LA SEKBIB ET LEB
que ceux qui disposent d'une Égl viennent en aide dans ces qnesbii des anciens privilèges qui ont ét^ conflit, de nouveau sanctionnés [ (le 22 janvier 1891), le Patriarcal ainsi que les métropolitains, ses :
ou approuvent dans leurs oireons les programmes scolaires, légalise!
oertiflcabs des instituteurs et inet dirigent l'enseignement tout enti en d'autres termes que toutes les aux Églises. >
On voit, par cet exposé de q pour les Serbes le rétablissement i Une fois que toute la culture natî du ressort du clergé, si dans la vi' doit dépendre de Constantinople, triotique du clergé serbe serait c L'unité de l'église orthodoxe devï Serbes soumission, aveuglement, toute individualité; le prince Mil confié les intérêts de la princij soustraire l'église de Belgrade à nar; malheureusement il avait < sents, qui avaient plus besoin q aidés à se relever.
• L'opinion, dit Constandîne, Serbie sur la Grande Église de C nifesta clairement dans les parole qui disait que, sans les petites Ég stianisme aurait certainement dii la Grande Eglise ne l'aurait pas suivante nous fera voir comme] disposés envers leurs corréligiona
INQVIËUE CHAPITRE 103
ace Miloach ordonna de fêter la raéa, lea négociants gi-ecs de Belgrade re d'ignorer cet ordre jusqu'au jour h, à sa manière, leur fit passer cette ;at de choses, il est tout naturel que é à s'émaiiciper de la Q-rande Église rateurs. En vertu du premier firman piléges qui lui étaient accordes, la ï le droit d'élire ses évéques. Sachant se réduisait presque esclusivemeat gent, et, qu'aveo de l'argent, on parre toutes les questions pendantes, le
s'adressant au Phanar, joua cartes anda, et, le prix conclu, racheta la iprès le ârman, cela parût à peu près cette occasion, une chose pourtant perspicace et politique sans rival du ne vit pas qu'il valait mieux ne pas questions de principe que de les rént à l'avantage d'une partie seuleet au détriment de toutes les autres m de l'Eglise autonome a été en ef- < la Serbie; mais elle a beaucoup nui À la place de l'ancien patriarcat de t l'Eglise autonome pour la princilais les autres fractions de la nation
restaient sans l'appui d'une Eglise lience qu'on avait de régler le plus 'aires de la Principauté a considéraatérêts vitaux de la nation serbe en
vrea Serbes exilés, et exclus du prie libre, la nouvelle constitution de la les conditions. Ils devaient aupara-
104 LA 8ERBIS BT LES SERBES
vaut se défendre contre la propagande grai mane; maintenant ils doivent aussi sa ten égards contre la propagande nationale de 1'!
gare en faveur de la nation bulgare. H ne i d'orthodoxie, mais d'influence politique; l'in Phanar était lointaine, et se faisait motus sei propagande imminente et continuelle du cler, au milieu des populations serbes de la Macét la Bulgarie. Ceci est un danger réel que le; serbes ont raison de signaler et ds combatt « La meilleure preuve, s'écrie encore Ce que notre peuple a consoience de sa nati qu'il est fermement attaché à sa foi, éclate di que .toutes les séductions bulgares n'ont Macédoine aucun succès plus ou moins séri tiers de Serbes macédoniens se sont ralliés chat; mais un tiers tient toujours à la relig ancêtres et, suivant l'exemple que ceus-c:
légué, reste âdéle è la Grande Eglise, quoic soit obstiné à ne pas accorder jusqu'à présen dre concession à la nationalité slave. Cett branlable, malgré des séductions irrésistibles ment digne de respect; mais elle donne à ré toutes les questions considérées comme doj Et même à l'heure qu'il est, le Patriarcat fai oreille à la moindre demande adressée par :
qui aurait pour but de leur donner une satis point de vue national. Toute demande adrés triarcat émanât-elle du village le plus reçu d'obtenir l'autorisation pour célébrer la messf est inexorablement rejetée. L'exemple le plui de l'étroitesse d'idées dont le Patriarcat œ» est animé sous ce rapport, nous est fourni pi serbe d'Uskub qui, il y a quatre ans, reçut
cikqciAhe ohapitbp: 10b
i langue slave par la langne grecque, bien lie compte tout au plus trois ou quatre cque9. »
sus perdere vvit amentat; par cet empiètepolitique sur la religion, le Patriarcat œculiné son existence, et va devenir purement latJonale grecque,, perdant tont son pre-
reste du monde orthodoxe, idine résume les réclamations des Serbes n Turquie en peu de lignes: ■ Pour donner aux Serbes orthodoxes il suffirait: d'autobration du service divin en langue slave, les contrées de la Turquie d'Europe où la i habitants en émettrait le voeu; de voir
spirituelles du Patriarcat, eu vertu de leurs rendre sous leur protection les écoles nabes et les établissements d'enseignement à l'heure présente, ainsi que tous ceux [imunes demanderaient la fondation, en un i pour l'instruction nationale serbe tout oe t, ainsi que ce qui se fait actuellement ictiou nationale grecque ; de se mettre vi- 'oeuvre pour réparer les fautes commises lement dans le passé et de commencer l'éducation d'un nombre suffisant de jeunes inaire du Patriarcat, afin de pouvoir nom- "éreiits postes de l'Église, dans les contrées
les Serbes, des hommes appartenant à la serbe et aussi pour relever tant de monadonués ; d'attribuer dés maintenant au
sièges épiscopaux serbes à des évêques
à la nationalité serbe. > . dernière guerre graeco-turque a telle- > vis-à-vis de la Sublime Porte, les nations
106 LA SRBBra: et les bbbbi
baloaniques qui ont gardé la neatral considérablement le pouvoir du Plis paissant, qu'à l'heure qu'il est, il serf simple de demander la reconstitatio sei'be dans la ville sainte d'Ipek, et di en cette ville aaiute tous les intérêts, tions religieases et nationales des Ser Puisque chez les Slaves comme K: clergé a un ai grand prestige, il faut
i-' C'est un écrivain serbe qui a de£ni a:
pope serbe : ■ Le prêtre prie Dieu ave l'église ou BOUS les arbres saints, p< âmes et la prospérité des campagnes peuple sur les champs de bataille poi liberté et la, patrie. Aussi se réjouitet prend-il part à toutes ses fêtes. »
rév. Denton, M. TJbicini nous a trac trente ans un portrait du clergé pair est encore fidèle : « Le clergé, à l'exc politain et des évêquea, ne reçoit auc l'état ni de la commune. Les moines
i^ , nus de leurs terres, lôa popea du ca:
été âxé par une ordonnance rendue régne de Milosch (1836), de manièn abus et ces trafics qui déshonorent l'j Turquie. Quelques dona en nature, jardin, parfois d'un petit champ, ac leur subsistance. Ils sont, en général, p< que sous ce rapport, une amélioratio produite, depuis la création à Belgra minaire où tout aspirant aux fonctio est tenu de prendre ses degrés. Cet inf actuellement environ deux cents élèvi année à la prêtrise un certain nom
CINQUIÈME OBAPITBE 107
, suffisamment éclairés, qui se substituent peu à X vieux popes contemporains de Kara-Georgea et ,oscli, et c'est ainsi que ce qui était autrefois la ;end à devenir l'exception. Ces mœurs simples, •rit patriotique ne sont pas le privilège du clergé ur ; on les retrouve au même degré parmi les dignitaires de l'Eglise. Etant i Karanovatz, faire visite un matin à l'Évêque d'Oujétze, foanice. Je trouvai un petit vieillard alerte, a if, à la physionomie franche et ouverte, qui porlillardement le poids de ses treize à quatorze . La pièce où il me reçut, et qui constituait son i'appsrat, était meublée avec une simplicité 6 rustique. C'était une grande chambre, disposée •que, sauf un canapé de provenance aatrichienne ime perdu dans l'immensité de la salle, avec nn 1 peint et de grands panneaux de boiserie, à •squels étaient appendus, en regard d'une croix ne, nn fusil, deux paires de pistolets, des sabres, ine panoplie, on eût dit, de la salle d'armes d'un du moyen âge, phitôt que d'un salon d'un évêimme je m'excusais sur l'heure matinale de notre témoignant quelque crainte de l'avoir dérangé : t, dit-il ; j'aime à me lever matin, et c'est moi eille mes gêna. — Quoi ? en vérité ? — Sans
ne faut-il pas que le berger soit levé avant le iu ? — Vigilanlia pastorîs, încolumitas pecorîs, re-
eb, ajoatai-je en désignant du doigt les armes lées à la boiserie, je vois que cette vigilance
à tout, et que Votre Grandeur ne se considère ilement comme ayant charge d'âmes. * Il sou- Que voulez-vous V nous autres habitants des res, nous sommes tous forcément un peu solii une bande de loups ravisseurs vient fondre
lOS' IjA BICBBIE et T^8 8BBBE8
BUT vaon troupeau, ne dois-je pas le défend] la même matinée, l'évêque devait faire un storale au monastère de Jifceho ; il nous ] l'accompagner. Jitoho, fondé par Saiat Sava plus ancien^ monastères de la Serbie et ui curieux sous le rapport historique. Je à Mgr. Joanice, pendant qu'il nous faisait visi si le couvent possédait quelques archives.
pondit que non, les Turcs ayant tout déi dames anglaises qui étaient venues en 8ei de 1862 et dont nous suivions pour ainsi ( depuis notre départ de Belgrade, lui ayan même question, il les avait conduites dans i latérales, et leur montrant les images des saints mutilés par la main des Turcs, voil il, nos archives! Et sachez qu'aussi longtem aurons sous les yeux ces monuments de la nos oppresseurs, il n'y aura ' point de rî entre nous et les Turcs, »
La langae sacrée des Serbes est le v serbisé ; le peuple le comprend beaucoup notre peuple ne comprenne le latin d'églisi Les Serbes prétendent que leur vieus plus pur et pins authentique que le slavoi russe, qui a continué k se modifier jusqu'à cle, tandis que le vieux slavon des Serl plus loin dans la forme qu'il a définitiver Les vieux Serbes étaient, sans aucun dou plus civilisés que les Busses; de même qu'i!
