‹ La Serbie et les Serbes: lectures et impressionsChapitre 2 sur 7 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

3e n'est jamais sans quelque témérité qu'un éoriétranger essaye, soit avec les meilleures intentions onde, de tracer le portrait d'un peuple qui n'est i sien. XL est extrêmement difficile de définir un idu qui présente une nature complexe; mais on je heurter à des obstacles bien plus grands, lors* . aborde, au lieu de la représentation d'un seul ae, celle d'un peuple entier, surtout si ce peuple iielque peu éloigné du nôtre et les rapports mun'ont pas été fréquents.

3i, malgré ces difficultés, dont je ne puis me dissir la gravité, j'ai cependant osé de promettre à mes serbes un livre sur leur pays, il faudra donc conque l'attrait du sujet devait être bien grand, et eur aide a dû m'ètre bien précieuse, pour que je sarde maintenant à publier le résultat de mes res, de mes observations et de mes impressions sur arbes, après une courte mais inoubliable visite à pitale du royaume serbe.

Depuis une trentaine d'années, un nombre remarie de livres allemands, anglais et français ont paru

sur la Serbie; les touristes italiens non plus n'ont pas manqué de rendre compte de leurs fugitives impressions de voyage aux bords de la Sava et du Danube. Mais, si chacun de ces livres, quoiqu'on mesure bien diflférente, a communiqué au public européen des notionig utiles qui augmentent notre connaissance du pays et dô la~ nation serbe, un livre populaire d'ensemble, qui, tout en sympathisant avec le peuple serbe, nous le révèle avec fidélité, exempt de toute passion et de toute prévention, m'est, jusqu'ici, inconnu.

C'est pourquoi je me suis efforcé de réunir, à mon tour, mes pauvres matériaux; et, quoique mon but et mon désir intime aient en vue surtout le serrement des relations politiques et économiques destinées à lier davantage le peuple serbe et le peuple italien, j'ai choisi comme interprète de mes pensées la langue française, désireux qu' à l'exemple de l'Italie, tous les autres peuples latins prennent l'habitude de s'intéresser au monde slave, en causant d'abord avec les Celtes slavisés et latinisés de l'ancienne Moesie, tels que les Serbes peuvent être en grande partie considérés; et ce n'est qu'en les envisageant ainsi que nous pouvons nous expliquer les grandes ressemblances physiques et morales qui rapprochent merveilleusement de nous tous les descendants des anciens maîtres de la Pannonie, de la Moesie et de la Dacie. Si les Serbes parlaient la langue roumaine au lieu de la langue serbe, ou les Roumains la langue serbe au lieu d'une langue latine, les différences de race qui semblent séparer maintenant les Serbes et les Roumains, en nous forçant de classifier les premiers parmi les peuples slaves, les seconds parmi les peuples latins s'effaceraient, peut-être, en partie, quoique nous soyons forcés de convenir que, dans l'oeuvre d'assimilation qui a produit ces deux peuples si pleins de sève

Dans toute la péninsule balcanique, nous ne saurions distinguer que trois grandes races originaires, les Daces au nord, les anciens Macédo-Epirotes, dont les Albanais demeurent les représentants les plus robustes et les plus fidèles au centre, et les Grecs au sud. Tous les peuples qui se sont, tour à tour, formés ou superposés d'une manière sporadique comme les Bulgares et les Turcs, dans la Péninsule, ont été plus ou moins absorbés par Tune de ces trois grandes races historiques; et ce n'est qu'en mesure des nombreux emprunts faits aux anciennes races locales qu'elles ont pu se civiliser et acquérir, à leur tour, un certain droit de domaine.

Trop préoccupés des grands noms de Rome et d'Athènes , les historiens semblent, jusqu'à présent, avoir fait trop bon marché de la présence des anciennes races presqu' indigènes sur le sol balcanique. Dans la classification ethnographique des races, un trop grand nombre d'éléments a été négligé, de manière qu'on a forcé à se classer dans un système exclusif une foule de faits essentiels qui trop souvent portent du trouble dans nos idées, nous obligeant à une série de réserves et d'exceptions qui nous embarrassent. Il me semble donc nécessaire, pour se rendre compte de l'énergie, de la résistance et de l'élasticité que présente encore de nos jours certains peuples de la péninsule balcanique, que Ton remonte aux sources mêmes de l'histoire, à l'origine de la race, à la puissance de la sève originaire, et que l'on élargisse un peu le tableau des grandes races primitives, que notre orgueil latin ou hellénique, slave ou germanique a forcé de se ranger non pas seulement sous la discipline, mais dans l'organisme même de l'une de nos quatre races fixes. Dans cette classification générale, les Celtes et

INTBODDCTIOH 6

3, les Epirotes et lea Daces n'ont point trouvé ; et qui sait combien d'autres races iaconnues, i aujourd'hui aucun nom spécifique, se sont na un temps reculé sur les bords de la mer les hantes vallées des montagnes, pour se conrec des races voisines dominantes, dont elles, )té tour à tour la langue, les lois et la reliproblème ethnographique de la péninsule balcomme celui de la péninsule italique, serait à iésespérant si on ne convenait que, dans l'ignoîsque complète des origines, il est plus sage 3 insister sur la prétention de le résoudre, et it de tenir compte de certains fait généraux iels qui expliquent assez comment des peuples t.|>p<.,.'^^ment jeunes et nouveaux se sont préparé, quoique d'une manière inconsciente, de longue date, à l'œuvre de la civilisation actuelle.

En tont cas, on peut, sans crainte d'être contredit, établir que les Serbes, par leur position d'intermédiaires entre la grande race slave dispersée dans l'Europe centrale et orientale, les Latins, les Macédoniens et les Grecs établis dans la péninsule balcanique, sont le produit le plus brillant d'un mélange heureux de l'ancien Dace avec toutes ces races civilisées; et que, s'ils ont peut-être, en acceptant la langue et la religion des slaves, subi l'influence slave plus que toute autre et  un tel point qu'ils ont pu devenir les représentants les plus autorises des Yougo-Slaves ou Slaves méridionaux, il faut ajouter que la première civilisation des Slaves est encore le mérite essentiel des Serbes; de manière que si l'on peut discuter sur le type physique originaire de l'ancien Bace, et snr l'origine ethnique des Serbes, depuis le contact des Daces avec les Celtes, les Slaves, les Latins, les Macédoniens et

les Grecs, et depuis l'adoption de la langue slave comme leur langue nationale, ces anciens Daces ou Celtes slavisés de la Moesie se sont mis à la tète de la civilisation slave et ont puissamment contribué à modifier la race slave par la culture gréco- latine, et le monde gréco-macédonien et le monde latin de la péninsule par des inphiltrations de l' esprit et des mœurs caractéristiques des peuples slaves.

Ce qui, en attendant, ne saurait être contredit, est que le sol de la péninsule balcanique appartient encore, en grande partie, à ces anciens maîtres Daces et Macédoniens. Le Serbe et le Roumain au nord, le Bulgare et l'Albanais au sud sont des Daces et des Thraces plus ou moins dégpisés et modifiés. La domination turque, n'est jamais parvenue, pas même dans ses périodes les plus brillantes, à changer radicalement, cbez les peuples soumis, la condition de la propriété rurale. Le Turc peut donc s'en aller de l'Europe ou y demeurer comme hôte étranger sans aucun inconvénient; sa disparition n'entraînerait aucun changement, essentiel dans le train de vie et dans l'organisme social des anciens peuples de la péninsule balcanique. L'instinct qui pousue la politique libérale européenne à souhaiter, depuis bientôt cinquante ans, pour le Balkan, une fédération d'états indépendants est tout à fait conforme aux instincts et aux aspirations des peuples intéressés qui font partie essentielle de la péninsule. Les opinions de M. Guizot, de M. Saint-Marc Girardin, de Cobden et de Sir Grant Duff à ce sujet sont encore valables de nos jours, parcequ'elles se fondent sur la connaissance positive des besoins réels des populations balcaniques. L'Europe doit donc se désintéresser dans Ja question d'Orient par un seul moyen, en s'interessant uniquement au sort des peuples jadis ou encore soumis au joug otto-

INTRODDCTION

snçant à tonte convoitise sur le butin le cas d'une noiivelle conflagration 2 proclamant l 'indépendance de tons ont conscience de leur nationalité, ap:

né Conatantinople ville neutre et lib !Ommerce international entre l'Europe ,'un écrivain éclairé ' avançait dès l'anr re encore parfaitement vrai, après 3"2 s • arriver à une reconstitution de la pén

isque les Serbes tiennent la tète de toi

de peuples qu'on appelle les Slaves

B tout ce qui est slave dans la pèninsi

arde vers Belgrade comme à un centre

e vie nouvelle; puisque moins qu'un (

mi-siècle d'indépendance et de liberté, a suffi pour me

trer à l'Europe de quel progrès rapide et merveille

la Serbie est capable ; puisqu'à la Serbie et à la E<

manie est réservé le premier rôle dans l'oeuvre ci'

lisatrice de la péninsule balcanique, c'est avec ell

surtout, qu'il nous faut compter pour l'avenir de noi

commerce avec l'Orient. Il est, peut-être, provident

que sur la côte occidentale de l'Adriatique, vers

mer Adriatique, par les Monténégrins et par les D;

mates, qui parlent le Serbe, les Italiens et les Sla-^

' Les Serbes de Targuie par A. Ubicini, Paris, E. Dentu:* I Oamanlis, écrivaif-il, ont cessé de dominer dans la Turquie d'Euro néanmoins, ils continuent (car un petit nombre seulement s'est ' cidé à. repasser le Bospbore), d' habiter, confondus avec leurs i cicns raïas, la Thrace, la Roumélie, la Macâdoine, la Bulgarie, Bosnie, etc. Seul Constantin ople a été érigée en une ville neutre l'instar de Brème ou do Lubeck, ouverte aux vaisseaux et au co roerce de toutes les nations ou, peut-être, demeure en dépôt en les mains des Turcs, toujours sous des conditions qui en font libre entrepôt du commerce de l'Europe et de l'Asie, »

ô LA SERBIE ET LES SERBES

se trouvent mêlés; les souvenirs de Raguse, dont le territoire, au quatorzième siècle, faisait partie de l'empire serbe de Douchan et qui est encore peuplé par des Serbes, ne sont point effacés; cette illustre Raguse, devenue république indépendante avait bien prouvé, par son exemple, à quel point, Serbes et Italiens, réunis dans un seul esprit, et poussés vers la même culture, pouvaient s'entendre et se convenir. Les Bouches de Cattaro habitées par des Serbes, Raguse, la Dalmatie et le Monténégro font idéalement encore partie de l'empire serbe de Douchan, et les Bosniaques qui viennent d'être assujettis à P Autriche- Hongrie, étant des Serbes et des meilleurs, non seulement ne se prêteront jamais au rôle d'isolateurs que leurs maîtres anciens et nouveaux semblent leur avoir tracé, mais, au contraire, par les deux mains, par les deux bras de la Bosnie et de l'Herzégovine, cette entente, cet embrassement, cette fusion des Serbes dispersés ne peut longuement tarder à se réaliser. Tandis que l'Autriche-Hongrie pousse et la France, en vue de ses intérêts économiques, attire le commerce de la Serbie vers Salonique, l'Italie ne peut avoir autre intérêt que celui de voir bien vite s'ouvrir des ports sur l'Adriatique à la Serbie, à la Roumanie et à la Bulgarie.

