‹ La Serbie et le MonténégroChapitre 31 sur 68 · LA RÉVOLUTION SERBE ET MILOSCH · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION SERBE ET MILOSCH

l'œuTre pénible de plusieurs ftunéea. Ainsi en 1839. Accueillie d'abord arec un véritable enthousiasme, la akouptehina avait commis de graves fautes, n'avait conteaté personne : Hilosch vit qu'il y avait là pour lui nn moyen assuré de raffermir sou autorité ébranlée, que, pour y réassir,il fallait fi^apper l'imagination populaire ; mais il ne s'arrêtera pas là, il voudra reprendre l'une après l'autre toutes ses concessions et il se perdra de nouveau. Une chose l'embarrassait alors: comment frapper l'imi^aation du peuple, se moatrer à lui sous un jour nouveau et brillant 1 Après quelques hésitations, Hilosch se décida & entreprendre un voyage à Coastantinople; en vain les dépotés, lous les minisires, Davidovitcb, l'en dissuadèrent, le prince Uni bon, institua on conseil de régence sons la double présidence de son frère Ephrem et de Hiléta et partit le 19 juillet. Une nombreuse escorte l'accompagna jusqu'à Widin; partout où son vaisseau s'arrêta sur le Danube, il reçut l'accueil le plus flatteur; les pachas venaient à sa rencontre, le farouche exterminateur des janissaires, Hussein Pacha, le salua comme son mdtre. Enfin, le 16 août, il arriva dans la capitale de l'empire turc et fut reçu au palais d'été par le sultan ' : debout, entre Halil-Pacha, gendre de Mahmoud "et le grand séraskier, il lut nn long discours en langue serbe, qui fut traduit du serbe eu grec par Abraham Pétroniévitch, et du grec en turc par Bogosidi,

1. Raake, p. 352. — SikiDl-ReD<) Tailtsadisr, loc. cit. ch. V.

D,nl,ii"invG00<^[c

prÏQCB de Satno3. Il terminait ainsi : ' Chef de la nation serbe, honoré de la haute confiance et des faveurs de V. il,, je suis 7eau pour tous prier de recevoir l'expiession de notre reconaalssance filiale. ■ Mahmoud répondit : < Sois le bienvenu, prince Uilosch.Je reçois avec plaisfr, de ta bouche, l'expressioD des sentiments des Serbes. Tant que voaa ne vous écarterez pas de vos devoirs, j'aurai toujours pour vous les égards pateroels qu'un souverain doit à ses vassaux, aux sujets que Dieu lui a confies; vous aurez toujours part à ma sollicitude impériale. ■ Alors Milosch offrit à Mahmoud de riches présents et le sultan s'écria : • Ses présents lui ressemblent : ils sont grands I »

Lorsque Hilosch revint à Kragoujévatz il était comme enivré des honneurs dont on l'avuit comblé, il était plein d'admiralioa pour le gouvernement absolu et personnel de Mahmoud. Insensible aux murmures qui s'élevaient autour de lui, il se crut le droit de corriger arbitrairement la constitution, il refusa d'écouter les conseils des ministres, il reprit le hautain langage de 1834, il brava le czdr, qui, par un bizarre revirement, s'était fait le protecteur des idées libérales en Serbie. Dès le mois de janvier de l'année suivante, les complots contre Hilosch recommencèrent; l'inquiétude gagna les cabinets européens, la Porte avertit le knèze des dangers qui le menaçaient, les empereurs de Russie et d'Autriche se liguèrent contre leur aiicien allié, la France et l'Angleterre firent d'inutiles efforts pour éclairer Mitosch et concilier les partis.

Dinliii-invGoOt^le

LA RÉVOLUTION SERBE ET MIL05CH. 12U La situation était des plus graves et des plus compliqoÊes. Stoian Simitcli et Georges Protitch émigrèreni à Biicharest et Douèrent avec le consul russe de soardes iatrigues; de son cAté, l'Autriche envoya à Belgrade le iiautain croate Antoine Néanovitch, qai se ligua avec l'opposition contre Hilosch. Puis ce fat le czar Nicolas qui rédigea an projet de constitution serbe, destiné à faire de la principauté une simple province russe; il l'envoya au kniaze, l'assurant que là seulement était le salut. Hilosch repoussa le projet : l'empereur, blessé dans . son amour-propre, violemment irrité par l'attitude iadépendante du prince à son égard, ordonna à Vaschenko, consul de Russie à Bucharest, d'établir à Orsova, ïur la frontière même, son quartier général de complots et d'intrigues. Hais à peine cette nouvelle fut-elle connue à Londres, que le colonel Georges Hodges fut envoyé auprès de Milosch. L'agitation ailgmenta encore. Simitch et Protitch se rendent à Saint-Pétersbourg pour demander l'intervention du czar; l'ambitieux Ephrem soutient leur demande. C'est en vain que le colonel Hodges et le docteur Cunihert s'efforcent de montrer au prince les progrès de la conspiration, l'utilité d'une alliance franco, anglaise, la nécessité de prévenir les conjuréspar une formelle déclaration des droits et par une charte libérale, le respect des droits du peuple par le maintien de la skonptchina, et ceux des nobles par le maintien du fénat. Milosch perd la tête, il repousse les conseils de ses amis, demande des garanties à l'Angleterre, son intervention

