‹ La Serbie et le MonténégroChapitre 9 sur 68 · ETIENNE DOUGHAN ET KO5S0V · texte numérisé non relu

ETIENNE DOUGHAN ET KO5S0V

géra dans le pays. Douchan comprit, avec une admirable perspicacité, que les Grecs, habitués an faste de Constaatinople, o'obéiraient volontiers qu'à des princes entourés du même laxe; aussitôt, il forma une véritable cour, décora les hauts dignitaires de l'ordre de Saint- Etienne, créa des charges semblables à celles de Bjzance ; il v eut des despotes «entre autres attributs, généraux de l'in- « fanterte et de la caralerie, magistri ulriusgue exercitus, » des logothètes, des chambellans, des sèbastocrator. C'est de Raguse que Tinrent en Serbie les principaux étrangers ; le czar Jenr établit des marchés à Norobrédo, à KladoTO, à Sémendria: il forma dan^ sou année plusieurs légions étrangères, composées, les unes de co ndotlieri allemands, les autres de Français et d'Italiens. En même temps Douchan élevait des châteaui et des forteresses, des couvents, de superbes églises, comme celle d'Ipek, toute en marbre blanc. Le code serbe est de la mdme époque, code remarquable pour sa science, pins remarquahle encore comme étant le plus national de tons les codes slaves. L'empire fut divisé en volvodies.

Ainsi, sous l'influence de Douchan, la nation serbe allait subir une de ces tran sformalionâ qui changent la direction, tout en conservant le génie du peuple. Le Cbarlemagne de l'Orient fut snrpris par la mort, avant d'avoir en le temps d'achever ses grandes entreprises politiques et administratives. Les Ottomans devenaient de pins eu plus menacBots : en présence de ce danger, Douchan résolut de conquérir la Thrace et la Romanie, pour Être

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ainsi aiix*portes mêmes de ConstanliDople. Alors tandis qtie Jean V et Halhieu Caotacnzène se d.'spataieut les lambeaai de la poarpre impériale, il rassemble une armée de quatre vingt mille hommes, franchit la Save, occupe sans rencontrer de résistance les villes de Thrace et de Romanie, s'empare àa village de Djavoli, h douze lieues de Constanlinople. Là, pendant quelques jours, avant de marcher sur la capitale de l'empire d'Orient, Douchau s'arrête ; mais une fièvre violente le prend et dans le délire il ne cesse de parler de ses glorieui projets, de la chrétienté en danger et qu'il aurait voulu sauver. Il mourut, Agé de quarante-cinq ans à peine et en ayant régné vingt. L'armée retourna en Serbie emportant le corps du grand empereur qui fut inhumé sur les bords de la Bistritza [décembre 1356).

La chute de l'empire d'Orient et celle de la Serbie n'étaient plus qu'une question de temps.

Ourosch V avait & peine dix-neuf ans lorsqu'il succéda à son père. Il n'était pas de taille à gouverner l'immense empire fondé par Douchan ; les provinces nouvellement annexées s'agitèrent; les voivodes levèrent la tête et ne cachèrent plus leurs vues ambitieuses. C'était le résultat du système féodal, institué en Serbie sous le règne précédent; car ce n'était pas une administration énergique et centralisée que Douchan avait léguée h son Bis, c'était de nombreoses provinces, réunies no instant, et dont les gouverneurs furent pour le nouveau prince autant de rivaux et d'ennemis. Bientôt il ne suffit plus & ces

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ambitieux fend alaires de jouird'une autorité presque illimitée ; ils voulurent ëlre iadèpeudants. Siuicba, gouverneur de RoDianie, fut le premier à méconnaître la suzeraiuetë du prince ; puis, Nikiphor, gouverneur de la Thessalie, se sépara de l'empire. Funestes divisions dont les Ottomans profitèrent I Mais de tous les voïvodes, le pins dangereux était VouiïascMne, silié à la famille royale et gouverneur du Palais. Naturellement souple et insinuaal, il avait captivé la conliance du faible Ourosch ; il obtint du jeune prince le titre do roi de Rassje. Aux yeux du hardi vassal, la couronne de Rassie n'était que le premier pas vers la couronne de l'empire serbe tout entier. Pendant que l'édilice laborieusement élevé par Doucban s'écroulait par les fautes de ceux-là manies qui devaient le soutenir, les Turcs poursuivaient leurs conquêtes eu Europe.