La côte de l'Adriatique est longue; e il y a de la place pour tout le monde; elle est bien ouverte vers nous; nous devons donc souhaiter surtout que les chemins de fer Serbes s'avancent vers l'Adriatique, que le Monténégro puisse sortir de son ancien isolement, que la Dalmatie reprenne cette activité de commerce qui la distinguait du temps de Dioclétien, lorsque Ravenne et Spalato étaient en communication périodique, et du temps des républiques de Venise et de Raguse.

DITBODUOTIOÎI 9

rts d'Ancone, de Bari et de Brindisi atintenant le jour où la mer Adriatique sera r des navires serbea, roamaîna et bulgares

l'Italie les trésors de la péninaule balcar cevant en retour tout ce que l'Italie peut ler à l'Orient. Nous n'aurons point besoin ires avec la Serbie, le jour on les cheminB miront par Nisch et Uskub à un port quel- Adriatique. On arrive d'ITskub par le lac plus vite à la mer Adriatique qu'à Salonievons donc encourager la création de ce pouché au commerce serbe sur la côte alba- Jriatique. Les Albanais ont tout a gagner :dre d'une pareille route ouverte au comlational. Leur côte à présent est iuactive.

m grand port de l'Albanie recevra les rirois états balcaniques, la Serbie, la Rou- Bulgarie, elle sortira de sa pauvreté et elle i tour se constituer en nation libre et in-

Pour le moment, il nous semble presque

qu'elle se trouve encore sous le joug de laquelle n'ayant aucun intérêt a favoriser

que l'autre, pourra, sur le sol neutre aljyer des concessions qui seraient peut-être l'Albanie formait déjà, à son tour, d'après

aspirations et sa prédestination historique, mté indépendante et civilisée. Tous nos itiques doivent donc nous porter à encoulivrance de la Serbie et de la Roumanie isement économique à l'Autriche Hongrie r la France, tout en respectant ses droits, /■ers noua une partie de ce commerce qui, juee années, a pris le chemin de Salo-

Ce qu'un écrivain étranger autorisé * observait, au point de vue français, il y a huit ans, pour relever les avantages du commerce maritime de la Serbie attiré vers Salonique, peut se tourner, d'autant plus, au profit d'un commerce Serbo-italien par la mer Adriatique. « Une grande partie, écrivait-il, des voies autrichiennes doivent être comptées parmi les plus coûteuses de l'Europe, grâce à un système de monopoles qui s'étend aux chemins de fer et à la navigation fluviale. Par exemple, les tarifs de la Compagnie Danubienne sont quatre fois plus élevés que ceux des antres compagnies du même genre. li faudrait donc que les compagnies austro-hongroises modifient leur tarifs dans des proportions ruineuses pour lutter avec avantage, à Nisoh par exemple, contre les produits arrivant par mer jusqu'à Salonique. La voie de mèr ne coûte presque rien ; le fret d'une tonne de marchandise, voyageant de Londres à Salonique, représente à peine la dépense nécessaire pour transporter la même quantité sur 100 kilomètres de voie ferrée. »

En fixant maintenant nos regards vers l'Albanie, du côté du lac de Scutari, canalisé jusqu'à la mer Adriatique et neutralisé au bénéfice collectif de la Serbie, de la Roumanie et de la Bulgarie, par ce nouveau grand entrepôt maritime sur la mer Adriatique, on réaliserait, pour les peuples de la péninsule balcanique, des bénéfices encore plus grands que par la voie de Salonique, en mettant en rapport direct l'Orient balcanique avec la route italienne de la Valise des Indes, en abrégeant de quelques jours le transport par mer des marchandises des Balkans, et en communiquant directe-

* La Serbie économique et commerciale par René MiUet ancien ministre de France en Serbie, Paris, Berger-Levrault, 1889.

INTaODCCTIOK 11

aya aussi riche, aussi civilisé et aussi i Serbie que l'Italie. Ce qui serait peutéalisar isolément par un seul état, desi la Serbie, la Eoumanie et la Bulgarie ur en faire l'oeuvre commune, et cette w routière et maritime de trois états stte II ou v^ le ligne économique pour m un seul grand débouché sur l'Adrias pour la prospérité et la civilisation balcanique que toute la protection des IC6S réunies et tous les traités de com- . Pour le moment, donc, il ne faut que ■num est necessarium, et réclamer de la ad port neutre sur l'Adriatique au bérbie, de la Roumanie, et de la Bulgajnstitution et un règlement fédéral qui venir à tout point. De toutes les puis- Autriche-Hongrie ferait peut-être des ressées à ce projet; mais tous les aumi en jeu en faveur de cette réconsti- [Ue du Balkan, il y a lieu d'espérer que ropéenne à Constat! tiuople se trouverait ■utenir une oeuvre bien plus importante de ces armées qui ruinent à la longue li bien les petits que les grands états, it pour l'Europe bien plus une cause petuels qu'une garantie de paix.'

XjC pays Serbe

as pouvons aisément fixer les confins exacts du B serbe, tel qu'il est à présent ; ces confins ont iéa par la diplomatie ; et toute tentative pour îfier violemment amènerait, en ce moment, des ations dont il serait difficile de prévoir l' issue lonsequences. Mais, si nous songeons que ce ppelle la vieille Serbie ne fait encore partie du a actuel, et que la Bosnie et l'Herzégovine, le 3gro et la Dalmatie, sont habitées par de peu-

parlent la langue serbe; que les Serbes sont aombreux en Hongrie, dans le Banat, dans ce ppellait autrefois la Croatie turque, en Bulgarie, édoine, dans la Slavonie et la Sirmie, dans

même et à Trîeste, on pourrait retrouver à s les limites de l'empire serbe du moyen âge, irsuader que l'influence civilisatrice de la nabe peut encore s'exercer en dehors des confins t royaume et porter ses fruits, rien qu'en mt l'esprit du peuple serbe dispersé et en le , de loin comme de près, dans le sentiment leule grande patrie serbe. Si le patriotisme

PBEMIEB CQAPITKE 13

and et français s. poussé les confins de l'Italie, de l'Allemagne et de la France jusqu'aux dernières limites ou l'italien, l'alleniand et le français sont parlés, sans prendre garde que, par ce nouveau tracement, on risquerait de détruire la Suisse, dont la nationalité est cependant si bien affirmée et caractérisée par d'autres éléments plus essentiels que la langue, le patriotisme serbe, aussi bien que le patriotisme roumain, a parfaitement le droit de s'intéresser au sort des Serbes plus éloignés, qui au milieu d'un peuple étranger, continuent à parler la langue nationale, de l'endoctriner et de l' initier à l'oeuvre patriotique commune, que l'on pourrait nommer impériale. Le mot empire, cbez les Serbes, ne réveille aucunement l'idée du faste ou de la tyrannie; il ramène seulement tous les Serbes au sentiment de l'unité nationale. Comm'il y a eu des tsars serbes , avant des tsars russes, il se peut qu'un jour ou l'autre, tous les Serbes, réunis avec les autres Slaves du sud, dans une déconfiture possible de l'empire des Habsbourg, se retrouvent faisant partie d'un seul empire bomogène slave. Mais, pour en arriver là, il faut que les Serbes marchent autant et aussi vite sur le chemin de la civilisation que l'Autriche-Hongrie. Ils ont pu avoir aisément raison de l'empire ottoman qui est resté en arriéra; mais pour se mettre à la tête de ceux qui marchent il faut marcher plus vite.

En attendant, étudions de plus près le petit royaume qui nous intéresse, et qui par ses lois, ses moeurs, ses institutions, et ses hommes mérite déjà que les peuples civilisés sympathisent avec tous leurs efforts pour sortir d'un état de minorité et se mettre à la tète du progrès dans le monde yougo-slave.

Le royaume de Serbie comme l'ancien Piémont,

enclavé entre rAutriche-Hongrie devenue maîtresse de la Bosnie et de THerzegovine, la Roumanie, la Bulgai'ie et l'Albanie restée turque, nous fait Teffect d'un noble prisonnier, dont tous les mouvements sont surveillés, toutes les sorties sont interdites. Peu nous importe, au fond, d'apprendre que ses confins sont placés entre le 44° 69', et le 42° 26' degré de latitude boréale, et le 16° 44' et 20° 37' de longitude orientale ; ces indications géographiques ne nous indiquent autre chose que celle ci : le pays, pour le moment, est assez petit. C'est plus intéressant, au contraire, pour nous d'apprendre que de tous les côtés ses confins sont marqués par des fleuves et par des montagnes; par les fleuves Sava et Danube au nord, vers la Hongrie ; par le Danube à l'est vers la Roumanie; et vers la Bulgarie par le Timok et une série de montagnes, de Ciprowac au mont Radocina ; au sud par la Vieille Serbie, restée turque, avec des confins indéterminées, qui indiquent bien que de ce côté la Serbie a encore le droit d'avancer, et à l'ouest, vers la Bosnie par la Drina. En examinant la carte géographique du royaume actuel de Serbie, nous pouvons donc, sans être prophètes, prévoir le jour où nécessairement son territoire par l'annexion de la Bosnie habitée par des Serbes et d'une partie de l'Herzégovine, et de la Vieille Serbie sera doublé. En attendant ce jour, voyons comment un peuple vaillant, même occupant un petit coin du monde, sait se faire estimer et respecter.

On a vu, avec un peu d'imagination, dans la carte géographique de la Serbie actuelle la forme d' une feuille de vigne ; pour un pays essentiellement agricole, c'est, en tout cas, de bon augure. Les vignes qui poussent sur les collines de Negotin, au nord-est du royaume serbe, aux confins de la Rou-

IKB CHAPITRE

B où l'empereur dace Probui 1 vignes balcaniquea, nous mi

les abondantes récoltes de la Nisava et de la Morava ; Qoncent un pays riche, dep

mines cachées dans prea( e la Serbie et surtout au s a connues au temps des I floraison de la république 3ore des trésors. La riche p I dont la feuille commence I de ce tabac de la Macédoi ivre à l'agriculture serbe < let serbe commence à resser

esqu'en entier cultivable; qi )s à sa circoniërence, ces mi nt UQe telle hauteur que la ;erre qui n'est pas labourée ée par de nombreux cours

ce rapport aussi, ressemble k titre d'honneur, on l'a si s lurs de la Morave remplit iu Po ; les contreforts des j sont représentés par la cha n. Le climat de la Serbie

passe aisément d'une grai 3up ; le thermomètre, dans c gner en été jusqu'à 45 deg à l'ombre; en hiver, il desce rés aous le zéro. Mais en E

constater, en certains endroi s de température. Seulems .ieu en Serbie d'une inanit

plus brusque, ce qu^y devient cause fréquente de graves maladies. Les pluies en automne et les neiges en hiver y durent longtemps. Le printemps cependant y est délicieux; souvent précoce, il se prolonge en Serbie plus qu*'^ ailleurs. Nous en avons joui à Belgrade au commencement de mars; le soleil y brillait déjà de tout son éclat, et Pair était doux, presque caressant.

