‹ La Serbie et le MonténégroChapitre 24 sur 68 · LA RÉVOLUTION SERBE ET HILORCH · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION SERBE ET HILORCH

prirent leurs fonctions; les pajsans furent sonmis anz plus rudes labeurs; la femme même de Bïilosch ne fut pas épargnée. C'est ainsi que les Turcs exËcutaient l'article 8 du traité de Bucliarest I Kaii ta Russie ne songeait ptus à la Serbie pendant ces années tristes et sanglantes de 1812, de 1813, de 1814. Le bruit des grandes^batailles de l'Occident venait jusqu'en Serbie; le peuple tressaillait d'impatience.

Il fallut toute la prudence de.Milosch ponr le contenir. Ponr préparer dans la suite une grande insurrection, il fallait à tout prii empêclier d'inutiles aoulèvementa. C'est ainsi que lui-même soutint Soliman dans la répression de la folle insurrection de Hadji-Prodan au courent de Ternara. 11 disait aux Serbes : « Ëtes-vous insensés de Tons lévolter ! Si l'heure était venue de brisar nos, chtdnes, n'est-ce pas moi qui le saurais le premier? • Lorsque le congrès de Vienne se réunit, Milosch envoya secrètement auprès de HM. de Hettemicb et de Nesselrode, un prélre intrépide, Mathieu Nènadovitch de Valiévo. Les diplomates restèrent indifférents, ils se renvoyèrent le jeune barbare dont ils semblaient ne pas comprendre les prétentions '.

La révolte de Ternara fut suivie d'une répression barbare. Les rebelles furent jetés dans la Nèboîcha, la sombre prison de Belgrade; Hilosch supplia Soliman de leur

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laisser la vie; le farouche pacha refusa; les malheureux complices de Prodan furent tirés de leur cachot et tiïrés au bourreau. En même temps, les janissaires pillaieat les campagnes, l'inquisitioa régnait dans les villes, le pacha recherchait les complices de l'insarrection, et quand son lieutenant Bégo lui montrait les dangers d'une pareille politique : « Sache, répondit Soliman, que les ordres de la Porte sont plus sévères encore que mes actes : le divan m'accuse de modération, et menace de m'envoyer un successeur. »

La situation était telle que Milosch lui-même se trouva en danger de vie, <c J'ai la tète dans le sac, » dit-il k ses amis, et il leur annonça que le jour de l'insurrection était proche. Mais comment s'échapper de Belgrade? Le rosé Serbe réussit à tromper la cupidité du pacha, il quitte la ville, court à son district de Roudnik et plante en terre l'étendard de la révolte. C'était le dimanche des Rameaux; la foule réunie dans l'église acclame Miloscb, La bannière éclatante du voivode est déployée sur Us montagnes de Tsernucha.

« Kort ani Turcs ! Milosch est avec nous 1 u Ce cri retentit dans toute la Serbie, dans toote la Schoumadia, des bords de la Orina à ceux de. la Save, dans les forâts sombres où se sont réfugiés les hajdouks de Kara-Georges et de Vèliko. Jean Dobratscha accourt au secours de Milosch avec sept cents enfants de la Montagne Noire. C'est — 1— bords de la Morawa, dans la vallée de Liubitch lie le premier sang de la guerre sainte. Chaque

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I.K RÉVOLUTION SERBE ET MII.OSCH. . 101 buissoD caclie un taaydouk, chaque arbre recèle dans son Gi-em des sabres et des fasils. Les spahb sont massacrés, . les jai)issaires, traqués par les momkes comme des bêtes sauvages. Pas un caDon : il faudra ea conquérir à prix de sang. Bientôt la révolte s'étend dans les districts de Belgrade et de Valjévo. De tous les cMés, les knèies répondent à l'appel da Milosch; ce sont : — l'histoire conservera leurs noms, — Stojao Tschapitdi, Simon Vénadovilch, Pierre Xoler, Bogitchévitch, Paul Zukitsch Reitch, le vieui porte-drapeau de Kara-Georges, Meientie surtout, le vaillant archimandrite, brandissant d'une maia le glaive et de l'autre la croix, ,et qui criait ; s A moi, frères, Meientie ne veut plus être le prêtre des ralas asservis, le prêtre d'an troupeau d'esclaves. ■ Devant cette insurrection formidable, les Turcs battent en retraite dans la direction de Sjénitza. Hiloscb les poursuit, les surprend à Ertari, les taille en pièces, fait un nombre considérable de prisonniers. Le cbef des Serbes déploya une admirable générosité; les femmes turques captives disaient : ■ On nous a traitées comme des mères, comme des sœurs. C'est une belle religion que celle qui inspire une telle conduite ! >