au moyen âge une grande influence sur B; qu'il a été savamment démontré par le prc ils ont contribué, en grande partie à civil sie, et ils ont été les médiateurs naturel de et du Byzantinisme chez les Russes. Mais
CUtttDl^B CUjhPITKE 109
devenue inverse, entre la Rnasie et la I la première eut secoué le joug dea Tanda tomba sous le joug des Turcs ; alors ase s'est fait sentir même dans l'em-
slavon de l'église, puisque un grand Tes sacrés des Serbes se trouvaient dans ier imprimés en Russie. Seuleraeat eu
livres imprimés avec les vieux majia- )n doit convenir que la langue chez les . conservée plus pure. Parmi les plus ges écrits en vieus slavou serbisé, on Aphie de Kémania composée par son fils
premier métropolitain de la Serbie, et s des roia et des métropolitains écrites ue Danilo.
jorbe a des séminaires ou écoles théolo- :ade, à Oarlovic, a Oarlstad, à Verseé et Grâce à l'impulsion donnée par l'église serbe a bénéficié de la part de ses prin- , et bienfaiteurs d'un grand nombre d'oeu- I, telles que routes, ponts, hospices, cou- ■ies pour les voyageurs, comprises sous doushiné ou oeuvres pour Vâme, oeuvres t couverte d'églises, en partie, encore derchitecture montre un mélange de l'art vci oriental. On cite parmi les plus belles e royaume libre celles de Stoudenitza, ^anassia, dans la vieille Serbie celles de et Détchani, et les ohappelles de Prizren a le raines de Sapochani et de Q-iurgevi
lu royaume serbe est représentée par le )it élire le métropolitain et les évêques.
de Belgrade porte le titre de métropoli-
LA BBBBie RI LES 8BBB^
de tonte la Serbie, et il est aussi i iarche serbe de Carlovié en Autri< che grec de Constantinople. Il tiex )r^enter la pare tradition nationa or de l'église serbe, Saint Sava, un lotre grand saint, François d'Assisi Sava, le fils cadet du grand zotipan t d'abord Bastko, ce qui très proba ■ sa première église dédiée à Saint ■thédrale métropolitaine de Rashka.l ais à la tête du gouvernement d'ui aria alors de le marier ; mais porté c contemplation et à la piété et déci rement à Dieu, il s'y refusa. Un moi )ur en Serbie du Mont Athos et ] .; la représentation qu'on lui fit de décida un jour le jeune Kastko à s' .e de chasse, pour se réfugier au i % Gora, à la montagne sainte, où il tour, sous le nom de Sava. Son lua pour suivre son exemple et ent Boua le nom de frère Siméon, po
ans, rejoindre son fils au mont At it pas seulement un moine ; il devi •e pour la foi orthodoxe et pour 1 ant que son père faisait bâtir à Hi serbe, où tous les serbes réfugiés da e pouvaient venir prier en leur pr e un chef de leur nation. Lorsque i aourut au mont Athos, Sava, eu sec . volonté de son père, en transférai iza et devant le cadavre de Néman
frères Etienne et Vouk, qui se qu( tcilier.
OmaniEME CHAPITRE 111
,a vie de Sava fut ensuite remplie de bienla paix entre les Serbes et les Hongrois, rbes et les Bulgares, il prêcha l'Evangile i, il érigea l'église et le monastère de Zitcha bia danubienne, il fonda l'église indépenaale serbe, en se faisant consacrer Ini-même Bile de Nycée de l'année 1220, comme preêque indépendant, comme métropolitain de comme tel, il couronna son propre frère ame roi des pays serbes et du Pomorié {la Iriatique).
1 de sa vie, Sava entreprit un voyage en e, à Jérusalem, au Mont Sinaï, à la recberjaes, pour en enrichir les églises serbes. De >n grand voyage, le 14 janvier 1237, après asage par Tirnova, l'ancienne capitale de la )ntiûé, au lieu du patriarche bulgare, à la '.e la bénédiction des eaux, il mourut, et is sa mort il fut vénéré comme Saint par ses de l'Eglise Orientale et de l'Eglise Ooous le titre de premier Métropolitain et r Serbe. Son corps fut transféré au mona- )rédilection, à Mileshévo en Herzégovine; le . se dressait le monastère fut ensuite appelé I Saint Sava {Ducatus SancU Sabbae). Mais vasion de Turcs, de l'année 1695, le monairnib, le corps du Saint enlevé, transporté à I ensuite sur le Yratchar, brûlé. On avait, jpéré par la dispersion de ses cendres, de jamais le souvenir du grand saint; mais u de cette poussière jeté aux quatre vents 16 étincelle, et chaque étincelle devait chaufir une àme serbe, aux jours de la sainte int résurrection nationale.
SIXIEME CHAPITRI
Le paysan aerbe
A peu près tous les écrivains qui ont Serbie, ont parlé d'una institutions slave, ! qui fouctioune chez les serbes depuis des t uns ont exalté cette institution et ont vu i drouga, comme dans la commune agraire rui meneement d'une heureuse solution de 1; BOciate; les autres ont relevé au contraire, 1 nient d'une association, d'une coopérative < paralyser une partie de l'initiative individ un pays qui pourrait produire inânimsnt p] rapporte.
D'après une statistique, le sol de la Ser composait, il y a quinze ans, de 80,336 hect gnes, de 3,107,857 hectares de terres arabli ou en jachères, 497,436 hectares de terres . stériles exemptées de l'impôt, 582,463 hect rets appartenant à des particuliers; le su environ 700,000 hectares, représente la p:
l'Etat et des communes presque toute en fi
Ces chiffires ont suggéré h M. Eeué
* La Serbie économique et commerciale. Paris, If
114 LA BEEBIE ET LKB BEBBES
les uns des autres. Une seule lamille ne mettre tous en valeur à la fois, même e] que leur étendue totale ne dépassât pas 1 ses forces. A défaut d'une loi agraire oomi a remanié dans certaines parties de la Ho:
vision dn sol entre les propriétaires, la Serl moins la Zadrouga, c'est-à-dire l'association famille sous un chef commun. Mais cette d'ailleurs en décadence, ne peut suppléer i ressort de l'intérêt individuel.
Il faut aussi faire entrer en Irgne de i dolence naturelle dn paysan serbe (on pi du paysan slave, en général); comme il a soins, il ne demande pas à la terre de l'en seulement de le faire vivre. Les procédés sont très primitifs; dans la plus grande j Serbie, on néglige de fumer la terre ; à pli son, les emendements sont inconnus. Le systi solement triennal, universellement pratiqué n'a pas pénétré jusqu'ici. On laisse la terr< deux années sur trois, et c'est miracle qu tous les trois ans produire de pareilles i outre, il n'existe point de grands domainec ner l'exemple de meilleures méthodes pou les races de bétail. Les fermes modèles q créés a Topchidère et à Pojàrevatz n'ont exercé d'influence appréciables sur les cul ronnantee. Plus tard seulement au fur e que ses besoins se développeront, le paysai tira la nécessité de tirer parti de son pal oet égard l'ouverture des nouvelles vois facilitant l'accès de ces contrées prîmitivei duite de notre civilisation, ne peut manquer dans un avenir plus ou moins éloigné, uni
81XEÈUE CHAPITRE 115
b l'agriculÈure serbe. Enfin, et c'est là une on d'une grande importance, le soua aol de t, peut-être, encore plus riche que la surface, nent beaucoup plâs négligé. Si la fortune L pays demande pour fructifier un suppléas, d'énergie et de connaissances techniques; ition actuelle ne représente pas la vingtième I. production future, que dire des ressources ui gisent à peu prea inexploitées? Car le les métaux est presque nul en Serbie. Le momique du paya ne aera-t-il pas totale- 5é, le jour où des mains européennes rou-
anciena puits de mines que l'occupation .t boucbéa ? Ne verra-t-on paa, comme dana
des agglomérations florissantes se former
centres miniers? Ce mouvement îuduatriel, ituant le capital, n'exercera-t-il pas une ifaisaute sur le bien-être des habitants et iur l'agriculture elle même? Toute proporî, le siècle prochain ne verra-t-il pas s'ao- .ns la péninsule des Balkans, une révolution
celle dont la Californie a été le théâtre, I chercheura d'or se aont transformés en
de terres, et que l'impulsion communiquée uverte de métaux précieux a vivifié l'agril'est-ce pas l'application pratique de la fable qui représente lea fila du laboureur fouillant ï8 de la terre pour y trouver un trésor et la sar cet efibrt salutaire? Seulement pour eux, .ché n'était qu'une fiction destinée à stimuler r, tandis qu'il existe réellement de riches uis soua le manteau de verdure des monta- 3, et il y a autant de profit à défoncer ce aol, .tique et vierge, qu'à en cultiver la surface. »
116 LA BISBBIE ET LES BEBItKB
Noua avons donné in extenso les reiûarqi M. Millet, parcequ'elles nous seœbleEt, par leur ; dignes d'être toujours présentes à la pensée du lab serbe.
Les colons serbes n'apprécient pas assez L "~ CLu'il ont dans leurs mains; puisqu'ils se content
fort peu et tonte une famille de paysans serbe vivre avec un rerenu de quelques centaines de par an, ils n'exigent et ils n'attendent point du revenu plus large, d'autant plus que la statistiqui g;; , à admettre une moyenne de huit cents francs j
^.- pour chaque cultivateur. Du temps de la domi
turque ils avaient fait la dure expérience que le i du nécessaire était destiné à la rapine des oppre et ils se sont habitués à se passer du surplus. L< se contente de deux habits, celui de tous les je l'habit des grandes occasions qui dure des ani quelquefois même passe de génération en gêné Le pain et la viande, puisque le blé et le bétail dent, ne coûtent pas cher; et on peut facileoi payer te luxe des fruits, la Serbie étant en { partie, -un riche jardin fruitier. Dans les endroit zadrouga fonctionne encore, où l'ancien, le stan le chef, doit songer seul, à toute la famille, é l'association des familles, l'indolence, l'inscaciai paysan serbe est plus sensible et plus obstinée; une providence pour lui, un seul qui répond pou: à quoi bon se donner de la peine, pour amélio conditions du ménage, augmentant un bien qi être commun? Il obéît donc au staresdiina, i manque de toute initiative individuelle.
