Audri^, p. 38 Mîloutlnovîtj, p. 80. LenormaDt. p
de cinq mille roubles, puis ie vladika lai offrit noe histoire de la Hontagne Noire, qui était son œuvre, et le premier ouvrage historique écrit dans la Tzernogora. Ainsi le prince s'eSorçait par son exemple personnel de donner au peuple qui l'avait élu le goût de la civilisation de l'Europe. Mais ce peuple était encore bien farouche! L'impératrice Elisabeth en fit l'expérience le jour où elle forma un régiment avec les vaillants soldats de la montagne. Ceux-ci ne demandaient pas mieux que de servir dans l'armée moscovite, mais ils ne voulaient obéir qu'à un chef serbe : le chancelier WoTonzoff s'obstina à ne pas se prêter à leurs vœux. Aussi, un beaa joar, sac au dos et la sironka sur l'épaule, ils se mirent en marche pour retourner chez eux. On n'osa pas les retenir de force; ils passèrent par Kiev et Lejbach, et après deux mob de marche forcée, rentrèrent dans leurâpre patrie *. Le vladika, encouragé par l'impératrice, ne tarda pas à reprendre les hostilités contre les Turcs. Le vizir de Bosnie lut ofirit une paix avantageuse. Vassili la repoussa : « 11 ne traiterait, disail^il, que le jour où le sultan renoncerait à toute suzeraineté sur le Monténégro. » La guerre recommença, c'étaient toujours les mêmes surprises, les mêmes combats, la même lutte dans les montagnes escarpées et les sombres forêts. Vassili fut vainqueur, mais la victoire fut chèrement achetée. Halheurensement pour la Tzernogora, l'argent manquait : les subsides de la Russie étaient indispensables, et de la sorte ' 1. laokovitch et Orouitch : loc. cit. p. SI.
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en échappant à la souTeraioetâ ottomane, les Uonténègrins reocontraient celle de l'empire moscovite. Deuifois encore le prince-èvftque dut retourner à Pétersbourg. Ce fut dans son second voyage qu'il tomba malade et mourut entre les bras de son petit-nevea Pierre [iO mars 1766). La grande Catherine le fit enterrer dans l'église de Saint- Aleiandre Nensky a à cause de son extrême bon vouloir envers le peuple monténégrin, » et adressa « aux nobles et honorés seigneurs des pays serbes, dans la Macédoine, l'Albanie, le Monténégro et les cfttes de la mer • un impérial oukaze pour renouveler les promesses faites par ses prédécesseurs à tons les Slaves dirétiens.
Le vieux vladika Sava reprit le pouvoir en main. Le hasard sert quelquefois les hommes faibles plus qne les hommes hardis et entreprenants. On sait que l'Église serbe, bien que dans la dépendance du patriarcbe de Constantinople, avait conservé un patriarcat particulier. Sons les règnes d'Etienne Némania et de ses successeurs, le patriarche serbe siégeait à Belgrade; mais, après la bataille de Eossovo, il dut quitter la capitale dn czar Douchan et se fixer en dernier lieu à Ipek : les vladikas du Monténégro étaient tenus de recevoir de lui leur con* sécration définitive, entrave naturellement pénible, et qui devint plus pénible encore le jour où les Turcs réduisirent dans leur dépendance le malheureux patriarche. Daniel et Vassili avaient songé à secouer ce joug; ce fut Sava qui en fut délivré, sans avoir eu d'autre mérite que d'attendre.
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L'intolérance des Turcs à Ipek dépassait toutes les bornes. Déjà Arsène lU avait été forcé, en 1737, de se réfugier sur le territoire autrichien ; en 1765, Vassili ' Berki^ avait dû également se démettre de ^es fonctions. Son nevea, Arsène Plamerats, lui succéda : persécuté par les pachas, circonvenu par les intrigues de Byzance, le nouveau patriarche ne garda son titre que deux années. Le 16 janvier 1767, il abdiqua : « Je me désbte, disait-il non sans tristesse, et de l'archevêché d'Achrida et de ma précédente éparchie de Pélagonie. Lapi'ésente abdication est libre et volontaire. • Aussitôt un synode fut réuni à Constantinople par le grand patriarche ; un acte, d'ailleurs évidemment irrégalier, supprima l'élise nationale des Serbes et des Bolgares.
