‹ La Serbie et le MonténégroChapitre 26 sur 68 · LA REVOLUTION SERBE ET MILOSCH · texte numérisé non relu

LA REVOLUTION SERBE ET MILOSCH

Le knèze eût préféré poursuivre une lutte iacertaine que de céder snr ce point; soutenn par la skouptchina, il opposa à toQles les nouvelles demandes du pacha turc nae simple fin de non-recevoir. De là, un vif tnécontentement chez Maraschli qai se manifesta par cle perfides intrigues. Tl encourage secrètement les rivaux de Miloscb, jaloux de son autorité et de sa popularité ; c'est d'abord Jean Dobratscha que le knéze est réduit à destituer ; puis Viza, qu'il eiile dans son district de Smédèrévo ; l'archimandrite Helentie; le voivode Pierre Moler, qui dans la skouptchina de 1816, accuse Miloscb de mea^onge et de perfidie : « Mes frères, reprend Milosch, j'ai été votre chef jusqu'à ce jour, Moler va prendre ma place. ■ Aussitôt les monikes se précipitent sur l'insolent voivode, le chargent de chaînes et le livrent au pacha, qui se voit réduit à le punir de mort >.

Une autre tragédie, autrement terrible, suivit la mort de Moler. Au printemps de 1817, Kara -George s, revenu en Serhie, avait été assassiné par des mains inconnues. Quel était ce mystère? était-ce Marascbliî éWit-ce Milosch lui-même qui était le meurtrier? C'est là un problème que l'histoire ne saurait résoudre d'une manière absolue, même après les recherches de Cuaibert et de Gervinus Mais la seule possibilité d'un doute est une tache sur la mémoire de Miloscb. Il me semble toutefois que les accusations portées par ses ennemis ne reposent

1. Cnniberl, Estai historique sur let révolutions el l'indépendance de la Serbie, 2 vol. Leipzig, IfôS.

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guère sur des fondements solides ; c'est ainsi' qa'on a rappelé qa'il avait dit un jour ^ue la vie humaine est chose dont il ne faut point se préoccuper, quand un intérêt important est en jeu. Mais ici nul intérêt important n'était eu jeu: Hilosch ne tira aucun proSt du meurtre odieux de Eara-Georges. Et en effet ce n'est pas an mois de juillet 1617 qu'est véritahle meut mort Kara-Georges ; c'est en 1813, le jour où il disparut des rangs des combattants, le jour où il passa la Save pour se réfagier en Antriche. — Voici d'ailleurs les faits tels que dans son impartial récit les relate le D' Cunibert.

Au mois de décembre 1816, l'hétairie de Belgrade avait envoyé à Kara-Geoi^s un" messager secret, le serbe Georgakis. La présence des Tares dans les citadelles eicitait dans plusieurs districts un profond mécontentemeut contre Milosch; on l'accusait de timidité dans ses rapports avec Haraschli, on lui reprochait son autocratie, sa soif de richesses et de pouvoir. Georgakis proposa à Georges de revenir en Serbie, d'appeler k lui ses anciens compagnons et de chasser les Musulmans. Kara- Georges accepte, il quitte la Bessarabie, reçoit les encouragements du consul russe à Jassy, passe le Danube et arnve à Smérédévo, où l'attendait le knèze Viza. Séduit par l'enthousiasme des Serbes, il écrit à. Milosch, lui annonce un prochain soulèveoient de la Horée et lui demande de se mettre avec lui à la tête d'une nouvelle révolte de la patrie serbe. Aussitôt Hilosch va trouver Haraschli et lui annonce l'arrivée de Georges; le pacha

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le somme d'éloigner k tout prix le vainqueur de Scha- - batz, l'inlrépide gaerrier de la Schoumadia. Le kuëze promet, envoie à Viza cette lettre laconiqae : « Oit la tète de Georges le Noir on la tienne ; « puis il monte à cheval avec ses momkesets'apprâte àconriràSmér&iéTo. A l'instant même, ua janissaire loi apporte la tète de Kara-Georgea. Hilosch verse des larmes; sa femme Lioubitza saisit la tète sanglante et la couvre de baisers. Mais les Tm-cs arrachent ce triste tropliée poar l'envoyer à Constantin ople où il sera exposé à la porte du sérail avec Cette inscription : • Tête du fameux chef de- bandits serbes, dit Kara-Qeorges. •> Quant à Hilosch, il accusa les janissaires du meurtre dont Smérédévo avait été le tbé&tre, il fit ensevelir solennellement dans sa ville natale le corps de son rival, et fit graver snr son tombeau ces lignes qu'on peut lire encore, et où il s'efforça de repousser les insinuations dirigées contre lui-même :

• Ici reposent les restes de Georges Petrovilch le Noir, qui le premier,en i 80t, donna te signal de la délivrance, et futtplus tard, le chef suprême de la nation serbe. En 1813, les intrigues des ennemis du pays le contraignirent à passer sur la terre d'Autriclie. où il fui retenu prisonnier durant une armée ; après quoi, ayant émigré en Rtissie, il fut reçu ouec la plus haute distinction, et comblé d'honneurs par le czar. Ponrtant, par des motifs qu'on ignore, il quitta la Bussie et rentra en Serbie, où, sur Pordre du gouvernement turc, il eut la tête tranchée — Juillet 1817. •

Cinq mois après la mort de KaraGeorges une assemblée

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gèaérale des prëlaU, des kmètes, dus kuèzes, de tous les notables de la Serbie, proclamait Hiloscb prince des Serbes (Verboimi knèze), avec le droit de cboisir un héritier dans sa famille.