■v,Go(><^[c —

pour amener l'èTacoation de Belgrade par les Turrs, ii entame de timides négociations avec son frère Ephrem. Sur ces entrefiùtes (janvier 1836), arrive à Kragoujévatz le prince Do Igorouki, ^ambassadeur du czar; il demande une entrevne à Hilosch, lui assure hardiment l'existence d'nne conspiration protégée par la Bussie; le kniaze accnse la perfidie de l'empereur; Dolgorouki lui répond eu exigeant la cessation immédiate des conférences avec le colonel Hodges, l'établissement d'un sénat conformément au hatti-chérif, et dont feraient partie les chefs de l'opposition, Stolan Similch, Youtchitch, Pétroniévilch. Alors Uilosch essaie de lutter d'adresse avec l'habile diplomate ; il se tait sur ses rapports avec l'Angleterre : « A quoi bon un sénat, s'écrie-t-il, n'avonsruous pas la skouptchina? Pourquoi une chambre haute? Il m'est impouible de renoncer au grand principe de l'uniti de la représentation nationale. Quant aux coqjurés, ce ne sont que de vils ambitieus, qui ne s'adressent à la Russie que par intérêt, qui, repoussés par la Russie, s'adresseront, avec la même insistance^ à la France, à l'Autriche, ou au Grand-Hogol. • Ce fut en vain : le prince Dolgorouki rappela le texte formel de l'article 3 du hatti-chérlf de 1830, d'après lequel le kniaze devait administrer les affaires de Serbie avec l'assemblée des notables, déclara que si Hilosch se refusait à le mettre en exécution, la Russie s'anirait à la Porte pour l'y contraindre : o Hais vous me brisez le pouvoir entre les mains I s'écria Hilosch arec emportement; votre interprétation est fausse, je

Dinliis-invGoOJ^Ie

LA R£T0L0TI0N serbe et HILOSCH. 131 ne puis conseatir à ua suicide. D'ûlleors la diplomatie européenne me soutiendra. > Ea effet, le IS décembre, lord PalmeratoD lui écriTait : € J'érige le consulat britannique de Belgrade en consulat général. Je tous prie d'agréer cette mesure comme une preuve du vir intérêt que je prends au prince et au pays. Le colonel Hodges TOUS fera connaître les intentions bienvei liantes du gou- Temement de la reine. ■ Et le 6 janvier 1838, lord Ponsoniby, le noQTel ambassadeur anglais à Constanti* nople, adressait à Miloscb. une lettre où il confirmait la dépêche du ministre.

Ainsi la lutte était ouTertement engagée, lutte ambiguë, étrange, dont parfois le caractère nous échappe. « On Tit alors, dit Ranke, un spectacle extraordinaire ; par un bizarre contraste l'Angleterre et la France, gouvernebients parlementaires, encourageaient le despotisme de Milosch; la Turquie, et la Russie, gouvernements absolus, voulaient lui imposer des réiormes libérales, se prononçaient pour nue limitation de ses pouToirs. > Pas plus qne U. Saint-René Taillandier, je ne puis accepter cette manière d'expliquer la longue lutte diplomatique de 1838, cette interprétation dont je trouTO la source tantôt dans un sentiment inqualifiable de haine contre Milosch, comme chez Cyprien Robert j tantdt dans une croyance erronée à des intentions libérales de la part da czar et du sultan, comme chez Ranke. Et d'ailleurs étaient-ils bien dignes d'estime ces adversaires de Milosch, ces chefs d'une opposition hypocritement démo-