Une profonde irritation s'ensuivit chez tous les Slaves du sud. On se résignait à l'abdication de l'archevèqae d'Achrida; mais de quel droit le patriarche de Constantinople supprimait- il une Église nationale? Jadis les ancêtres des Serbes s'étaient séparés du pape dont ils se refusaient à reconnaître l'autorité souveraine : assurément, ce n'était pas pour se créer nn second pape, également souverain, à Constantinople. S^va, du reste, gardait le plus profond silence; de son cd té, Arsène se retirait paisiblement dans le monastère de Bertchili. Ce fut son prédécesseur démissionnaire, Vassili, qui seul eut le courage de protester. Les Turcs le chassent d'Ipek; mais les Honténégrias lui offrent un asile. Vassili acconrt, reprend son titre de patriarche. Puis, se sentant prés de sa mort.
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il abdique de nouveau et léj^ue ses pouvoirs spirituels à SaTB. Les vladikas se trooTaieut ainsi, comme le czar msse, à la fois chefs spirituels et temporels de leur peuple.
Noos avons raconté avec quel héroïsme les soldats de la Montagne Noire avaient, de tont temps, combattu les Ottomans; nous avons dit leur fidélité à l'Évangile, lear amour admirable de la liberté. Pendant tontes ces luttes, pendant toutes ces souffrances d'un peuple chrétien, l'Europe occidentale avait à peine dètoomé les yeui. Il fallut pour fixer son attention sur la Tzernogora, un événement bizarre et romanesque, sans antre importance d'ailleurs au point de vue historique.
Le drame sanglant dont le palais des czars avait été le théâtre, pendant l'année n62, avait produit dans l'Europe entière la plus vive impression. Tout le monde n'avait pas pour Catherine la Grande la même admiration qne Voltaire et Diderot. Le premier sentiment qui se manifesta à l'avènement de l'impératrice fat une profonde horreur pour la femme qui s'était fait du cadavre de son éponx le marchepied du trône moscovite. Pois a ne sourde incrédulité commença ï se manifester. Pierre III avait-il été vraiment assassiné ? n'était-ce pas on cadavre emprunté qui avait été publiquement exposé & Saint-Pétersbourg? Puis de vagues bruits circulèrent : le czar avait été soustrait aux poignards des assassins par de fidèles serviteurs. Il y avait eu de faux Démètrins ; il y eut de fani Pierre III.
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ie3 LA SERBIE ET LE MONTÉNÉGRO.
Les premiers qui essayèrent de jouer le rôle de l'empereur trouvèrent peu de partisaDS : d'ailleurs leurs tentatives manquaient d'habileté ; mais après trois ou quatre essais infnictueui, on put remarquer chez les imposteurs des perfectionnements successifs. Ou commenga à comprendre le rôle.
C'était au printemps de l'année 176T. I) j avait alors à Venise nn réfi-actaire dalmate, nommé SIépan le Petit. Encouragé par la faiblesse de Sava, excité sous main par le doge, cet homme déclara tout à coup qu'il avait jnsqae-là caché sa véritable origine, et qu'il était le czar Pierre en personne. Le bruit s'en répand aussitôt dans tous les pays slaves : Stépan en profite et va dans le Monténégro rassembler des partisans. C'est en vain que Sava crie à l'imposture : chasseurs, pâtres, villageois, haydoaks, tons courent à la rencontre de Pierre, Alors l'habile imposteur déclare qu'il renonce volontiers àl'empire des Rnssîes, si Dieu veut lui accorder la grâce de relever l'empire de Doachan, Modestie digne d'éloges et remarquable désintéressement! Abusé comme les antres, le patriarche Vaasili offre ses services au pseudo- Pierre. De tous les côtés de la Dalmatie et des pays slaves les paysans enthousiasmés se lèvent. L'Europe devint attentive. Le doge, très-inquiet maintenant, signe un traité d'alliance avec celui que les pesmas appellent le czar de la blanche Stamboul. Quatre armées attaquent à la fois le Monténégro,
Cependant Stépan profitait de l'enthonsiasme des Ser-
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bas. Il rassemble dix mille hommes, enflamme les imagiiiatioDS par des proclamations ardentes, et coup sur coup taille en pièces les troupes dn vizir de Roomélie, celles des yiiirs de Bosnie et de Scoutari, et celles du doge. Ces quatre victoires augmentent encore l'autorité dont il jouit : son pouvoir semble incontesté. Le vieux Sava a pris le soin de disparaître, et les pesmas célèbrent . la gloire de Stépan.
