Miloutinoiitj, p
Dinliii-invGoOt^le
lie LA SBHBIE ET LE MONTÉNËGRO.
Voici ce que chanteat les pesmas *.
■ A furce de préseats, les ralas du Zêta ont obtenu,du pacha de la sanglante Tille de Scoulari, la permission de bâtir une église. L'édifice terminé, le pope lovt se présente aux anciens des tribus ^réanis en assemblée et leur dit : Notre église est bâtie, mais ce n'est qu'une prof&ne caserne tant qu'elle ne sera pas bénie ; obteuuns donc, k prii d'argent, du pacha un sauf-conduit pour que révéqne de la Tzernogora vienne la consacrer.
> Démir-Pacha délivre le sauf-conduit pour le moine Doir et les dépotés de la Zêta font le porter au vkdika de Cëlinié. Daniel Petroïitj, en lisant l'écrit, secoue la tête et dit : Il n'y a point de promesse sacrée parmi ces Turcs; mais, pour l'amour de notre sainte fui, j'irai^ dussé-je
■ Âussitût l'évéque fait seller son meillenr clieval et part. Les perfides Musulmans lui laissent bénir l'église, puis ils le saisissent et le mènent à Podgaritsa, les mains liées derrière le dos. Le pacha veut le contraindre à renier l'Évangile : l'évéque souffre sans se plaindre les plus crneb martyres, mais il ne r
B A cette nouvelle, toute la Zêta, plaine et montagne, se leva, et vintdans la sanglante cité de Scoa tari implorer Démir-Pacha, qui fîia la rançon de l'évéqae à 3,000 da-
I M. Lenormaut : loc. cit., p. 140. La chant poticulé Sve-OïloboJ, (eutiéremeat affranchi).
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LE HOKTËNfiGRO. U9
> Pour compléter une telle somme, de concert avec les tributs de la Zéla, les Tzernogorsles dorent vendre les Tases sacrés de Cétinié.
■ Le vladika est mis en liberté. En voyant revenir leur éclatant soleil, les guerriers de la Montagne ne purent conteair leurs transports de joie. Hais Daniel, qu'affligeaient depuis longtemps les conquêtes religieuses des Turcs cantonnée dans la Tzernogora, et qui craignait de Tr>ir nn jour apostasier son peuple, demande aux tribus rassemblées de convenir entre elles d'un jour où 1>!S Turcs seront, dans tout le pays, attaqués et massacrés,
t A cette proposition la plupart des guerriers se taisent; les cinq frères Martinovitj s'offrent seuls pour exécuter le projet. La nuit de Noël est choisie pour être la nuit du massacre, qui aura lieu en souvenir des victimes de Koasovo.
• L'époque filée pour la sainte veille arrive. Les frères Martinovilj allument leurs cierges sacrés, ils prient avec ferveur le Dieu nouveau-né, boivent chacun une coope de vin à la gloire du Christ, et, saisissaut leurs massues bénites, ils s'élancent à travers les ténèbres. Partout où il y a des Turcs, les cinq exécuteurs apparaissent; tous ceux qni embrassent la croix sont présentés comme frères au vladika.
> Le peuple, réuni à Cétinié, salue l'aurore de Noèl par des chants de triomphe; pour la première fois, depuis le jour de Kossovo, il pouvait s'écrier : ■ La Ttemûgora est libre! *
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La réïolte se répand avec la rapidité d'un torrent qai déborde : les haydouks descendent âo leurs montagnes, tons les infidèles prennent la fuite. Puis, pendant que Daniel s'applique à réparer les désastres des gueiTes précédentes et de la domination ottomane, les bandes monténégrines ravagent l'Herzégovine, imposent à cette province turqne de honteux traités, échangeant les prisonniers faits dans les combats contre des pourceanx. La victoire amène aux Monténégrins de nombreux alliés, les rdas de la vallée da Zêta; les Ouskoks, hardis pirates de la Dalmatie; les tribus albanaises de Drolniak, les scbkypétares de Koutchi. Hais l'alliance la pins avantageuse, c'est celle de la Russie; Pierre le Grand venait de donner i l'empire moscovite nn développement immense; son génie comprit que la révolte du Monténégro était le signal d'une ère nouvelle pour les races slaves, que la grandeur des Slaves serait la mine de la puissance turque en Europe, qu'un double intérêt commandait ainsi à la Russie une alliance étroite avec les Slaves et avec leur vaillante avant-garde de la Montagne. Le 3 mars (711, le czar Pierre envoya au vladika Daniel les colonels serbes Milovadovi^ et Ivan Lonkaschevitj de Podgaritza, porteurs d'une lettre missive; l'empereur disait < :
■ Salut et joie aux nobles, excellents et honorables métropolites, knèzes, volvodes, serdars, avan-bachb, capitaines et guerriers, et à toutes personnes ecclésiastiques