D,nl,ii"invG00<^[c

132 LA SERBIE ET LE HONTËNfiGRO.

cratique, ce Georges ProUlch qui avait voulu a knèze, ce Miloutioe affamé de basse popularité, ce Stoiaa Simitcti qui dira tout à l'heure : « La Serbie a reculé d'an siècle depuis la révolution de 1839, mais nous nous sommes vengea < I *

Quoi qu'il en soit, le dénouement approchait, mab lentemeut, avec peine, comme si la Serbie eût voulu à tout prix conclure une nouvelle euLente avec Uiloscb : • Une charte ! ilnous faut nue charte t ■ cria le peuple, ameuté devant le palais, a Frères, reprît le prince, qu'y-a-t-il besoiu d'ane charte? nous avons déjà celle de 1835 que j'ai ' jurée. ■ Et, poussé par lord Ponsomby, eicité par le colonel Hodges qui déclarait qu'après le diable rien n'était plus funeste que tes législateurs, Hîlosch opposa aux instances du prince Dolgorouki une fin de noa-racevoir. Hais cet acte était à peine consommé qu'il s'en repentit, qu'épouvanté par l'irrilation populaire il consentit à toat, envoya à Constanlinople une dépatation dont Pétroniévitch faisait partie, et, sonrd aux protestalions du consul anglais, entra eu négociations avec le grand vizir. C'était une nouvelle constitution qui allait être imposée k Hilosch ; te kniaze restait chef du pouvoir exécutif, il conservait le droit de grAce, la nomination des administrateurs, la perception des impAts, le commandement de l'armée ; mais, toutes ses décisions devaient être contrôlées par le sénat qui réglait ts budget

i. Raiilce. RfvoJu/fonitrf'e, p. 358.

Dinliii-invGoOt^le

LA HÉVOLUTIOM SERBE ET HIL05CS. 133 et auquel était attribué tout le pouToir législalif. Ce n'est pas tout : le priuce ne pouvait gouverner sans le secours des popelschiteli ou miuistres, préposés aus affaires étrangères, à l'iatérieur, aux finances, à, la justice et à l'instructioa publique. Le ministère, cooime le sénat, devait être nommé parla kniaze.mais les aéDateurs et les juges étaient inamovibles. Tel était le hatU-cbérif de 1838; c'était un ordre auquel Hilosch ne pouvait qu'obéir. La nation l'accueillait avec enthousiasme, elle croyait y voir la Ha du despotisme de Hilosch.

Le prince nomma le sénat et appela an ministère Abraham Pétroniéïitch et Georges Protitcb. L'opposition triomphait partout ; le sénat, cédant an courant populaire, entra dans une voie complète de réformes. Hilosch frémissait de rage ; il courut à Semlin, souleva une bande de paysans et de haydouks, puis revint en toute hâte à Kragoujévalz exposer au sénat les dangers decette révolte, causée, disait-il, par le hatti-chérif impérial et tes actes des ministres ; il demanda le commandement da l'ai mée pour combattre les rebeUes. Aucun dessénatenrs ne fut dupe de cette misérable comédia ; Voutchitch est mis à la téta de l'armée ; les bandes soulevées sont dispersées sans résistance ; le frère de Hilosch, Jovan, est surpris par les soldais, excitant les paysans à la révolte ; Voutchitch retourna à Belgrade ; le peuple court àsa rencontre, te couvre d'acclamations, demanda la mort du tyran. Le sénat effrayé se réunit : ■ Ce serait pour la Serbie un opprobre éternel, s'écrie Pélroniévitch, de tuer

D,ni,.i"-ihvGoO<^[c

l'homme qui a dètÎTré la patrie du joug ottoman. Oui, js le reconnais, le temps du despotisme est fini ! Hais ne cédons pas à la fureur aveugle du peuple. Il faut que Uilosch abdique! « Des applaudissements unanimes accueillirent ces paroles: Voutchitch est député auprès du kniaze pour lui faire part des résolutions du sénat .- a Eh bien, dit Uilosch, si le peuple ne veut plus de moi, je n'ai pas l'intention de m'imposer à lui. » Et il signa son acte d'abdication. Le lendemain, il quitta Belgrade. Quelques sénateurs l'accompagnèrent jusqu'à la frontière. HiJoscb supporta sa disgrâce avec noblesse. 11 fit venir le colonel Hodges : i Toute proportion gardée, dit-il, ma chute ressemble à celle de Napoléon ; comme lui, j'ai délivré mon pays parles armes, comme lui, j'ai assuré son repjs par des négociations ; on n'a plus besoin de moi, on me cbasse, n

Laissons Milosch partir pour un long eiil dont le peuple le rappellera un jour, et avant de continuer l'histoire de la Serbie, disons quelle était alors la situation d'une autre nation slave, l'alliée naturelle de la Serbie, qui avait combattu avec elle à Kossovo, et qui combattra avec elle, comme autrefois, quand l'heure sonnera de la reconstitution de l'empire- de Douchan, et de l'U' nion des penlpes slaves.