c Le doge de Venise avait écrit an czar de la blanche StambonI ; il le salue amicalement et lui dit : < Pur sultan, tu sais que sur ces rochers du Monténégro, an seul nom de l'empereur russe, tout le peuple s'émeut, comme feraient des enfants pour leur père. Détruisons de concert ces rebelles, et qu'il n'en reste plus trace. Je lèverai mes Dalmates et mes braves volontaires croates , et je les posterai sar la frontière, pour que les bandes échappées à ton cimeterre n'échappent pas à mon épëe. » Et aussitôt le czar osmanli rassemble ses Albanais, ses Bosniaques et ses Rouméliotes, en tout cent vingt mille fantassins et cavaliers, qui, leurs vizirs en tête, marchent vers la Montagne Noire et l'envahissent de trois c6tés à la fois, pendant que les Vénitiens couvrent de troupes leur frontière.
t Cernés de t^ute part, les Monténégrins invoquent le~ Dieu d'eu haut, et dans une assemblée générale décident qu'il ne faut pas songer à la vie, mab à mourir glorieusement pour la foi et la chère Uberté; puis, an nombre de dix mille, ila^iartent en différents corps pour les di-
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vers points attaqués. Les Turcs marchaient entourés de rincenclie, et pënétréreot Irès-afant dans le psjs; mais la mort les ; attendait, car ils ne savent pas, comme nos guerriers, se cacher derrière les rochers et les arbres. Vainement il^ criaient aux nôtres : • Ambs de souris, Monténégrins , leveï-vous que nous vous voyions en plaine ! Où- fuyez-vous comme des ratsà travers les broussailles? • Du sein des broussailles, les coups de feu n'en partaient pas moins et frappaient l'ennemi à l'improviste. t Cependant le Turc se bat durant neuf semaines, et nos panvres haydouks n'ont plus ni poudre ni plomb. Ils vont périr, quand arrive la fortune monténégrine, la bonne fortune envoyée de Dieu : le premier jour de novembre, une pluie [abondante tombe des nuages et dure jusqu'au lendemain accompagnée d'éclairs et de tonnerre, qui ravagent près de Boudra le camp du doge de Venise, et mettent en pièces les tentes du pacha de Scoutari. Au milieu de ce désordre, les montagnards, accourent et s'emparent des munitions mal gardées. Désormais pourvus, ils défient les trois viiirs, qui, désespérant de se maintenir durant l'hiver dans la Montagne, l'èvacuent en semant de cadavres tous les sentiers.
' » C'est ainsi qne le vrai Dieu aide ceux qui le prient! crois donc au Christ, cher frère, crob au Dieu que les Monténégrins adorent, au Dieu dont ils reçoivent joie, courage et santé. »
Informée de ces événements, Catherine s'alarme. Elle venait de déclarer la guerre an sultan; l'alliance du
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UoDténégro lui étail nécessaire, et dans celle situation ]e succès d'Etienne le Petit entravait toutes ses démarches. Aussi, la 6 août n«9, arrive à GéUnié le prince Dolgorouki : l'envoyé de l'impératrice s'elTurce de dévoiler l'impostnre de Slépan, il donne lecture d'une proclamation de sa souveraine aux soldats de la Montagne Noire : « Aux armesl s'écrie Catherine, j'ai déclaré la guerre à la Porte Ottomane. De notre côté est le droit : nos légions sont protégées par la sainte église. Braves Monténégrins, chassez d'ici le reste des iaâdèles, renouvelez l'orthodoxie à laquelle voire patrie est congaci-ée. Nous vous fTomellons appui et secours * . *
Solennel mensonge que contre-signërent le comte Pamin et le prince Alexandre Galitzin! Les malheureux habitants de la Morée en furent les victimes : une circonstance fortaite sauva la Tzernogora.
Déjà convaincus par le prince Dolgorouki, les Monténégrins avaient laissé arrêter, par ordre de Sava, l'imposteur Stépan; déjà ils couraient aux armes, lorsque, par un coiip d'audace, le rusé Dalmate réussit à soulever de nouveau les habitants de Cétinié ; l'envoyé de Catherine prend la fuite : le pseudo-Pierre se fait reconnaître encore une fois par la Tzernogora tont entière, qui retint ses hajdouks déjà prêts à con^mencer les hostilités contre les Turcs.
Le règne d'Etienne dura sept ans. En 1770, comme il faisait percer une route dans les forêts de la Tsernitska- 1. Bogovanië, VŒuEre de Dieu, tnii. de P. Lenormant.
