I. Proiocola, a" ïit
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180 LA. SERBIE ET LE HONTÉnÉfiRO.
nement n'entretient avec le Honte uègro d'autres rapports qae ceux qui naissent des sympathies réciproques des deux nations.! Cette déclaration fut jugée satisfaisante; mais le lendemain Aali-Pacha demanda à preQdre acte de la déclaration du prince OrloS: «la Porte, ^outa-t'il, regarde le Hontânégro comme partie intégrante de l'Empire ottoman, elle n'a nal'ement l'intention de changer l'état de chose actuel *. »
Ces paroles du représentant de la Tiirqnie produisirent à Cétiniè une vive émotion. Le 19 mai, les plénipotentiaires de la France, de l'Autriche, de la Grande-Bretagne, de la Prusse, de la Hussie et de la Sardaigne recevaient un long mémorandum dn prince Daniel, accompagné de la lettre suivante :
■ Excellence, dans les conférences de Paris, en présence des plénipotentiaires de toutes les puissances, Aali- Pacha a avancé que la Porte considère le Monténégro comme une de ses provinces. Celle assertion est insoutenable. Les Monténégrins auraient bien plutôt le droit de prétendre à la moitié de l'Albanie et à toute l'Herzégovine, puisque nos prédécesseurs, princes indépendants du Monténégro, ducs de Zêta, ont possédé afitrefoisces territoires, tandis que les Turcs n'ont jamais possédé le Moi^' Uaéaro.Je prie Votre Elxcelleuce de prendre acte de celte .ion.
) Le prince du Monténégro et des Berdas,
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L'alliance de la France fut la conséquence de cette lettre remarquable : la Russie était trop loin, l'Autriche avait été blessée par les prétentions de Daniel qui se proclamait le champion de l'unité slave, l'Ângleteire s'était déclarée bautement la première puissance musulmane du monde ; la France seule, même sous le régime du 2 décembre, demeurait &dële aux généreuses traditions dont le souvenir remonte aui croisades. Au printemps de 1897, le prince Daniel vint à Paris, et fut reçu anx Tuileries par l'empereur Napol.^on, qui tint sur les fonts de baptême l'héritier présomptif de son nouvel allié.
Cette nouvelle alliance, les déclarations du congrès de Paris, l'atlitode delà Russie et de l'Aatriche, avaiiint profondément irrité le sultan. Une insurrection ayant éclaté dans la Bosnie et l'Herzégovine, un corps d'armée turc en profita pour envahir sans déclaration de guerre le territoire monténégrin; le 4 mai, vingt mille Osmanlis occupèrent le territoire de Grahovo. La Tzernogora fut plongée dans la consternation et le pesma chanta • : ■ Où est la Bosnie, où est notre Serbie jadis si puissante 1 que sont deveouss la Zêta et l'Berïégovioe, berceau de nos dieux? Rien iia nous est resté-, rien que des falaises stériles I Monténégro, petit cierge qui brûle encore, comme la dernière étincelle de ce feu qui, naguère, brillait sur l'autel des libertés de la Serbie '. ici même, Satan veut pénétrer; le voilà, îlse redresse pour éteindre 1. Cbaul Dationnl de la b<ilaille <le Orahovo.
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t82 LA SERBIE ET LE HONTËMÉGRO.
le fen sacré t > ïab le prince Daniel, le faacon de la Montagne Noire ne se laissa pas abattre, et du plus profond de sa gorge, il poussa ce cri : « Aux armes, mes héros! Comme tes feuilles du même arbre, disi^é minez -tous dans les balliers, arborei-y notre drapeau tricolore! que tous les braves j accourent, tons ceux qui ont de quoi payer dûment la bienvenue à ce pacha 1 11 nous envoie de ses nouvelles; il nous atteni] dans les plaines de GrahoTo... 11 faut qu'il ait lieu de se louer de l'accueil que nous lui ferons à notre tour. Aux armes I > Aussitôt les vitèzes se réunissent sous leur drapeau, et Hirko Pétrovitj, frère chéri dn faucon Daniel, se met k leur tête. Le héros envoya SQ pacha an fier défi, puis, s'approchant des retranchements ennemis, il invoqua lé vrai Dieu et s'écria : < Sus, mes braves, il est à nous! Courez sus aux Turcs! » Sanglante est la bataille. Le choc des armées fit tressaillir les monts et les vallées; les cris de guerre s'élevaient jusqu'au faite du ciel, et les champs oscillaient sods les pieds des combattants. Une fois seulement les vitèzes déchai^reat leurs fusils, puis ils dégainèrent leurs yatagans effilés, pourfendant les Turcs. Abl ce carnage fut terrible, et comparable seulement & ceini de Kossovo, où l'empire de Serbie finit en une jonrnée. Cher Dieu! as-tn contemplé les horreurs de cette tuerie? Gomme nos vitèzes se sont confondus dans une sanglante mêlée avec les infidèles ! Les Turcs défaits cherchent leur salut, les uns dans la fuite, les autres en recourant à la grftce du vainqueur; mais le Monténégrin ne pardonne pas aux
