‹ La Serbie et le MonténégroChapitre 30 sur 68 · Ranke,3l7. laokovîtch etOrouitch, loc. cil · texte numérisé non relu

Ranke,3l7. laokovîtch etOrouitch, loc. cil

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LA RËVOLUTIOn SERBE ET MILOSCH. 123 de la modération et ses conseils prévalureat encore. On entra en négociation avec Voutcliitch, alors ministre de la guerre ; l'entente fut vite faite, at les portes de Kragonjéfatz ouvertes aux conjurés (1834). Aussitôt une skouptchiaa militaire se forme, qui attend des communications de Belgrade. Le lendemain, Davidovitcli acconrt avec les pleins pouvoirs du prince; Pétrociëvîtch le reçoit, lai expose les causes du mécontentement des Serbes : d Va dire à Milosch, s'écria-t-il, que nous voulons une constitution politique, avec des lois civiles et criminelles. ■ Davidoïitdi promet au nom de son maître et de* mande aux conjurés de se séparer : pour toute réponse Hiiéta lui montre les milices et le peuple qui réclament la réunion immédiate d'une skouptchiaa. Milosch cède. convoque une assemblée générale , décrète une amnistie complète. Ces nouvelles sont accueillies avec enthousiasme; leprtnce revint à Kragoujévatz et put croire un moment qu'il avait retrouvé toute sapopularité.Les che& de la révolte vinrent k sa reacontre : s Nous avons eu tous des torts, leur dit-il, tichona de les réparer et pardonnons-non s mutuellement, a

La skouptchina se réunit le 2 février 1835 ; jamais elle n'avait été si nombreuse. Hilosch lui-même ouvrit ta session et &t lire par Davidovitcb un ej:posé des idées nouvelles que les circonstances lui avaient imposées. Les lois que le prince a promises, il les accordera ; nue constitution est nécessaire pour gouverner le pays, et le jour où cette coastitntion sera établie, Uiloscb respectera et

fera respecter partout ses décisions; il nommera un ministère responsable, qui proposera de nonvelles lois, lois politiques, lois administratives, lois fiaanciâres fondées sur l'abolition des corvées et l'établissement d'une taxe personnelle de trois écus par semestre, les forêts des villages et les p&turs^s seront désormais un bien commun, il faut créer des ponts, des chemins. La skouptcbina remercia Milosch et se mit immédiatement à son travail constitutionnel. Un mois après, Milosch jurait solennellement les nouveaux statuts de la principauté et la skouptcbina lui offrit un sabre d'bonneur avec cette inscription : • A son bnèze, Milosch Obrénovitcb, la Serbie .

reconnaissante. »

L'opposition parlementaire triomphait ; elle crut le pays sauvé, elle se flatta d'avoir à jamais abattu le despotisme, tout cela parce qu'elle avait fait une constitution, précédée d'une déclaration des droits de l'hamme. Cette illusion dura quelques jours à peine, Milosch avait dit avec une grande perspicacité : ■ Nous ne sommes devenus de nouveaux hommes que depuis un an : sachez qu'à la- fondation de tout État, il faut bien prendre garde de se trop presser et de ne pasméme publier une seule parole qu'on soit obligé de rétracter à son propre détriment et à celai de la communauté. La fondation des États actuels a demandé des siècles, et aujourd'hui encore on trouve toujours quelque chose à améliorer. La Serbie ne peut pas suivre une autre voie : elle a des particularités nationales qu'il faut d'abord t&cher d'adapter à la civilisa-

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LA HÉVOLUTIOrCSERBE ET HILOSCH. 125 lion de l'Europe, pour prendra peu'à peu une p'ace honorable dans ses rangs. » Hais les membres de la skouptcbina n'avaient prêté aucune attention à ces sages paroles : sous l'inspiratioa de Davidovilcb, ils étadteat les innombrables constitutions et projets de coDslitution de la Fraoce, les iégislatioDS anglaise et allemande, jusqu'aux lois des douze tables; et,oaïfs éclectiques, en composeat le plus bizarre des amalgames. C'est le sénat et le prince qui gouvernent conjointement, l'initiative des lois appartient à l'un et à l'autre, le président da sénat les signe, le knëze les promulgue; tons les citoyens sont égaux, les juges irresponsables. Puis ils avaieut emprunté à l'Europe ses titres, ses dignités administratives, sa bureaucratie; si bien que, pendant quelques mois, la Serbie fnt le théâtre d'ane mascarade ridicule, où les haydouks étaient devenus scribes et se faisaient appeler Excellences, où les pesmas avaient cédé la place aux comédies de nos thë&tres de genre, où l'uniforme et le costume si pittoresque de la Serbie avaient été abandonnés pour le shako, le pantalon bien, les bottes gênantes de l'uniforme hongrois '. Kilosch alors se hâta de constater toute l'insuffisance de cette constitution; il accusa Davidovitcb, celui-ci accusa la skouptchina, bref, la Serbie fnt bienlAt unanime pour demander de nouvelles lois organiques. Le mécontentement, un moment apaisé,

1. S. René Taillandier, lec. cit. Docteur Cunîbert : Euai, i.ll. p. 201-202.

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redoubla d'intensité; le despote se réveilla chez Hilosch, il revint à son ancienne politique. Hais les réceata éiënemeats de Kragoujévatz avaient produit une émotion profonde aux trois cours de Vienne, de Saint-Pétersbourg et de Constantinople ; le czar envoya H. de Buchmana présenter ses observations à Hilosch. Ce fut le secrétaire du prince, Ziganovitch, qui reçot l'envoyé russe ; H. de Buchmann s'emporta, contesta à Hilosch ses titres, se moqua des ministres, déclara que les Serbes n'étaient que des redas et des valets, in^sta pour être introduit auprès du prince. Hilosch l'écouta quelque temps en silence, pais, tout à coup, sentant se ranimer tous ses instincts de patriotisme et de fierté : > Honsieur, dit-il, j'ignore beaucoup de choses en administration et suis prêt à recevoir les conseils des hommes éclairés, mais si le baron de Buchmann prétend m'imposer ses avis comme des ordres, chef de la nation et gardien de ses droits, je les repousserai résolument. »

Étrange caractère que celui de Hilosch! Le héros ca-

chaît un despote, le patriote cachait le plus habile des

comédiens : nul, pas même Kara-Georges, n'avait rendu

de plus éclatants services À la Serbie, nul n'avait fait

peser sur elle an joug plus rude. TaQt6t embrassant

avec une remarquable sûreté de coup d'œil la situation

politique, il en devinait les besoins avec une intelli-

Lii étonnait ses ennemis, lear arrachait un cri

tion; tantôt il lâchait la bride à ses passions,

gouverner seul, détruisait en quelques heures

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