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Nohia, il fut atteint par une eiplosion de rochers. Le mallieureux perdit la vue et dut abdiquer. Retiré dans le Tillage de Bertchéli, il fut assassiné par an de ses secrétaires, le grec Stanko, gagné à prix d'or par le pacha de Scoutari.
Ainsi se termina cette bizarre aventure; elle eut ceci de bon qu'elle attira snr le peuple monténégrin l'attention de l'Europe, et empêcha celui-ci de suivre Catlierine dans une entreprise périUeuse, dont ii aurait été la victime. Savs^ortit de sa retraite, mais ce ne fut que pour abdiquer; son petit-neveu, l'archimandrite Pierre PÔtrovitj, lui succéda (1778).
C'était un véritable homme de génie que Pierre Pêtrovitj ; un historien moderne l'a comparé, non sans raison, à Jules II. Le jeune vladika «rait la taille de l'illustre pontife, il avait son visage plein de majesté, son courage, son habileté politique, son amour des arts; il était bien l'homme dont le Uontéaégro avait besoin pour affermir sa puissance et chercher de nouveaux alliés. Cependant le moment favorable n'était pas venu encore, et le princa-évêquo l'apprit par une dure eipérience. A peine élu, Pierre se rendit b Saint- Pétersboui^; dans son voyage, il s'arrêta à Vienne, où Harie-Thérése le reçut avec faveur. Hais ce Tut en vain qu'il sollicita l'alliance de l'impératrice. Laczarine, encore irritée du règne de Stépan et du mauvais accueil lait à Dolgorouki, refusa, elle aussi, dese prêter aux propositions du vladika. De Saint*' Pétersbourg, Pierre courut à Postdam, confiant dans le
génie éclairé du grand Frédéric; arrivé à Berlin, dit un narrateur slave, le pauvre pèlerin apprend que le grand homme est mort, il y a quinze jours. Le vladika retourne à Cétinié après une absence de quatre ans.
Kara-Hahmoud, descendant de ce Maxime, fils d'Vvana le Noir, si célèbre dans les pesmas, était alors pacha de Scoutari. A demi indépendant du sultan, l'audacieux neveu des anciens souverains du Monténégro venait de pénétrer anr le territoire de sa mère patrie, où il mettait tout à feu et à sang, Ibrsque Pierre revint de son infructueux voyage. Kara-Mahmond était également redouté de la Porte et de la Montagne Noire. Pendant que l'évéque, tenant dans une main la croix et dans l'autre le sabra, parcourait sas montagnes et appelait les haydouks aux armes, le gouvernement de Stamboul mettait à prix la tète de l'insolent pacha. Aussit&t Mahmoud leva l'étendard de la rébellion; il négocia avecjoseph H qui lui promit de le reconnaître comme souverain indépendant de l'Albanie et successeur de Scanderbeg ; il négocia avec Pierre Pélrovitj et sollicita son alliance. Alors eurent lieu les journées sanglantes connues soiu le nom de Vêpres Albanaises. Hais bientôt les événements secompliquèrent; Joseph se délia de Kara-Mahmoud, et Kara-Hahmoud, qui se déâait de Joseph, le trahit pour rentrer en grâce auprès du divan. La guerre sévissait partout : le vladika, à la tête de ses troupes, livrait aux Ottomans de sanglantes batailles ; les armées autrichiennes luttaient en Albanie contre le vizir de Scoutari; le général russe, comte
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HarkoTélîtj avait soulevé l'Herzégovine ; les Ouscoques ravageaient les côtes de la Dalmatie et inceadiaienl les flottes du aaltan ; l'armée de Catherine avait passé le DanulM.