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Turcs. Les cadavres tombent entassés les uns sur les autres : on dirait la forêt d'un moDt renversé par l'orage. Toute l'année des Ottomans disparut à Grahovo, nue armée dû trente mille hommes, ainsi que leur pacba et un de ses vélikos; et les vitézes, chargés d'an ricbe butin, rentraient dans leurs montagnes en chantant : ■ Seigneur Dieul le miracle de notre victoire estnn acte de ton omnipotence. Sois glorifié dans toutes les œuvre; qui émanent de toi ! .. . ■>
Telle fut la gioriease journée de Grahovo que cet admirable pesmaarendueimmortelle dans le souvenir de tous les Serbes.A la première nouvelle de l'invasion des Turcs, la France était intervenue, menaçant de jeter dans la balance l'épée de l'Aima et de Sébastopo! ; une division navale, sous les ordres de l'amiral Jurien de la Gravière, était venue mouiller devant Ânlipari, et dès le lendemain de la victoire remportée par son frère Hirko, Daniel avait adressé au consul de France h Scoutari la relation des faits quis'étaientaccomplisàOrahoïo, en lepriant d'en instruire le comte Wales!«i,'mtaj^tre de l'empereur. Le gouvernement impérial répondit en chargeant une commission européenne de iiie'r les ïrontières de la Turquie et du HontèuSgr», de"maniéreA éviter de nouveaux conflits,
U'n'étBit pas donné au prince Daniel de jouir longtemjjiS de sa gloire et d^ sa nouvelle puissance. Le 1 1 août 1860, le prince se trouvait à Cattaro pour prendre les bains de nier; un inconnu fend la foule qui l'entoure, s'élance sur lui et le frappe à plusieurs reprises d'un
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poignard qu'il a tiré de son sein. Le prince eipira le lendemain. Le meurtrier était un Hoaténégrin qui avait ëlé expulsé de la Diilmatie et qui j était rentré trob jours aupararant, venant de l'Albanie. On crut à un complot, on accusa le sultan d'avoir armé le brasi de l'assassin : H is feeit cm ptvfuit, » dit le juriscaoaulte lalin. Ces insinuations nous semblent entièrement dénuées de fondement; il y a eu de tout temps, et il ; aura toujours des hommes qui se refusent à croire au fanatisme, et qui, derrière un assassin politique, soupçonnent sur-le-cliamp on vaste complot.
Le prince Daniel avait désigné, pour lui succéder, son neven, Nicolas, fils de Mirko. Ce jeune prince avait fait ses études à Paris ; la veuve de Daniel, la princesse Darioka, le seconda puissamment, posant elle-même sur sa tète le bonnet princier de son époui. Les commencements du nouveau règne furent calmes, mais ce changement de règne était une circonstance trop favorable pour que les Turcs ne se hâtassent pas d'en profiter. Le prétexte fut facilement trouvé; à la vérité, les frontières du Monténégro venaient d'être fixées par la commission mixte instituée à la suite de la bâtaill» de Grahovo. Hais des prétentions réciproques subsistaient encore; la Porte se refusait à reconnaître l'indépendance de la Tzernogora, elle voulait venger les humiliantes défaites de-la dernière guerre. \a même moment, l'Herzégovine se soulève contre les Turcs; irrité des sympathies du Monténégro pour ces peuples de même race et de même religion, le
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général oltomaa fdit coaper traîtreusement la tète à quatre Hontéuëgrtns de Sponge. Aussitôt, el malgré les efîorts des consuls enrop6eus, le prince Nicolas ordonne & ses sujets d'attaquer Sponge, où s'était commis l'odieux attentat, et lance ses montagnards contre Niktchitch et Korionitsh. L'èmolioa est grande chez toutes les populations chrétiennes de l'empire ; Garibaldi annonce qu'il Ta passer l'Adriatique et mettre l'èpée qui a délivré l'Italie au service des Slaves. Sérieusement alarmés, les cabinets européens ordonnen'L & leurs représentants de rétablir à tout prix la paix si subitement troublée; Omer-Pacba, nommé par le sultan ministre sans portefeuille, donne aux puissances des assurances complètes, accepte, bien qu'à regret, la formation d'une commission consnlaire, répond favorablement aux demandes des chrétiens de THerzégovine. Hais les négociations n'interrompirent pas les opérations militaires, et de jour en jour la situation se compliqua. Les Turcs pillèrent le couvent de Kossériévo; la profanation de l'église, la vente, dans le bazar de Trébigpé, des ornements et des vases sacrés augmentèrent t'itfitatidÉ.; la conférence commencée à Castel-Novo firf rompue.