La Serbie ne présente point un aspect monotone; et ses montagnes, quoique peu élevées, sont très pittoresques. Vers r Orient, dans le groupe de montagnes appelé Goluhinje Planina^^ la montagne la plus élevée, le Malinik, n'atteint que la hauteur de 1142 mètres. Au sud du groupe Goluhinje^ s'élève en forme d'une pyramide égyptienne, jusqu'à 156B mètres, la pointe du Btanj, Au sud du Rtanj^ s'allonge entre Aleksinao et Knjazevac une chaîne de montagnes qui porte différents noms : Ozren Planina^ Cuka Planina^ Gjevica Planina. Vers l'est et le sud-est, domine le Ciprovaé jusqu'à la hauteur de 2043 mètres.

Dans la Serbie occidentale, vers la Drina, les montagnes n'atteignent guère la hauteur de 1000 mètres, à l'exception du mont Sturao qui s'élève jusqu'à 1104 mètres ; mais, entre l'Ibar et la Morava, on signale plusieurs sommets qui dépassent les mille mètres (Troglav, 1374 m.; C'emerna e Golija Planina, 1791 m.; Javor 1707 m.; Zlatibor 1073; Ponikve e Trnajela Planina, 1082 m.).

Vers le sud, les montagnes serbes se présentent en masse plus épaisse, avec des élévations considérables (citons le Rakosch 1980 m. ; le Suva 1724 m., la pointe Patarica, 1622 m.; le Kosarnik, 1018 m.; le Sv. Ilija,

Planina ou gora signifie en serbe un groupe de montagnes.

PBEMIEa CHAFITEE 17

1372 m.; le Crni Kamen, 1247 m.; le Jastrebac, 1878 m.; le Stolovi, 1000 m.; le Zeljinbrdo, 1822 m., et le fameux Kopaonik, 2110 mètres).

Les plaines les pins étendues de la Serbie, sont indiquées, au nord-ovest, par le triangle formé avec le confluent de la Sava et de la Drina et du sud au nord, de Nisch à Semendria avec des petites interruptions, par le cours fertilisant de la Morava.

Mais plusieurs vallées avec des pentes assez douces, qui amènent de la montagne à la grande vallée de la Morava, sont fertilisés par le cours de différentes rivières qui arrosent des petites plaines très fécondes, dont la longueur, en moyenne, dépasse les 20 kilomètres et la largeur les 6 kilomètres; la vallée de la Morava est large 20 kUomètres et longue 70 kilomètres. La richesse essentielle du sol serbe, qui permet aussi les plus heureux présages pour le développement de ses industries, est dans la richesse de ses eaux. Ces eaux qui ont dû contribuer à la formation des riches métaux et minerais différents que les montagnes serbes recèlent, en facilitant les voies de transport et de communication, après avoir arrosé la terre, semblent destinées par leur force motrice à alimenter un grand nombre d'industries rémunératrices sur le sol serbe. Un si petit pays, qui peut disposer comme la Serbie de six grands fleuves, le Danube et la Sava au nord, la Drina à Touest, la Morava au centre, le Timok et la Nishava à Test, et de tous leurs afiluents serbes, non seulement doit être considéré comme un pays riche, mais un pays privilégié et béni. Cette petite Mésopotamie des Balkans me semble donc destinée par ses richesses naturelles, non pas seulement à une très grande prospérité, mais à aider tous les peuples avoisinants qui

n'ont pas les mêmes ressources, et à se mettre à la tête

d'un mouvement industriel slave, dont les résultats porteront bien loin; car les Serbes nous prouveront, par leur exemple, qu'on n'a pas besoin de refouler les Slaves en Asie, puisqu'ils peuvent fort bien exercer leur rôle de civilisateurs au sein même de l'Europe, en contact avec les peuples les plus civilisés, tels que les Italiens et les Allemands. Avec un meilleur système de canalisation pour la navigation et pour l' irrigation, le Danube et la Sava, la Drina et la Morava, en fertilisant davantage le sol, faciliteront les communications dans le royaume, et alimenteront un nombre considérable d'usines.

La richesse de sources minérales, dont la Serbie abonde, (on compte une vingtaine d'endroits, où elles jaillissent en abondance) feront, en outre, de ce pays un centre d'attraction pour tout le monde slave, aussitôt qu'elles seront mieux connues, et que les indigènes eux mêmes commenceront à en profiter, et à installer des établissements, où se* trouve ce comfort qui manque rarement aux lieux de bains de l'Allemagne et de la Suisse. La Serbie est loin encore de connaître et d*apprécier toutes ses ressources naturelles; elle a donc besoin, de ce côté, que l'industrie d'entrepreneurs étrangers vienne à son aide; et qu'avec les habiles exploitateurs de ses mines arrivent du dehors à ses établissements de bain, des maîtres d'hôtel allemands ou suisses; à chacun sa spécialité ; pour le moment, en Europe, aucun ne s'avise de contester à TAUemagne et à la Suisse ce genre de supériorité, ce qui n'empêche point qu'ils puissent en avoir d'autres.

IXIEME CHAPITRE

Les villes serbes

)na par la capitale. Belgrade (La ville la clef de ]»• Serbie du côté du nord.

I confluent de la Save avec le Danube ion qui n'est pas seulement pittoresc^ae it un excellent observatoire, pour auri qui s'avancerait de n'importe quel côté, pas étonnant que la ville et forteresse de

soutenu plusieurs sièges célèbres, Sot emparé en 1579; en 1688 elle devait is mains de l'électeur Maximilien de Sapar les Turcs en 1690, leur fut enlevée iècle passé, d'abord par le Prince Eu- ^ en 1717, puis en 1789 par le général '91, pour la troisième fois, la ville de ait au pouvoir des Ottomans et elle y u jour de l'année 1806, où elle s'émaneibranger, par les efforts de Kara-george, i superbe mouvement d' indépendance erbis. Belgrade est donc une ville glo- ) grands titres à la reconnaissance du

c'est surtout autour de ce boulevard

20 LA SERBIE ET LES SEftBES

que fut engagé la lutte de rindépendance; et elle est encore bien située pour tenir tête également aux deux influences autrichienne et russe, qui menacent encore la liberté des mouvements en Serbie, l'une surtout dans le domaine économique, l'autre dans le domaine politique.

La ville de Belgrade se transforme de jour en jour; la ville turque a fait place à une nouvelle ville presqu' européenne; les maisons en bois ont cédé la place à des maisons en brique, ou en pierre, parmi lesquelles on remarque quelques hôtels, et quelque petite villa avec jardin dont l'air est assez coquet. L'ameu^ blement de ces maisons n'est pas encore entièrement comfortable; le bric-a-brac et le clinquant de Vienne trompent l'oeil un instant, mais ne procurent point encore à la maison serbe cette aisance élégante qui manque rarement a Vhorm anglais, et au chez-soi français; si le goût artistique des Italiens avait du moins pénétré dans la décoration, dans la peinture, dans Tornementation ; mais de ce côté, la bourgeoisie serbe a encore du chemin à faire; et une petite invasion d'architectes et de peintres décorateurs italiens en Serbie ne ferait du mal a personne.

Autrefois la ville de Belgrade avait des rues étroites; maintenant elle en a de très grandes et de très belles; la rue du roi Milan par exemple; mais .elles sont toujours mal pavés, ce qui donne encore à la ville l'air d'un grand village. Le défaut de grands magasins, et le pauvre étalage des boutiques laissent supposer une ville qui n'a pas de grandes initiatives ; habitués à se contenter de peu ou à se fournir des objets de luxe à Vienne, les Serbes n'ont pas encore créé dans leur capitale ce mouvement d'affaires qui anime, par exemple, les capitales de la Hongrie et de la Roumanie, entre les quelles elle se trouve placée.

Dedzième CSAPITBE 21

petit à petit; mais pour le moment, in revanche, on doit dire que la ville eu soin d'acconier une attention toute établissements scolaires, et scientifiques d'utilité publique. Les bâtiments adjugés palais de justice, à l'université, à l'acaino, sans compter le Palais Royal, l'anveau, font preuve d'un zèle intelligent l'ancien gros village turc une belle ville ligne de tramways qui parcourt dans eur, d'un bout à l'autre la ville, facilite itions et indique un progrès évident; [que, le jardin botanique, la promenade ) procurent au bourgeois de Belgrade as hygiéniques, et, s'il est quelque peu gniâques points de vue. Belgrade, par ar sa position, et surtout par ses habiintelligents, possède en somme, tous les devenir une grande ville; mais on n'enrait dans le monde; il faut en prendre i à peu ; le vernis et le ton peuvent z vite; mais l'habitude est faite de trabes n'en avaient pas avant leur émancieux Serbes avaient quelque chose de pour leur paya que de se donner une s jeunes, qui arrivent, ont trouvé un I chemin fait par leurs pères; il s'agit rester Serbes, en ouvrant les yeux sur apprendre les langues, les moeurs, et l'étranger tout ce qui est propre à cige le pays. Les Serbes les plus éclairés tavent ce qui manque encore à la ville )Our en faire un sejonr de délice pour )é; mais leur patriotisme ne doit certes

LA BEBBIB ET LES BllRBEB

S s'arrêter aux jugements qu'au, éfcraoger quelconque ut prononcer sur leur capitale, où généralement il .rrête, aana pousser plu3 loin ses excursions; peu porte, au fond, ce que l'étranger pense de notre ys; mais nous même nous devons en penser bien,

après avoir beaucoup voyagé, indiquer à nos comtriotes qui ne sont jamais sortis de leur pays, et i ne s'aperçoivent de cortaioes incohérences et imrfections locales, combien il serait facile de se met- I, sans singer personne, au niveau des peuples le 13 avancés dans la voie du progrès. La fable Esomne des deux besaces contient toujours une grande Hté; mais on peut ajouter ici, qu'on n'a pas grand îoin du voisin pour être averti de ce qui se trouve us l'autre besace; il faut seulement que nous mêmes as voyagions, pour être en état de comparer les IX besaces, et eu faire notre profit.

Belgrade est une ville d'avenir. Ce qu'autrefois tait qu'un pauvre faubourg de village, est déjà en in de devenir une aorte de faubourg Saint Gerjn. Les grands magasins et les grands hôtels manant eùeore; la boutique et l'auberge ne suffisent plus

luxe élégant et aux aisances preasantes de la vie ideme. Mais la transformation viendra peut-être , 13 vite qu'on n'y songe; les vieux Serbes et les toutes qui aiment encore les haillons pittoresques s'en .indreront peut-être, un peu; mais à la longue la proété et l'élégance faisant partie de l'éducation de idigène comme du voyageur, on s'habituera à chérir partout cette forme de bien être, qui est décence, anêteté et civilité, et qui, sans rien enlever d'essenl à l'esprit et au caractère national du peuple, rend Ls facile et plus agréable le commerce entre les bom- 8 de progrès.