C'est contre Poscharevatz, où les Turcs avaient élevé des retranchements formidables, que Milosch dirigea ses plus énergiques efforts. A ce moment des murmures se firent entendre contre Milosch : sans avoir de titre ofBciel, il exerçait seul le commandement suprême des Serbes, et Içs voîvodes le jalousaient, Holer contestait

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son autorité, lui proposait un partage, un règlement; mais Hilosch refuse, déclare qu'il faat d'abord chasser les Turcs, délivrer la Schoumadia : i Ne serait-ce pas en vérité une ridicule folie ijue de Tonloir dès ft présent décider qui commandera dans la maison d'autrui ? Autant vaudrait préparer la broche pour le lièvre qui est encore dans la forêt, n Moler dut se taire, et Milosch poussa avec viguenr le siège de Poscharevat::. a Quiconque lâchera pied, dit-il, mourra de ma main. » On savait que Hilosch ne recalerait pas devant l'exécution de la meuace. L'assaut fut livré. Ce futune lutte terrible, sanglante. Comme ses soldats pliaient devant la mitraille ennemie, raconte Blanqui, Hiloscii s'élança vers les fujards. • Où courezvous donc, malheureux, s'écria-t-il, voulez-vous que les femmes vous couvrent avec leurs tabliers ! c'est là, c'est à Poscharevatz, que sont vos maisons, votre seul asile; TOUS n'en avez plus d'autre. Tout est perdu si vous reculez. B Et il les força, le pistolet an poing, de revenir à la' charge.

Le second jour, l'armée ottomane battit en retraite : mais déjà deux nouvelles armées s'avançaient sous le commandement de Haraschli-Ali et de Kurchid-Pacha ; Ali, pacha de Bosnie, était à l'avant-garde. Hilosch le surprend à Douplia, le bat, le fait prisonnier, puis Ini rend la liberté, a ban, lui écrivit Aden-Pacha, commandant de Novibasarjdans un distique demeuré célèbre> 6 ban, élève-toi au-dessus des rameaux des pins ! Achève de feucher les prés comme la as commencé, mais prends garde que la récolte ne soit mouillée nar la oluie. »

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LA RÉVOLUTION SERBE ET MILOSCH. 103 L'Ehirope commeaça à devenir attentive; ie czar rappela au sultan l'existence du traité de Bucharest, En même temps les sujets chrétiens de la Porte commea- Caient à s'agiter ' ; au premier bruit du retour de Napoléon de l'Ile d'Elbe, des emprunts spontanés furent ouverts k Andrinople, à Janina, à Castoria, à Séres, • Le czar de la blanche Stamboul s devint inquiet; Karchid- Pacha entama des négociations avec Uilosch qui eut la hardiesse de se risquer au milieu du camp ennemi. « Quoi, dit Kurcliid, Hilosch à Ljoubitch, Hilosch à Puscharevatz, Hilosch à DoupliaU.. Hilosch partout 1 On serait tenté de croire gue Hilosch est grand comme cette tente, tandis qu'il pèse quatre cents okas à peine, tout au plus autant qa'un bouc rfitiU Le knéze serbe se déclara prêt à faire la paix, mais Korchid demanda que les Serbes -livrassent leurs armes ; Hilosch refusa avec mépris ; puis, voyant que le pacha méditait de le retenir prisonnier dans SUD camp, il prit la fuite, et alla rejoindre sonarmée inquiète de son absence *.

Les négociations avec Kurchid ayant échoué, Hilosch s'aboucha avec l'autre général ottoman, Maraschli-Ali, celui qn'oa surnommait Dnbarodji, le tendeur de pièges. Le sultan Était pressé de faire la paii : « Obéissez seulement, dit Haraschli-Ali ; quant aux armes, vous pouvez porter à votre ceinture non- seul émeut des pistolets, maii

l. Fouquevilla. KégénéraUon de la Griet, C. 487, L, Ranke, loo. cit. 219.

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