- Cependant le prince Nicolas tëmoignah de la pins
'"grande mo^ation \,: sur la demande des consuls il
avait accordé passage par le territoire de la Tzernogora
aux convois destinés à ravitailler la forteresse torque àe
1. Annuaire des Deai-Mondes, 1861. Sir Oardner Wilkinson : Dalmaiia et Monténégro, Londres 1868.
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Niktchitch; il aTBit demandé à Omer-Pacha une entrevue à DodoBch, sur le territoire monténégrin. Le atinistre ottoman répondit qu'il attendait le prince à Jabliak. Cette insolence décida la guerre. Le général turc proclama le blocus du Monténégro, le prince répondit fièrement par an ulUmatum, où il demandait la reconnaissance parla Porte de l'indépendance du Monténégro, l'obtention d'un débonché sur la mer, ta rectificatioD des frontières. En même temps il remportait à Tsernetsi une éclatante victoire sur les bachi-bouzouks d'Omer, tandis que l'inlrépide Louka Vonkalovitch vengeait la défaite des chrétiens de Soutarina, en coupant les communications des Tares avec la mer. Là-dessus les négociations avaient repris entre Omer-Pacfaa et le prince; elles étaient destinées à échouer comme les précédentes, et de graves complicacations diplomatiques vinrent encore en hâter le dénouement. On se rappelle l'ambassade à Constantinople d'un diplomate autrichien, le comte de Linange, à la suite des événements du mois de février ISo3, et cette question adressée par lui à Fuad-Effendi, question demeurée sans réponse : < Pourquoi les districts de,I^leck et de Sottorino sont-ils encore occupés par la Porte au mépris des trai' tés ? » Or, le chef de l'insuiteclion chrétienne de l'Herzégovine, Louka Vonkalovitch, avait, au mois de novembre J86I, élevé une batterie sur le territoire de Sottorino. Le ministère autrichien avait alors pour président l'archiduc Régnier, et les principaux portefeuilles avaient été confiés aux chefs de l'opposition libérale, le comte De-
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genfeld, le comte de Rechberg et H. de Schmerliog. A la nouvelle des évÉntiments de Sottorino, H. de Rechberg somma Vonkalovitch de démolir la batterie, en lui annonçant qu'il y serait procédé par force, i'tl ne l'avait pas fait dans huitjows. II va sans dire que VonkaloTÎtch refusa : aussitât H. de Rechberg eiÉcuta sa menace, et les ouvrages de Sottorino furent démolis par tes soldats antrichieDs.^Les puissances signataires du traité de Paris se montrèrent vivement irritées; H. Thouvenel envisagea cet acte, blâmé du reste par la Porte, comme une vio' lation de l'article 30 dn traité de Paris; le prince Gortschakoff rédigea, le 10 décembre, une protestation des pins violentes.
Ce triste incident avait rendu sans espoir les négociations entamées entre k Porte et le Hontënégro. Omer- Pacha adressa au prince Nicolas un ultimatum du grand vizir, le sommant de n'aider en aucune façon les insurgés de l'Herzégovine. « Si dans le délai de cinq jours il ne recevait pas ane réponse contenant la pleine adhésion du prince, il était autorisé, par ordre du sultan, à prendre toutes les mesures qu'il croirait nécessaires pour repousser les agressions au delà des limites tracées, et pour rétablir l'ordre et la sécurité des habitants, s Le prince tkpondit par un refus formel ; il adressa aux consuls une énergique protestation, et la guerre commença, guerre sanglante et terrible, oùles Monténégrins restèrent encore une fois seuls ; où lord Palmerstoa, après avoir envoyé au camp tilrc le trop famçui Churchill, n'eut pas honte
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de déclarera la tribune dupBrlementbritanDiqne «que ce serait aux applaudisse menls de l'ADgleterre qne let rebelles de la Tzernogora seraient châtiés par les troupes du sultan. ■
La Tiernogora est formée de deux massifs, l'an, amas conlus de roches sans sptème et sans ensemble, que les Turcs appelleut Kara-Dagh; l'autre, la Zêta, composée de plusieurs vallées régulières dont lu principale est celle de Biélopavlitj. Hais dans ce second massif qui semble pins eiposé aux attaques extérieures, « la nature, dit K. Harmier, a été gratuitement elle-même le Vauban des monténégrins ; elle leur a fait un cercle de remparts, une enceinte continue. Non-seulement tont le plateau est entouré d'éternels bastions, mais d'autres lignes de retranchements le divisent en plusieurs districts, et les vallées qu'elles enlacent dans leur ceinture, forment autant de petites forteresses dans la grande forteresse. » Le plan d'Omer-Pacha, en 1S62, était celui qu'il avait déjà tenté d'exécuter en 1853, et que Daniel avait prévenu par l'éclataute victoire de Podgaritza. Il consistait à partager l'armée en trois corps, dont deux étaient chargés d'envahir la vallée de Zêta e\ de forcer l'entrée du bassin de Niktcbitcb, du cété de Sponge; le troisième, d'assaillir les Berdas et d'occuper la région orientale. HOussin-Pacha commandait ce dernier corps, et c'est lui qui commença l'attaque; il arriva jusqu'aux bords i}e la Lins, mais là, les intrépides tribus des Koutchi et des Vassoiévi^ descendirent de leurs montagnes et lui barrèrent le passage.