SBnxiÈUE CHAPITRE 23

) devons pas juger maintenant la ville de iprès ce qu'elle est, mais d'après ce qu'elle nous rendre un compte exacte du chemin e a déjà fait dans ces derniers quarante sant les doscriptious de Belgrade dans les royageurs européens avant le Traité de gérons forcés de reconnaître que toute une e est née sur place, une ville ouverte, lupleine d'air qui va devenir une ville élémiracle de la transformation ne se fait I y a lieu de féliciter la sagesse des admise la ville de Belgrade, qui n'osent point re l'avenir pour l'embellir plus vite. H suf- ■m s'aperçoive que la capitale de la Serbie faire quelques efforts, pour en arriver à un comfort; que de jour en jour on se redise uuuu a jïoigrade le nuUa dies sine linea ; la fable de la fourmie et de la sauterelle est toujours instructive; il vaut mieux avancer d'un pas chaque jour, et arriver, que, par des bonds acrobatiques, se précipiter dans l'abîme. Le budget d'un grand nombre de villes européennes des plus modernes, n'a d'autre issue que la banqueroute; pour développer un luxe effreiné et éblouir, étourdir, hypnotiser, par des illusions d'une grande prospérité, on prépare aux nouvelles générations une vie de privations et de sacrifices, et peutêtre le déshonneur d'un peuple. La ville de Belgrade qui semble avoir adopté le sage maxime du festtna lente, a l'air de s'en trouver bien. Certes son emplacement est tel qu'il peut lui permettre un large développement. Si on contemple la ville de l'hauteur de Toptchidère, le panorame qui se présente est des plus pictoresques et des plus riants; les coupoles du palais royal et le clocher de la cathédrale brillent au soleil

Î.A SÊBBIti ET LES SËRBEd

d'une îueur éblouissante. La ville elle même, dans sa niasse de petites maisons blanches aux toits rouges, dispersées sur la colline, a Tair grandiose et coquet à la fois; la ceinture bleue de la Sa va, et du Danube qui borde la verte colline et les champs jaunes avec la vue de la ville de Semlin, avec sa grande église fait un cadre admirable qui complète le magnifique tableau. Embellir de plus en plus une ville, dont le paysage offre déjà des conditions si avantageuses ne doit pas être difficile; seulement il faudrait, dans les écoles serbes, avec les connaissances, développer le goût. Le goût est surtout une excellente discipline, qui ne coûte pas bien chère et qui met de la méthode dans ce que l'on peut faire et dire. Une maison bâtie avec goût ne coûte pas plus cher qu'une maison disgracieusement bâtie; il faut seulement dresser et habituer l'œil a une certaine ligne esthétique, à des proportions, et à des mesures, dont l'ensemble constitue l'élégance, pour obtenir, petit à petit, que tout un peuple instinctivement s'arrange et se repose dans la contemplation et dans la jouissance des belles choses.

Belgrade, comme ville ancienne, ne conserve presque plus rien de ses anciennes constructions en bois; la ville moderne ne fixe l'attention de l'étranger pour aucun édifice d' une architecture bien originale ; le seul nouveau palais royal, avec son élégante et riche façade, avec ses riches et belles coupoles, avec ses magnifiques escaliers, avec ses superbes salons présente un heureux mélange de la richesse orientale avec le goût européen. Tout le reste des constructions élégantes de Belgrade rappelle un peu trop souvent la caserne allemande qui a l'air de donner un aspect de palais à la villa italienne. La cathédrale même, qui date de l'année 1844, si on la privait de son clocher, ne se

3re de eee modernes établ iaseineuts puallemands surtout, affectés au service e musées, d'hôpitaux, d'écoles, et qui ireaque tous. Une école d'architecture la direction d' un homme de goût ne e ainècure, et pourrait d'accord avec L municipalité, en peu d'années, faire 3 ville artistiquement bâtie. Ce qui se IX souvent passe dans l'âme; habituer ût d' une ligne élégante a des résultats plus profonds qu'on n'y songe. C'est ivti a vécu près de trente ans à Ploayant fait lui même cette expérience, iberté de recommander, en connaissance s amis serbes l' éducation artistique lient moyen de développement moral, it, il est consolant de voir le soin qu'on ) aux établissements d'utilité publique; ixemple, est un modèle du genre. Bien large rue, avec un grand jardin, cet lages rappelle, par sa forme extérieure, ifs à Berlin. À l' intérieur tout y est bien illuminé, et chauffé à une douce i conditions hygiéniques de l'établisseitre parfaites; il peut contenir plus que t salons et huit chambres. Les malades atuitement, sans aucune condition, et nanité; le premier directeur de l'hôpi- Jean Valenta, un médecin tchèque, e, qui s' est échappé à Belgrade en le principal mérite dans tout ce qui agement de cette charitable institution, malades ne leur coûte que deux francs n traitement complet, le Bordeaux et

le Porto, et les mets délicats compris, si le médecin de rétablissement le croit utile pour la cure; si les malades ne peuvent pas payer, ils ne sont point renvoyés, ni poursuivis judiciairement, ainsi qu' il arrive dans quelque grande ville du monde, à Berlin, par exemple. Tout est propre dans V hôpital de Belgrade, et les mauvaises odeurs en sont soigneusement éloignées; ceux qui souffrent, dans cet établissement, y trouvent un si grand soulagement, que, la souffrance elle même semble y devenir douce. La ventilation de l'établissement est réglée de manière qu' on peut en respirer l' air à pleins poumons, sans aucune crainte de miasmes. C'est un allemand, Gustav Eosch, qui après avoir visité l'hôpital de Belgrade a pu lui délivrer ce glorieux certificat: « Tel est le nouvel hôpital de Belgrade, de la capitale de Serbie, dans le pays des porchers^ comme les Allemands s'amusent à le qualifier. Par sa constitution, par l' humanité de 1' accueil, du traitement et des soins, 1' hôpital de Belgrade n' est dépassé par aucun des hôpitaux de l'Allemagne. On peut même ajouter que le plus grand nombre des hôpitaux allemands est laissé en arrière par l'hôpital de Belgrade. » 0' est, il me semble, assez dire pour un écrivain allemand.

En dehors de Belgrade, sur la rive droite du Danube, on signale la ville de Semendria (Smederevo), qui a un passé historique, et qui conserve ancore des ruines imposantes du temps de la domination des Turcs; elle était entre les années 1430-1459 la capitale de la Serbie; l'une des églises de Semendria contient une inscription qui remonte à l'année 1012; dans le voisinage de la ville, on fabrique un vin excellent sur des vignobles dont on fait remonter la première plantation à l'époque de l'empereur Probus. Semendria qui a un magnifique

DEDXIÊHE CHAPITRE 27

inube eab le marché central des nom- 1 de la Serbie.

ïisinage de Semeadria, surgît la ville de Dzarevac), dont la fondation remonte à * aièole ; mais elle semble tirer son nom candie (Pozara) ; le héros turc Ali Beg le despote serbe Vuk se serait réfugié, 1 bûcher, où il aurait été brûlé, i cette ville est devenu fameux dans les liens, à la suite de la paix qu'y fut siurquia en 1718. Le roi Milan y possède andria des excellents vignobles; les vins îodrîa et de Passarovitz jouissent d'une ion sur place; mais c'est surtout le vin type ne diffère guère de celui du vin ui est exporté.

aant à longer la rive droite du Danube, on admire les belles ruines de G-olubac, non moins fameuses pour leur aspect pittoresque que pour l'armée de moustiques qui par milliards s'élance chaque année d'une grotte de ses rochers et sur une étendue de 40 milles fait pas mal de ravages sur les hommes et sur le bétail; cette moustique est connue par les naturalistes sous le nom de simulium reptans goluhacenae.

Après la nouvelle petite ville fondée en 1832 par le prince Milosch et appelée Milanovac, il n'y a plus d'autres endroits peuplés qui comptent sur le chemin du Danube; on y admire de temps en temps quelques magnifiques ruines, des passages pittoresques, la route et le pont de Trajan, la porte de fer; mais le rivage n'est plus animé par aucun commerce bien actif des Serbes Ce n'est qu'après la courbe que fait le Danube près d'Orsova et Vercorova, en descendant vers le sud, et en bordant la Serbie orientale, que le voisinage des fameux

28 ' 'la SERBIE ET LEO SERBES

vignobles de Negotine remet un peu de mouvement serbe sur le grand fleuve. Mais Pinscription de Trajan, dans la simplicité de langage, avec laquelle, avec quelques mots, elle consacre une oeuvre de géants, contient un enseignement immortel. Cette seule inscription médité par un peuple de sages, profite plus à elle seule que nombre de préceptes détaillés dans les écoles ; on y sent toute la puissance d'une nation qui ne connaissait point d'obstacles a sa marche triomphale: >

Imperator Caesar Divi Nervae filius Nerva Traianus Augusfcus Germanicus Pontifex maximus Trib. Pot. IV Pater patriae cos. IV Montis et flavii Danubi rupibus Superatis viam patefecit.

Voilà vraiment une grande ruine qui parle l Aussitôt la pointe de la courbe du Danube dépassée, sur les ruines de la ville romaine Egeta surgit la ville fortifiée de Kladovo, avec son vieux château fort, d'un aspect pittoresque, dominé par une colline peuplée de vignobles. Plus en bas, on trouve, sur la rive droite du Danube, les trois stations fluviales de Brza Palanka, de Praovo et de E»adujevac lesquelles aboutissent toutes les trois à la ville de Negotine, au centre d'une grande région vinifère.

Mais en dehors du grand chemin du Danube la Serbie est privilégiée d'un chemin de fer central qui réunit, par la vallée de la Morava, les villes de Belgrade, et Semendria sur le Danube, avec Alexinac eb Nisch au coeur même de la Serbie , et le royaume serbe avec la Bulgarie et la Turquie. Ce chemin de fer a une importance commerciale inappréciable, tout en offrant, dans son parcours, la vue de paysages très pittoresques et d'une région fruitière très fertile, riche

UXIËUE CHAPITBE 29

. On touche à la station de Fa- > Crkva, d'où, après le siège du iadeu en 1699 a eu lieu, sous forme ortation d'une colonie de Serbes en mais les Serbes passés du joug trichien n'eurent pas Heu de s'en :ent point à faire parvenir leurB f lui même.

i on trouve l'embranehement du aduit à Seiueudria et à Lapovo un

qui abontit à la ville de Kragut vers le sud, on rencontre la ré- ;odina (la ville des baies); Ouprija

mot turc kopni, le pont, jeté sur ïndroit; Paracin, dont le prince 1876 son quartier général; Stalac, it la Morava bulgare se rencontrent es vieilles ruines, et dans le voisi-

sacrèe de Mojsinje, une sort de ïjunis, où éclata la guerre de 1876 ; ide, célèbre pour sa défense contre loderne d'Alexinatz, théâtre de la utenue vaillamment en 1876 par

Turcs deux fois plus nombreux, le de l'aveuir, bien placée sur une 'ée de montagnes, avec une belle ite de la Nishava, la rivière qui, à 13 loin de Nisch, vers l'ouest, va ivec celles de la Morava bulgare, i forteresse, dans laquelle on passe aie de construction massive, il y a

et les ruines d'une moscbée. La rtagée en deux sections, la très anlue, mais étroite et mal propre: la