Où la zadrouga est riche, tous les paysans font partie jouissent d'un certain bien être; où < pauvre, tous les membres de l'association, tous
SIXIÈME CHAPITKE ■ 'II7
1 souâ'rent ensemble. Les intérêts de toute gricole étant confiés au stareschîna, on poiirç[«6 l'activité et l'intelligence du stareschîna lies capables d'améliorer la situation de la mais le chef même, administrant un bien li ne lui appartient pas, se disintéresae sou- ■ogrès de l'association.
stend que la zadrouga est une iatitution )t est slave sans aucnii doute: mais on peut nstitution est universelle, et qu'elle tient à iarcale de tous le paysans. En Italie même, nombreuses de paysans ont un ' chef, un les régit, et qui n'est pas absolument touplus âgé, ni le grand père, ni le père, ni le mais celui que la famille reconnaît comme e et le plus capable d'administrer et de Et discipline. Le gotra de l'âge védique, la )nde biblique, la gens romaine, le clan écos- I à leur origine que des formes de la za-
esckîna de la zadrouga serbe, comme le stalage russe, étant un patriarche, adminlstrae, dans sa famille, devient une sorte de magistrat en face des autorités, pour défen* irèts de sa commune. Le atareschina partage aste proportion, les revenus et les dépenses iga; et il n'y a point droit d'appel contre as; seulement lorsqu'il s'agit de quelqne rtante ou de quetqu'aohat considérable, le réunit en conseil la zadrouga, et se décide orsqu'il obtient 'le consentement de la ma- . au stareschîna à pourvoir aux orphelins de , d'accord avec leur mère, pour qu'ils de- 18 gens honnêtes et utiles à leur pays; aux
118 LA SBBBIE ET LES SBBBB8
I, qni reçoivent en partage ce qui re mari, à la condition cependant qu'elles contin vailler dans l'intérêt de la zadrou^a. Les droits bre de la zadrouga ne cessent point loraqne . stances le forcent à sortir de la coininuD< service du pays. Lorsqu'il sort de la com] droit à une partie du bien commnn, et, lorsq^ il laisse à ses enfants un bien proportionné ces qu'il aura rendu par son travail à la zc n'est point nécessaire chez les Serbes que les de la zadrouga habitent la même maison; cha bre marié peut habiter, sa maisonnette et ménage à part; mais tous reconnaissent et l'autorité snprème du stareschina, comme commun. L'intérieur de la maison est et femme. La ménagère, assistée par les femme:
nés, est appelée rédousha, celle qui tient 1' régie la maison. Elle distribue entre les fei jeunes le travail, qui ne se borne pas seul( occupations de la maison, mais s'étend so travaux champêtres, dans lesquels elle doit aide à son homme. La paysanne serbe travail portion, plus que le paysan, puisqu'au retour d' elle continue sa besogne, elle soigne le linge elle coût, elle file, elle tisse. Dans les heures ou même en travaillant, pendant que les enfa à leurs pieds, et que le stareschina ou un autr joue de la gouçla mono-corde, elle écoute les les chants populaires, les contes historiqt nation serbe, qu'elle transmet ensuite, à si ses enfants, tantôt pour les endormir, tantô éveiller et les exciter. Tout ceci est simp donne au folklore serbe un attrait et un cha: culier.
. SIXIÈHE CHAPITRE 119
ïlklore serbe, d'aillâurs, en dehors de ce qui 'opre et exclusif, c'est-à-dire la tradition épinae le folklore de tous les pays chrétiens, se d'un double fond traditionnel; le fond le plus bsolûment payen, et le fond plus moderne, son origine aux efforts du clergé orthodoxe itituer les anciens préjugés, les anciens jurons, mes imprécations et formules superstitieuses, royances religieuses plus nettes, par des usa- 3 barbares, par des prières plus pures; mais 3Z curieux de devoir constater que dans cette t purification chrétienne ou a dû s'inspirer lis des traditions talmoudiqaes. Ainsi , par il faut se rapporter aux treize articles de Mai- )Our se rendre compte de l'étrange prière poirbe de Lika, dans la Kraïua supérieure, ou le m, et le .numéro treize figurent comme les résentants de Dieu. * Un seul, dit la prière, qui nous protège la nuit et le jour; et treize t ce Dieu. » Ceci est, sans doute, une sorte de 36 de l'alpha et oméga; la prière commence par loit terminer par Dieu. A côté des Juifs, les ns ont contribué à modifier les croyances podes Serbes; et un certain nombre de superstimlaires sont dues aux tsiganes qui rôdent desièoles, dans la péninsule balcanique. Il est at, par exemple, d'apprendre par l' Ausland, ce aysaane tsigane de Derventa en Bosnie ap- 1 Frédéric S. Kraus sur les nombreux philtres c en usage dans cette région, ioit, en outre, remonter pour s'expliquer cerperstitioDS populaires des Slaves du Sud et des Q particulier aux croyances de l'âge védique ts trouvons l'echo dans un grande nombre de
120 LA aKRBlS ET LR6 6ËKBE8
formnles de 1' Atharvaveda. L'Orient avait fortf pénétré la race alave avant sa migration en rope ; les Daces eux mêmes, par l'adoption du mithriaque, avaient reçu une nouvelle contril; de folklore asiatique, et les Celtes nomades i nant de l'Asie mineure, lorsqu'ils ont fixé leu meure dans la vallée du Danube ont dû fournir qu autres éléments orientaux au folklore natïona Slaves du Sud. Mais, il sera toujours extrémi difficile de démêler la véritable origine des difféi croyances, tellement elles se sont entremêlées, enc trées, et modifiées dans ce mélange. Il doit donc suffire ici, de constater que pour le folklore c ■pour le véritable caractère ethnique des Serb serait extrêmement imprudent d'admettre un fleuve traditionnel.
D'un côté, le fond originaire asiatique, de 1 côtà les courants talmoudique ou biblique et le rant tsigane, le courant iranien et le celtique, l'a que et le musulman, l'hellénique ou bysantin latin, ont plus ou moins directement agi sur 1' superstitieux du penple serbe. Au dessus cèpe de ce fond traditionnel resté payen,la religion ( doxe a fortement pénétré l'esprit du penple ser le gouverne. Le christianisme lui a inspiré si cette douceur qui le porte facilement a fraternif à voir dans la société humaine une association d' Du métropolitain au dernier pope, du roi à l'î des paysans, l'âme religieuse du peuple serbe es seule ; cette union en Dieu est une grande fore tionale ; tont le peuple serbe sachant prier et le monde en Serbie priant Dieu d'une seule ma ceux qui gouvernent, aussi bien que ceux qui soni vernés, aux .jours de grand détresse pour le pays ex
SIXIÈME OUAPITBE 121
dans ses moments les plus joyeux et les plus glorieux, tontes les âmes serbes montent ensemble avec la même confiance vers Dieu,
Costume élégaot de jeune fille serbe.
