L. Raoke, loc. cit. S05 sq
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nous allons voir, mes amis, si vous méritez de manger le pain de l'emperear! » L'orgueil du général turc n'empëcka pas la défaite complète de son armée : sept drapeaux tombèrent entre les mains de ces ralas méprisés, et Znccato s'empara da camp des Osmanlis.
Le sultan, irrité de cet échec, ordonna au pacha de Bosnie de passer la Drina avec quarante mille hommes. Le pacha obéit : Losnitza tomba entre ses mains. Le brave volvode Antoine Bogitschévitsch dut battre en retraite. Ce fut Kara-Georges qui marcha en personne à la rencontre de i'armée de Bosnie; encouragé par le succès des Rosses qui venaient d'occuper Routscbouk, il appela à lui Lukas Lazarénitcb, Jacob Nûnadovitch de Valjevo, les vaillants soldats de Belgrade, de Kragoujévatz et de Smérédévo. Le brave commandant de la Serbie teuait à venger les défaites de 180S ; la bataille qu'il livra fut la plus sanglante de toute la guerre de l'Indépendance; mais Kara-Georges coucha sur le champ de bataille, n La mêlée a duré deux heures, écrivit-il à MIaden, nous nous sommes longtemps battus à l'ai-me blanche, nous avons tué beaucoup de Turcs, nos sabres ont tranché les tètes de milliers de barbares : les pertes des inQdèles sont triples des nôtres. »
Malheureusement les dissensions intérieures qqi avaient cessé devant les dangers de la patrie commune recommencèrent après les journées de Warwarin et de la Drina. La skouptchina de 1810 fut orageuse, et l'opposition grandissait, opposition égoïste de nobles dé^us dans leurs es-
LA R'ËVOLUTION SERBE ET KARA-GEORGES. 83 pérances ambitieuses, de volvodes sacrifiant à lear cupidite l'intérêt de la patrie serbe.
'< Qui défendra msintenaat nos frontières, demanda Jacob Nénadovitch? — Ce sera le même, reprit Geoi^es, qui les a défenJoes jusqu'à ce jour. — Non pas, dit le factieux voivode, nous ne vouions pas de ceax qui repoussent les secours des puissances étrangâres et nous exposent aux attaques de nos ennemis ; nous voulons l'Empereur. • Hiaden, président du sénat, protesta contre ces paroles et contre les discours adressés dans la matiaée par Nénadovitch aux troupes qu'il commandait. Alors Kare-Geoi^es se leva, et s'adressant à Jacob : t Si Hiaden a mal fait, dit-il, prends sa place et fais mieux. » Puis ëteadant la main vers la skouptchina attentive ; * Vous autres, s'ëcria-t-il, vous voalez l'empereur russe ; eb biea ! moi, je le veux aussi! > L'assemblée décida que l'on demanderait au czar l'appui de son armée. Ce n'était pas la première et ce ne fut pas non plus la dernière assemblée qui récompensa par l'ingratitude les services rendus par un grand citoyen.
11 arriva alors en Serbie ce qui arrive dans tons les pays où la représentation nationale n'est plus en conformité d'idées avec ceux dont elle a reçu son mandat, où l'on combat la liberté au nom de spécieux principes qui ne cachent que de misérables ambitions; le pouvoir échappa des mains de la skouptchina, et Kara-Georges en profita pour établir solidement son autorité. Ses ennemis eux-mêmes le servirent par leurs fautes.