Qouvellâ dont on admire les larges mes et les élégantes maisonnettes à un seul étage. Le konak ou palais royal 3st la demeura de l'ancien pacha turc; au milieu du jardin du palais on admire una riche fontaine en marbre de style oriental. À un quart d'heure de la ville, îur le chemin de Pirot, s'élève l'étrange et effrayant Ôele-Kala, la tour des crânes, un véritable musée crauiologique {comme les ossuaires des catacombes de Paris) où, sur 56 rangées, sont superposés 17 crânes, en tout, 952 têtes de Serbes, tombés ou plutôt sautés en l'air le 31 mai 1809, non loin de Kamenitza, au nord de Nisch, et que le pacha de Nisch avait fait réunir, pour consacrer le souvenir de cet événement. Malheureusement, à l'heure qu'il est là Oele-Kula est devenu une pauvre ruine, depuis que le plus grand nombre de crânes, a été enlevé de la tour par l'un ou l'autre patriote serbe, désireux de garder chez lui comme relique un souvenir de ce que leurs pères avaient enduré pour la patrie. Nisch a la gloire d'avoir donné le jour au grand Constantin. Tour à tour, elle fut soumise aux Macédoniens, aux Byzantins, aux Huns, aux Osthrogothes, aux Bulgares, aux Magyars, aux Grecs, et enfin, jusqu'à sa délivrance, aux Turcs. Dans l'onsième siècle on gardait a Nisch le corps de Saint Procope: un bras du saint fut emporté par les Magyars à Mitrovica, repris et ramené à Nisch en 1162 par l'empereur Manuel, et, à l'approche des Turcs enfoui dans une grotte sur la montagne, où une chapelle construite en l' honneur du saint donna ensuite le uom k la petite ville sur la rivière Toplitza, appelée ProkuplJQ, & vingt kilomètres, à peu près à l'ouest de Nisch, dans un endroit où existait déjà une ancienne ville, nommée Komplos, ou, d'après M. Jirecek, Ko^i^ fan. Mais le grand avantageMe Nisch est de se trouver

DEDXIBUE CHAPITRE 31

lu milieu de la région serbe la p!us riche, rinoipale du chemin de fer international,

au port de Salonique où tous les proirbie, peuvent être, par la mer Egée tran- 3nt; mais son activité comme ville de i baaueoup plus grande le jour où, par un ie fer, elle pourra toucher à la mer Adriai in votis.

louvelle Serbie se trouvent encore, pluvilles intéressantes ; citons après Bolonontière bulgare, Kursumlija, une petite ae, qu'au moyen âge s'appelait Toplitza,

rivière, sur laquelle elle gît, et, ensuite, n église blanche, Bele-Crkve.

le Nisch, sur la rivière Veternitza, à 5 kiihemiu de fer Nisch-Salonique se trouve le Leskovac bien située, propre, élégante, lie habit-ants industrieux,- et d'un comtif ; autrefois elle s'appeilait GHubocitza ou ms cette jolie ville est remarquable sur-

konak ou palais de Sasit-pacha, où se ntenant les tribunaux. Plus loin encore, îre méridionale, après avoir traverse une s plus pittoresques de la Serbie, on atteint anga sur la rive gauche de la Morave bulm 16 kilomètres de Tirnova, peuplée par s, exerçant un commerce très actif avec 1 concurrence avec Leskovaé; ville mega a été en l'année 1874, le théâtre d'une e les Turcs, où les Serbes victorieux ont rs quatre bataillons Nizams. De l'autre côté ) fer, au sud de Nisch, en face de Le- .ne plaine fertile arrosée par la Ljuba-

la petite jolie ville accueillante de Via-

ci qui compte environ 3600 habitants. La rivière <arazda reçoit du sud les eaux de la rivière Vla-

qui donne le nom à la ville homonyme, et par- 't un paysage d'une beauté romantique.

De Nisch le chemin de fer s'embranche et se pro- ;e vera le sud jusqu'à Salonique, et vers le sud-est u'à Constantinople. Sur ce chemin, après la petite I romaine de Bêla Palanka on Izvori, on rencontre

la frontière bulgare la ville de Pirot, qui a tant Fert dans la dernière guerre serbo-bulgare (1885). ) de confin, prise et reprise déjà plusieurs fois les Turcs, elle ne respirera entièrement que le jour a fédération balcanique sera an fait accompli, et

Pirot, devant un zolloerein balcanique, cessera re pour le voisin une ville de convoitise où une ' d'espionnage. Peuplée par 9000 habitants au milieu 6 belle plaine, sur la rive gauche de la Nishava elle ^aite pour devenir tôt ou tard, comme Nisch, une ide ville, La ville est partagée en deux: une section ient le bazar, la ville marchande, qui garde un caère oriental, l'autre les bureaux, la ville adœinî- ;ive (tihabara) d'un cachet moderne et européen, cien nom latin devait être turris, le nom grec -être Pyrgos; les Turcs l'appelaient Sharkôj. La configuration topographique de la Serbie est t telle ; la disposition de ses villes dans le pays est 3te à favoriser les communications; la distribution e la plaine, la colline et la montagne si bien proionnée, que peu de pays en Europe offrent, sous apport physique, des couditions meilleures pour rospérité. Placée dans une région tempérée, sil- .ée par des eaux fécondatrices en toutes les direis, la Serbie, avec ses montagnes boisées, avec ses ■ aes fertiles, avec ses petites villes riantes et bien

DBOXIËUE: CUAPITEB 33

inait presque pas d'endroit déaert. Le jour ries, grâce à la richesse des e&ux et à

habitants, se développeront davantage, i serbe, s'émancipant de sa tutelle aostro- [rra par des débouchés sur trois mers, I, et l'Adriatique devenir plus actif, toutes

se trouveront réunies pour faire de la i privilégié. Mais, à toutes oes conditions en ajouter une qui me semble essentielle, I on ne devrait cesser d'insister tant qu'on implie; il faut, en attendant, aux états 18 costitution fédérale, permettant une '«m», qui supprime entre tous les états e tous les droits de douane, et, sur toutes

chemin de fer, pour le transport des le la marchandise, un seul tarif mutuel

du commerce fédéral sera le premier gage générale de la péninsule balcanique, qui t suprême pour l'Europe, mais surtout . les autres pays placés autour du bassin auée; et toute conspiration, faite en ce chancelleries des différents états balcan bienfait commun.

Les Serbes hors de la Serbie

En dehors dn caractère compacte et homogène, foncièrement serbe, des habitants âa royaume serbe, proprement dit, ce n'est point un mince avantage pour les Serbes du royaume, qui forment le centre de l'unité nationale, que de pouvoir, en (quittant les confins diplomatiques actuels de leur état trouver des Serbes presqu'en toutes les directions, vers le sud surtout, vers l'occident et vers le nord; et d'entendre parler, do savoir comprise leur langue sur une longue étendue de la péninsule balcamque. Par leur domination sur la Dalmatie, les 'Serbes ont connu aussi de bonne heure le chemin de l'Adriatique, par Antivari dans le Monténégro, ex[)liqué comme Anli-Bari, touchant à Bari dans l'Italie méridionale et par Kaguse et les différentes villes de la Dalmatie, surtout, à Venise. H ne nous est donc pas possible de négliger cet élément serbe qui nous est si proche. L'hiatoire des relations de Venise avec la Dalmatie, le Monténégro et la république de Baguse est trop instructive, pour que l'on puisse l'oublier et la négliger de nos jours. Sur les traces de cette histoire il noua aéra facile non pas seulement de rétablir les anciens

TBOISIËUE CBAPITRE S5

8 de les rendre meilleurs, grâce &u souffle an seul obstacle nons sépare encore, le t autrichien vers le uord, le gouvernement ud; mais avec ce dernier il nous sera plus entendre, tant qu'il existe encore, qu'avec rit que l'empire des Habsbourg tiendra et n de l'Europe centrale ne viendra le remavons repris Venise à l'Autriche, mais aent tous les anciens droits de Venise sur le l'Adriatique sont restées à l'Autriche < largement; ce qui fait qu'en ce moment, itique reste une mer à peu près autri-

lorons presque tous eu Italie que les Dalnde partie et que les Monbénégrius sont On a fait tout ce qui était possible eu ir nous confondre les idées et nous éloia lutte qui dure de l'autre côte de l'Adriaea Italiens de la côbe et les Slaves de la été poussée de Vienne avec acharnement isseutiellement sur notre ignorance de la notre oubli de l'histoire, oiers Slaves que les Romains ont ren- <ur chemin en Illirie et en Moesie étaient iment des Serbes; leur nom historique rrai, du septième siècle, du régne de l'emilius ; mais, avant ce temps, avec des noms I ont dû occuper une grande partie de lii Icanique, à côté des Daco-Bomains. Une irbes gardaient encore leur indépendance au neuvième siècle ; et c'est de Home que Zêta, Michel, voulait recevoir vers l'année onne ; sous la dynastie des N'emauia bous bous les princes serbes vinrent enûn for-

seul empire, dont le domaine s'étendait jusqu'à Adriatique.

rès la fuueste bataille de Kossovo et après la B Constantinople, l'empire serbe s'écroule, mais bes dispersés continuent à maintenir leur esprit 1; et où il se réfugient, comme en Hongrie, lent le souvenir des despotes de leur nation ; oulèvent depuis lors, un peu partout, jusqu'au , par les efforts de Kara George et de Milosch vitch, au centre même de la péninsule balca- 16 crée une nouvelle Serbie indépendante, vers 1 et vers sa nouvelle constitution de l'année 1869, nt tous les Serbes isolés de la vieille Serbie, lacédoine, de la Bosnie, de la Dalmatie, de la

et de la Hongrie.

ant an Monténégro, on peut dire que ses seules s extérieures ont été avec la république de Velaquelle au commencement du XV"^ siècle, il éjà abandonné Durazzo, Alessio, et Scodra ; et 36 se réfugia aussi le dernier de ses anciens , George, avant de remettre le gouvernement lontagne aux mains des chefs de famille et du i ou métropolitain, jusqu'au jour où, comme les

Princes du Monténégro venaient chercher leur pouse à Venise, la très gracieuse fille d'un Pé- 1 descendant d'un Vladika aurait été choisie

jeune prince de Savoie comme future reine

maintenant, avant de poursuivre notre étude foyaume Serbe, avec lequel surtout, pour le t il nous faut compter, mettons nous en ehela recherche des pays serbes isolés, des pays font partie de la Serbie, et où cependant l'on re, en assez grand nombre, des peuples de race,

TROIBIËHE CHAPITRE B7

lition, de mceurs, de cœnr serbe. La taiue de Lissus à Nissus, du port oie sur la mer Adriatique, le long de

par Priszren, a travers les plaines i Kossovo, jusqu'à la Morava bulgare sch dana la nouvelle Serbie, bordait lal de la Stara Serbia et le conûn ifaoédoine ed de la Bulgarie. Il nous ;r d'abord le domaine des anciens ies, zupam, de Zêta, qui étendaient à »gro leur pouvoir sur le nord de i'Alissio et Elbassan; on prétend même ditaire de Scutari, en Albanie, de- Einche des anciens princes de Zêta. : Zupans n'a été limité que par la pire bulgare. Mais une légende reîîen chroniqueur nous permet d'espéa contraste est encore possible entre } au sujet du territoire national, tout posé à l'amiable. Voici, en quelques ui rappelle quelque peu la touchante le la princesse Sâvitrî, Samuel tsar : seulement voulait enlever Durazzo

la mer Adriatique a l'empereur de Icigno (en Dalmatie) appartenant au ince serbe Vladimir. La guerre était 6, digne de cet ancien doux empereur oulait à tout prix la paix, prit grande , et, pour en finir avec les souffrances [rit lui-même à l'ennemi comme pri-

: « Le bon pâtre doit donner sa vie

Le tsar des Bulgares Samuel qui , l'ancienne magnifique capitale de e, le confina et l'oublia après l'avoir

LA SERBIB: et les 8EBBE8

enfermé dans un château de Prespa avec ses trésors. Le tsar avait une fille, une magnifique princesse adonnée à des œuvres de piété et nommée Kosara. Un ange lui apparut en songe et lui conseilla de visiter les prisons; dans sa prison, le jeune prince Vladimir ne faisait que prier pour son peuple; le même ange lui apparut pour lui annoncer sa prochaine délivrance. Kosara avait commencé ses visites aux prisons ; à la rencontre du jeune Vladimir elle en fut vivement émue, et de retour, se rendit chez le tsar son père, pour lui dire : « Mon seigneur et père, je sais que tu veux me donner un mari, comme il convient à mon âge; je te prie donc de me faire la grâce de me donner comme mari le jeune prisonnier serbe Vladimir; et sache que je me laisserai mourir plutôt qu'épouser aucun autre homme que lui ». Le tsar Samuel aimait beaucop sa fille; sachant que Vladimir était un noble prince, son égal, il s'en réjouit, le fit appeler, laver, habiller en roi, et lui rendant son royaume, ajouta à titre de dot, la ville de Durazzo avec tout son district.