Le Serbe esi bon cbrétlen ; mais il & pris, pendant la domination ottomane, quelque chose de ce fatalisme turc qui porte facilement l'homme à l'indolence, à ne
pas travailler au de là du nécessaire, à ne jam: ae presser, à prendre patience de beaucoup de dont peut-être les hommes des autrea pays i malheureux. Le système agricole de la zadroug< nous avons déjà fait mention en général, favo état de presque paresse nationale, qui ne pei peut-être pas à la Serbie d'avancer aussi vite en aurait en elle même le force, si elle vonlai ment y employer toute sa volonté- Mais sur l'état actuel et réel de la pop rurale de la Serbie, il sera peut-être utile de r ce qu'il y a cinq ans, écrivait dans l'un de ses rs M. Guochi Eoasso, chargé d'affaires italien à S( ■ En Serbie, l'heureuse issue de la guerre dépendance a eu pour résultat immédiat la <m de la terre; et puisque les Serbes n'étaient ps ■brenx au partage, il en résulta non pas seulei richesse pour le pays, mais l'aisance pour les int Le terrain, dont l'occupation était possibl une telle étendue que chaque individu, chaque ou chaque groupe de familles {zadrouga) occu d'espace que l'on ne pouvait cultiver. En mêmt la parfaite égalité réelle (économique et juridii la force naturelle des choses), entre tous ces ] taifes et agriculteurs rendait impossible enti location de la main d'oeuvre. Le propriétaire s dispose donc que de ses propres forces, des force parents et alliés, et des forces dont il peut se grâce à la moda. En Serbie, comme en Bassie, prouve que l'institution est propre des peuples le paysan prête parfois service à son voisin, pa: de confraternité mutuelle sans en recevoir auc compense; le paysan russe même, délivré du sei la glèbe, de l'oeuvre servile, s'il a gardé quelqu
SIIIÈME CHAPITRE 123
ment de bienveillance pour son ancien maître, peut quelquefois, dans les jours de fête, ou lorsqu'il n'a rien à faire sur son champ, donner son bras pour une oeuvre d'utilité publique que son ancien maître désire achever et alors il n'accepte comme rétribution aucun argent; il devient, en ce moment, un frère qui prête à son frère; au surplus, il consent à travailler, navodftw, pour l'eau de vie, qu'un paysan russe trouverait mécréant de refuser. Nous pensons que la moda serbe est fondée sur le même principe de sociabilité que l'on pourrait appeller chrétienne s'il ne nous semblait devoir en retrouver la source à un âge antérieur au christianisme. M. Cucchi-Boasso observe que la difficulté de la main d'oeuvre force un grand nombre de propriétaires à délaisser una partie du terrain, qu'ils pourraient cultiver et exploiter à leur profit. Quant aux droits de propriété, ils ne semblent arrêtés en Serbie d'une manière bien nette; ils sont fondés pour le passé sur le droit du preijaier occupant; les lois n'ont donné jusqu'à présent aucune sanction juridique à la première occupation; on a agi, de part et d'autre, de bonne foi; et on a respecté une sorte de droit de prescription, qui constatait Vuti poasidetis. Une partie des terrains abandonnés sont devenus des biens publics, des biens du domaine national; les autres terrains sont restés, par droit de possession, au premier conquérant. Les limites de la propriété, on peut dire, n'ont été' fixées d'une manière légale que sur les terrains qui ont donné lieu à litige entre voisins, soit par des servitudes violemment imposées, soit par des empiétements subits et arbitraires sur le terrain d'autrui. Alors, la sentence d'un tribunal a sanctionné, de par la loi, la propriété et remplacé de quelque sorte, en elle, les fonctions du cadastre, dont on a fait d'ailleurs, en Serbie, un premier essai grossier,
124 LA SERBIE ET tICS SEBBRe
par la loi tributaire gui charge d'impôts différent! âifférentes classes de terrains, de différent rapport souvent il arrive que le propriétaire se récrie d* pôt que le fisc a arrêté pour un terrain; la eau portée devant les tribunaux; la déoision du tri qu'elle soit au profit du fisc ou du propriétair importe; elle tranche définitivement la questi propriété en faveur du propriétaire qui a porté p] Sur ces sentences, ou plutôt sur ces extraits d tences , appelés zapie est fondé tout le régi de la propriété foncière en Serbie. La sentenc cide souvent si une propriété appartient à une f ou à l'autre : ou bien revendique à l'état un terra: le fisc a taxe en lui attribuant un rapport qu' pas, parcequa le propriétaire le néglige; et ce priétaire même abandonne volontiers à l'état u rain pour ne pas lui payer d'impôt. Mais, quell soit la sentence et l'attribution définitive du t en litige, il parait a peu près établi, par les der: données de la statistique, que, dans la campagne population est évaluée à près de deux millions, s'il y a des paysans, lesquels, comme nous l'avons di vent s'arranger à vivre avec deux ou trois cents : par an, la moyenne du revenu annuel de chaque tant en Serbie serait de huit-cents francs, prop' considérable, qui montrerait un état relatif de p rite publique digne d'envie. La zadrouga contri maintenir cet état de choses, au lieu de le compi tre; elle défend mieux l'intérêt des individus < les possibles exigences du fisc ; l'association est forte que le propriétaire isolé; lorsqu'elle défe familles , elle défend sa propre existence. SeuL dans les zadrouga» où la discorde est pénétré: intérêts des familles peuvent être compromis;
SLXIÙME CIIA TITRE 125
i un certain nombre se détacher de la zaen cas extrême, la zadrouga même se dis- & suite d'une sentence judiciaire, seule cour, généralement, réunit toute la erbe ; autour de cette cour, chaque famille jnnette indépendante. Les zadrougas moins les ont une seule bâtisse; mais dans la même iqae famille doit avoir son apartement, ou, oins, sa chambre séparée. La zadrouga favoae plutôt que la femme ; lorsque une famille se a zadrouga, pour l'indemniser du bien qu'elle ssociation on partage le montant de ce bien aies qui sont dans la famille, sans tenir aucun ! femmes. Si quelqu'un meurt sans testament, aàles deviennent ses héritiers ; les femmes que lorsque les mâles viennent à manquer mille ; la femme n'a généralement autre bteu I, en immeubles. La femme serbe n'est donc étaire comme la femme russe; mais elle ne B pas plus malheureuse ; le régime patriartège d'ailleurs à la campagne ; et dans les l'argent comptant est plus nécessaire que ampagnes, sa dot est appréciée en mesure ;s qu'elle peut rendre pour mettre en mou- I affaires.
La richesse du sol
Nous ayons déjà indiqué les grandes re£ agricoles du paya serbe; mais il est temps de miner de plus près. Si le nombre des travailleur n'est pas encore proportionné à l'élendue et t paeité productive du sol, si ce que la Serbie actuellement dépasse déjà considérablement les de la consommation dans le pays même, ce n une raison pour négliger un bien réel tombé tage à la nation serbe et les plus grands bénéfio< pourrait encore en tirer pour le pays, par l'ii et par le commerce.
La culture du sol serbe n'est pas setilemen nératrice par ses produits naturels, mais sugge: nombreuses entreprises qui pourraient avoir résultat un accroissement très-considérable d( obesse nationale.
S'il n'est pas désirable que le défrichem sol, pour le labourer ou pour le couvrir de vij soit poussé si loin que toutes ces belles forêts i qui couvraient jadis les flancs des montagnes et qui protégeaient' la plaine des vents et de dations, soient déracinées, si on doit soubaitei
128 LA bebbih: wr les siSBBEg
vage. II fallait donc intervenir par des lois restri et prohibitives ; et les loia n'ont point œanc[iié ai serbe; le prince Milosch s'était déjà préoccapé ( temps, du danger que la deatruotion des forêts menaçait, et il y porta, lui, le tout premier re Mais les lois, lorsqu'elles sont d'une applicatioi difficile, demeurent à peu près lettre morte. Sa grand institut forestier national, ayant siège à grade et un certain nombre d'écoles forestières ques dans les districts, propres à former des em] capables de aligner l'entretien et l'amélioration gressive des forêts, tentes les meilleures dispot de la loi ne donnent aucun résultat positif. I malheureux de l'école agricole et forestière de P' vatz, pendant les années 1872 et 1882, ne devait conduire à la mesure extrême de la suppression, au contraire, convaincre seulement de la nécess l'améliorer et de multiplier le nombre de ces pratiques, pour les. paysans et pour les gardes stiers.
En attendant, l'absence d'un cadastre, le sy primitif de la mesuration des terres, par jittro ( gerum latin) pour les champs, et par motika, poi vignes, et le manque absolu de mesures pour les 1 évaluées en bloc, en calculant qu'un tiers à pei de la terre doit être couvert de forêts, empèehi surveillanoô régulière et systématique et facilite vastation, contre laquelle, jusqu'à présent, lei même les plus sévères, ont paru insuffisantes.
Les forêts {sumej serbes ont des proprié différents, l'état (drzavene), le peuple {opstenarod', commune (opstinske), le village (seosfte), le couven nasttrsAe), le particulier {prîoatene). Pour arrêter . molition des arbres, l'état exige des impôts assez g
BEPTlÊHIi: CHAFITBE 129
ind chêne, par exemple, on doit payer 12 centimes; pour un grand sapin 3 franca mais le contrôle est bien difficile pour le des forets, et il arrive souvent que des ; abattus dans les forêts du peuple ou de ue le fisc en ait pris connaissance. La irbres est autorisée seulement du premier premier mars. Dans les forêts mêmes, où I arbres, on les scie. M. Gopcevic ' en 1888 42 scieries dans les seules forêts du peuple, ique paysan ayant le droit de se servir, »ts, d'autant de bois que lui en faut pour b pour son pot, et si sa maison brûle, d'al- ■er dans la forêt le bois nécessaire pour LS payer des taxes, on devine quelle grande progressive se fait dans les forêts autour où les maisons étant généralement des LS, les incendies sont assez fréquents, rernement serbe s'est souvent préoccupé ju'à la longue peuvent encourir ces bois la merci du peuple ; mais le peuple, lui 1 aucun souci de l'avenir, n'a autre soin : ses droits acquis, sans s'apercevoir, qu'il ieds.
evid nous donne le noms des arbres qui rets serbes : chênes, hêtres, ormes, frênes, euls, érables, sapins, mûriers, peupliers, irs, pommiers, poiriers, cerisiers et sursauvages, eto. Le chêne domine sur la it dans les vallées de la Morava et de la
ittd die Serbieti, Lei] ; Tait nôtre profit.
130 LA BBbBIK ST LE8 BEBI
Kolubara, le sapin à la montagne. A valléç du Timok, dans le district de ] le noyer ; mais les plus beaux exemp dans le district de Valjsvo; les plus poussé sur les rivages de la Kolubai
Les forêts les plus étendues et été le moins entamées, se trouven de Rudnik, où se prolonge, sur le i une chaîne de montagnes, d'un côté l'autre côté vers la Xolubara. Les ci portés par la Drina, la Sava et le Galatz et Odessa peuvent fournir un ooustructiion pour les bateaux du Da Noire; les chênes et les sapins de Kolt facilité d'être transportés, jusqu' ai cours de la Kolubara et de la Sava.
Très peu exploitées aussi, jusqu rets de là Morava serbe et bulgare att l'industrie étrangère vienne tirer un d'une richesse nationale forestière, q ment d'une bonne discipline d'en h active et féconde. Mais il est surto prendre que les immenses forêts mên latina et Majdanpek, qui longent l'étendue de quatre-vingt kilomètres, domine le chéue, u'ont pas encore et l'objet d'une exploitation normale et
D'après un calcul approximatif, occuperaient actuellement dans le Eo; d'un million et huit-cent mille hectai la propriété de l'état et du peuple cette moitié revient à l'état et trois q pie), L'autre moitié appartient aux co particuliers.
SEPTIÈME CHAPITRE IBl
Les forêts de l'état sont exploités i son profit exclusif; le revenu net en est versé dans la caisse publique et affecté aux services publics. Les forêts nationales ou du peuple sont ouvertes à tous les citoyens, comme leur bien commun; «'est dans ces forêts que la plus grande dévastation a eu lieu. « La loi de 1861, seule loi forestière en vigueur, écrivait, il y a huit ans, M. Eené Millet, n'a pas institué d'administration forestière proprement dite. Ce défaut de surveillance, l'absence de tout aménagement, aussi bien que le mode d'exploitation autorisé par la loi, expliquent que l' Etat ne retire pas d'un domaine aussi vaste plus de 60,000 fr. de revenu annuel. Les forêts nationales sont le plus maltraitées. Parmi les servitudes qui les grèvent, aucune ne leur cause plus de dommage que le pâturage des bestiaux et surtout l'usage où l'on est d'y parquer les porcs pendant la plus grande partie de l'année. L'exportation des bois de propriété nationale n'est point permise; mais, puisque chacun peut faire son bois dans les forêts du peuple, reconstruire sa propre maison brûlée, avec du bois national, et exploiter dans un but commercial, pour les constructions qui se font en Serbie, n'importe quel bois national, moyennant une taxe de 3 francs et 37 centimes pour les plus grandes conifères, de 2 /rancs, et 11 centimes pour les moyennes, et de 43 centimes seulement pour les conifères dont le diamètre, à un mètre du sol, est de 30 centimètres, et la construction des niaisons serbes se fait surtout avec du bois de conifères, sans tenir compte de la contrebande que le défaut de surveillance facilite, on peut se faire une idée du ravage qui se fait depuis un ddmi siècle, dans cette partie de la richesse du sol serbe.