1. Alex. Aniiiç. GeKhichte der Furstenthum Monténégro, p. 27, 28, 29.
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ou sëculiâres qui professent la foi orthodoxe, grecque ou romaine, ea Servie, Slavouie, Macédoine, Bosnie, Herzégovine, et particulièrement aux habitants de la Tzemogora, de Nikohitj, Bania, Prolia, Drobniak, £ascha, Trêbiniè, aux croates et aux autres chrétiens qui se trouvent soua le joug tyranuique du sultan turc...
■ Nous avons résolu de porter la guerre sur le territoire ottoman, et de délivrer les chrétiens opprimés sons la joug des infidèles; nous marcherons en personne àla tète de notre chère et âdéle armée. Vous devez vous unir à nos soldats, vous armer contre l'ennemi common des chrétiens, et combattre pour la foi et la patrie, pour la gloire et l'honneur, pour votre liberté, votre indépendance et celle de vos enfants.
1 Celui qui prendra part k cette guerre juste et lé^time recevra de Dieu même sa récompense. Nous aussi, nous lui accorderons notre protection et nos bienfaits. S'il U désire et te mérite, nous le ferons participer à tous les privilèges accordés à nos sujets; car nous ne désirons pas d'autre gloire que celle de délivrer les peuples chrétiens de la l;raniiie des infidèles, de rendre son éclat à l'église orthodoxe et de relever la croix, source de vip.,., i
Ainsi, dès les premiers jours de l'insurrection du Honténégro, se revêtait l'ambition du czar. Mais, bu printemps de 1711, elle n'eut d'autre effet qne d'augmenter l'enthousiasme des vaillants guerriers. « Aux paroles du czar slave, dit le pesma, aux paroles du grand empereur chrétien, tons brisent les fourreaux de leurs sabres etsM-
$issent leurs fusiU. Il o'y a qu'une voix : marchons aux
Turcs et le plus t6t sera le mieux <. »
Cependant le czar Pierre avait trop préjugé de la faiblesse de la Porte. Tout le monde sait l'issue de la campagne du Pruth; la victoire du grand-vizir Mêbèmet-Baltadji, le triste traité de Falksen. Le Monténégro se vit seul en face d'un ennemi redoutable, qui venait de faire trembler encore une fois tuute l'Europe chrétienne. Mais l'enthousiasme ne faiblit pas ; n'était-ce pas pour la cause sacrée de l'Évangile, pour la liberté, pour leurs enfants que combattaient les Monténégrins? Le poète populaire, le Tyrtée de la Montagne Noire, éleva saforte voix au milieu du choc des armées : i Tant qu'un da nous restera en vie, nous nous défendrons contre qui que ce soit, Turc ou autre. Ohl elle n'est pas une ombre vaine, la liberté du Monténégro. Nul autre qu^ Dieu ne pourrait la dompter, et, dans cette entreprise, qui sait si Dieu lui-même ne se lasserait pas? *
Audacieux défi ! Hais la liberté, comme le soleil, a ses éclipses. Il faut lire, dans la belle traduction de Cypriea Robert, le cbant national qui raconte la guerre de l'indépendance. A la nouvelle du désastre des Moscovites et de l'approche d'Ahmed-Pacha avec cinquante mille hommes, le vladika Daniel réunit la diète. Les uns disaient : a Donnons le kharatch! • les antres : « Donnons pInlAt des pierres! n — t Compagnons, s'écria Hitjounovilj, donnez ce qn'il vous plaira : moi, je ne livrerai point mes frères