‹ La Serbie et le MonténégroChapitre 23 sur 68 · LA. RÉVOLUTION SERBE ET KARA. GEORGES · texte numérisé non relu

LA. RÉVOLUTION SERBE ET KARA. GEORGES

de vingt mille, ils repoussèrent les forces qui leur étaient opposËes sous le commaudement de Milutin et mirent le siège devant la forteresse défendue par Véliko. Jour et ' nuit les bombes pleuraient sur la ville ; les habitants se réfugièrent dans les caves ; Véliko teutait sans cesse d'audacieuses sorties, mais les vivres s'épuisaient, les murailles croulaient et le haydouck ducnanda secours k Georges . Mais le prince crut de son devoir de rester k Jagodina, la rapidité de l'iovasion semblait le- déconcerter, sa hardiesse l'abandonnait, sa vue jadis si pénétrante devenait moins sûre, il hésitait, il doutait, et cette hésitation même le rendait incapable de communiquer à ses troupes l'ardeur et l'élan sans lesquels la victoire est impossible. • Où es-tu donc, K ara -Georges? > disaient les pesmas. Kara-Georges ne donnait plus signe de vie; Sima demeurait immobile sur la Drina; Uladen refusait de marcher au secours de Négotin. Seul, Véliko luttait avec enthousiasme, sans crainte, sans uD instant de découragement. Un jour, k quelques lieues de distance, il aperçoit un détachement serbe ; il veut s'entendre avec le commandant de ces troupes, monte à cheval, et suivi d'un seul momke, il franchit le fossé et, le sabre entre les dents, le pistolet au poing, traverse les rangs des Turcs en criant : « Osmaolis, voici le bay douk Véliko ! b Le passage s'ouvre devant lui. Véliko rejoint le détachement, donne quelques ordres et retourne vers Négotin, toujours le sabre entre les deuts, le pistolet au poing : ■ Osmanlis, voici le baydouk Véliko qui revient! > et à

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ce cri, les rangs s'oarrent de nouveau, et Vëliko rentre dans la forteresse. Hais le danger avec l'i^alenient croissait autour de lui, les mnnitioas commençaient à manquer : Véliko envoya nne ambassade menaçante au sénat. Ce fut en vain; du hant des tours qui vacillaient sur leuis fondements, les aentiaelles n'apercevaient que l'immense acmés des Musulmans; leurs frâres serbes les

avaient ab andonnés

Véliko n'eut point la douleur d'avoir à traiter avec les Turcs. Un matin, comme il faisait sa ronde, nn canonnier ennemi lë reconnut et le visa. Le boulet frappa le hajdonk en pleine poitnne, le coupa en deux : o Tenez fermel « cria-t-il aux monikes qui l'entouraient, et il rendit le dernier soupir.

Cet bomme de moins, toute résistance cessa. Les roomkes poussèrent le cri de sauve qui peut! Négotin fut emportée d'assaat; le volvode de Eladovo prit la fuite ; Sima essaya en vain de résister. Les Tares envahissent tont le pays, égoi^eant les hommes valides, livrant aux flammes les villages et les fermes. C'est en Tain qn'ï Ravanj, Hilosch Obrénovitch, Stoupisch et Nénadovitch luttent, pendant quinze jours, contre tontes les forces des Ottomans. La Serbie est perdne ! Un immense incendie éclaire sa chute, le seul homme qni eût pu la sauver ne parait pas. « Où es-tu donc, Kara-Geoiges ! v disent encore les pesmas, Kara-Georges ne paraît pas. Les Turcs occupent la Horawa, ils occupent la Koloubra. Le vieux héros de la Sckoumadia a disparu ; le 2 octobre, il a été

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LA RfiVOLUTIOn SBRBE ET KARA-GEORGES. 93 TU exhortant le rulvode Voulé llitsch à se dêfeadre jasqa'à la dernière extrémité; le 3, il a passé à Belgrade. Puis, plus rien. Kara-Georges a fiii sa patrie vaincue ; il a quitté le champ de bataille où il devait mourir ; il a passé la Save, il s'est réfugié en Autriche, et tous les voivodes le suivent à l'exceptioa de Hiloscli.