La légende est intéressante en elle même et pour sa signification historique, qui indique bel et bien qu'au moyen âge toute l'autre côte de l'Adriatique était un domaine Serbe, et que ce qui a été, peut et doit encore se renouveler.

Lorsqu'on sroyage dans la péninsule balcanique on trouve presque partout des traces de l'ancienne seigneurie des Serbes. A Scodra ou Scutari on peut constater un grand mélange de Serbes et d'Albanais; à Prélepé ou Prilip un grand mélange de Serbes et de Bulgares. Prilip, en Bulgarie, sur la grande ligne romaine qui mettait en communication Dyrrachion ou Durazzo, avec Tessalonique ou Salonique est fière de

TSOIBIÈHE CHAPITRE 59

II de l'héros serbe Marco Kralievic, le le pays appartient à présent aux Balons locales sont Serbes. Près des rui- [ y a maintenant un couvent. Ni les gares ont pris grand soin de garder se rapportent à Marko; à dépit de liant, l'ombre de Marko se promène Prilip sur son cheval tacheté, le fa- .vant l'entrée du château on montre l'une cellule appelée Kiosque de Marko, uu, uiu-uu, lo ucfos avait l'habitnde de se rendre pour surveiller amis et ennemis qui approchaient de sçn château; sur les murs on remarquait jadis des fresques représentant vraisemblablement une chasse de Marko, puisq'on y voyait des chevaux et des chiens. Le château de Marko devait être une ancienne forteresse épirote ou pelasgienne; te caractère massif des constructions semble l'indiquer.

Marko Kralievic est un héros symbolique ; il représente, par ses noms et par ses gestes, la résistance à la domination turque ; les uns le font vivre 300 ans, les autres, prétendent qu'il n'est jamais mort; peut-être Marko ne sera mort entièrement que le jour où il n'y aura plus de Serbes en Europe sous la domination étrangère.

Marko est élevé au milieu des nobles qui entourent le tsar serbe Douchan. Un archimandrite l'instruit, de manière qu'il peut devenir, pendant la dernière campagne du roi Douchan, son secrétaire. Après la chute du royaume serbe, Marko devient un vassal de la Turquie ; mais les Turcs le craignent ; les Chrétiens commencent 4 voir en lui leur défenseur naturel. On n'attend qu'une occasion pour se révolter. Un jour Marko est insulté par les Turcs; il doit se venger; il

T,A 8EEBIE ET LES SEBBE8

ibsente, il devient un héroa ; il tue dea monstres, dans forêt, où il rencontre à la fin, la fée des bois et des mtagnes, la vila, une aorte de Parque, qui lui prédit fin; on lui donne la chasse comme à un haïduk, & . brigant de la forêt ; le fila de Marko se meurt comme . noble haïduk, maia pour reparaître mille fois dans I geates des nouveaux haïduks qui lutteront pour ^dépendance de la Serbie.

Le fila du roi, Marko Kraiievic aime le peuple, prend jié de ses souffrances, et le défend à outrance contre ppression des Turca. II garde sa parole, il est pieux, respecte ses parents. Son seul défaut est qu'il boit )p quelquefois; alors il a'emporte,jl a'enrage, et dans rage U ne distingue plus rien, il s'oublie et il devient ivage et cruel. On dirait que dans la. légende de irko Kraiievic sont entrés quelques traits de la ande légende macédonienne d'Alexandre le grand. I Encéphale, le respect pour la mère, la vaillance, 1 emportements après avoir trop bu sont des traita mmuna aux deux traditions. Marko aime lea femmes mme Alexandre, maia il ne s'attache & aucune ; comme exaiidre, Marko meurt jeune; et comme la légende pulaire d'Alexandre fait voyager Alexandre à la reerche de l'eau de l'immortalité, on a prétendu en rbie que Marko Kraiievic n' était pas mort et qu'il vrait revenir aans cesse. Le mythe solaire et la ;ende épique d'Alexandre ont fourni le thème de tte partie mystérieuse et merveilleuse de la légende :be.

La haine de Marko contre le Turc est sa véritable saion. iJorsqu'il se sent mourir, il brise aa lance non s pour qu'aucun autre guerrier serbe ne puisse s'en 'vir, mais parcequ'U craint que tombant dan les mains m Turc, elle puisse le rendre invincible; il tue son

l TROISIÈME CHAPITRE 41

noble cheval de peur que les Turcs lui fassent outrage, en le forçant de transporter du bois et de l'eau, dans son vieil âge; il brise son épée dont aucun Musulman ne pourra plus se servir ; on doit cacher au Turc son tombeau pour qu'il ne puisse se réjouir de sa mort ; et le paysan serbe a crû jusqu'à ce jour que Marko se tenait caché et dormait dans une grotte, en attendant le jour du réveil pour conduire le peuple serbe contre l'ennemi de sa patrie.

Le fait est cependant que Marko Kralievic semble réellement avoir reigné un jour à Prilip ; les monnaies* serbes trouvées en Macédoine avec l'inscription : Marko Kral et conservées au Musée de Belgrade le constatent. On donne à Marko comme père le roi Vukashine, l'un des princes gouverneurs du tsar Douchan; la forteresse de Prilip et la forteresse de Scutari faisaient partie de son domaine. Privé du royaume paternel, il se réfugia au camp des Turcs et il offrit d'abord son épée au Sultan, qui le recompensa, dit on, comme jadis le Roi de Perse recompensait le réfugié Thémistoclès avec des terres en Asie mineure; mais lorsque Amurath s'avança vers la Serbie, le fils de Vukashine reprit son château de Prilip; seulement, forcé un jour par le Sultan de combattre contre des Chrétiens, il préfera se laisser mourir dans la mêlée, plutôt que de tirer son épée contre des Orthodoxes. Telle, à peu près, serait l'histoire du Marko réel; le peuple s'empara de ce dernier détail pour en faire un héros légendaire, le champion national, combattant pour la défense des Chrétiens, contre les Turcs; une grande illusion historique a créé un fait réel; ce fait réel est la haine traditionelle de tout le peuple serbe contre l'oppresseur étranger: dans cette haine, Marko non seulement a réellement vécu, mais il est devenu immor-

LA BEBBIE ET LES BKBBES

irko Kralievic est donc devenu le symbole his de la lutte pour l'indépeDdauce nationale, e symbole aucune découverte érudite allemar tre ne le détruira plus. Le peuple serbe ayi ) I© nom de Marko, comme celui du héros appt , grâce divine, peut-être même en expiation iites et de ses erimes, à le délivrer, Marko K

eat devenu une sorte de rédempteur nation a paru aussi aux Italiens, dans les jours où int pour leur propre indépendance; tel il m présenté, au théâtre, par un poète populaire i 9 la "Vénétie, I*rancesco Dall'Ougaro, dana'u dramatique intitulée : Marco Cralîevié.

!ais, pour que l'on n'ait pas la tentation de ut r que nous faisons ici de la poésie pour les Serb 'ils ont surtout besoin que l'on vienne à leur a: jnant pour rendre possible leur prochaine rés 1 économique, nous pouvons ici même relever 15 :t pas une destinée aveugle celle qui sur les trai

légende poétique nous place aux con£ns de rie, et au sein de l'Albanie montagneuse le i

de Prilip, le défenseur de la nation serbe, [ui le fait reigner jusqu'à Soutari, la pointe lui

la dernière limite, à laquelle visent les saj tes de Belgrade. Lorsqu'un chemin de fer réun

vieille Serbie, Nisch avec Scutari l'activité )rc6 de cette ancienne ville de Marko, qui est d érable, et où l'Italie, même à présent, joue d' l'Austro-Hongrie, le deuxième rôle, aura un 1 lement, dont la Serbie et l'Italie ne tarderon laître les bienfaits. Le commerce constaté i re ans, a la douane de Scutari, dépassait les tr as, dont plus que deux millions étaient représi f l'importation, et moins qu'un million parl'expi

TKOiaiÈUB CHAPITRE 43

.lie cependant reçoit, du port de Scutari plus f apporte ; ce qui semblerait peu encourageant Italiens. Le consul italien M. Félix Maïssa narquer en 1894 que cette région recevait de ' la somme de 214,152 francs par an, et nous i sa marchandise pour la somme de 287,430 es payements se faisant en or, l'Italie sans Les fr^is du consulat, laisse donc pour le I avec Scutari, dans ce port, plus que soixante ics, par an de son or. Combien de cet or va en ''raisemblablement très peu, parceque la plus irtie du commerce qui passe par Scutari ne s plus loin que l'Albanie et le Monténégro.

ien autrement lorsqu'un chemin de fer, entre Scutari et la canalisation de la Bojana met- Serbie en directe communication avec la mer e, ce qui veut dire avec l'Italie méridionale, région des Fouilles. Le même avantage que pourrait tirer du port de Scutari devenu inil, sera ressenti par la Bulgarie, le jour où mmuniquera, par Skopia, la ville de Justinien, lemin de fer serbo-aibanais, à moins que la 16 préfère se servir du port de Durazzo réuni emin de fer méridional au port de Salonique.

loment, toutes ces provinces balcaniques mé- , la vieille Serbie et la Bulgarie orientale , se plaindre des défauts de communications; nent les chemins de fer y manquent, mais les tinaires y font défaut; nulle possibilité dans tions de rendre actif un commerce entre la Serbie d'un côté, l'Italie et la Bulgarie Mais, par un accord entre les différents goûts de la péninsule, on peut trouver la solution id nombre de problèmes économiques; et,

44 LA 8RBB1E ET LKS SEBBKS

lorsque tous les chemins de la péninsule abo à notre mer, l'Italie aussi recommencera à respi l'nn de ses poumons qai avait presque cessé à tionner.

En attendant, continuons à chercher nos ai Serbes, parsemés dans la péninsule orientale ; n Ions les rencontrer un jour ou l'autre sur notre ohemin international. II faut donc que nous app: d'avance à les connaître.

En traversant la Bulgarie occidentale, on chez les Bulgares des usages qui ressemblent fort ducertains pays serbes, ce qui confirme la traditi dans ces pays, devenus bulgares, autrefois, les ont régné. Dans les alentours de Prilip, par exei est difficile qu'une fille se marie avant l'âge de a,ns; on tient surtout à avoir une femme saine buste; et on attend que la jeune fllle devienn mûre avant de l'épouser même si on l'a choisie longtemps. Dans les villes seulement, on ne gai lussi longtemps les vierges; comme on ne tic Beaucoup à avoir des demoiselles robustes, et paysan tient à avoir des femmes solides, qui l'aidt travaux des champs, cette différence de trai j'explique.

