‹ La Serbie et le MonténégroChapitre 51 sur 68 · Article! 50, 51, SS · texte numérisé non relu

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tagÉs entre ses fils; ceai-ci, si leur mère vit encore, sont tenns de lui servir un reyenu, et lorsque les enfants ne sont pas majeurs, nn procurateor est chargé de la garde . de l'héritage, tandis que la mère est chargée de la tutelle de ses enfants. Dans le cas où ta femme du défunt est sans enfants, la fortune tout entière Ini revient, mais si elle contracle un nouveau mariage elle n'a droit qu'à la restitution de sa dot. Les filles ne peuvent hériter que dans le cas où elles n'ont pas de frères ; an ancien usage vent que, même alors, les armes reviennent an plas proche parent du défnnt; Donclian avait décrété dans son code demeuré célèbre, que le cheval d'un noble décédé ne peut être compris dans son héritage, qu'il doit revenir BU czar. Un autre règlement * du grand empereur, conârmë par le roi Sigismond en ISIO, interdisait la vente des propriétés héréditaires. Le nouvean code * auquel le Code Napoléon a servi de modèle, a apporté quelques modifications à ces diverses ordonnances.

Heureni le peuple qui a su ainsi conserver les traditions de ses ancêtres, tout en accueillant avec empressement les progrès de la civilisation I Le caractère même des Serbes se prête à merveille à cette combinaison féconde en excellents résultats. Du jour où les derniers vestiges du despotisme ottoman ont disparu, les Serbes sont redevenus ce qu'ils étaient avant Kossovo, un pea-

]. Code de l'empereur Douchan, arl. 31.

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LA NATION SERBE. — LA POÉSIE SERBE. S6I pie jeane, fier, confiant dans sa force et dans son avenir. Les étrangers qui visitent le pays depuis le règne du prince Michel, reviennent étonnés de l'admirable spectacle qu'Us ont pu contempler entre les bords de la Save et le Danube. Ecoutez Théophile Lavallée : i Les Serbes forment la population chrétienne la plus recommandable de la Turquie, par la dignité et la gravité de son caractère, son courage, sa bouté, sa générosité, ses mœurs patriarcales, son attachement »u sol, à ses usages, à sa religion. * — < Evety Serbia/i is a gentleman >> dit l'éminent ministre anglican William Danton ; Gnillaume Lejean remarque avec insistance la confiance du peuple en son avenir, confiance qui se traduit dans son allure, dans la démarche preste et allègre, dans son langage à la fois coloré, harmonieux et viril. Les observations de H. Lancelot ne sont pas moins intéressantes : « C'est surtout quand on pénètre dans le nouveau Belgrade, dit-il, après avoir franchi les portes de Stamboul et de Widdin que l'on peut juger dn changement qui tend à s'opérer depuis quelques années dans les mœurs, les habitudes et par suite dans la situation économique de la principauté. — Des rues spacieuses, règalières, coupées presque à angles droits, de larges chaussées plantées d'arbres sur les cfttés, formant avenue, des maisons commodes, élégantes même, remplacent les ruelles étroites, tortueuses, sales, mal bftties du nouveau Belgrade. Nous avons passé tout d'un coup d'Asie en Europe, Restreint d'abord à la capitale, le mouvement a gagné de proche

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en proche, «t a entamé ta province. Partout les villes et les campagnes prennent un nouvel aspect. Là règne une meilleure police, ici la culture est mieux entendue. Le paysan est devenu moins thésaurbear; s'il parvient, au bout de l'an, à économiser quelques écus, au lien de les enfouir, comme il le disait naguère, dons sa cour on son jardin, il les emploie à accroître et à améliorer son fonds. La vieille routine s'en va et, partout, fait place à des procédés nouveaux et plus rationnels. * Ainsi la civilisation occidentale s'introduit pas àjias en Serbie; mab l'eipérience de 183S a appris aux successeurs de Hilosch qu'il ne fout pas essayer d'y implanter brusquement tous les usages de l'Europe. Hilosch Obrénovitch le disait à la skouptchina, et c'est à son système qn'il a fallu revenir après une malheurense tentative. Et cependant, qui sait si nous ne serions pas eu droit d'envier à la Serbie certaines de ses institutions politiques et civiles? si nous ne serions pas alors forcés à reconnaître que sur certain s points la Serbie a devancé bien des États de l'Europe occidentale? Qu'on en juge par quelques faits qui peuvent se passer de commentaires. De 4836 à 1863, e'est^à-dire en vingt-sept années, trois cent vingt et une écoles ont été fondées, il a été décrété que l'instructioa serait donnée gratuitement à tous les degrés, et aujourd'hui douze mille six cent soixante-six élèves des deux sexes reçuivent l'instruction dans les écoles '.En même temps, la décentralisa-

t. Rapport de M. Brantoivitch.