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La lutte fut saDglante, le pacha dut battre en retraite. Mais, au même instant, Omer-Pacha remportait an éclatant succès; immobile lui-même à son quartier généra! de Scoutari, il avait divisé son armée en deux colonnest et tes avait lancées, l'une, sous le commandement d'Abdi- Pacha, sur la route de Niktchitch, l'autre, sous le commandement de Dervich- Pacha, sur le défilé de Donga. Du c&té des Monténégrins, la ligne de la Zêta était défendue à l'est par Hirko Pétrovi^, président da sénat et père dn prince Nicolas, au sud par Peter Stèphanof Voukotitcb, dont le prince avait épousé la fille Miléna. Une première ois les colonnes ennemies sont reponssèes sur les champs de bataille de Hartinitj et d'Oslrog. Mais, dans les derniers jours de juin, Dervich- Pacba trompe les montagnards par une fausse attaque, se dérobe par une marche de flanc, force le passage de Koutcfaiski-Most et pénètre dans la haute vallée de Zêta. Le 12 juillet 1862, les deux colonnes opérèrent leur jonction. En vain Peter Sléphaoof accourut, et à la tête de ses héroïques soldats tenta trois fois l'assaut des pics escarpés de Golia et d'Oréa- Louka; trois fob l'artillerie turque foudroya les intrépides légions. La vallée de. Biéloplavlitj, celles de la Riéka et de la Haute- Uontcha, furent occupées coup sur coup pafHes Turcs. D'efïroj^bles ravages signalèrent ce triomphe. Les habitants furent massacrés, empalés; les villages dètruit|, les campagnes dévastées, les furets livrées aux flammes. De CéUnié, où il concentrait ses troupes, le prince Nicolas put apercevoir l'horizon em-
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brasé par les lueurs fauves de cet incendie. Le désir de ta Tengeance redoubla l'énergie des enfaats de la Montagne Noire. L'armée ottomane marcha sur la capitale; les Houtënégrins l'attendirent de pied ferme. Deni grandes batailles furent livrées à Zagaratj et A Kokoti; les Turcs vaincus battirent en retraite, évacuèrent la Zêta et se concentrèrent autour de la citadelle de iabliak.
C'était le moment pour la diplomatie européenne d'intervenir contre la violente politique de la Porte et l'inqualifiable appui que lui prêtait le cabinet de Saint- James, toujours présidé par lord Palmerstou. Après la bataille de Zagaratj, l'Autriche prit l'initiative d'une intervention; mais cette initiative fut timide. Le comte de Recbberg proposa. Gomme base des négociations, l'ultimatum du S8 avril ; H. Drouyn de Lhny s approuva cette proposition et chargea le marquis de Moustier de l'appuyer à Conslantinople. La France avait agi autrement en I8S8, antrement encore sous le ministère de M. Guizot; mais la politique du second Empire commentait b porter ses fruits : la folle expédition du Mexique empêchait la France d'agir en Orient, en attendant qi^elle l'empêche d'agir sur le Rhin, en 1866. Seuls, le Saînt-Siége et la Russie appuyèrent énergiquemenl le prince Nicolas : Pie IX adressa aux évëques catholiques d'Albanie une encyclique qui leur défendait de prêter le moindre secours aux Ottomans; le czar Alexandre approuva la conduite de son consul à Raguse, Pétkovitch, qui excitait le gonveroement montëné-
grin à continuer la guerre. La proposition de M. de Rechberg se perdit au milieu du bruit des armes qui résonnait de nouveau autour de /abliak et de Riéka.
Cette nouvelle campagne fut funeste pour l'intrâpide nation de la Tzernogora, Ce fut en voio que les Slaves de l'Antriche témoignèrent la plus vive sympathie aux Monténégrins; que le noble évêque de Diakovar, Mgr Stressmcyer, ouvrit publiquement une souscription en leur faveur. La lutte entre le Monténégro et l'Empire ottoman était trop inégale 1 Les deui colonnes d'Abdi et de Dervich-Pacha, entièrement reconstituées, s'élancèrent dans les vallées de Hiélia et de Tzernitza; Mirko et Peter Sléphanof prirent de nouveau le commandement des forces monténégrines et attendirent l'ennemi devant Riéka. La bataille du 25 août durn six heures, et les Turcs furent vainqueurs encore une fois. Des hauteurs voisines, ils apercevaient Cétinié, et, à leurs pieds, dans la vallée de Dobersko-Vélo, les derniers soldats de la Tzernogora, sept mille hommes k peine, prêts à tenter de nouveau le sort des armes, pour défendre ta capitale menacée par soiiante-dix mille Musulmans, et, en cas de défaite, à se retirer avec le prince Nicolas, avec leurs chefs bien-aimés Hirko Voukotitj et Stéphanof, dans les hautes montagnes du Kara-Dagh. Cette lutte suprême fut épargnée aux glorieux vaincus de Kontschiskiet de la I\iéka. Les ambassadeurs étrangers s'étaient décidés k présenter des Notes collectives à la Porte, pour faire appel à sa générosité. Omer-Pacha répondit par l'ultimatum suivant, en date
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dn 31 août, ^ous croyons utils de reproduire teituetlement cette pièce diplomatique, demeurée célèbre en Orieut :
