans la skouptchina; il faut an pouvoir civil supérieur k tous les contlits, un Soviet, un sénat. « Philippovitch avait dit le mot de la situation. Kara-Geoi^es appuya le législateur hongrois ; ]a skouptchina de Borak vota la convocation d'un soviet.

Avant la Bn de l'aunée les sénateurs se réunirent pour la première fois au couvent de BlagtH'jeschtenije. Chaque district avait nommé un nombre de représentants proportionnel à sa population. A peine réuni, le sénat nomma Philippovitch secrétaire de ses délibérations, puis il procéda aux réformes les plus urgentes avec une activité rer marquable. Sur la proposition de Pierre Dobrinjati, la vente des propriétés immobilières des Ottomans fut décrétée ; les impôts furent réglés, les biens du clergé frappés comme ceux des autres classes. Le savant Jugovitch demanda un décret pour la construction d'écoles primaires et d'un lycée national ; le décret fut rendu ; puis le sénat s'occupa des réformes judiciaires ; chaque village eut un juge de paix, chaque district un tribunal, le sénat se réserva les jugements en appel.

Ainsi, en dépit de la guerre qui continuait sur les frontières, les Serbes jetaient les fondements d'une adminis?

■v,Go(><^[c

LA RÉVOmiION SERBE BT KARA-GEORGES. 75 tradon régulière. L'effet produit fut considérable ; le gouTernement retrouva l'unité nécessaire pour acherer l'œavre commencée, tf sis Kara-Georgesne pouvait suffire à lui seul à la tâche dont il aïait été chargé ; il ne pouvait s'occaper à la fois des affaires militaires et des affaires civiles. Ti chercha un aoiiliaire et crut le trouver dans la personne du sénateur Uladen Milovanovitch. Par son éloquence, par sa profonde habileté, HIadeu s'était fait ane position importante; son influence était grande comme son ambition. Il avait commencé par être le chef de l'opposition contre Kara-Georges, qui l'avait envoyé quelque temps en un demi-exil ; puis, l'ober-knèze, violemment irrité contre' l'arche vSque phançriote Nicolas et l'envoyé russe Rodofmikin, s'était retourné vers Uladen, auquel il accorda la plus entière confiance. Yvan Jugovilch et Miloje furent également appelés à faire partie du conseil d« Georges.

Trois années avaient suffi pour chasser les Turcs de toute la Serbie, et pour j constituer an gouvernement régulier, bien qu'imparfait. Quelle devait être désormais la politique de Kara-Georges ? La Porte avait été vaincue, sans doute, mais elle préparait sa revanche, elle commandait des armements considérables ; un jour, elle recommencerait la guerre, et alors la, Serbie se trouverait encore seule, avec ses quelques milliers de haydouks, engagée dans une lutte corps à corps avec l'immense empire ottoman. La Serbie n'avait point d'alliés. L'Autriche, écrasée par Napoléon, était suffisamment occupée

■v,Go(><^[c

chez elle ; la Russie venait de signer la paii de Tilsitt ; la FriUice avait, il est vrai, renoncé k l'alliance turque, mais elle n'avait noué aucuai: relatiiui avec Kurj-Guoi^s. Cet isolement même était un terrible danger; Kura* Georges le seolit. Dans la suite, il sollicitera l'allîaace de Napoléon, que, dès à présent, il poursuit des ses vœux les plus ardents ; mais Napoléon vient d'entreprendre la funeste guerre d'Espagne. Il ne faut donc compter que sur ses propres forces, il faut tenter de leur donner un développement nouveau. Le comm.indant des Serbes s'écria : Pourquoi ne relèverais-je pas l'empire de Doucban? >

Conception grandiose. Comme la Tzeruogrfra, elle aussi, venait de lever l'étendard de U révolte , le plan de Georges fut rapidement arrêté : il envabirait la Bosnie et l'Herzégovine, il appellerait aux armes tous les peuples chrétiens de ces deux pachaliks, puis il teudj'ait la main aux Hoalèoègrins, établirait une puissante confédération des Slaves du sud contre laquelle se briserait la Porte, si elle osait recommeucer la guerre. Les cUanU populaires l'excitaient à cette entreprise pleins de gloire et de périls. Après l'assassinat de Séliin et la guerre qui s'ensuivit entre la Porte et la Russie, Kara-Georges n'hésita plus (1809).