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LA NATION SERBE. — LA POÉSIE SERBE. 263 tionla plus complète était réalisée, gràce surtout aux eU forts du prince Michel. A la vérité, c'eût été p«u de chose de se contenter d'une division de la principauté en dii-hnit districts, soixante et un arrondissements et mille Boiiante-sept conmiunes, avec des préfets, souspréfets et knètes; mais conformément à la constitution de 1S60, let communes gèrent eUei-mêmet leurs affaires dans une compiète ituiipendance de l'autorité administrative par le moyen des maires ou knitet élus, assistés «Tune skûupe ou conseil municipal. Le peuple est dévoué au prince, il obéit scrupuleusement à la loi, ne trouvé pas un malin plaisir à l'éluder; pour lui le maître n'est pas un ennemi, parce qu'il sait que le maître, lui aussi, est soumis à la loi égale pour tous. Hais cette prompt« obéissance n'empôche pas le peuple de vouloir comprendre les règlements qu'on lui impose ; et à ce sujet H. Ubicini rapporte qu'un oavrier de Belgrade lui dit an jour : « Nous autres Serbes, nous demandons des explications sur tout I L'an passé, le Gouvernement a décrété une taxe extraordinaire de deux ducats par tète pour achats d'armes. Eà bien, il a fallu que dans chaque village le sous-préfet ou ses' aides expliquassent pubUquemeni aux anciens la cause de cette surtaxe... »

Nous avons dit ■ l'immense importance de l'Église serbe pendant les siècles de la tyrannie musulmane, sa large part dans le maintiende la nationalité; de nos jours,

LCh. m.

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le clergé serbe et le clergé slave, en général, n'ont rien ' perdu, et de leur influence et de leur popularité. Il est facile d'en découvrir la cause. Les prêtres terbes, fidèles au véritable esprit de l'Évangile, ne forment pas une caste à part, ils demeurent confondus avec le peuple ; les popes sont généralement respectés, et, ajoute M. Danton, comme iU sont mariét et vivent au milieu de leurs ouailles, ils eicrcenl nécessairement sur eux une grande inllaence. Le clergé, à l'exception du métropolitain et des évéques, ne reçoit pat de traitement, les moines vivent da reveau de leurs terres, les popes du casuel fixé par Milosch en 1836. Ces derniers reçoivent leur instruction dans le grand séminaire de Belgrade, dit Bogoslovia; ils sont simples, de mœurs très-modestes, très -patriotiques ; à la rigueur ils sontsoldals. a Si une bande de loupe ravisseurs, disait Mgr, Joaoia, évéqae d'Oi^itzi, attaque mou troupeau, moi, son pasteur, ne dois-je pas le défendre? * Belle parole, qai montre combien il est vrai que le Serbe est né soldat, qu'il aime la guerre autant que ses pesmas si cliers à Uiçkiewiezl Quant, aux coiivents ils ont perdu aujourd'hui l'ulililé qu'ils eurent après Kossovo ; les moines le reconnaissent eux-mêmes, et plus d'une fois ils ont proposé au kaiaze de lui abandonner une partie de leurs revenus pour fonder des écoles. < Nous ne voulons pas, diseat-il?, devenir les parasites de la société. > Quand un clergé déclare l'instr action dangereuse et nuisible, c'est qu'il ne se sent pas assuré de sa pubsaace; mais quand il favorise ainsi le progrès des lumières, c'est qu'il a de bien fortes

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LA NATION SERBE. — LA POÉSIE SERBE. 265 racines dans le pays. Le patriarche de Constantinople est i^ardé comme le chef de l'Église-, — le synode anooel qui se réunit à Belgrade règle les affaires intérieures, nomme les évéques et choisit le métropolitain, sauf ratification da GouTemement. Léopold Ranke signale une particularité curieuse : les popes ont renoncé à recevoir la confession, en favenr des moines généralement plus instmits. A des jours fixes le peuple se rassemblait autrer fob, et aiijourd'hui encore dans certains districts, dans le Toisin^e des couvents et des monastères, et là il procédait à nne confession générale.

C'est grftce à ce clergé si primitif dans ses mœurs, si pieux sens affectation aucune, que le sentiment religieux est resté profondément gravé dans le cœur des Serbes et que le cuite du Christ s^st transmis dans toute sa pureté de génération en génération. Ce qui a encore beaucoup contribué à l'entretien de ce sentiment religieux, c'est le continoel contact de l'homme avec la nature ; c'est la mystérieuse influence sur l'esprit humain, de la divinité sans cesse révélée par ses créations. Lorsque le joug des infidèles pesait sur la Serbie, c'est la religion, nous l'avons vu, c'est la foi qui a soutenu et consolé les héroïques Tsincns ; le joug musulman une fois secoué, c'ebt été une monstrueuse ingratitude de renoncer à ces antiques traditions, que d'en briser la cbdne séculaire. Cette ingrati- . tnde, le peuple serbe ne l'a point commise, il est resté un peuple essentiellement religieux; pendant toute l'année M succèdent de pieuses fêtes qu'il serait on sacrilège de

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ne pas observer ; car la nation a compris avec uu admirable instinct que le culte eitérienr est nécessaire à la religion, que c'est lui qni entretient la piété, qui empêche les âmes do s'abandonner à des croyances purement passives, et de là, à une indifférence sceptique, plus pernicieuse que l'incrédulité elle-même.