Les forêts de l'état sont mieux entretenues; mais une partie du revenu de la forêt n'enrichit point la caisse
132 LA 8EBB1E ET LES SEBBKS
de l'état, puisqu'il est affecté aux besoins dt la loi ayant établi que chaque officier puias forêts de l'état, dix-sept mètrea cubes de bo fage pour le semestre d'hiver et 16 mètres le semestre d'été. Les communes gerbes po huitième partie des forêts. M. Millet nous i dans ces propriétés, la- surveillance et l'ad en sont confiées aux municipalités, que ] coupes a lieu par adjudication, quand 1 locales ont décidé ces coupes, et que l'exp bois qui en proviennent est permise, et enfin la CQupe achevée, le terrain devient pâturag oe qui empêche naturellement que l'anciennt y repousser et laisse prévoir qu'à la longu plus en Serbie de forêts communales.
tin grand nombre de forêts, d'une é squ'aussi grande que celle des forêts natioi tient aux monastères qui les exploitent, tant des coupes par des contrats privi consentement du ministère des cultes et ( ecclésiastique. >
Ce que maintenant M. Millet nous ap profit que les industriels français pourrai bois de constructions des forêts serbes pt tout aussi bien pour nos industriels. Nous donc au profit du public italien les exi commandations que M. Millet fait à ses c( c Les hautes futaies de la Serbie pourraiei nos industriels, une source de profit qu'ils t de dédaigner. H y a là de magnifiques et ex de construction qui, convenablement mis seraient faciles à exporter par la voie de £ même à écouler dans l'intérieur du pays, dustrie nationale, la Serbie, en effet, empri
SEPTIÈUB OHAPITKE 133
he la plus grande partie de ses bois de charjxistê à proximité de presque toutes le forêts es forêts même, des cours d'eau rapides qui int d'excelleute moteurs pour l'établissemeot de mécaniques. Aucune entreprise sérieuse de ce
été faite jusqu'à ce jour en Serbie. Il y a
de concurrence à redouter; la seule scierie 6 qu'existe en Serbie a été fondée récemment 'alanka (département de ISTégotin) par une so- ;e et fait, dit-on, de bonnes affaires. La Eou- , en particulier, la Petite-Valacbie, qui est isée, seraient encore pour les bois serbes un
débouché. C'est l' Autriche-Hongrie qui apne de bois ce pays. Mais une scierie établie igîon du bas Danube, c'^st-à-dire tout près de Lanie, ferait certainement une concurrence aux bois autrichiens. J'ajoute qu'un établisinsi placé aurait anoore l'avantage de pouvoir ;r ses bois directement sur les grands navires ntent jusqu'au port de Kadoujevatz. Le coms douves de tonneaux mérite d'attirer particu- ; l'attention de nos viticulteurs. C'est là une
assez répandue en Serbie, mais assez mal en- )n fabrique la douve française et italienne en ,a quantité, La plus répandue est la douve alqui est fabriquée pour le compte de négociants établis dans les villes de Kragoujevatz, Krou- Obrenovatz, Jagodina. (Iles négociants revendouves à des acheteurs indigènes ou étrangers, s varient entre 30 et 40 fr. les mille pièces. Ce :e semble être la source d'assez grands bénéfices lit se faire facilement sur une plus large échelle. , la qualité et la quantité de ces bois permettra- Tabriquer sur la place des tonneaux excellents. »
134 LA SKSBm ET LES SKBBKB
Tontes ces considérations fort intéressante concernent la production du bois de constructioi le Royaume, pourraient s'étendre aux pays serl . mitrofea et surtout à la Vieille Serbie, à la Boa à l'Herzégovine, trois régions montagneuses et bt où l'induatrie des bois pourrait offrir à des ont neura et des marchands italiens les plus grande sources qui enrichiraient à la fois ces provinc ' l'Italie; mais tant que ces provinces appartienn l'Autriche et à la Turquie, il n'y aura aucun zè la part de ces deux puissances pour nous favori:
Nous avons dit qu'une partie des forSts natii a déjà fait place au pâturage. En proportion de ] due du soi, aucun autre pays de la péninsule balca ne produit et n'alimente autant de bétaU que Is bie, Bêtea à cornes, chevaux et porcs abondent e spèrent dans ce pays, ce qui nécessite qu'une pari sol serbe soit laissée et livrée aux pâtres. I rait que la nourriture que le bétail reçoit s sol serbe est excellente. Les prairies et les pâturag plus renommés et les plus recherchés en Serbit ceux de la haute plaine de Zlatibor près Uzitze, i mont Kopaonik, sur les deux côtes du pas de Grdi entre Vranja et Leakovaé et enfin sur les monti de Knjazevaé, Rudnik, Podrinje, Zajecar, etc. Oi sure le pâturage par koça, qui est une étendue d centiares (on pourrait se demander ici, si le mot serbe n'est pas l'équivalent du mot sanscrit kroçc représente l'étendue de 4000 coudées, soit deux mètres). On calculait en 1883, que le pâturage de la Serbie occupait à peu près la superficie de 16 hectares. La qualité des herbes est excellente, et poussent surtout si bien à cause de l'abondanc eaux qui fertilisent les prairies serbes. On oalou
8BPTIËUE CHAPITRE lB5
icolte annuelle de deux cent milles kilooin.
s du bétail que l'on cultive, il y a en tain nombre d'animaux sauvages, de plus cependant à cause de la chasse qu'on leur )e ayant le droit de porter des armes; întres de l'ours, dn loup, du lynx, du ohat anglier, du blaireau, de la martre, de la aelette, se font bien plus désirer que craîns oiseaux de la Serbie on remarque sur- 1 rouge, l'aigle, le vautour, le pélikan, le leau, la corneille, la gru, la cicogne, la îcasse, le bécasseau, le perdrix, le canard, ige, le pigeon sauvage, le ramier, le coq a caille, l'outarde, l'ortolan. Dans le Dae en abondance l'esturgeon, dont on tire [lent kaviar, dans la Sava des carpes, des 3 la Drina et dans plusieurs torrents de ! truites renommées. Mais toute cette ri- Ue du pays serbe, à l'exception du kaviar
ne sert qu'à entretenir une variété de as plantnreux dn peuple serbe, et k lui plus facile, sans avoir une véritable imr le développement de l'économie natio- [uelle joue au contraire un rôle très conculture du bétail, qui a été la principale
Serbes, généralment des pâtres ou des 'une chose et l'autre à la fois, peaux restent presque toute l'année au pâment dans la plus mauvaise saison on les es étables misérables, pour les mettre à ges, et des vents; le bétail dans les éta^ Lon pas seulement du manque d'air et de îs aussi de la nourriture, qui est insuffi-
saute et malsaine, le meillenr foin étant chevaux et aux brebis; ce qui est cause temps, lorsque les vaches sortent de leurs nent une idée approchante des fameuses va du Pharaon.
' Dans les villes serbes on mange de ■ viande de boeuf, rarement le veau. On n'e un grand nombre de vaches à lait en Serb ne fabriquant ni beurre ni fromage; ma s'est pas fait, ce qu'on essaye à peine dep années de faire pourrait bien dévenir um source nationale. Pourquoi, en attendant du beurre et du fromage allemand, lorsqu'oi le sol serbe en produire non pas seuler consommation dans le pays, mais pour l'ez n'est que l'industrie qui manque; et il est que chez les Serbes mêmes ce génie se d' étrangers peuvent ouvrir les yeux, frayei enseigner la bonne méthode; mais lesôcol et industrielles serbes doivent développer et le paysan serbe le goût de l^ndustri* merce.
Sur mille têtes bovines on ne comp que deux cent milles vaches à lait; c'est n on ne veut pas apprendre à fabriquer le fromage, mais c'est beaucoup trop peu, si nédictîon du sol, si riche en pâturage et i veut tirer tout le bénéfice qu'il est capabl On dirait que le Serbe est indifférent à li jouit d'un certain bien être, par les dons prodigue, mais il ne se soucie guère son bien; dans cette philosophie, il y a beaucoup de sagesse, mais aussi un peu qui pourrait devenir préjudiciable dans
flEPTIÈMF. CHAPITEE 137
randes complications économiques que le me amène. Puisque le lait serbe est excel- ■nde, 'pourquoi négliger cette source de risnale, qui pourrait, changée en beurre et en igmenter considérablement, avec la fortune liera, les revenus du pays? Nous apprenons d sur la frontière de la Bosnie, puis à Pai Pirot on a essayé de fabriquer des fro- . mode suisse, et que l'essai semble avoir rquoi donc ne pas développer cette industrie- 36 et très-rémnnérative sur une plus vaste
eudant, on s'étonne un peu de ne pas voir ID nombre de bêtes à cornes proportionné
des pâturages.
let a pu établir pour les années 1880-86, ae de 827,000 bêtes h. cornes; ce chiffre qui
lui même, assez élevé est inAniment iufé- 3apacité du sol serbe pour l'alimentation
beaucoup plus nombreux, jmpruntons encore au livre do M. Millet '.e petits détails tout aussi utiles à nos marndustriels qu'aux marchands et industriels iint plus près de la frontière serbe, notre avan-
plus immédiat, si nous parvenions à trou- 'ouchés particulièrement favorables à notre , et à notre exportation. Pour le moment, ïe la Serbie n'existe qu'au profit de la Au- ^ie.
ireusement, nous n'avons que les statistiprès exactes et complètes de l'année 1867.
rente ans, les choses ont pu changer; mais îs sont généralement stationnaires, quoique ue quelque progrès dans les relations com-
138 LA SERBIE KT LES eSSBES
merciales extérieures de la Serbie avec l'étrangi tout avec l'Angleterre, la France, efc l'Italie. Seu' ainsi que tous les consuls et ministres étrangers grade ont eu soin de l'avertir dans leurs rapp' cas dernières années, il ne faut pas toujours pn la lettre les données de la donane auatro-ho' pour en tirer des conclusions sur l'activité excepi de la production du commerce et de l'industrie hongroise. Le plus souvent l'Autriche-Hongrii qu'un intermédiaire entre la Serbie et les autn de l'Europe. Elle fait stationner chez elle la mi dise, pour la revendre plus chère, tantôt à la tantôt aux autres paya de l'Europe, Ces taxes d' fixés par l'état autrichien, et ces fonctions de c( exercées surtout par les Juifs de la Autriche-I ne sont point faites pour encourager des initiât commerce international avec la Serbie, tant q ne trouve d'autres débouchés pour la soustraii assujettissement économique qui la paralyse.
consules.