La campagne s'engagea dès le commencement du printemps. Le vaillant knèze Sima franchit la Drina : Beljiaa, Jania, Srebnizé, ouvrent leurs portes sans résistance ; les Turcs battent en retraite. Alors Kara-Georges apparaît lui-même sur le théâtre de la guerre; il passe

LA RÉVOLUTION SERBE ET KARA-GEORGES. 77 )a montagne à Sjénitza et arrive dans les vasles plaines de Souïodal. L'armée turque l'y attendait ; mais Georges lacce contre elle Vouk ilitscb de Smédèrévo et sa vaillante cavalerie de momkes, les Ottomans sont taillés en pièces et Kara-Georges poursuit sa marche victoriease.

A cette nouvelle tous les chrétiens sp soulèvent. Les Serbes proclamt^Qt que Marko s'est réveillé de son sommeil séculaire ; les Mouténégrins, qu'Yvane le Noir a quitté enfin la grotte d'Obod. Partout Georges est sainé comme un libérateur, Sjénitza capitule ; l'année serbe s'étahlit à Novibasar ; de toutes parts accourent de hardis volontaires, d'intrépides haydouks ; la montagne noire envoie ses plus vaillants soldats.

Mais bientôt arrivent de fâcheuses nouvelles. Stefan Lingélitoh, knèze de Rassara, était à Kaménitza avec quelques milliers d'hommes. Comme les Turcs approchaient, Sléfan demanda des secours à Miloje, cet ami de Hladen, i. qui Georges avait contié des forces considérables. Jouissant d'une complète indépendance, Miloje avait conçu le projet de s'emparer de Nisch, et il était en marche lorsque lui arriva la demande de secours : il la repoussa. C'était l'arrêt de mort du brave kaéze de Bassara. La bataille que Stefan livra aui Turcs fat terrible; il la* perdit et s'enferma dans ses retranchements de Kaménitza. Vingt assauts des Ottomans sont repoussés, puis quand la résistance devint impossible, Stétan prit une mèche enflammée et mit le feu à la poudrière. Toiit sauta â la fois, Serbes et Turcs. Le pacha vainqueur se vengea

'78 LA SERBIB ET LE HONTËnËGRO.

en Élevant avec les crânes des râlas morts une funèbre

pyramide, triste monument de son triomphe.

C'était \Il on grave échec; l'armée des Osmanlis menaçait le cœur du pays, la Scboamadia. En vain Miloje revient sur ses pas; Pierre Dohrinjatz déclare toute résistance impossible, les troupes se débandent; Haditch et Jokitsch livrent aux flammes les places fortes confiées à leur courage et s'apprêtent k se retirer derrière la Mo-

A ce moment arrive Kara-Georges ; an premier bruit de la défaite de Stefan à Karaénitza, il était accouru avec toutes ses troupes, et le premier spectacle qui s'offrait à ses yeux était ceini de la fuite de Jokitsch. Furieux, hors de lui, Georges fait tirer sur les soldats qui se retiraient derrière le fleuve. La situation était grave ; pendant la unit l'ober-knèze s'établit à Jagondina, où il essaya de concentrer les différents corps d'armée. Mais déjà les Turcs s'étaient emparés de tout le pays entre Nisch et Pescharevatz ; la mort et l'incendie les accompagnent, Belgrade est plongée dans l'épouvante; Pierre Dobrinjatz et l'envoyé russe Hodofinikin prennent la fuite; Kara- Georges a besoin de toute son énergie pour sauver le reste de la Serbie : il établit un camp retranché sur les hauteurs de Lipar, il envoie au secours de Pescharevatz, Hladen, Viza et le vaillant knôze Sima.

Ainsi il avait fallu, dans l'espace de quelques jours, renoncer à une entreprise grandiose, commencée sous les plus favorables auspices ; le Monténégro était abandonné

,i--^invGoo<^le

LA RÉVOLUTION SERBE ET KARA-GEORGBS. 79 à lui-même, la Serbie elle-même était sur le point de retomber sous le joug ottoman. Kara-Georges ne se laissa pas abattre par les revers; mabde sourdes intrigues l'enviromiaieiit. a H nous faut l'alliauce de la Russie, disait Pierre Dobrinjatz, et tout son parti le répétait aprtis lai, seul le grand czar du Nord peut sauver la Serbie des mains du czar de Stamboul I s Georges répugnait à l'alliance russe. Avec un admirable bon sens il vit que ce n'était pas un allié qu'il trouverait à Saint-Pétersbourg, mais bien tm nouveau maître, un nouveau tjran. C'est alors qu'il songea pour la seconde fois à l'alliance de la France. Napoléon venait de remporter la grande victoire de Wagram; ses troupes étaient encore sur le Danube. Kara-Geoi^es adressa à l'empereur une demande de' se-

Le commandant des Serbes disait à l'empereur des Français.