( 1° L'administration intérieare du Monténégro restera telle qu'elle a été avant l'entrée des troupes impériales sur son territoire; ~ 2" La ligne de démarcation tracée par la commission mixte, en 1650, constituera à l'avenir la limite du Monténégro; — 3' Le gouvernement ottoman permettra aui Monténégrins l'eiportatiou et l'importalion des marchandises dans le port d'Antivari, sans prélever aucun droit de douane. L'importation d'armes et de munitions de guerre est prohibée ; — i" Les Monténégrins auront la faculté de prendre à ferme des terrains en dehors du Monténégro pour faire de l'agriculture; — H" JlfirSo quittera le Monténégro et n'y pourra plus retourner; — 6° La route de l'Heriégoviae à Scoulari, passant par l'intérieur du Monténégro, sera ouverte au commerce. Sur U trajet de cette route plusieurs points seront occupés par les troupes impériales qui tiendront garnison dans des blockhaus. Les points occupés seront désignés plus tard ; — 7" Les Monténégrins ne devront plus faire dos eicursions hostiles en dehors de leurs frontières. En cas de souUvement d'un ou de plusieurs districts voisins du Monténégro, les Monténégrins ne leur accorderont aucun apptâ ni matériel ni moral. Tous les sénateurs, chefs de districts et autres dignitaires dn Monténégro devront donner au serbarekrem leur engagement par écrit d'observer cette condi-
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tion; -8» Tous les différends de moindre importance qui pourraient survenir sur les confins seront réglés d'un commun accord. Chacune des puissances limitrophes du Monténégro aura un représentaut chargé de régler ces différends, et dans le cas où une question importante ne pourrait recevoir par eux une solution satisfaisante, les deux parties s'adresseront directement à la Sablime- Porte... »
Tel était cet ultimatum, violation évidente des engagements pris par la Porte au Congrès de Paris : il fallait le subir pourtant. Le consul russe, qui demandait la guerre à outrance, quitta Cétinié ; la princesse Dariaka, U. Wiett, consul de France k Scoutari, obtinrent du prince Nicolas l'acceptation pure et simple. Celte reconnaissance de la suzeraineté turqae, suzeraineté absolument nominale et qui devait rester telle, une fois consentie par le Monténégro, les cabinets de Paris et de Saint-Pétersbourg intervinrent activement pour la modification de l'article 6 et ta suppression de l'article 5. Tandis que la France et l'Autriche envoyaient du mais et dn blé aus populations affamées de la Montagne Noire, que M. Fould autorisait l'émission d'une loterie d'un million de francs en leur fa< veur, que des souscriptions s'organisaient à Saint-Pétersbourg, à Athènes, en Croatie; l'Angleterre seule continua à se montrer défavorable au Monténégro et à soutenir âans son intégrité l'ullimatum d'Omer-Pacha, qui déjà venait de faire coiïAruire neuf blockbaas sur la route de
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Sponge à Niktchitch^ Le 30 septembre IS62 lord Joha Russell écrivait : ■ Si le prince Nicolas est nn vassal, le Rnltan a le droit de le réduire à robéissance et de lui imposer telles conditions qui peuvent assurer cette obéissance daos l'avenir. Si au contraire il est ua prince iodËpendant, le sultan a le droit de lui imposer telles conditions détail qui peuvent prévenir le renouvellement d'nne agression de sa part. » Misérable dilemme ! brutale expression d'une politique égoïste dont la Grande-Bretagne se repentira un jour !
Le prince Gortschakoff et M. Drouyn de Lhuys protestèrent avec énergie. Sur leur conseil, le prince Nicolas envoya à Constantin opie le sénateur Matanovîtch et son secrétaire Vaclik. La négociation fut longue et pénible. Enfla le 3 mars (863 la Porte déclara renoncer aui blockhaus aux conditions suivantes :
l» Le prince tiendra toujours ouverte la route sur laquelle il n'y aura plus de blockhaus;
%" Il fera indemniser les voyagenrs des pertes qu'ih pourraient essuyer en traversant cette route.
Le prince Nicolas accepta cette nouvelle rédaction de l'article 6 ; le 3 décembre il eut ii Ostrog une entrevue avec Omer-Feuzi- Pacha, gouverneur de l'Herzégovine, et la paix fut signée (1864). Hais neuf blockhaus avaient déjà été élevés, et le grand vizir, tout en promettant leur destruction, traînait les négociations en longueur. 11 fallut deux années entières, une énergique protestation de la Russie, toute l'habileté de H. Drouyu de Lhuys et
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du marquis de Houstier, pour obtenir l'eiécntion dos protocoles du 3 mars 1863. Ce ne fut que le 2S octobre 1864, en présence de l'eicitation causée dans le Monténégro par l'attitude menaçante de la Serbie vis-à-vis de la Porte, que les derniers fortins furent démolis et que le dernier bataillon turc évacua Novi-Sélo.
Était-ce Ik cependant nna paix solide, présentant des garanties de durée? La diplomatie européenne put le croire, mais nul ne le pensa sur cette noble terre de Monténégro que pouvait encore embraser à tout instant le caprice d'un chef d'Ouscoks ou de bactii-bouzouks. De là, des liens de plus en plus étroits avec la Russie, nneeutente tacite avec la Serbie, l'espérance secrètement nourrie de reprendre les armes contre l'ennemi commun. Écoutez : le vieux beffroi de Cètinié s'ébranle et du fond du palais une voii harmonieuse et forte lui répond; c'est celle du prince lui-même qui chante, en s' accompagnant snr la gouzla : • Sonne, sonne, à cloche chérie; des Serbes tu attestes la foi, la foi sainte pour laquelle ont coulé des flots de sang, don sacré qu'ils ont fait à Dieu. Sonne, sonne : qu'à travers l'air et les nuages, ton doux bruit retentisse; salue tous les héros que notre siècle admire, salae Kara-Georges et Daniel. Que tes sons leur annoncent que plus grande est la puissance des Husuir mans, plus grand sera le triouiphe de mon peuple en l'anéantissant 1 o
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OBGAIflSATlON DU GODTBSNEHKNT PABLElf EN TAIRE EN SERBIE. — PHEUIES RËGIfE DE «ICHEL OBRE- HOTITCH. — ALEXANDRE KAR A-GEOHGRVITCH. — SECOND RÈGNE DE HILOSCH. — SECOND RÈGNE DE MICHEL OBRBNOVITCH. — AVÉNEUENT DE UlLAIt.