■v,Go(><^[c

Li MonrâniGio.

Au iuA de l'Herzègorine, s'élève, entre une triple enceinte de sombres montagnes, le plateau de Tzeniogara, hërissË Ini-méme de hautes collines et de rochers escarpés. Levojageur qui, du summet des Alpes de Bosnie, contemple pour la première fois cette terre calcaire et aride, avec ses vallëes nues, ses gorges profondes, ses pics inaccessibles, croit avoir sods tes yeux, soit t une mer houleuse tout à coup pétrifiée, a soit • un vaste g&leau de cire aux mille alvéoles, v Cette terre c'est le Monténégro, le nid de libres faucons que célèbrent les pesmas. Trois crêtes élevées couvertes de neige, le Lotchen, le Kom et le Domitor, dominent la contrée environnante, dont elles sont comme les sentinelles avancées. Partout des rochers sombres revêtus de Uchen, superbes, tantAt oudolant comme des vagues, tantôt pareils à des

D,nl,ii"invG00<^[c

tours crénelées; partout d'épaisses forêts, pleines de charme, dit le poète slave, car le venin de la douleur et des passions s'enguurdit dans leurs retraites où passe le souffle d'une impérissabrn jennesse, où l'àme se confond avec la sublime nature, où l'esprit respire l'éternelle liberté. Çà et là des ruisseaux entraînés parleur pente vers la' mer intérieure de Scoutari ou s'écoulaat par voie souterraine dans un terrain de sable et de galets. Le sol est peu fertile : le blé et le mais y viennent avec peine. Mais les vignes sont belles, les pâturages sont riches et nourrissant de nombreux troupeaux.

Le peuple qui habite la Tzernogora est un peuple de chasseurs et de bergers. Dans les hautes montagnes où ils conduisent leurs troupeaux de moutons et de chèvres, les p&tres du Monténégro luttent hardimeal contre les obstacles que leur oppose la nature. Ils ont créé des vignobles dans les massifs de la Riéka; ils élèvent des abeilles, cultivent l'otiviér et l'oranger. Mais les sources manquent : comme les Arabes qui se battent entre eux pour la possession d'un puits, les Monténégrins se disputent leurs rares fontaines. Aussi cette vie Apre et rude a formé on peuple brave, belliqueux, qui, les armes k la main, a sans cesse combattu pour son indépendance et pour 33 foi. Dispersés dans les forêts et les vallées, an premier^appel du kniaze, les Monténégrins acconrent ; ils étaient trente mille âmes au xvn" siècle, ils sont aujourd'hui deux cent milledoatviugt-cinq mille guerriers. Ce sont des hommes grands et forts, de mœurs gênëra-

Dinliii-invGoOt^le

LE HONTËNÉGRO. (37

lement pures, doués d'une imaginatioa vive et poétique, pleins d'une foi ardente; mais violents, batailleurs, physiquement moins beaux que leurs frères du Danube. Ls peuple de ta Montagne Noire a conservé toute la simplicité et toute la férocité des temps primitifs : sar les champs de bataille où la victoire lui est restée fidèle, il b&tit de sanglants trophées atec les têtes de ses ennemis égorgés; et ses historiens justifient cette coutume, a S'il est permis, disent Paltj et Sberb, de tuer les hommes dans les combats, l'usage de couper les têtes des morts n'est qu'un accessoire ; et s'il met im terme aux souffrances des blessés, il devient un véritable bienfait, a Aui yeuT des farouches guerriers la vengeance est chose sainte ; mais elle doit s'exercer franchement, & la face du ciel : l'homme Iftche qui frappe un homme désarmé est considéré comme le dernier des êtres, a S'il se trouve un l&cbe, dit la loi, on loi enlèvera ses armes et de sa vie il ne pourra plus les porter : chacnn le méprisera el autour du corps on lui attachera un tablier de femme, pour que personne n'ignore que ce n'est plus un cœur d'homme qni bat sous sa poitrine. » Tomber dans les combats contre l'ennemi héréditaire, d'est le rêve de tout Honténégria. Honte à celui dont les aïeux sont morts dans leur litt Quand un malade a été enlevé de mort naturelle, les parents dirent : « C'est Dieu, le vieux meurtrier, qui l'a tué. » Nul peuple n'est plus hospitalier : au départ du voyageur, la seule récompense qu'il demande, c'est une