A Prilip on rencontre d'autres traces de ] lant historique des Serbes sur le pays; les text aires sont, en partie, traduits du serbe; dans principale, M. Muir Maclienzie avait trouvé un serbe et remarqué que les enfants comprenaien' Dien le serbe que le bulgare (il n'y a pas d't Trace à l'intermédiaire de l'ancien slavon, gran< rérence outre les deux langages), ' et qu'on y ri

' Monsieur Muir Mac kenzie observe cependant: « Le iorit cultivé actuelLement en Serbie est pris de la bouche

TBOISIËUB CBAPITEE 45

îits conceroanta l'histoire serbe. Tout ■e un indice suffisant et probant qu'au ulgare est resté un goût prononce pour tes du sol et que ces maîtres étaient des slaves, c'eat-à-dira un peuple à la et musicale, comme le mot slovo (parole) oire) semble avoir indiqué (de même ont appelé nemaé, tiemietz c'est-à-dire

et tous les peuples qui parlent une ligible pour eux) et vraisemblablement,

dont la langue est très mélodieuse.

IJage de Taor qu'on a identifié avec

le voisinage de l'actuelle ville bulgare 3e être né ce roi Jnstinien, au nom latin, .duction de son ancien nom réel slave iok. Ce grand empereur législateur que

au Paradis, fonda la ville de Skopia Tustinianea prima, dans laquelle il éta-

de Illyrie. Procopius nous décrit cette née de magnifiques églises, maisons,

conduites d'eau. Au moyen âge, la ville e nom de Skoplïé, comme ville libre i cause de ses foires, et siège en 1347 1 parlement serbe, où Stephan Donchan

nards; son vocabulaire est le même que l'un .nts populaires; la prononciation est celle des le l'Herzégovine et du Monténégro. Chez les ire, le langage du peuple a dégénéré dans un rrocopu, rempli de mots grecs, turcs, etc. »

iioes of Turkeij, I, 142. Il ajoute cependant : journal bulgare tache cependant de se rendre lea et aus Croates aussi bien qu'aux Bulgares, nous apprenait que le vious slavon lui fourt les mots intelligibles pour tous les Slaves

46 LA 8EBBIE ET I^BS SEEBE8

fut proclamé tsar et promulgua son code, en rivaliai ainsi aveo sou prédécesseur slave, fondateur de la vi et du métropolitain de la Serbie élevé à Skopia rang de patriarche indépendant. On prétend aussi t Skopia faisait partie de la seigneurie de Marko K lievic, mais que les Turcs s'en étant emparés l'assujettirent entièrement à la loi musulmane; ce i doit expliquer la complète déchéance actuelle de deux fois glorieuse ancienne ville slave. Le même s a dû subir, dans le voisinage de Skopia, vers le no la ville slave de Novo Brdo, fameuse au moyen î pour ses riches mines d'argent. Cependant, Muir î ckenaie a encore trouvé à Skopia, située aux ooni méridionaux de la vieille Serbie, que le maître d'éc y était Serbe, et des peintures représentant des rois héros serbes du temps où Skopia était le siège de grande skoupcîna ou assemblée serbe.

En montant de Skopia vers le nord, après av traversé la gorge de Kocanik occupée par des Ail nais, et en laissant a droite Novo Brdo, on arrivi la fameuse plaine de Kossovo, traversée jadis par grande route romaine de Liasus a Nissus. Sur ce plaine épique, à la suite d'un de combat des plus s glants, se décida au moyen êige le sort de la Serbie, les chants populaires serbes retentissent encore de ce lutte héroïque. On dirait que la bataille date de hi tellement les souvenirs en sont vivants. Chaque Sei connaît les chansons nationales, et parle encore tsar Lazare et du traître Vûk Braukovie, comme s' étaient des contemporains; on tire de cet événemi des termes de comparaison, on le cite à tout proj comme un grand exemple, un grand enseignement l'histoire. Non pas seulement les noms des deux gend de Lazare, Vûk Brankovic lâche, envieux et perfii

B018IËUE CBAFITBB 47

lout familiers à tons les Serbes, mais us leors dires, avec les noms et les impaguODs; cette fidélité, on peut ) souvenirs fait honneur au patrioit pas pour le peuple serbe son derse. L'épopée dramatique de la nation logue à Kossovo a trouvé son choeur ) chevaleresque de tout le peuple '6 est noble, parce que chaque serbe ncêtre dans l'un des héros de cette 18 compagnons du malheureux mais oi Lazare.

âge de Kossovo, s'élève un ancien ivre pieuse pour le salut de l'âme ai serbe; c'est le couvent de Gratchairchitecture et avec des fresques qui e de l'art italien; en dehors d'une hrist, qui tient à la manière de Oile parmi les fresques, le portraits du son épouse Simonida, la fille de J'em- II Paleologus Miloutine, grand père ni régnait entre les années 1276-1321.

t, à défaut d'archives, on garde et on 1, que le temps et la barbarie turque que chaque moindre témoignage de I serbe, est touchant et prouve une blesse d'un peuple qui ne sait pas glorieuses et les soufîrances de ses ïnirs historiques font cependant conimission servile à laquelle, une trop . turque a habitué les enfants dans rages, soumission et dégradation qui )ante pour le voyageur qui n'ignore I la Serbie indépendante on habitue,

au contraire, le jeune enfant serbe à se tenir àeh à parler et à agir comme un homme libre; le \ Michel lui même racoutait comment une fois i prosterné devant lui un vieux bulgare pour h mander grâce pour son fils; il n'y avait pas moy le faire relever; alors le prince pensa en lui n » voilà donc comment il faut se présenter deva pacha! »

À Pristina, il y a vingt ans, on trouvait une 1 école serbe confiée à un excellent maître serbe c trovic. On y enseignait aussi l'histoire nationale mais en secret, de crainte que les officiers turcs vent des polonais on des magyars capables de prendre le serbe et de saisir l'esprit patriotique i récits) ne fissent des rapports aux autorités en cb à l'école et au maître de grands ennuis. Maû) ce: ditions ont pu s'améliorer dans ces derniers ving le voisinage du royaume serbe, en grand progr^ peut pas être sans influence sur le peuple de la ' Serbie, tout assujetti qu'il soit encore à la domii étrangère. i*etit à petit, les idées libérales s'y foni on dépasse plus souvent qu'auparavant, les confl] ouvre les yeux ; on échange les idées, et l'oeuvre satrice de Belgrade se fait sentir partout où la ; serbe arrive.

Mais elle doit surtout pénétrer et agir dans Stara Serhîa ou vieille Serbie, qui semble avoir avec le royaume libre serbe et avec certaines p de la Macédoine et de la côte, le vrai berceau, li domaine de l'ancienne civilisation serbe, celle fourni des chefs et des rois, celle qui a donné d< aux peuples slaves, celle, dont la race s'est imp» Byzance. Comme les Serbes, ont jadis occupé et d' une partie de l'ancien sol Macédo-Ëpirote, ainsi

TROISIÈME CHAPITHE 49,

[ue dea tribus albanaises ont envahi aous la lion turi^ue, une partie du sol de l'ancienne Ser- 8 on ne peut nier que ce pays soit fonciére- Brve, malgré le nom d'Arnaoutluk imposé par :s à cette région slave, qui semble contenue, en- [orava bulgare à l'orient, la Drina à l'occident^ e de montagnes que de Novi Bazar se prolonge ; Monténégro vers le nord. Les confins du sud )nt dans la Macédoine et dans l'Albanie. Enlar des montagnes élevées et escarpées de trois 1. vieille Serbie contient deux vastes plaines,

Kôssovo, et oelle de Métochia. Au nord de la le Kossovo on montre les ruines du château lani, ancienne résidence des rois serbes. Dans la fertile de Métochia la famille royale Nemania xé sa capitale. La plaine avait alors deux i villes, Prizren, résidence du roi, et Ipek, résiu patriarche; dans les chants populaires, on cé-

plaine de Késsovo, comme le champ de bais Serbes, et la plaine de Métochia comme leur [1 parait qu'au moyen âge les plus riches et les blés Serbes résidaient en cette plane; M. Ljuray d'Agram, a vu dans un couvent du Mont El copie d'un livre de la noblesse serbe du temps lania qui pourrait nous apporter un plus grand ■ l'histoire serbe de cette époque.

î églises, les couvents, les ruines témoignent Lchesse, de la libéralité et du goût dea princes leurs serbes de cette période; le style qui préest le graeco -byzantin, avec des traces d'iniiu- ,lienne. La légende populaire attribue au tsar a la construction de l'église de Hilindar au .bhos, de l'église de Décani près de la rivière a, des colonnes de Saint Georges à Novi Bazar,

' LA BEKBIE ET LES SEBBE8

I la Laura de Studenitza dans la Stari Via, et un gra imbre d'autres oeuvres de piété, et l'excuse aii ivoir vidé les sept tours de Gracanitza remplies d

d'argent. On lui reproche d'avoir changé l'or et 1' mt en fer pour en faire des armes ; son fils, Sava ï anjic repousse indigné cette accusation; son père i ipensé tout cet argent que pour faire du bien. On se tns ces mots le langage d'un descendant de ce P is et de ce Justinien qui, sachant combattre et va. e des batailles, croyaient cependant qu'on employ ieux sa vie dans des oeuvres de paix.

La vieille Serbie, avant la fatale année 1389, et

paradis des Serbes. Qu'est-elle devenue sous la ( ination turque? Qu'est-elle, à présent, dépouillée,! gée, opprimée par les gouverneurs turcs et par i.ndits albanais? Les églises profanées, les seuls ci mts de Gracanitza et Decani conservés à la cou' sn qu'ils payent une forte rançon annuelle au g( irnement ottoman; les 37,000 familles serbes emign 1 1690, de la Stara Serbia et transplantées au ne ! la Sava et du Danube, en peuplant les confins r ;aires de l'empire autrichien pour tenir tête de là nvasion des Turcs au seul profit de la maison d'Hi 'Ourg, ont livré, pour ne pas se soumettre, l'ancien itrie à l'ennemi et y laissèrent fort peu de Serbes ce, de Serbes nobles, de Serbes capables de garder 1 défendre les traditions glorieuses de leur peuple rtuné.

Ces émigrants Serbes avaient été engagés comi 18 hôtes, et des alliés ; on leur faisait espérer bi •oche le jour de la revanche; on en fit, au contrai )rès une longue et inutile attente, presque des esc !s ; ce qui devait être provisoire est devenu stable; s meilleurs fils de la vielle Serbie ont été asser

'BOISIËUE OHAPITBE 51

à la domination austro-hongroise.

que changer de joug, mais ce joag trs ne peut tarder à être seconé.