Il est difficile à on peuple asservi de conquérir m liberté ; il n'est pas moins difficile au peuple qui a conquis sa liberté de savoir en oser, de fiire évanouir devant l'éclat de la civilisation les dernières tèuèbres de l'esclavage et de l'ignorance, de remplacer l'arbitraire par la loi, l'habitude d'obéir.à un mritre par l'habitude de se ioi-même, de ne pas se laisser prendre au midespotisme déguisé ou d'une démagogie tromtrouver sa véritable politique, de deviner la doit le conduire au but marqué, d'y marcher atioD et sans peur^ confiant dans sa destinée, ians l'Avenir. Hais la routp qui conduit qu but
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GOUVBHNEMENT PAHLEMENTAIRB EN SERBIE. 197 n'est pas une route plane et unie ; la natare des choses s'y oppose; elle est hérissée de périls et de dangers, elle est sillonnée de gouffres et d'abîmes. De là les combats, de là les lattes, de là les révolutions et les réactions. Celui qui les considère de près les condamne, n'en comprend pas le secret; c'est avec le temps seulement qu'on peut en deviner la loi mystérieuse, l'intime union qui bftte le progrés. Dans une œuvre pareille, un peuple allume et éteint d'innombrables flambeaux, d'innombrables idées; il use, il dévore des hommes, il outrage la soir celui qu'il acclamait le matin, et pas à pas le progrès continue sa marche, le but inconnu apparaît à tons ' les jeux éclatant de lumière.
Telle est la loi de l'histoire, la loi qu'ont énoncée tons ces grands penseurs, Guicbardini et Hume, Bossuet et Voltaire ; telle est la loi dont il faut se bien pénétrer pour . comprendre l'histoire, celle des grandes nations comme celle des petites, celle de Rome comme celle de la Serbie. Eara-Georges avait conquis la liberté serbe, Milosch l'avait fait reconnaître par l'Europe, les princes qui lui ont succédé ont travaillé, à la rendre solide et durable. Certes, tous n'ont pas apporté à c^tte tâche le même talent, la même énergie ; l'œuvre n'est pas terminée encore. 11 ne nous appartient pas de préjuger de l'avenir; mais ces considérations étaient nécessaires avant d'entreprendre le récit succinct des événements dont la Serbie a été le théfttre de 1838 jusqu'à nos jours, avant de raconter comment le sceplft de Hiloscb passa des mains de son
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I9S LA SERBIE ET LE MONTÉNÉfiRO.
fila aux mains du fils de Kara-Geoi^s, pour revenir entre les roaias de Hilosch. et de sa dynastie.
Aui termes du hatti-chérif de 183S et de l'acte d'abdication de Milosch, le prince Hilan Obrënovitcli était le successeur légitime de sou père. Le sénat le reconnut, et sa mëre LiouLitza la ramena de Semlia à Belgrade; mais le malbeureui prince était rongé par une maladie sans espoir, il ignorait la révolution du mois de juia, l'abdication et l'oiil de son père, son propre règne. Il fallut former un conseil de régence; le sénat élut Vontchitch, Abrabam Pêtroniévitcb, Ephrem Obrénovitch. Un mois après, Hilan expira entre les bras de Lioubitza.
Le sénat commit alors une faute grave. A la mort de Hilan, le tr Ane revenait de droit i son frère Hichel, alors âgé de seize ans ; il fallait le reconnaître sans discussion, conformément au bérat impérial qui avait donné à la famille Obrénovitch le droit d'bérédité; procéder à une élection, c'était renoncer à ce droit. En vain Ephrem s'efforça de détourner ses collègues Voutchitch et Pêtroniévitcb d'une entreprise qui n'était qu'une vulgaire flatterie à l'adresse du peuple. Un temps précieux fut perdu en vaines négociations; déjà le nom d'un fils de Kara- Georges était prononcé dans la masse. Il fallut se hâter de proclamer Hichel.
Mais bientôt de nouveaux embarras surgirent. Milosch, alors à Bucbarest, refusa longtemps de laisser partir son fils pour Belgrade ; puis Abdul-Medjid insista pour que Hichel vint à Constantinople reconnaître la suzeraineté
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GOUVERNEMICNT PARLEMENTAIRE EN SERBIE. 190 de la Porte et recevoir de ees mains, avec les insignes de son rang, un décret lui donnant pour tuteurs Voutchitch et Pélroniévitcli. Le jeune prince ressentit vivement l'affront que lui faisait le sultan ; h. peine de retour à Belgrade, il protesta avec la plus grande énergie et Lioubitza joignit ses protestations h. celles de son fils. Alors Voutchitch, confiant dans l'appui du pacha, ordonna à Lionbitza de se séparer de Michel, et réunit des troupes. Aussitôt des groupes animés se forment dans les rues de la capitale : est-ce pour courber la tète sous un joug plus despotique encore qu'on a chassé Hilosch? quel est donc ce Voutcbitb qui veut s'imposer an pays comme dictateur? Stolan Simitch, Garaschanine, Prota Nénadovitch refusent de le suivre dans cet auâacieui coup d'État; Michel s'enhardit et convoque une skouptchina.