Telle était la situation en 1 7 92.Soudain, devant lea progrès de la Itévolution française, l'Autriche et la Russie signent la paix avec la Sublime- Porte. Ni l'empereur, ni la czarine, ne pensent plus à leurs vaillants alliés de la Montagne Noire, qui se trouvent pour la cinquième fois exposés seuls à toute la colère du sultan et de Eara-Hahmoud. Hais la Tzernogora était habituée à ces défections ; le vladika se mit à la tête de ses haydouks et l'orgueilleux vizir fut vaincu. Cette défaite fut suivie de quatre années de paiij la guerre recummença en 1796, et tandis que de l'autre côté de l'Adriatique le général Bonaparte étonnait l'Europe de ses rapides victoires, Kara-Mahmoud esjuya une nouvelle défaite. Furieux, le vizir de la blanche Scoutai-i rassembla une dernière armée, car dit le pesma, ■ depuis le jour où il a été vaincu, il ne dort ni ne parle, il oublie ses salutations ; il . est plein de colère contre le vladika Pierre et ses guerriers montagnards; il compte toi^ours le nombre de ses agas, de ses beys, de ses koulouks, de ses héros morts. »
L'armée du vizir comptait trente mille hommes ; celle des Monténégrins, commandée par Pierre et Joka Radonilj, en comptait six mille à peine. Ce fut à Kroussa que les deux armées se rencontrèrent, l'une animée parla soif du pillage, l'autre décidée à périr ou k sauver la patrie
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menacée. Les haydoaks de la Tzernogora furent vainquears ; la journée fut sanglante. Oa vît Pierre combattre à la tète de ses troupes, semblable, disaient les vieillards de Cétinié à Gëdéon, libérateur d'Israël. Mahmoad fut tué. « Malheureux que je sois, s'écrie-t-il avant de mourir dans te pesma albanais, malheureux, je ne laisse pas un fila pour me venger et punir les rebelles '. a
Devant cette victoire éclatante, le aullan s'humilia ; il était impossilile de contester plus longtemps l'indépendance du Uonténégro : Pierre Petrovitj reçut communication du firman qui suit et qui consacrait les efforts des vaillants soldata de la Montagne Noire, leur longue lutte pour leur foi et leur liberté. Voici le texte de ce firman célèbre :
« Mous, sultan Sélim-Emir-Eban, régnant du ciel à la terre, de l'Orient à l'Occident, donnons à la conoaissauie de nos vizirs, pachas et cadia en Bosnie, Herzégovine, Albanie et Macédoine qui sont les provinces voisines du Monténégro, que les Monténégrins n'ont jamais été sujets de notre Sublime -Porte, afin qu'ils soient bien accueillis k. nos frontières, et nous espérons qu'ils agiront de la même manière envers nos sujets. >
Avec la victoire de Kronssa, s'ouvre pour le Monténégro ime ère nouvelle : l'Europe commence à s'occuper de ce peuple si intrépide, jusqu'Ici perdu dans ses sombres montagnes, o C'était l'époque, dit un pesma, où
1. Hecquord. Histoire et tIrscripUon de la Haute-Albanie, p. 498.
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deux hommes paissants se querellaient pour la ci dn doge de Venise; l'un le César de Vienne, l'autre le kral Bonaparte. Lejeane kral écrit au César : «Si tune 1 eux pas me céder Venise, j'irai ayec mes ralaa brûler tous tes Tillages, prendre tes ch&teaui et ta blanche capitale ; j'entrerai à cheval dans ton propre divan, et changerai ton palais en hôpital. Alors je te chasserai de la terre germanique; je t'enlèverai l'Istrie, la Dalmatie et je reviendrai prendre dans Venise mon royal repos. ■ Et aux victoires de Bonaparte, le Monténégro applaudit. Hais quand le kral victorieux portera plus tard ses armes contre le czar russe, les guerriers de la Montagne descendront de leurs montagnes à la voit dn vladika, et jointe aux Russes marcheront sur Cattaro c pour y assiéger les braves Français, en barrant les chemins et les escaliers de cette citadelle, de telle sorte que personne n'y puisse désormais pénétrer, n Surprix, dit le colonel Vialla, par des mouvements brasques et imprévus, hors des-règles de la tactique militaire, les soldats français sont rejetés dans Itaguse, tandis que la flotte anglaisa remet Cattaro aux Monténégrins: Conquête éphémère I Va détachement du maréchal Marmont suffît ponr rejeter le vladika dans ses montagnes, et le traité de Til^tt confirma la conquête des bouches du Cattaro.