Dinliii-invGoOt^le

décharge de ses arme8,unesalYBd'adiea en son honneur'. — La femme est forte, assujettie aux plus durs travaui ; mais libre, respectée, aimant pour aimer : elle envoie ses fila au comhat avec le courage des femmes Spartiates, et parfois on la voit elle-même marcher au premier rang des guerriers, Têtue du costume des haydooka, les pistolets à la ceinture et le yatagan à la main. Comme l'histoire des Serbes, l'histoire des Monténégrins ne devrait pas s'écrire, elle devrait se chanter.

C'est une dynastie d'origine française qui rëgna la -première dans le Monténégro. Lorsque Charles d'Anjou monta sur le tréua de Naples, il amena avec lui en Italie un noble comte de Provence, Bertrand de Bani, intrépide rival de Raymond Bérenger et qui portait pour armes : de gueules, à la comète à raies d'argent. C'était l'époque où la quatrième croisade avait découvert à l'Europe la faiblesse de l'empire d'Orient : les comtes de Baux, faits princes de Tareate par le frère de saint Louis, surent en profiter : ils passèrent l'Adriatique, s'établirent en Albanie, et ajoatèrent à leui-s titres celui de prince d'Acbaie. Bientôt ces puissants vassaux inquiétèrent le roi de Naples j à la mort àa comte Hainfroy, il envoya

1. Cypri en Robert, les Slave» dt Turquie, p. 105aq. — Colonel L. C. Vialla de Sommiârea, Voyage kistOfiqvt et poli' tigue au Monténégro, contenant l'origine des MonténégrinBi peuple autocihone ou aborïgëne et très-peu conou; les mceurs de cette nation, les céréiaoaiea curienses et bizarres de eon culte l'eiposé de diiers traits de courage, de générosilé, ainsi que de férocité communs dans ce peuple. — Paris, 1830, 3 vol. in-S

■v.Gotx^lc

Jeande Ctéry s'emparer de Corfoa et du littoral de i'Épire. Hais de nouvelles eutreprîses s'offraient à l'esprit aventureux des comtes de Baux. Blessés dans leurs croyances religieuses par le roi de Serbie, Ourosch H, qui abandonna l'église romaine pour l'église grecque, les princes albanais avaient imploré la protection de Charles III et l'avaient reconnu pour suzerain ; en vain le fils du roi Etienne attaqua le chef des révoltés, l'intrépide comte de Glissant : la dynastie angevine triompha en Albanie, grâce à la vaillance des comtes de Baux gui s'emparèrent des principales forteresses de la Gnégarie et de la Tzernogora (1270-1320.) *.

On sait combien a été éphémère la puissance des princes de la maison d'Anjou en Italie. Seuls les comtes de Baux ne renoncèrent pas h. leurs conqoètes : dès le lendemain des Vêpres Siciliennes, guidés par une habile politique, ils reconnurent la suzeraineté des rois de Serbie et prirent le nom de Btilschas. Ce n'était qu'une vassalité apparente : plus d'nne fois ceB hardis Balscbides, devenus bans du Zêta, se révoltèrent contre la dynastie de Douchan, et, soutenus par le pape Urbain V, ils affirmèrent hautement leur foi dans la religion catholiqae et

A Bakcha, succédèrent ses trois fils, Georges, Strachimir et Balscha H. Les Osmanlis venaient de pénétrer en

1. DuCaDge, Histoire de CEmpire latin rU ComtaniinopU, ià. BnchaD. I. II, p. 385. — Lenormanl, Turc» et Monténégrins, Paria, 18S6, p. 5.