Cet acte énergique sauva le pays. A peine assemblée, la skouptchina décide le retour du gouvernement à Kragoujévatz loin de l'influence turque trop sensible à Belgrade, et demande aux régents compte de leur administration, Quelques membres proposent de rappeler Miloach. Mais Michel internent; il ratifie les deux premières mesures de la skouptchina, invoque le texte du batti-chérif qui interdit de rappeler le kniaze déchu sans l'autorisation de la Porte. Les régents s'agitaient à lenrs bancs : n Jamais nous ne rendrons nos comptes à la skouptchina! jamais nous ne quitterons Belgrade! le droit est pour nous, le pacha sanra nous défendre! ■ Michel hésite, le penple s'assemble devant le palab, de-
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'ÎOO LA SERBIE ET LE HOMTËKËGRO-
mande la tête de Voutchitch. Alors taDdis que la skouptchiaa se trouble, le jeune prince retrouïe tout sod courage; il harangue la foule, appelle à lui ]es knèzes et se rend à Kragoujéïslz. En mârae temps les régents se r^ fugient dans la citadelle ; la Porte, alarmée, envoie Moussa- EfTendi à Kragonjëvatz ; mais les juges sont dÊcidés à faire leur devoir, Voutchitch et ses amis sont déclarés coupables et n'échappent à la fureur du penpie qu'en se réfugiant à Conslantinopte.
Michel, bien qne très-jeune, était un caractère grave et attentif; il avait dii-nenf ans à peine, était grand, pMe, très-entreprenant et très-timide à la fois. Sa mère Lioubitza le conseillait, l'encourageait à procéder rapidement aux réformes les plus ni^entes ; le ministre Redite hé vitch le poussait dans la même voie. Le jeune prince s'y précipita avec toute la généreuse ardeur de son âge; coup sur coup il décréta l'instruction obligatoire, une constitution très-libérale du clergé, la révision du cadastre, la fondation d'nne société de savants et d'une caisse des écoles. Malheureusement, les décrets nue fois rendus, Michel croyait les réformes immédiatement exécutées; et il n'en était rien. Raditchévitch brusi^ua les choses, blessa des susceptibilités respectables. Les amis du prince se refroidirent, ses ennemis reprirent assurance. La Porte demanda le rappel des exilés de 1840 ; en vain Lioubilza s'y opposa, H ichel crut désarmer l'opposition par une conduite mai^nauime; il permit aux anciens régents et k
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GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE EN SERBIE. 201 leurs coniplicea de revenir eu Serbie. Ils rentrârent à Belgrade et conspirèrent de nouveau.
II est peu de caractères ploa gènèreti;( et plus sympathiques que celui du prince Michel ; si Raditchëvitch avait été le Richelieu qu'il croyait trouver en lui, déjà, ce premier règne eût èlé pour la Serbie fécond en résultats importants. Mais le ministre, après s'èlre montré trop audacieux, manqua subitement de l'énergie nécessaire pour contenir les partis. Les ralas de la Bulgarie et de l'Herzégovine venaient de se soulever contre le sultan ; emportée par sa piêtè chrétienne, Lioubitza voulait que son tila prit le commandement des Slaves révoltés, et appelât l'Europe à une nouvelle croisade contre les Turcs. Michel la supplia de renoncer à son projet, allégua la désorganisation de l'armée serbe, les manœuvres de Voutcbitcb; Lioubitza s'emporta, menaça de rappeler Milosch, conspira contre son fils ; le complot fut découvert, Radicbèvitch voulut arrêter la princesse, Michel s'y opposa, se contenta de la reléguer dans ses appartements : • Héldsl s'écria- 1 'elle, si tous les hommes n'étaient pas des femmes, ou s'ils étaient des femmes comme moi, notre religioa serait bientôt débarrassée de ses oppres-
Le mécontentement redoubla. L'augmentation de l'impôt, la réforme des lois forestières, irritèrent le peuple des campagnes, tandis que Voutcliitch et Garachanine répandaieut dans les villes les plus mauvaiâus des doctrines socialistes, dout eui-mèmes ne comprenaient
Dinliii-invGoOt^le
pas la portée. <« Qa'est-ce qu'un gospodine (aeigneur),
disaient les chefs du complot '? Dieu seul est seigneur,
et nous sommes tous frères. Qu'est-ce encore que la
sourdia7 (Administration et juridiction.} Antre cbose est
le peuple allemand, autre chose est le peuple serbe! •
An mois d'août la révolution éclata. VoutcUilch parcourait les districts et appelait lus, haydouks aux armes; MîloutinGara3chaiiine,PetronièTilcli, Nénadovitch étaient aïec lui les principaux chefs de l'insurrection. Michel ne se laissa pas abattre. Il quitte Pescharévatz avec un millier de soldats, dévoile dans une hardie proclamation les rapports de VouLchitch et dusultau. L'n instant la furlune lui sourit ; Prota et Lazar sont cernés dans leurs districts, Hiloutin Garaschaaine est surpris et égorgé dans un bois, Yankovitch et Stephanovitch se réfugient en Autriche. Triste chose que cette guerre civile I Mieux encore eût valu suivre les audacieux conseils de Lioubitza, qne de l'épandre un sang précieux dans ces luttes intérieures! Michel fut etfrayé de sa responsabilité, il envoya une députatioû à Voutcbitch. Celui-ci répondit : h Que le prince se rassure, il u'a pas de plus dévoué serviteur que moi 1 Ce n'est pas lui que je veui renverser, c'est Raditchêvitch, ce sont les ministres qui le trompent et qui oppriment le peuple. Retournons à Belgrade; soumettons les questions pendantes à l'arbitrage du sultan, a L'armée applau-
les, Michel fut consterné, u Mon, s'écria-
ti. loc. cit., p. 40.