9 ce qui est résulté d'une manière lu frapper tons les vrais libéraux de iscoura prononcé au nom du comité dinovitch au meeting tenu le 11 jnil- Wagram à Paris, sous la présidence s. pendant qu'à Budapest on célé-

Millenaire de la noble nation hon> iement, le Millénaire a servi de pré- • au monde civilisé un nouvel État

peu conforme à la réalité, en donée sur le nombre respectif des natios et sur la véritable situation des int de vue historique, au point de au point de vue politique.

que le peuple magyar éveille en Eutout le monde sait qu'il est noble et s il oublie trop, depuis son indépenîuffert de l'oppression étrangère, et •easeur à son tour. Il ne s'est plue md par ses propres vertus ; il tient gros propriétaire, et le maître et sei- I vaste agence exploitée, en Hongrie, i Juifs magyarisés. Il ne prévoit donc

envers les autres nationalités, que iternich et de ses successeurs a livré les Magyars, sera tôt ou tard fatale à aisons que M, Givadinovitch a pro- , au meeting de Paria, n'admettent lucune contradiction et elle eoncer- .t les Serbes émigrés du temps d'Art de Georges Brankovic, mais tous

TB0I8IËUE CHAPITBE 53

le l'Earope, croyant tonjoars défendre l'État des )euple9, ayant les mêmes droits et les mêmes

aïs, le danger passé, oubliant le sang versé, les :s rendus, le concours volontairement prêté k la ju'oQ disait commune, oubliant les principes les lémentaires du droit, de justice et d'humauité, IBS uurétiens se firent pires que les Tnrcs. Profitant de l'état d'épuisement où se trouvait le peuple serbe, toujours en sentinelle perdue contre les Turcs, les Magyars décliirèrent les traités et les chartes. Dès ce moment, leur bnt unique fut l'anéantissement définitif de la race, l'écrasement de l'hydre slave. Pour l'atteindre, tout fut mis en œuvre- Le gibet et la potence, le cachot et les prisons, les tortures et les persécutions, les vexations de toute sort, on n'épargna rien. Aujourd'hui, de tous les droits que nos ancêtres ont acquis au prix de leur sang, presque aucun ne subsiste. Le chef politique n'est qu'un souvenir. L'autonomie nationale n'est qu'un rêve. Quant aux chefs religieux, ils existent; mais leur élection dépend aujourd'hui du bon vouloir du gouvernement hongrois. Le Congrès ecclésiastique qui devrait, selon le texte de la loi, être convoqué une fois tous les ans, ne s'est pas réuni depuis trois ans. C'était le seul vestige d'une assemblée nationale qui restait aux Serbes de Hongrie, et la main brutale de l'oppresseur menace même de leur enlever cette faible illusion des droits politiques.

Des droits politiques sur le papier, les Serbes en ont à l'égal des Hongrois. Ces derniers avaient compris q^u'on ne pouvait pas laisser tout un peuple instruit et intelligent sans le droit de parler des a£raires de l'Etat. iS&iB ils ont encore mieux compris qu'il serait trop

si LA BEBB1& ET LES SERBES

dangereux de laisser jouir le même peuple de ce sn vertu duquel il pourrait demander un joui aiouvernement le compte sur d'antrea droits don ^it si bon marché.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que les électioi font en honorables comités de Magyars et que, peuple proteste trop bruyamment, les baïonuettoE vent de moyen de persuasion.

Les citoyens serbes payent les mêmes impôts les citoyens magyars; mais toutes les écoles de 1' sont exclusivement magyares, de même que la la; it l'esprit de l'enseignement. Si les Serbes dés: ivoir des établissements scolaires ou l'enseignei te ferait dans leur langue nationale, alors ils jbligé de fonder et d'entretenir les écoles et lei stitutions à leurs propres frais et à lutter contii .ement contre les entraves officielles dont l'unique ïst la magyarisation. Ainsi, l'enseignement de la Tue magyare est imposée à ces écoles que les Se entretiennent à prix d'efforts et de privations pi ïieuaes. La police même intervient, contrairement à }es les lois, dans l'administration et dans la diret le ces écoles, et à chaque instant le personnel d'e jnement est harassé par des poursuites et des iamnations de la part des autorités magyares. Ce lant, légalement, toutes ces écoles ne ressortissent le la compétence du conseil ecclésiastique serbe iommet duquel on trouve le patriarche.

Quant à la presse, combien la vérité est loii je régime de liberté, dont il se vantait, il y a quel jours, un député magyar devant le monde françai: lisant que les Anglais eux mêmes ne sont pas ibéraux! Que la Hongrie est un pays de liberté e îonstitutioa parfaite, la preuve en est dans c<i fait

TBOISIËUE CHAPITBE bb

19 de Hongrie ont adopté comme cou-

8 les ans un jubilé de leurs condam- .bre. C'est toujours au nom de la liheureux journaux versent eutre les s un caution uement s'élevant à 10,000 t essentiellement au payement des

première ne peut être inférieure à resse est l'arme la plus redout-able ['oppresseur; les Magyars le savent st tout naturel que leurs tyrannies de ce côté. En Hongrie, la liberté

9 à tel point que les journaux serbes déluge des procès et des condamna-

s'attaquent non seulement à l'exijHse, écoles et presse) de la nation indent surtout à saper progressîveitérielles de cette existence. Les Serpossédent des associations littéraires

comme exemple la société littéraire Matitza serbe) et des fonds nationaux îes capitaux considérables. Le gouar de Budapest convoite d'un ceil 1 sources où la nationalité serbe puise mce et ses moyens de lutte contre la a s'empare brutalement des biens du maines des églises serbes, pour les colons magyars, et à Budapest on ent de confisquer un jour tous les ; » dont le capital se chiffre à plu-

trois millions les Serbes de Hongrie.

6 le gouvernement hongrois ne puisse c'est en vain qu'il les persécute et

que son salât ue sera que dans un système oppoe La crainte pousse las Magyars à commettre, depi vingt ans, des excès contre les Serbes et contre Roumains; ils les craindraient, sans doute, moins, s' les aimaient et ménageaient davantage. La violée peut s'imposer pour qnelq^ue temps, mais tant qu'e ne devient corruptrice et les patriotes Serbes - comi les Roumains ne seraient point susceptibles de corn tion, ne peut pas être de longue durée. Si au lieu prendre comme alliés les Juifs, le gouvernement uti ■taire inauguré par M. Tisza en Hongrie, avait fon son centre de gravitation sur les Serbes et sur Roumains, on pourrait encore parler d'un royaui hongrois homogène; mais ayant adopté comme dev le dtvide et impera de ce prince Metterniek qu' avaient cependant appris à haïr si fort, nous ne p( vons plus nous représenter . la monarchie hongro actuelle que comme un pays où il y a des maîtres ( presseurs, et des peuples oppressés. Et il n'est do pas étonnant d'apprendre que des conûns militai] un certain nombre de patriotes Serbes désireux de soustraire à la domination hongroise, ont passé dans royaume libre de Serbie pour y prendre service a^ le même enthousiasme avec lequel leurs ancêtres, pt se soustraire au joug des Musulmans avaient passé Save et le Danube, pour s'allier avec les Magyars. '. colline de Frusca G-ora que les anciens réfugiés ser1 avaient choisi entre le Danube et la Save pour en fa leur trésor et leur nécropole et y transférer les dépo» les mortelles de leur dernier Tsar Lazare enseveli di le couvent de Ravanitza la nouvelle, ainsi appelée souvenir de l'ancien couvent de ce nom, qui fait par maintenant du Royaume libre de Serbie, est devet le lieu de pèlerinage de tous les patriotes serbes d

TB018IÈHE CHAPITBS 67

d tableaa représentant la bataille de îonservé.

Serbes restés dans la vieille Serbie, de leurs frerea les pins ardents, ils ne

entourés, enveloppés de tout côté par r des Albanais, ou Skipétaires, ou Aris Turcs les nomment, au commencement du moyen âge, les t les sujets des Serbes, au moins just lorsque les Albanais se rangent eux s princes, comm'à l'époque des deux princes albanais se présentent encore s des Slaves contre les Turcs. Depuis urque, dont ils ont été en Europe le utiea, les Albanais sont devenus pour ur les Monténégrins, des voisins assez irs moeurs sauvages, à la montagne surtème de brigandage n'ont trouvé aucun un frein de la part du gouvernement }uoi, pour obtenir une plus grande probre considérable d'Albanais cathobqnes ■ ou Guégues, a adopté la religion mu- ! que les Albanais du Sud ou Toaks tbodoxes, grâce surtout à l'inâaeuce de ils une partie de ceux qui passent aules Axnauts dans la vieille Serbie n'est 3 renégats serbes devenus catboliques et t Serbe qui a quitté la religion orthodoxe vieil habitant resté pur de la vieille Ser- ; le costume de ces Albanais ressemble bume pittoresque des Monténégrins ; et il hrétiens chez eux et mahomédans dehors; ni le croissant n'ont contribué à rendre !3l-aégue3, ces sauvages de la montagne.

On attribue aux Amants de Ipek cette maxi !>raiiidre peu Dieu, et ne pas avoir l'air de coûqi Sultan. » Les paysans serbes les craignent coi I pillards, mais ils en font un grand cas comm' jrriers solides; et ils attribuent a ces Albanais iea à l'autorité turque une partie de leurs pro laèa dans les guerres d'indépendance. L'Albanai:

auxiliaire précieux aux jours de bataille ; ma souvent inconstant; il manque de fidélité; il )un respect pour la loi. Aussi ignorant que le le plus brave des soldats du Balkan, on ne peut vir qu'au jour le jour. Tel est le caractère qut l'ageurs lui ont trouvé ; et il est bien possible qi 1 de civilisation change un jour ou l'autre tous auts d'éducation en qualités brillantes.

Les vrais Serbes, les purs Serbes dans la S 'bia sont devenus une minorité. Leur langage, tume, leur aspect est le même que celui du Serb' yaume libre. Braves au moment du combat, ili iblent cependant pas aimer la guerre; ils sont d sibles, hommes d'ordre, et ils respectent la propri sont bons ouvriers, mais lents; ils n'ont jamais ir rien ; leur caractère est noble, leur esprit indé it, mais sans élan, sans initiative; ils sont réser ne manquent d'une certaine fierté et cependani sont guère portés à s'attribuer des qualités q ent de ne pas posséder; et ils sont demeurés, ooe plus part de leurs frères du royaume, simple nirels.

Les Serbes du Royaume semblent fort apprt

qualités essentielles de leurs frères de la S -bia, mais ils ne les encourage guère à passe ifin et à s'établir dans le royaume et pour cause it contents que sur le sol de l'ancienne Serbie i

TAOIBIËMË CHAPITBE l

Liens serbes et qu'on ne livre entièrement intéressant berceau de la civilisation serbe, ir. Tant qu'il y a des Serbes dans la Stara Serbi. espérer que cette région revienne s'attacher e famille serbe dominante à Belgrade; si on e lys entièrement turc, ou albanais, plus d'espo. 3 future annexion, plus de possibilité de rt ion. C'est pourquoi aussi l'on tient à avoi ivêque non pas un grec, mais un serbe; l'évècb ûtre non pas seulement de la communion n mais aussi de la communion politique. L de l'élection des évoques qui a tellement ém dernières années la société slave et roumain at aussi superficielle qu'on a pu se l'imagine ler; on comprend parfaitement, au oontrain a l'étudié de près comment elle puisse intére: ssionner les différents états balcaniqnes. L'évt 1 peut travailler seulement dans l'intérêt de svêque roumain dans l'intérêt des Boumaioi âlave dans l'intérêt des Slaves. Si le patriarch Constantinople a seul le droit de choisir o r les différents chefs d'église, par ce privilèg cée l'intégrité et l'indépendance de toutes le lutés, serbe, bulgare, roumaine qu'elles soieni ■s de la différence des tendances des évoque întes nationalités, la dépendance de tous le orthodoxes du Balkan d'un seul grand prima à Constantinople présentait des inconvénient On a dû trop souvent se persuader que le Constantinople faisaient souvent l'intérêt d' ien plus que celui des peuples sujets de l'em imau; et on a même vu un cercain nombr i demeurer loin de leur siège episcopal et e: les rentes à Constantinople, où ils pouvaien

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