Dinliii-invGoOt^le
DËji>t depuis quelque letnps, les principaux chefs de l'opposilion s'abstenaient d'assister aux réunions du sénat, pour Iramer dans l'ombre une conspiration sans cause et sans but. C'étaient Mil enko, Pierre Dobrinjatî, Nénadovitch, Zuccata, Lukas Lszarévitch, HiloscbObrénovilch, nouveau Thémistocle, que les lauriers du nouveau Hiltiade empêchaient de dormir. L'absence de ces hommes à la skonptcliina de iSU permit à Kara-Georges de réaliser sps projets; il lit cerner la salle des séances en s'écriant : i II est commode de rédiger des lois dans des appartements bien chauffés, mais qui commandera quand paratlront les Turcs T • et singulièrement adoucie, la majorité vota la réforme des volvodies, la révision des districts, la séparation des pouvoirs administratif et judiciaire du sénat, la création de sept ministëi'es. Véritable coup d'état parlementaire, exécuté avec la plus grande habileté Les conjurés furent frappés d'étonnement; ils ne pouvaient plus risquer, avec le secours des Russes, une révolution contre Kara-Georges, sans perdre toute popularité; il ne leur restait plus qu'à se soumettre, et c'est à ce parti pradent qu'ils se décidèrent. Kara-Georges composa son premier ministère ; il confia les principaux portefeuilles à des amis dévoués : Uladen, Markovitch et Dosithée Obradovitcb ; puis, avec une hardiesse qui témoignait bien de sa force, il appela dans son conseil trois des conjurés, Nénadovitch, Hilenko et Dobrinjatî.
Hais ce qui avait été fait en 1810 ne pouvait plus être
LA RÉVOLUTION SERBE ET KARA-GEORGES 89 changé en 18H. Le colonel russe Balla était à Belgrade avec le ré^meat Henschlott. Kara-Georges ent l'habileté de se le coDcilier : •> Je snîs ici, dît Balla, pour protéger la nation serbe sous le gouvernement du prince Georges. — Hon ami, s'écria celui-ci, laisae-moi baiser ta main comme si c'était celle de l'empereur, p Puis il fit savoir à Hilenko et k Dobrinjatz qu'il les priait de donner leur démission des différentes charges qu'ils occupaieal et de se contenter de la dignité de sénateur; sinon, disait-il, « voici l'Autriche, voici la Turquie, voilà la Russie et la Valachie, vous avez le choix d'un lieu d'exiî. o Les deux' minbtres choisirent Teiil et se rendirent en Russie. Aos* sitM l'ambitieux hospodar de Hudnik, Hilosch Obréno~ vitch, letir écrivit : • Résistez, rassemblez vos amis, j'arrive avec mes troupes. • La lettre fat surprise; MIaden, qui aimait Milosch, le pria de la renier ; Milosch, se sachant le favori du peuple, refusa et fut conduit en prison. Traduit devant le tribaasl, il osa dire aux juges : < Je TOUS défie de me condamner. > Les juges se laissèrent intimider, lui infligèrent un simple bl&me et l'acquillè* rent.
Le pouvoir de K ara-Georges n'en était pas moins incontesté; seule, la présence des Russes h Belgrade l'inquiétait dans son patriotisme. D'ailleurs, ce nouvel empiétement du Czar, sur les bords du Danube, avait alarmé l'Europe. Napoléon le vit avec le plus vif mécontentement, il regretta la conduite tenue par lui après Wagrara,
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et dicta à M. de Cliampiaga; la lettre suivante, au comte
Otto, ambassadeur de France à Vienne ' :
a Monsieur l'ambassadeur, > S. H. roit avec déplaisir les Russes dans la Valachio et la Moldavie, mais elle serait bien plus alarmée encore de les Toir établir un hospodar ou prince grec en Serbie. L'empire turc serait blessé au cœur. L'empereur TBut donc que tous déclariez à la cour de Vienne son întentioa de ne point souffrir que les Russes consacrent à ce prix leur influence en Serbie. II voudrait- même la restitution de la Serbie à la Vorte. »
Le czar cependant ne l'entendait pas ainsi : quand le duc de Roïigo eut verbeusement exposé à Alexandre qaelle nouvelle politique son allié deTilsitlvoulaît imposer à la Russie : « Ma foi, dit le czar en éclatant de rire, tout ce que l'empereur voudra ! je compte uniquemeut sur lui ; je vous dirai même que dans nos conversations de Tilsitt, il m'a souvent assuré qu'il ne tenait pas à l'évacuation delà Moldavie et de la Valachie, qu'on la traînerait en longueur pour s'en dispenser, et qu'il n'était pas possible de souffrir plus longtemps les Turcs en Europe'.» Étonné, gêné par ta présence dn ministre Romanzov, Savary ne sut que répondre; il ne dit ni oui ni non, et Thibaudeau qui nous rapporte ces détails, ajoute avec sa vigueur or-