Pierre Petrovitj n'en avait pas moins réalisé par son énergie l'œuvre que ses prédécesseurs avaient mis deux siècles à préparer. La reconnaissance de sa pairie tout entière fut la récompense du vainqueur de Kroussa. Hal-
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heureuEement le vladika fut trop dbpoaë à accepter ane espèce de sDzeraiaeté de la Russie ; il se prêta avec trop de confiance aux avauces de l'Autriche. Il faut lire, dans les mémoires du duc de Raguse, l'histoire des négociations entre le gouvememeat indépendant du Monténégro et le gouverneur de la Dalmatie; on verra alors quelle était l'habileté, quel était le génie diplomatique et administratif de Pierre Petrovîtj. Pour réunir toutes tes gloires, il ne Ini manqua que le courage d'inscrire sur son drapean la grande cause du Panslavisme; il n'en fat rien : l'ÉTéque regarda avec indilTérence la grande insurrection de la Serbie; il n'encouragea Kara-Georges ni par une alliance ni par an envoi de troupes, il n'intervint paslorsdes cruels désastres de 1813. Ce ne fut qu'en 1830, lors du célèbre firman de Topschidéré, qu'il crut le moment venu d'étendre les frontières du Monténégro du c&té de la Bosnie et de l'Herzégovine; la victoire de Morava arracha au sultan de tardives concessions. Pierre régna encore dix années , pour ne mourir qu'en 1830, après avoir présidé pendant un demi-»écle aux destinées de son pa^s. Des dissensions intérieures avaient troublé la fin de son règne; sur la tombe du grand patriote, les cheb rivaux jurèrent d'oublier leurs haines particulières.
Le successeur de Pierre fut un jeune homme de dixsept ans, son neveu, Rado Tomov. L'évèque de Prisren le sacra diacre et archimandrite, mais ce ne fut qu'en 1 838 qu'il se rendit à Saint-Pétersbourg pour j recevoir des
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mains de l'emperear le litre d'iTëque. C'était ua esprit fin et distingua, un caractère essentiellement politique. Profilant de la paii qui régnait dans le Monténégro, il voulut faire goûter à sa patrie les bienfaits de la civilisation. Il disait au consnl anglais , sir Gardner Wilkinson : a Nos voisins parlent de nous comme d'nn peuple de bandits et de voleurs ; je leur ferai voir que nous sommes susceptibles d'être aassi civilbés que les Botres peuples. ■ Pierre II se mit résolument à l'œuvre; il abolit la vengeance do sang, puait sévèrement le vol et le brigandage , réforma la magistrature et la police, institua un sénat. Le ponvoir du prince resta absola; ce n'était que dans des circoiistaaces exceptionnelles qu'il convoquait la skouptcbina, au convent d'Ostrova Cettigné. Et cependant l'amour de la liberté, telle est la passion dominante dans le Monténégro ! Hais, ainsi qae le dit dans la suite le prince Danilo : ■ Les Tzemogorstes jusqu'à ce jour (1638] jooissaient de la liberté, mais ce soat les vélikas qni leor ont donné la liberté légale. • L'institution du sénat çontribna beaucoup & cette importante réforme ; il comprenait soixante membres présidés par le prince lui-même et qai recevaient une indemnité de cent florins-, et cent trente-cinq administrateurs dits c gardiens de la loi • les assistaient dans leurs fonctions. Le Code de Pierre 1" fnt également refermé, d'après les principes du Code Napoléon; tous les citoyens de la Tzernogora sont libres devant la loi ; lea peines édictées par le Code sont la mort, l'emprisonae-
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meut, la bastoaaade, l'eiil, l'amende, le désarmemenl, peine cruelle dans cea pays où un homme serait déshonoré s'il se montrait en public autrement qu'armé jasqu'aui dents. Quant aux juges monténégrins, ils ne siègent ni à joor fixe, ni dans des lieui déterminés. Le mode de procédure rappelle celui du bon roi Louis IX sons le chêne de Vincennes.
L'œu¥re de Pierre, comme jadis celle de Donchan en Serbie, tendait à transformer la nation : elle rencontra une vive résistance de la part de tous ceux qui tenaient à l'ancien système, des classes nobles surtout qui s'opposuent à tontes les réformes, à celles des lois ecclésiastiques, à celle de la vendetta, terriblement enracinée dans le pays. < Quel ftge as-la? demandait-on à un jeune Honténégrin. — Dii ans. — Ton père n'est-il pas mort? — Non! il n'est pas mort, il a été tué, et moi je le vengerai. Ha mère et le pope me l'ont fait jurer *. • Mais Pierre représentait la cause du progrès et de la dvilisation ; et comme Richelieu, il fut impitoyable dans la répression des séditions. Des têtes patriciennes forent tranchées par le glaive du boiureau, la famille de Radonitch fut proscrite. Le peuple appïaiidit. Le vladika, d'ailleurs, n'étaitil pas fidèle aUK traditions militaires de ses ancêtres? Les Autrichiens furent repouasèï en 1838, et, la même année, les Turcs ayant repria les hostilités en Bosnie et en Herzégovine, l'évoque se mit lui-même à la tête de ses troupes, s'empara de Grahovo, et imposa à Hadji-Méhémet