Les bêtes à cornes serbes so^t généraleme squ'on les exporte, envoyées aux magasins gé de Steinhruck (près Pesth), d'où on les expéd, loin, pour les vendre à des prix bien plus élev
Mais il sera profitable pour nous de conn quel prix les bêtes à cornes sont vendues d( marchés serbes, Yoicî donc les données de
Le prix moyen d'un bœuf est seulement francs et 67 centimes ; le plus beau a été v< Gradischté, à 131 francs 67 centimes. Un© va dinaire coûtait 55 francs 88 centimes; la plus été payée à Gradischté 87 francs, 80 cent.
À la grande foire annuelle de 9passov-D
SËPl'lËUE CHAPITRE 139
Bufa de qualité ordinaire, en 1888, n'est à 100 francs, nne paire de bœufe de qualité à 160 francs ; la plus belle vache avec son iranea, le plus beau veau à 30 francs, des mbleraient dérisoires, en ce moment, dans I et les foires de l'Italie et de la France ; itmotif d'apprendre que les frais de transoits de donana, le bénéfice des oonrtiera nter les prix des bêtes à cornes serbes à un n'en la même année 1888 on vendait sur le Pesth, une paire de bœufs serbes de prêté à 500 francs, une paire de bœufs de rieure à 340 francs, une vache de première BO francs, une vache de qnalité inférieure s. Devant cette usure inouie de l'état et ^eurs juifs-allemands, il faudra bien songer a. Si les prix des marchés serbes sont trop rait et on devrait les hausser an profit des serbes; mais si ces producteurs eux mêmes iérêt à les maintenir tels qu'ils sont pour ;er aux .consommateurs serbes des prix qui it l'économie des familles, on devra s'ocsement pour émanciper la production serbe nie étrangère qui devient écrasante ; et il ntamer des relations directes et suivies [talie, soit avec la France, en ouvrant de )i6s, de nouveaux débouchés, et en aecores facilitations possibles pour les transports. ing considérable est en Serbie l'élevage des des chèvres. On comptait en 1886 en Ser- 3 millions et 620 milles têtes ; et il paraît lors non seulement cette production n'a I, mais qu'elle est en grand progrès; l'inorale est dans le goût et les habitudes du
petiple a&the ; et le peuple se nourrit en grande p de la viande de mouton qu'il préfère à ceJle du l dont la plus grande consommation, ainsi que l'avons remarque, se fait dans les villes.
L'espèce de montons pins répandue en Ssrl dont M. Q-avrilovitch a fourni l'historique à la se d'agriculture de Belgrade, est celle dite de Eriv qui résulte d'un mélange essayé à la fin du : passé, par un certain Pasvangta, de quelques f plaires mérinos de l'Asie Mineure avec l'espèc digène.
Monsieur Millet nous donne cette descriptif la race de moutons de Krivi-Vir : a C'est une e de taille moyenne, peu élevée sur pattes. La têt brebis est en général dépourvue de cornes. Celle béliers ne sont ni grandes ni très fortes. La tel assez bien proportionnée avec le corps et passabh recouverte de laine. En général, les jambes som vertes de laine depuis l'épaule jusqu'au genou ; rive parfois que cette laine descend plus bas. La est peu frisée. Elle est assez régulière sur toute 1 face du corps et suffisamment compacte. Les att sont fines. La queue est longue et bien fourni meilleure laine se trouve sur le cou, sur la part périeure de l'avant-main, sur le dos et sur la part périeure de la croupe. La qualité moyenne est sur les cuisses, la partie inférieure du cou et i tête. La dernière qualité est celle du ventre et queue. On trouve en Serbie les meilleurs sujets dt race. Avec des soins intelligents, on pourrait en l'une des meilleures d'Europe, particulièrement les contrées d'Alexiuafcz, Kniajevatz, Golubatz, ] lié et Pirot. Malheureusement, comme il arrive un très grand nombre de produits serbes, les trou]
fwr^'
mal soignés, sont abandonnés aux intempéries des saisons. Par suite, la laine, malgré ses qualités de longueur, ne peut servir, à 'cause de sa dureté, qu'aux travaux indigènes, au lieu de prendre la place qui lui appartiendrait parmi les articles d'exportation. » ^
La tonte des moutons serbes donne généralement un rendement de près de 3 kilogr. par sujet. On fait une tonte par an ; si on soignait davantage les moutons, on pourrait en obtenir de»x.
En 1888 la ferme-école de" Toptchidère a importé des béliers de la race de Rambouillet et de la race Electorale qui, croisés avec la race indigène, ont donnés des résultats excellents ; des expériences pareilles ont été faites aussi avec des sujets de race bulgare ou macédonienne, dont la laine est plus douce, croisés avec la race de Krivi-Vir.
Dans les marchés serbes, le prix le plus élevé atteint par une brebis sans agneau est de 8 francs, d'un bélier, de 10 francs, d'un agneau, de 4 francs. L'exportation n'est pas encore considérable, en proppr- L tion de la production; on n'a pas dépassé les 100 mille
i' têtes par an, dont la plus grande partie a passé en
Turquie, les autres en Autriche-Hongrie.
' En dehors des quatre millions à peu près de
[ moutons et brebis, on compte, en Serbie, presque
i un million de chèvres ; une chèvre coûte de 7 à 10
h francs ; on en tire profit, pour la consommation des
• viandes fraîches ou séchées à Tair libre, pour le lait et
I" un fromage médiocre mais qui est cependant une res-
I source alimentaire des pâtres eux mêmes, et pour le
i commerce des peaux.
* Avertissement utile, dont, à l'heure qu'il est, la Société d'agricolture, le Gouvernement et les producteurs serbes auront, sans doute, déjà fait leur profit.
LA BEBBIK ET LES 8SBBE8
ifais Iei plus grande hclies9e du sol serbe di 6 dans l'abondance et l'excellence de sa ra
La race actuelle s'appelle man^<.ulitza et d lencement du siècle; mais des auteurs ] qu'elle provient d'une race ancienoemenl] im nde. Son origine peu importe ; noire ou b!
oies hérissées, à la tête courte, au groin po a oou charnu mais court, aux épaules en
détachées, au dop d'âne, à la poitrine le nde, au ventre arrondi et pendant, aux nourries, aux jambes courtes, à la ciueue imme dit M. Millet, en tire-bouohon, à la
rapide, à la constitution vigoureuse, apte r les grandes variations atmosphériques âi » porcine de Serbie a le mérite de donnei de lard et une excellente qualité de viat compter dans ses annales de noblesse, des il ces: c Ce sont, dit M. Millet, des porcs de > s avec des sujets importés d'Angleterre, q
la race actuelle hongroise (Bakonia) si ren< toute l'Europe, »
)n pourrait en conclure, d'une manière q rrèverencieuse , que les Hongrois ont prii , soin des porcs serbes qui sont venus oi lol et accroître leur modeste richesse naf Q ces vaillants colons serbes qui sur les c
Hongrie ont tant de fois et si bravemen'
l'invasion turque.
I. Millet nous donne encore quelques autre iments intéressants sur cet hideux bienfaiti e serbe. « Les femelles peuvent suppor
dès l'âge de 10 mois et produisent en g ortée de 3 à 6 petits. Dans l'état acto ige, on n'obtient qu'une portée par an; ma
BBPTIÈHIS CHAPlTaS 143
bé faites en donnant plus de soins Witant de les exposer aux intempé- 3n a obtenu un rendement de trois ns. — A l'état maigre, les porcs sont aux et paissent t'berbe des pâturalaaai une très bonne nourriture dans de chênes qui couvrent le sol do Lcipaux marchés, pour les porcs mai- 1 Semendria, Valievo, Kragoujevatz, iprès les cours ofSciel, la moyenne s'est élevé à 28 fr. &0 cent, la pièce, levé a été de 45 francs sur le mar- . Dans cet état, ils sont achetés par i les réunissent en d'énormes trouiouvent de 5,000 à 6,000 sujets, et bir, pendant une période de 3 à 4 lent dans des obors (étables pour Ijà, on les nourrit avec du maïs. Ils rtés sur les marchés de Pesth, dans raux de Steinbruck; ils y reçoivent tËnitif pendant une période de 1 à '2 restent en même temps à la dispors et intermédiaires qui les réexpères pays de l'Europe. Les porcs qui, à isent pas plus que 100 kilogrammes la jrès l'engraissement définitif un poids et 500 kilogr. la paire; au marché pour un porc serbe bien engraissé et i raison d'un franc, en moyenne, par li veut dire que le meilleur porc qui maigre, 45 francs au maximum en à Pesth, se paye plus que cinq fois , On vend, cependant, chaque année, Ji, plus que deux cent milles porcs
144 LA SSBBU: ET LES BEBBËS
serbes, et on en venderait encore davantage, 3 grie on ne faisait monter si haut les pris, et t tentait d'un bénéfice plus raisonnable.