Le» événements qui avaient précédé le retour et la mort de Geoi^es avaient fait ouvrir les yeuï à Milosch. Il reconnut qae, pour rester shef de la nation serbe, il fallait entreprendre contre la Porte une bardie campagne diplomatique, assurer à la Serbie plus d'indépendance, imposer peu à peu au sultan la paix de Pierre llschko, ce résumé de tontes les inspirations nationales. Aussi avec une grande hardiesse, il commença par réformer d'une manière complète la juridiction et l'administration, jusqu'alors à la merci des spahis et des janissaires; coup sur coup, il enleva au pacha te droit de prononcer la peine de mort, augmenta les attribuls du tribunal national, établit dans chaque province un oberknèze, dans chaque district nn l(nèze,-dan5 chaque village un kmè'e ; il édicta les peines les plus sévères contre le rapt el le viol. Tout cela au grand mécontentement de Haraschli, qui ne cessait d'ourdir de nouveaux complots. Mais ces réformes, bien que considérables, neïuflisaient pas à Hilosch. Soutenu par la Russie, il demanda à la Sublime-Porte un iirman (1830] confirmant les préliminaires de 1815 et les décisions de l'assemblée de novembre 1817. Le sultan hésita; les envoyés serbes, l'archimandrite Samuel, Weikaschinovilcb de Jagodina, Viza, Harkovitcb, Dmitri insistèrent avec la plus grande

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LA RÉVOLUTION SERBE ET MILOSCH. 109 énergie. Le sultan uccorda le Drman ; il reconnaissait aux Serbes le droit d'avuïr une admiaistration indépendante de celle de la Porte; il raliHait la décision qui avait donné a Milosch le titre de prince; il défendait aux Husnlmans de séjourner dans les forteresses de la frontière autrichienne; enfin le dernier article était ainsi conçu : « les Serbes renoncent pour l'avenir à toute autre prétention..» Hilosch était à Topchidéré quand l'enroyë du sultan lui donna lecture du Brman impérial. « Remerciex Sa Hautesse, lui dit liéremcnt le prince, mais on ni saurait nous empêcher dederaander plus tard de nouveaux droits, on ne peut pas nous forcer à nom dire à jamais satisfaits. ■

La Serbie tout entière applaudit à ses énergiques paroles. Milosch eut le tort de ne pas comprendre le prix des applaudissements de son peuple ; s'il l'eût comprb, il eût été plus qu'un général intrépide et qu'un administrateur rigide, il eût été un de ceux sur la tombe desquels on pent écrire, suivant l'expression du poète : o Ouvrier de l'Humanité j » il n'eftl pas alors repoussé, comme il le fil, l'alliance que lui proposait le prince Ypsilanti, le chef intrépide de l'insurrection grecque. * Certes, Uiloscfa était doué d'un esprit politique plus pénétrant que Kara-Georges ; mais s'il eût été au pouvoir en 1821, Georges ebt secouru la Grèce soulevée contre ses oppresseurs, il n'eût écouté que la voii du cœur. Hilosch raisonna froidement cette alliance ; il considéra trop le présent, il ne eongea pas assbz à l'avenir; il

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refn» un secours actif qui eût contribnè considérablement au progrès de la Serbie, à l'unité des peuples slaves.

Hilosch, comme tous les despotes, avait érigé la centralisation en uae véritable théorie d'État : il eut raison quand il introduisit l'unité dans Tadministration, mais une fois dans cette voie il ne put plus s'arrêter; entraîné par de fausses notions, il voulut faire de la Serbie un pacbalik, il (iit trop mnsulman, il ne fut pas assez cbrétien. Alors les murmures pour la première fois éclatèrent: « il tourmentait les fonctionnaires, dit un historien serbe, et ceux-ci opprimaient ce peuple. » Ce fut un gouvernement de monopoles exorbitants, d'exactions monstrueuses, tant Milosch en sa personne identifiait toift l'Etat, tant, de l'aven de Pirsch, il comprenait l'art de lever les impôts indirects, parcourant les districts pour son commerce de bestiaux, irritant par son avarice et sa luxure toutes les classes de la nation. Plus tard, en 1850, défendant contre les attaques passionnées de Cyprien Robert la mémoire de son père, le prince Uichel ne pourra dissimuler la vérité : a Oui, mon père a commis - de grandes fautes.» Et cependant, malgré cet aveu, malgré tant de témoignages, un doute me vient. Uiloscb n'a-t-il nas été en quelque sorte le Louis XI de la Serbie, i, pour parler avec Comines, < ordonnant le punitions, ■ mais cela dans l'intérêt du grand e frappant que les knèzes et les volvodes, les lilletirs, par quelle nécessité admirer exclusive-