D,nl,ii"invG00<^[c

Europe : les trois frères redoublèrent d'efforts pour consolider leur puissance : guerre contre' Voiikaschine, le meurtrier d'Ourosch V; guerre contre Tvarlko, tyran de Bosnie, contre Charles Topia, contre les Doukadjins, contre Louis de Navarre, contré les rois de Nnples et de HoDgrie. A la mort de ses frères, Balscha devint le chof de sa famille et régna seul : Durazzo lui ouvrit ses portes, et la république de Raguse inscrivit son nom sur le livre d'or de la noblesse. Mais cette puissance si brillante ne devait durer que peu de temps, La conquête de Durazzo était à peine achevée par le bau du Zêta, que le sultan Mourad envoya quarante mille soldats pour envahir l'Albanie; Georges commença par disperser les troupes rebelles du seigneur de Tzernogora, Etienne de Maramont; pnis il signa avec le kral de Serbie, l'illustrti Lazare, un traité d'alliance et épousa sa fille iouvélitza. De jour en jour la puissance des Osmanlis devenait plus redoutable : le Saint-Siège prêcha une nouvelle croisade. Nous avons raconté plus haut la sanglante journée de Kossovo où Georges, à la tête de ses troupes, déploya le plus éclatant courage pour défendre dans cette lutte suprême la cause de la chrétienté. Aussi, dès le lendemain de sa victoire, Bayézid Lança ses janissaires sur l'Albanie et le Monténégro; les hardis montagnards coururent aux armes et des flots de sang furent versés. Les Vénitiens, jaiouï de la nouvelle puissance qui s'était élevée si près d'eui, pillèrent les plaines fertiles de la Zêta. Georges et son tlls Balscha, qui lui succéda, combattirent trente annéesconfre

■v,Go(><.^[c

LE HONTËMËGRO. Ut

ces deux eanemig, également redoutables. Le succès justifia leur audace, et, comme Mithridate, Baischa, avant de mourir, assista à la déroule des armées qui avaient euvatii son pays. Avec lui s'éteignit la dynastie des Balschides fl42t).

Etienne de Maramont, fils de Tsernoïé, devint le chef de la Dation. Celai que l'on appelait l'homaie de la Montagne Noire, ne se sentit pas le courage de pourâiiivre l'œuvre des Baischidus : il s'enfuit dans la Fouille, laissant les Vénitiens s'emparer de toute la Zéla, et les seigneurs de l'Albanie se constituer partout des principautés indépendantes. L'exil volontaire d'Etienne dura six ans; lorsqu'il revint, après les victoires remportées par le kral de Serbie snr les Vénitiens, il trouva son royaume réduit à la Tzeraogora actuelle ; ïlors, pendant quelques années, il s'appliqua uniquement à faire prospérer ce faible débris de son ancien empire : il fonda Jabliak, fortifia Smokovitza, et construisit sur le lac de Scoutari un magnifique monastère en l'honneur de la Vierge. Puis.lorsque Georges Castriot souleva l'AItianie contre les Turcs, Etienne accourut à Alessio où se tenait l'assemblée générale des chefs chrétiens : le hardi soldat que les Turcs avaient surnommé Scanderberg fut proclamé prince d'Albanie. Etienne retrouva alors l'ardeur de la première jeunesse : il épousa Volsava, fille de Scanderiierg et cAuriit aux armes. La lutte contre les inridéles dura viogt-qnatre ans; soixante-troij batailles furent livrées, le prince de Tzemogoru combattit jusqu'à son dernier jour, et à son

D,nl,ii"inv G00<^[c

m LA SERBIE ET LE UONTËNËGRO.

Ut de mort, il légua & ses deui fils Georges et Yvaue, sa conroBDe et sa haine de l'Osmanli.

. Yvane, même après la mort de Scanderberg, continua contreMohammedlalatteengagée parson père: les pesmas cëlëbrërent son indomptable courage et sa fenneté dans la manvâise fortune. C'est lui qui fonda Cêtiuié ; c'est lui encore le héros du célèbre chant : le Mariage de Maxime. Hais un jour arriva où les Turcs furent vainqueurs, où Jabliak fut prise et saccagée : < Alors, dit le pesma, Yvane Tseruolévitj quitta sa demeure : chargé de trésors, il vogua sur la mer bleuâtre, demander au doge de la grande Tenise la main de sa fille pour son fils Maxime, et des secours contre les infidèles. » Il faut lire dans la belle ira. duction de Talvile récit de l'épisode qni suivit ce voyage: le meurtre de Milosch par Maxime, les pleurs de la belle Vénitienne, qui s'en retourna vierge chez son père, la fuite de son époux et de son beau-frère Stanicha à Stamboul, leur conversiou à l'islamisme. Dévoré de tristesse, le vieil Yvane se retire dans la Montagne Noire ; de poétiques et mystiques légendes chantèrent sa gloire et sa retraite. Comme Lazare, comme Marko, le grand vieillard «'est pas mort; il repose dans la grotte d'Obod entre les bras d'une vila et il se réveillera un jour pour conduire les guerriers slaves & la conquête de la mer '.

Ce que l'historien ne saurait assez admirer, c'est la

Page 1