€ Avec le trafic considérable, conclue '.
auquel donne lieu la race porcine, i! y a lieu ner qu'aucun industriel n'ait eu l'idée de i Serbie des porcheries sur le modèle des beau sements américains de Chicago ou de Cincinna n'existe encore aucune fabrique de salaÎBOi industrie de ce genre montée et dirigée d'une telligente serait assurée d'un grand succès. L'ea de la viande de porc salé serait autrement i celle des porcs vivants, et permettrait à la nouer des relations suivies avec les marchés d au lieu de rester tributaire des marchés les sins de son territoire. En résumé, le commer' stiauK en Serbie, mérite toute l'attention de ciants. Jusqu'ici le marché hongrois était intermédiaire de ce commerce. Les revendeurs bruck bénéficiaient de la différence consid* existe entre le prix d' achat en Serbie et moyens des principaux marchés européens. C choses devra cesser le jour où des tarifs sufi modérés permettront au bétail serbe de prend min de la mer . Egée. «
Pour eu finir avec les bestiaux de la nous reste à dire un mot des chevaux, du cheval serbe a été négligé; des deux ra est insignifiante, et ne peut être employée les fatigues de la montagne, comme ou y et ânes et les mulets; elle est petite, laide, m
SEPTIÈME CHAFITBE
ibea solides, au pied aûr; l'autre dits de i'après le village où on l'élève, et qui Lûien oroisâment de la race iudigèue avec ace turque ou arabe, est vive, légère, et ne certaine élégance ; mais elle demanon élevage, de plus granda soins; un gnée, elle pourrait très bien servir à la cavalerie nationale, sans besoin de recou* IX hongrois qui coûtent plus cher, qui itage et qui sont plus grands, mais ne ux que les meilleurs chevaux serbes. Un e la race inférieure go paye un peu plus 3; le prix d'un cheval serbe de race suie 250 à 500 francs. La Serbie élève norque cent mille chevaux; elle pourrait it suffire à approvisionner son armée, si »ar un élevage perfectionné et plus ratenir à la race chevaline serbe les meildu cheval arabe, qui lui appartiennent.
du bénéfice direct que la Serbie peut lesse de aes bestiaux, le commerce des is, des peaux, et des cornes pourrait faitation de plusieures fabriques rémnnéraleuteraient considérablement sa richesse veillant donC'l'eaprit d'initiative et d'or-
pour le moment, semble faire défaut à .a peuple serbe, le progrès du pays se- I, et ce progrès aurait pour résultat un e prospérité nationale enviable. C'est la es patriotes serbes, et surtout des ho'm- [ui gouvernent le pays, de tenir en éveil, de développer cet esprit.
se prête admirablement bien pour la illea et des vers à soie. La qualité des
146 LA SEEBIK ET LES aEBUES
herbes aromatiques de la montagne serbe pej un plus grand développement de l'industrie les, pour la production du miel et de la l'excellence est bien connue. M. Gopcevic ca 1888 que les 60,000 rucbea d'abeilles que l'oi en Serbie rapportaient 12,000 kilogrammes i . 40,000 kilogrammes de oire.
À l'industrie et au commerce de la soie i ont contribué surtout les Italiens de la Véi par l'établissement de métiers, soit pour le des cocons et des semences, de la Serbie en Ita l'introduction de la semence du ver à soie c'était la semence serbe la plus recherchée par italiens.
Le ver à soie est surtout cultivé dans le de Pozarevac, Cuprija, Nisch, Smederevo, "^ rot, Kragnjevac, Jagodina, et Belgrade. Les n gètent en Serbie d'une manière exeeptionn»
poussent tout aussi bien que les tilleuls en  à Pozarevaé et à'Ouprija existent deux écoles pour la plantation et l'éducation des mûriers
En dehors des cocons à soie, la Serbie pi plantes textiles, qui fournissent des tissus sa tout des chemises d'une toile si robuste, qui s' ment avec le corps qui la porte. On la brodCj fait ainsi, un habit artistique et élégant; m porte trop longtemps, et elle coûte trop chère, l'on puisse en faire une grande consommât!
ne l'exporte à l'étranger que pour satisfaire 1 quelques collecteurs de curiosités serbes. Mais serbe ne s'exporte guère, la matière premi excellente, on en fait quelque recherche à 1 surtout en Autriche-Hongrie, en Turquie ei garie, où les toiles brodées et les cordages
8EPTIËUK CHAPITBE 147
sidérable d'ouvrières et d'ouvriers. On 87, que l'on avait vendu pour 20,000 , vre serbe en Autriche-Hongrie, ponr lie, et pour 10,000 en Bulgarie; on en- I à l'étranger en filasse, mais pour le ue temps après en cordages, ce qui n'est ;ent et adroit; pourquoi ne pas se souudance del'industrie étrangère lorsqu'on nt fabriquer des cordes sur place ? A ce let observe: « Une corderie montée édés français serait sans doute une en- ' e et offrirait les plus grandes chances réparant des produits très supérieurs à lODBommation locale et pour l'exportame corde d'origine serbe fut envoyée à ) à l'examen de personnes compétentes.
ue la matière première était d'une quae, mais que la . fabrication était déte-
}, surtout dans les plaines de la Serbie rête admirablement bien à la culture des erbe n'est cependant pas encore labouré il exigerait. Habitué le paysan serbe, !on torque, à un certain laisser aller, il lé, depuis sa délivrance, au sol de proplus qu'il n'en donnait à l'ancien maî- )ans les district de Maéva et Krajna gras, que, sans engrais, sans irrigation, en artificiel, il donne, chaque année, oisson; mais qu'est-ce qu'il ne pourplus, si on le soignait quelque peu?
t en Serbie des systèmes plus rationsi on se résignait enfin, à introduire jricoles, pour mieux labourer la terre.
et pour en tirer Le plus grands profit, sans la f et sans l'épuiser? Ceci semble d'autant plus néi et urgent dans un pays où les bras des paysa l'on accuse d'indolence, ne suffisent pour la cul sol, et qu'on est obligé de chercher des laboureur les tsiganes, les habitants de la vieille Serbie i Macédoine.
La chamie des paysans serbes est primï même traînée par quatre, quelquefois même huit elle ne parvient qu'à pénétrer la surface du labouré. Le paysan qui pousse la charrue est i plus souvent par sa femme ou par sa fille, qui semence' dans le sillon et puis avec le pied ram peu de terre pour la couvrir, M. Gopcévié ne prend qu'en 1867 en Serbie ou employait j labourage de la terre 13,680 chevaux, 307,616 60,132 charrues. Cette proportion a dû s'aug considérablement dans ses dernières années, g) développement de la culture des céréales d Serbie méridionale, depuis l'annexion de Nisc statistique nous donne pour cette seule région i perfieie de 10,972 kilomètres carrés, avec 9,600 res cultivés en céréales, dans les départements de Pirot, Vranja, Toplitza. Le premier départemei eède 433 moulins avec 804 meules, le second 37 lins avec 792 meules, le troisième 474 moulin 547 meules, le quatrième 357 moulins avec 421 i Mais les moulins, tout aussi bien que les instri du labourage, sont encore d'un système primitif donnent des farines médiocres, qui sont conso dans le pays même; c'est vrai que le prix de 1: ture est bas; mais il est à désirer que la oulti céréales se développant davantage grâce à l'ii etion de machines agricoles, et que la fondation
terie & vapeur puisse permettre l'amélio- ^arinesj pour la consommatiou et pour , et rendre rémunératrice cette industrie, t, d'après les informations des différants y a encore beaucoup à faire pour vaincre ant du paysan serbe, qui ne manque cer- ,8 d'intelligence naturelle, mais qui est nu it de l'avenir et peu pressé d'augmenter
aies les plus cultivés en Serbie sont le >ouDe qualité et d'un rendement rémuneïs, le seigle, l'orge et l'avoine. Le froment ralement à 12 ou 13 francs les 100 kilo* La Serbie méridionale, écrit M. Millet, ne is tout, le blé qu'elle produit et qui est hé par le commerce d'exportation, à cause qualité moyenne. Les quantités de frôlement exportées atteignent, estime-t-on, ioQ de kilogrammes. Le commerce d'exporéréales est exclusivement, ou à peu près, ins des courtiers et des marchands serbes it toujours leurs achats à Belgrade, d'où ttants les livrent à la clientèle. ■
conditions mêmes de l'agriculture serbe ibles de grandes améliorations. L'ancien France à Belgrade M. Millet relevait ces l'assolement est peu compris et mal pralage est peu répandu ou appliqué sans diles instruments aratoires sont imparfaits;
sont trop lentes; les opérations de dépivannage faites à l'aide de cheveux, boeufs de la simple pelle de bois, donnent lieu à :agéré. En un mot, l'ignorance des payère de culture, leur répugnance à mettre
en pratique les méthodes perfectionnées i a se servir de machines, même quand elles gratuitement k leur disposition, paralyse loppement agricole normal de cette partie Mienx cultivée cette région pourrait, seni' menter facilement le chiffre de son ex] froment, chiffre assez modeste, si on cons:
consommation locale est minime; les paysi tume de réserver le blé pour la vente et d du pain fait avec des farines grossières seigle et d'orge. »
Le maïs n'est pas d'une très bonne que généralement neuf francs par 100 kilogra avons déjà dit qu'une partie de ce produit pour engraisser ]es porcs. La culture du i être encore plus négligée que celle du fr semence jaune et blanche, dit Millet, est, ji paration préalable, dans un terrain impr préparé à la recevoir et supporte moins bi coup des opérations atmosphériques. Dt fossés d'écoulement et de rigoles pour la des eaux fluviales, les champs de maïs subi tour les funestes effets d'une humidité et ( resse extrême. La plante dépérit et le déi du grain reste stationnaire. »
Ni le maïs, ni le seigle, ni l'orge, ni 1' portent de la Serbie; on cite cependant q d'orge acquis à Belgrade par la brasserie prix de 7 francs les 100 kilogrammes. C devrait encourager une culture qui pourrt large débouché dans les pays voisins de 1 où la consommation de la bière atteint des colossales. En Serbie même, Bacchus a be d'avenir que le Roi Gambrinus; et nous
SEPTIÈME CHAPITBE 151
le rapport étendu et détaillé de M. Millet s et les spiritueux que la Serbie uous fait Iques années une concnrrenoe sérieuse, pour ir le marché français, « La Serbie, écrit-il, a vinicole au même titre que la Hongrie et e. Bien que la culture de la vigne j soit s l'enfance, aea crûa ont une saveur, une
une richesse qui les ont déjà fait apprécier 'oe étranger. Les français n'ont pas été les s'en préoccuper. Depuis plusieurs années légociants de Bordeaux et de Cette connaisimin des vignobles danubiens. En 1888, la as relations commerciales avec l'Italie les a
à explorer plus attentivement les différentes Inrope qui pouvaient leur fournir, pour leurs l'équivalent des vins italiens. Pendant que 3 bordelais allaient chercher à Fiume les 3 la récolte hongroise, d'autres chargeurs, r nos compatriotes, et battant quelquefois ançais, remontaient le Danube et accostaient etits ports qui" sont les débouchés du .vibe. Le nombre des certificats d'origine délia Légation de France durant cette saison l'un mouvement d'affaires très digne d'at-
reu devrait faire réiléchir nos hommes d'état lent au maintien d'une alliance tout aussi fuis intérêts économiques qu'à nos intérêts de
conséquences de cette obstination ne sont ties seulement sur le marché italien, par l'in-
des rapports directs des négociants et inrançais avec notre pays, mais elles devront mtage sur notre économie nationale, pour leux d'isolement économique auquel elle
La SERBIE £T LES SERBES
noos damne. Tant qu'un pays ami, comme '.