Monrod I", lils d'Orkhan, avait résolu de continuer l'œuvre de son père '. Alors comme"Iiça pour les Ottomans une ère nouvelle de gloire et de puissance, une série de conquêtes qui ne furent interrompues que par la mort du Sultan à Kossoïo. Les grandes villes d'Audrinople et de Philippopplis étaient à peine tombées entre ses mains, que Hourad tourna ses forces contre la Serbie. La guerre fut longue et sanglante, et dura plus d'un siècle; l'bistorien éprouve une singulière difficulté à en faire le récit ; les annalistes serbes ne s'accordent qne rarement avec

1. Risl. rfft! Û'iomans, pur J. de Hninmer. TraU. franc, de J.-J. Kellen, Paria, 1836. Tomes I. II. III.

X de ia Turquie; telle bataille est eatièrement passée 3 silence pir SëadedJin que Ducos raconte avec les sgrands détails; des défaites sontctiaDgècsea victoires, -es en dèruites '. Il n'y a que le résultat d'indisîsle résultat pour toutes les nations chrétiennes, i des Ottomans et l'asservisse ment des Serbes, tnandaut grec de la Pbrygie s'était réfugié chez 1 l'excitait à ta guerre contre les intidèles, tandis pe Urbain V appelait tous les cliréUens à une croisade. Voukasciiine, toujours tout-puissant à rOurosch, appuya les propositions duconiinan- , et une alliance fut signée entre les rois de it de Serbie, les voSvodes de Bosnie et de Vala- }. A cette Douvetle,Uouradqiiis'apprèlait il passer inelies pour retourner en Asie, accourut avec armée devant Bigha. Les chrétiens firent un nt tournant, échappèrent au Sultan et marche- ^ndrinople; déjà, ils n'en étaient plus qu'à dix distance, sar les bords de la Maritza, lorsque }up apparut sur leurs derrières Hadji-Ilbèki, iddin appelle t le premier lutteur dans l'arène lillance, le lion du combat et le soutien de la i. » Surpris comme des bêtes féroces dans leurs chrétiens, dit le chroniqueur turc, se précipitent ïaritza, semblables à l'incendie poussé par le lérissent dans les Qots. La plaine fatale porta e nom de Sirf-Sindughi, défaite des chrétiens, inbe, 20.

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Uourad retourna ea Asie, laissiiat le commandement de ses [roiipes à sooiieutenant Lalasehaliin, qu'il nomma beglerbey des priacipautès européennes. C'est alors que Voukascliine leva le masque ; il reprocha au malheureui Ouroscb la défaite de la Maritza, il le rendit responsable des désastres de la chrétienté. Comme toutes les natures faibles, Ourosch passa de la plus extrême confiance t l'irritatioa la plus violente. Furieux, il dépouille de ses titres celui qu'il avait créé roi de ftassie, il lui ordonne de quitter sa cour. Vonkascbine obéit, mais à peine arrivé en Rassie, it lève des troupes, marche contre le priuce, le défait dans une sanglante bataille ; Ouroschprend la fuite et se dirige vers Raguse, sa fidèle alliée; mais les soldats de l'usurpateur le font prisonnier, et, sur un ordre du nouvel empereur, Ipdernier des Némania fut étranglé dans sa prison (1367).

Ici, la légende place nn cnrieus épisode. Quand Voukaschiae détrône Ourosch, Marko intervient, Marko, le propre Qls deVoukascbine, celui qui viendra tout à l'heure illustrer et consoler la douce Serbie dans sa défaite et dans sa servitude '. • Il y a quatre camps dressés dans la vaste plaine de Kossovo près de la blanche église : ce sont cenidu roi Voukaschine, du despote Ougliécha, du Toivode Goigo et du czarévitch Ourosch, qui tous se disputent le trûne, voulant s'ôterlavie, etsa percer de leurs poignards

1. Marko KraliéTitch, (Dkt. ttrbe p. 173, d'aprbs la tradnctloa de Doion.)

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d'or, ne sachant à qui est l'empire. Alors tons les quatre écrivent des leltres au protopupe NMeIko, celui qui avait confessé el fait communier le glorieux Doucban, et l'invitent à venii' à Kossovo.

n Les quatre messagers, les ardents tehaouchs arrivent ensemble â Prîrzen, devant la demeure du prêtre, mais Nèdelko n'y était -point, il était à l'église à dire les matines et la messe. Arroganis messagers, insolents des insolents I ils ne voutorent poiut descendre de leurs chevaux, mais ils les poussèrent dans l'église, et faisant claquer leurs fouets tressés, ils en frappèrent le prètro : • Allons vite, crièrent-ils, allons vite à Kossovo, pour que tu y déclares à qui est l'empire I Viens, si tu ne veux pas surl'heure perdre la tète. • — «Arrogants des arrogants, retirez-vous, dit Nédelko et des larmes coulent de sesyeui, retirez-vous tandis que dans l'église nous célébrons l'ofdce divin. • Alors ils s'éloignèrent, et quand, l'ofQce divin terminé, ou fut sorti devant l'église, ainsi parla le protopope : • Mes enfants, vous quatre messagers, j'ai confessé l'illustre czar et lui ai donné la communion ; mais je ne l'ai point interrogé touchant l'empire, mais bien sur les péchés qu'il avait commis. Allez vers la ville de Prilip, à ta demeure de Harko Kraliévitch, mon élève; il a étudié auprès de moi, el il a été scribe chez le czar; il a en ses mains des lettres impériales et sait à qui est la couronne. Conduisez-le à Kossovo, il fera connaître la vérité, car Uarko n'a peur de personne et ne craint que le vrai Dieu. ■

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