La fête des rameaux est la première fête de l'année, consacrée au printemps naissant, à la vie non Telle '. La veille les jeunes filles se rassemblent sur une colline et chantent un bjmne de la résnrrection de Lazare ; ■ L'enfant grandit, l'homme vit, le vieillard meurt dans cette idée : Quand viendra l'Empire serbe? d Le lendemain, avant même le lever dn soleil, elles vont puiser de l'ean et chantent en dansant en choeur -. • Les cornes du cerf rendent l'eau trouble, mais son regard la rend claire et limpide. ■ Ou, encore pour saluer avec le retour du printemps le retour de l'amonr, elles murmurent ces stances étrangement naïves : « Deux amants dans la prairie s'embrassent, ils croient que personne ne les voit, mais la verte prairie les avait vus, et elle Je dit au blanc troupeau, le troupeau le répète à sou pasteur, le pasteur au voyageur du chemin, le voyageur le redit au marinier sur l'eau, le marinier à sa barque de noyer, la barque le raconte à la froide rivière, et la rivière à la mère de la fillette... » Quelques semaines plus tard, vers la fin d'avril,

1. V. surlesKlei serbes : L. Banke, ioc. cit. 56-57, sq. lankovitch et Orouitch, la Slavet du Sud. — Voub, Dictionnoire terbe.

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LA NATION SEBBE. — LA POÉSIE SERBE. 287 à la Kte de saint Georges, l'un des patrons de la Serbie, les femmes vont cueillir sur les montagnes des herbes et des fleurs, elles les jettent dans la rivière voisine et le lendemain elles vont s'y baigner. C'est ainsi que la Serbie salue le retonr du printemps ; des cérémonies semblables se retrouvent chez les autres peuples slaves; César et Tacite les signalaient jadis chez les anciens Gaulois et Ger-

Puis fient, dans l'ordre des saisons, la Pentecôte; la fête de Krslitza, ou les vierges célèbrent Lélîo, la Vénus de la Slavie, la déesse de l'amour ; et Radischa, o qui lait tomber la rosée des branches des arbres en perles humides, et brûle d'amour pour une blanche vila, qui, assise près de sa mère, fait tourner des fuseaux dorés. » La Saint-Jean arrive ensuite ; c'est le moment de la canicule, alors que, suivant la légende, le soleil s'est jadis arrêté b-ois fois; c'est le moment de la moisson. Si jusque-là le temps a été sec, les paysans procèdent à une bizarre cérémonie qui rappelle quelques-uns des symboles sacrés de la Grèce : une belle jeune fille est dépouillée de ses vêtements, et on la couvre de fleurs, d'herbes et de feuilles, pour figurer la Dovola, la prairie marchante ; alors elle parcourt tout le village, le femme du gospodar répand sur elle l'eau d'un arrosoir, ses jeunes compagnes demandent an ciel une pluie fécondante et invoquent le soleil et la lune : « Tako mi Simtza! Tako mi SemUe! Que le -soleil soit avec moi I

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26S LA SERBIE ET LE HONTtNÉGRO.

que la lune me protège ! * Légères nous courons à traders le village : puissent les anages du ciel, plus rapides que nous , nous rattraper et mouiller les prés et les vignes. Tako mi SemOe! « Hais lorsque le temps est à l'orage, les habitants de la campagne implorent tour à tour Élie, qui suivant le Livre des Bois, monta au ciel au moyen d'nn tourbillon, adoré aujourd'tiui par les Slaves comme le dieu de la fondre; Marie qui lance les éclairs ; Pantélimon qui gouverne les tempêtes etles vents déchaînés. lUais la pensée de Dien n'est jamais absente jBanke faitjudicieusement remarquer qu'elle se retrouve dans toutes les pensées, dans tons les actes. Avant de se mettre an travail chacun fait sa prière; ou ne termine point de promesse sans ajouter : < J'agirai ainsi si Dien le veut. ■ Au voyageur qui passe, on dit simplement : * Si Dieu te soutient, » et l'on sous-entend la véritable question, u Où vas-tu? Quel est ton chemin? •> Aussi il n'est pas de peuple plus hospitalier que les Serbes. A la tète du père de famille, ou invite les voisins, les amis, voire même les simples voyageurs : > Puisque votre maison, elle aussi, est consacrée à Dieu, venez ce soir chez nous; ce que le saint a apporté, nons le partagerons avec vous, sans vous rien cacher. • Pais, quand la table est servie, légospodar se lève et dit la chanson des Batschka : ■ Trois oiseaux ont pris leur vol à

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