■ Majesté impérialel ■ La gloire de tes ai-mes et de tes exploits a rempli le » monde. Les nalions ont trouvé en ton auguste personne

> un libérateur et un législateur, la nation serbe désire » recevoir de toi la liberté et les lois. Grand prince, jette

> les yeax snr les Slovènes de la Serbie; ils sont coura-

• geax, ils savent garder le souvenir des bienfaits. L'ave- » nir montrera qu'ils sont dignes de la protection de ta

• graude nation. Très-auguste empereur, j'espère en toi, » j'espère recevoir de toi une réponse favorable.

Dinliis-invGoOJ^Ie

D Le très-lmmble et Irèi-tidèle serviteur de ta majesté impériale et rof&le,

. Kaea-Gkohgbs Petrovitch, » chef de la nation serbe. ■ Belgrade, 16 août 1809. >

Cette letlre ^étonna Napoléon; il demanda à H. de Champagny quel était ce peuple serbe, quel étaîl ce Kara-Georges qui sollicitait l'alliance de la France. Le ministre des affaires étrangères répondit à l'empereur que s'il acceptait le protectorat de la Serbie, il lui fallait rompre avec la Sublime-Porte : Napoléon se contenta d'envoyer à Kara-Georges un sabre d'honoeur.

L'intrépide chef de la nation serbe dut se résigner !i l'alliance russe. Dès le mois d'août l'armée moscovite avait franchi le Danube; peu à peu tontes les places fortes, occupées par les Turcs, leur tombèrent entre les mains, et. Guschaz Ali battit en retraite. Kara-Georges gardait un triste silence ; n'avait-il pas dit autrefois ; « Les Serbes se sont affranchis seuls du joug des Turcs, seuls ils sauront défendre leur liberté ! • et maintenant, c'était au czar Aleiandre que s'adressait toute la reconnaissance de la nation. - ,

La Serbie était encore sauvée, mais le poavoir de Georges était ébranlé ! Le mécontentement du héros de la Schoumadia allait augmentant tons les jours; il s'était vu repoussé par Napoléon, il détestait la Russie, il se mit h penser à l'Autriche, il envoya des propositions à la cour

Dinliii-invGoOt^le

LA REVOLUTION SERBE ET KARA-GEORGES. 81 de Vienne. Démarche impartante, que l'bUtâire ne sanrait blâmer, car l'indépendance de la Serbie ne doil être poar les esprits libéraux, que le prélade, pour ainsi dire, de l'union de tous les peuples slaves; or, en 1809, l'Autriclie avait renoncé à ses prétentions suc l'Allemagne, la couronne impériale avait été brisée entre les mains du vaincu d'Austerlitz, François II commença à comprendre que l'avenir de l'AulricUe était sur les bords du Danube et non sur les bords du Rhio; et certes c'eût él« une tâche glorieuse pour lui que de prendre en main la cause de la Serbie, de relever l'empire de Doiicban, puisque l'empire de Charles -Quint n'existait plus. Ainsi encore, en s'adressant au beau-père de Napoléon contre l'ambition moscovite, Kara-Georges comprenait admirablement les Téritables intérêts de sa patrie.

Ces démarches inquiétèrent le czar; il envoj'a au général Kamenskij des ordres précis, et dès le début de la campagne suivante une proclamation annonçaaux Serbes que les Russes les reconnaissaient comme des frères, considéraient Eara-Georges comme le chef de la nation (t 81 0). Pierre Dobriqjatz et les autres hospodars, rivaux de Georges, durent s'incliner devant cette proclamation. La guerre continua avec la même vigueur que l'année précédente; l'intrépide Zuccato et le colonel russe O'Ruik attaquèrent, dans les plaines de Warwarin, l'armée de Kurchid-Pacha : a Enfin, s'écria l'insolent général *, enfin les Serbes se sont décidés à descendre en rase campagne 1

Page 1