Triste dénouement d'une vie de héros! L'histoire se demande quels sont les motifs qui ont poussé Kara- Georges à abandonner son armée, à délaisser sa patrie. Est-ce découragement? est-ce lâcheté? es Irce seulement faibleweï C'est un mystère dont je n'essaierai pas de soulever le voile; je ne répéterai pas les reproches amers de Léopold Ranke qai se souvient trop parfois de sa pairie allemande; je préfère redire avec le poète le chant de douleur de la Serbie afDigée : a La vila poussa des cris du sommet de Roudaik, au-dessus de l'Iacénitza, le mince ruisseau. — Elle appelle Georges Pétrovitch à Topoladaus la plaine : Insensé, où es-tu en ce jour? Puisses-tu n'être nulle part! Si tu bois du vin à la Héhava, puisse ce vin s'écouler sur toi en blessuresl Si tu es couché au lit près de ta femme, puisse ta femme rester veuve! Tu ne vois donc pas que les Turcs ont envahi le paya? > Et Georges lui répond : n Tais-toi, vila que la peste étoufié I > Alors la vila reprend : < Fuis, Georges, malheur à ta mèret Véliko a succombé, Hilosch a été battu. Fuis, n'espère en personne ! Georges 1 retire-toi ; Georges! retire-toi dans la Sirmie, terre étrangère I a Et Georges se retire dans la Sirmie, et il s'écrie : « Ha soeur,

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en Dieu, vila de la Save, salue de ma part ma Schoumadit), et mon parraio le knèze Milosch. Qu'il poursuive les Tores par lea villages, je fui eaverrai assez de poudre i et de plomb, assez de pierres tranchantes de Silistrie. ■

L& EËTOLUTIOH SEHBE. -

La Serbie loot entière était occapée par les Turcs. Un ïeul homme luttait encore, Hilosch Obrénovitch : à Jacob NèDadovitch qui le suppliait de se réfugier eu Autriche, il répoudait : a Écoule, frère! je ne quitterai pas ma terre natale, car je ne sais où aller. Que deviendrai-je en pays Étranger, cherchaat un misérable asile, tandis que les Husulmans conduiront en esclavage ma vieille mère, ma femme, mes earanls, tandis qu'ils les veadroiit comme des moatons? Non! Dieu m'en préserve : je retourne à Boudnik, j'accepte le sort quel qu'il soit. J'ai ïu mourir mes frères, il est juste que je meure avec ceui qui restent. » Lorsque toute résistance fut devenue impossible, Hiiosch appela ii lui quelques fidèles et se réfugia dans la forteresse d'Ouchitzé. Les Turcs arrivent; la garnison de la citadelle ht-, disperse, et Hiloscb reste seul. Abandonné par ses amis, poursuivi par les bataillons ennemis ,

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Obrénoïitch alla chercher une retraite dans les forêts profondes des rives de la Save.

Tant de grandeur imposa à Kurchid; il envoya un messager à Hilosch. * Sois msn allié, disait-il, aide-moi à pacifier la Serbie, tu deviendras knèze et chef de district. » Hilosck accepte ces propositions, il rend ses armes à Aga-Ali qui ne veut accepter que le sabre dn héros, et le conduit à Belgrade où l'attendait le nouveau pacha, Soliman de Skophie. Soliman présenta Hilosch à sa cour. « Le voilà, disait-il, celui qui est maiatenant mon kaèze favori et mon fils adoptif ; royez-vous son air modeste et calme. Qu'il était autre daas la bataille, mon maigre knèze, alors que j'ai dû fuir devant lui à me rompre le cou ! regarde donc, Milosch, ce hras que ta m'as brisé, regarde cette main que tu as mordue. • Le héros de Ravanj répondit : a Eh bien, cette main que j'ai blessée, je la remplirai d'or aujourd'hui ! >

Ainsi, chez Hilosch, le guerrier cachait le profond politique. Lui, qui s'était battu jusqo'à la dernière heure, lui, qui avait refusé de suivre ses amis sur la terre d'exil, il se fit maintenant le serviteur, i'esclave, souvent même le bourreau des Turcs. La lutte à ciel ouvert était impossible. Restait la ruse. Milosch le comprit, et le peupla dont il était l'idole le comprit aussi.

I.a nouvelle oppression dura quatre ans. Le pays tout était inondé de spahis et de janissaires que les badevaient entretenir; les Ottomans, chassés en 1804, int prendre possession de leurs biens ; les cadis re-

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