GOUVERNEMENT PARLEMENTAIRE EN SERRIE. 203 t-il, je préfère renoncer à ma couronne, que de sacri&er de fidèles serviteursl • Il repousse les propoiitions de Voutchitcb, adresse au peuple une nouTelle'et énergique ' proclamation. Uaissessoldatsrabandonnent, Novakovitch ouvre aui iasorgés les portes de Kragoujévatz, toutes les places fortes tombent entre leurs mains. Et cependant la situation de Michel était belle encore; les consuls étrangers l'appuyaient, lui proposaient de se rendre à la citadelle de Belgrade; puis ce furent quinze cents vieui soldats de son père qui vinrent le rejoindre fi Rudnik, le supplièrent delesconduireà Kragoujévatz. Le malheureux prince ne savait â quel parti sa résoudre ; enfin il se décida à déclarer dans une proclamation solennelle qu'il ne roulait pas verser le sang serbe dans une guêtre civile. Il dit adieu à ses amis, quitta Jabaré, prit le chemin de Belgrade et se réfugia à Semliu.
Le lendemain, Voutchitcb entra à Belgrade eu triomphe et prit le titre de chef militaire de la Serbie (30 août 1842). Voutcbitch rêvait de succéder à Michel comme prince de Serbie; mais, pendant qu'il rédigeait une déclaration des droits du peuple et instituait ^ Belgrade une sorte de tribunal révolutionnaire, la veuve de Kara-Georges avait franchi la frontière avec son fils Alexandre. La skouptchina Se réunit; Kiamil-Pascha demanda à être entendu. Parlant au nom du sultan, il consulta ta skouptchina sur ses dispositions à l'Égard de Michel Obrénovitch. a II a pris la fuite, nous n'en voulons plus, s'écrièrent les députés, nous voulons Alexandre Kara-Georgevilch. s Et
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204 LA SERBIE ET LE HOffTËNËGRO.
aussitôt le fils da héros de J80i est proclamé priuce de Serbie. C'était on jeane homme faible et indolent, peu ambitieux du pouvoir : ■ Il fut élu, dit un témoin oculaire, emmené et salaé prïnce, sans avoir eu le temps de comprendre parfaitement ce qui se passait. ■ Voutchitch devint ministi'e de l'intérieur et Pétroniévitch ministre des affaires étrangères.
La révolution qui avait renversé Michel avait causé à la cour de Saint-Pétersbourg un vif mécontentement : l'envoyé du czardut protesteret an, nom de l'empereur, contesta la légitimité de la nomination d'Alexandre, avec une violence telle que Voutchitch indigné proposa de déclarer la guerre à la Russie et d'en finir avfc un protectorat injurieux. Ce n'ëtait point là le compte du timide ûls de Kara-Georges, il négocia, accepta un compromis qni consistait à soumettre son Élection k uue nouvelle skouptchina, présidée par une commission mixte, tandis que les ministres seraient éloignés. Misérable comédie qui donna au sultan l'occasion de rendre un bérat, où la dignité de prince des Serbes était considérée comme révocable au gré du divan!
Alexandre Kara-Geoi^vitch régna seize ans, et pendant ces seize ans, la prospérité de la Serbie prit un developpement considérable ; l'instruction se répandit dans toutes les classes; la richesse publique augmenta, des routes nouvelles furent ouvertes, des ponts réparés ou construits. C'est l'époque de la fondation de l'école militaire, de l'école de commerce, de l'école d'agriculture....
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GOUVER>EUENT PARLEMENTAIRE EN SERBIE. 205 L'homme le plus important du ministère était le fils de ce turbulefl^ Miloutin, qui fut tué par les momkes de Michel. Chef du parti nattuDdl, G araschanine était l'adversaire déclaré du système qui tend à slaviser on à germaniser la principauté au profit de la Russie ou de l'Autriche; sa haute raison politique le poussa é solliciter l'alliance et l'appui de la France, comme destinés à assurer l'indépendance de la Serbie. Une stricte neutralité dans les affaires intérieures, l'introduction progressive de la civilisation européenne dans la principauté, tel était le système de l'éloquent chancelier. Ce n'était pas une tâche facile que celle de faire accepter par la natiou ce principe de neutralité. Ainsi, lorsque éclata à Pesth la révolution 'de 1848, on vit an cri de guerre poussé par les Croates du ban Jellachich, des bandes armées se lever en Serbie puur marcher avec eux contre les Magyars. Chose étrange que cette haine violente des Serbes contre les Hongrois! Eux, qui tenaient tant à ne point être confondus ave: les Allemands, ils les imitaient en rédamant après dix siècles les droits d'Arpad sur les provinces méridionales du Bas-Danube '. D'ailleurs la faiblesse d'Aleiandre les encourageait. Les Seibes tiennent à Karloviti une grande assemblée; ils élisent un voivode, Choupli- ' - cats; un patriarche, Ralatchitch; ils lancent contra Kos-