LA RÉVOLUTION SERBE ET HILOSCH. ill ment ou Kara -Georges ou Uilosch? pourquoi le psnégrriste de l'un doit-il être forcément le détractenr de l'autre? L'historien procède autrement : Kara-Georges et Milosch ont l'un et l'autre accompli one tâche grande et helle, mais ils sont l'espression d'époques, de nécessités différentes. Il faut lire le récit d'un contemporain, B;strézonowski, bon patriote, très-digne de foi : ■ Milosch profita habilement de la situation politique de l'Europe pour organiser sou pays ; mais les hommes puissants qui l'avaient aidé plus particulièrement à le délivrer, espéraient obtenir des privilèges tout à fait semblables à ceux dont jouissaient les bojards en Valachie ouïes magnats hongrois; ils croyaient pouvoir remplacer les spahis ftrcs qu'on avait expulsés, et leur succéder dans les droits féodauidestimars.ilsavaieat commencé par exiger du peuple l'accomplissement des anciennes coutumes, des dîmes et des corvées. Mais Hilosch supprima cet abus, voulut tons les Serbes lihres, égaux, soumis à la même loi et au même impôt ; il détruisit les privilèges, toutes les prérogatives qu'on voulait établir; et c'est ainsi que prit nais* sance cette opposition qui, avec des dehors libéraux, s'appuyait uniquement sur des amours-propres froissés et des prétentions déçues. » Et, au fait, que d'utiles réformes 1 partout, à travers les forêts, de vastes routes frayées, ouvertes an commerce ; la perception de l'imptit régularisée, l'établissement des cordons sanitaires, la milice disciplinée, la construction de casernes, d'b&pitaux; les tribunaux réorganisés, quarante écoles s'éle vaut, dans les

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Tillea el les villages. Qu'on éludie encore rousiou, c'està-dire la constitution de 1825 : Cyprien Robert, si défa- Turable à Hilosch, y signale lui-mèine, malgré quelques rélicences absolutistes, an cacliel profondément grécoslave, libéral et chrétien; il n'y a pas de nobles parmi les Serbes, parce que tons professent la religion du Cbrist ; l'Évangile est encore la base de l'administration de la justice, mais les tribunaux ecclésiastiques sont remplacés par des tribunaux civils, qui prononcent même en matière de divorce ; chaque commune est solidaire des . ttctions de ses enfants, doit elle-même livrer au gouvernement tes coupables.

Après cela, que le gouvernement de Uilosch ait été souvent dur, cruel même, je n'en disconviens pas. Mais combien de fois les violences du prince auront été provoquées par la perfidie de Harascblil C'étaient sans cesse de nouvelles intrigues, de nouveaux embarras suscités au prince, de nouveaux complots. Le pacha avait été violemment irrité par l'énergie de Milosch à faire respecter le traité de Bucharest : boute! lui, le dubarodji, il était tombé dans les pièges d'un misérable raïa qui le reléguait mainteuani dans sa citadelle, qui sans le consulter nèzes et capitans ! Marascbli proUta de la crépaysans et de l'ambitioD des voivodes pour utant qu'il était en sa puissance, le gouverneiloscb. De ces complots, deux sont restés cèlèi de 1821, dont les chefs étaient les knézes lullab et Slépban Dobrinjatz, complot on-

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LA RÉVOLUTION SERBE ET HILOSCH. 1)3 Tertemeiit soutenu par le pacba, et que la trahison du jeune Milko fit seule échouer; puis celui de I8S4, véritable jacquerie conduite par les paysans [zurowitch et Ratkovitch, et qui fat noyée dans le sang.

Les hommes politiques ont toujours su tirer profit des révoltes comprimées par eux : elles servent à effrayer les timides et par suite à affermir le pouvoir entre les mains de ceux qui le tiennent. A quoi bon cacher la vérité? Kilosch sut profiter des deux insurrections de 1821 et de 1824, dans l'intérêt de sa politique aussi bien que dans son intérêt personnel. Après la jacquerie de 1824 il se fit commanditeur du commerce du sel et des bestiaux '.

Qaant à Haraacbli, il était mort de dépit et de rage. Le sultan lui donna pour successeur Abd-el-Rhalm, homme probe et intègre qui ne songeait nullement à conspirer. Cela créa des loisirs à Milu!ch qui les employa à apprendre à lire, à étudier l'histoire et l'économie politique. Pourquoi, avec tout son génie, cet homme n'at-il pas compris que la liberté seule pouvait consolider son trdne, que la tyrannie au contraire en minait les fondements ? De nouvelles révoltes agitèrent le pays; ce fut d'abord le diacre Milvé qui souleva le peuple des campagnes, ensuite le Grec Hirko qui appelait les Serbes au secours de sa patrie, soulevée contre les Turcs; Georges Tcharnpitch, Radenatcbitch, rejoignirent à lui; c'étaient de misérables ambitieux qui. tout en prenant pour modèles Harmodius et Aristogiton, dressaient

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