profite de notre imprévoyance, le mal qui e dant assez grand ne devient pas odieux; ma don de tous nos intérêts en France, favorise e ment cette grande puissance, que la Franct souvent comme intermédiaire dans ses relat le pays serbe, et ç^ui a fait de la mer adria mer autrichienne, bien plus que la France n' la Méditerranée une prétendue mer française les pavillons anglais et italiens sillonnent cette mer, nous n'avons rien à craindre de 1': pavillon français. Mais par terre et par mer 1' Hongrie nous ferme presque tous les débou la Serbie; elle exploite à son bénéfice, exclusi tout le commerce avec l'Orient balcanique; el] toutes les anciennes ressources commerciales jadis toute puissante sur l'autre côte de l'Adi
Le sol serbe est admirablement bien ■ recevoir la culture de la vigne et il fait M. Miilet une page éloquente et poétique :
suFpris, dit-il, lorsqu'on voyage dans les p moins fréquentées du pays, par exemple, aux des ces monts Kopaonik qui séparent la Ser dionale du sandjak de Novi-Bazar, d'apercé à coup à une altitude déjà considérable, d'imi gnobles tapissant à perte de vue des coteaux des montagnes, et jetant une verdure abondai et grasse, sur ce sol brûlé des feux de l'Oi dans toutes les auberges, on boit le vin c l'eau ; et il ne manquerait à ce vin, tantôt rc piquant même, tantôt lourd, épais et chargé d qu'une meilleure préparation et quelques mél dicieux pour en faire la boisson 1» plus exqu
Ce sont là de véritable trésors négligés
SEPl'IÈUB OBAPITBK 153
i perdus des montagaes depuis l'anti-
recTilée, remis en quelque aorte entre populations honnêtes, bieuveillEintes et ignorantes et sauvages, comme un déne connaissent pas la valeur. Combien isaent-elles pas pourrir la grappe sur
au contraire, ne coupent elles pas pèle- ' îur raisin et le pire, le mûr et le maur i de faire tourner en vinaigre ces craa
De quelle folle et dangereuse liberté ne les ceps, abandonnés sans soutien è. tons 'une végétation luxuriante, et traînant
magnifiques dans la boue et dans la ame les vignerons eux-mêmes, avec leurs ites, leurs cheveux et leur barbe en îurs vêtements sordides, diffèrent des liqués, si habiles à lutter contres les lOrtant sur leur visage la sérieux de rpetuelle avec les éléments, et respirant ;e leur personne le bien-être que procure ricole la plus féconde en surprises et en ?és ! Cependant, le chemin de fer trat de part en part ces régions trop dédait prévoir le jour où ces populations couomme, et intelligentes secoueront leur int, s'assimileront les procédés modernes
à l'appel du commerce étranger. »
les plus renommés de la Serbie sont ceux 'ojarevatz, Semendria, Choumadia, Kronsch; mais les seuls vins de Négotin, pour Qt connus à l'étranger, et entrent assez
le coupages pour la fabrication du vin
ux.
;e foncé, il est très chargé de tannin, de
164 LA SEBBIB ET t^S 8EBBES
sucre et d'alcool, et il se transporte très perdre aucune de ses qualités ; le vin roug tin, se vend en Serbie à 19 francs 50 centii litre; le vin blanc à un franc de moins. M rait an commerce beaucoup plus étendu à ei avec les autres vins de la, Serbie, fort pe l'étranger, mais appréciés dans le pays. I nées 1881-82, à cause du phylloxéra qui n vignobles français on avait exporté de la Ser quarante mille hectolitres de vin serbe par i on en exporta encote 36,380 hectolitres, m seulement plus 24,440; ses hausses et ces vent avoir une cause qui serait intéressant»
mais pour le moment, on ne sait pas au jus serbe soit exporté ; on suppose cependant q trois quarts au moins la Serbie, par ses vii sionne les fabricants de bordeaux en Fran demande française, on doit donc se rèj l'abondance relative de la récolte dans le français.
On fabftque encore en Serbie deux so de-vie, la comovîtza et la scklivovilza, que 1' en grande partie, en Turquie; on signale dans ces dernières années une diminution i dans cette exportation; est-ce le mérite des tempérance? ou bien, fabrîque-t-on ailleurs' ques années des eaux-de-vîe de meilleure que les buveurs de la Turquie préfèrent? < comovitza fabriquée d'une manière très prin recommande guère aux étrangers, quoiqu'ell évidemment aux estomacs des paysans ser) schlivçvitza, qui est une eau-de-vie de pru tonique excellent et d' une saveur fort aj Serbes prisent surtout ce goût de prunes qi
BBFTIÈUB CHAPITRE 155
a ferait pent-étre déprécier et dédaigner à l' etran- Un hectolitre de schlivovitza de qualité inférieure md 20 francs, de qualité supérieure 32 francs; un ïlitre de qualité ordinaire se vend en Serbie à rancs, et de qualité supérieure jusqu' à 68 francs. Maia puisque le sol aerbe semblait destiné par le à recevoir toutes les bénédictions, ce n'est pas iment à la surface qu'il produit avec exubérance, , dans ses proprés entrailles, il oacbe des trésors, de pays intéressent autant le géologue que la Serbie, } rencontre trois systèmes de montagnes différents, Ipes, les Earpathes et les Balkans; la Serbie forme leud de ces trois systèmes, ce qui explique la rite et la variété de ses minerais. M. Millet dans son
précieux a fourni des détails fort intéressants sur lifférentes mines de la Serbie, où l'on trouve enl'or, l'argent, le plomb, l'antimoine, le fer, le zinc, ckel, le chrome, le manganèse; et la houille. Tout mvoyant pour les détails à son livre, nous lui emtons l'historique des mines serbes, qui nous semble : an iiitérêt général :
« Les Romains, lorsqu'ils n'obéissaient pas à des idérations purement stratégiques, ne traversaient le
de la Péninsule que pour en extraire du minéral. 3 l'Ancien rapporte qu'au temps de Néron, l'or it de la province de Dalmatie, c'est-à dire, de la lie actuelle. On le trouvait preaqu'à la surface du it l'on en exportait jusqu'à BO livres par jour. L'emîment de ces mines a été déterminé en 1866, par énienr Conrad, aux environs de la rivière Verbas. i la Serbie centrale, à Rndnik, on a relevé des initions romaines. C'est également sur les districts ers, par exemple, aux environs du Kopaonik, qu'on va le plus de monuments romains. Enfin, la No-
titia dignitatum indique, pour l'IIlyriè, toute une hi rarehie de fonctioniiaires et d'ingénieurs des mine L'exploitation a continué, pendant tout le moyen âg Elle ne s'est ralentie qu'après l'occupation turque, ma sans disparaître d'un seul coup. Sur l'état des min^ aux XII*, XIII«, XIV^ et XV* siècles, les témoignag abondent.
Les ordonnances des rois de Serbie prouvent qu cette époque on faisait appel an concours d'émigran saxons qui passaient pour les meilleurs ouvriers < mines et on leur permettaient de s'organiser en cot muoautés. Le moine français Brocard écrit, en 1432, qi le roi de Serbie possède cinq mines d'argent et auta de mines d'or, dans lesquelles on travaille sans iute ruption.
Un témoignage postérieur , celui du Byzant Kritobulos {1453) atteste encore la ricbesse de ces n nés. Les travailleurs saxons ' sont désignés, dans 1 documents du temps, sous le nom de Purgari, une ! tération du mot allemand Burger ; ce qui indique qu'< leur avait conféré, comme en Transylvanie, certai droits spéciaux. Ces privilèges sont exposés tout ■ long dans le code de l'empereur serbe Doucban.
Mais ce sont les archives de la République de B guse qui fourniraient les détails les plus circonstanci et les plus instructifs sur l'exploitation des mines moyen âge. Cette ville, en effet, n'a cessé, jusqu'à fin du XV® siècle, d'entretenir des relations réguliéi avec l'intérieur, pour l'exploitation des métaux p: cieux. Elle seule, par son esprit de suite, son géi commercial et la souplesse de sa diplomatie, a pu coi
' Probablement do la même souche des Saïons des Sieb biirgen de la Transylvanie.
8EPT1ÈUE CHAPITRE 157
,n système d'exploitation qni avait été abau- Qgtemps à la fantaisie individuelle ou paralysé asEirds de la politii^ue et de la guerre. Lorsque lies de la péninsule lui fermaient un chantier, tement elle en ouvrait un antre dans une ré- 3 paoilîque. Elle ne s'est retirée que pas à pas i domination turque qui, après avoir d'abord xploitation des mines, en a, peu à peu, tari les !oit par scrupule religieux, soit par l'ignorance raire des gouverneurs de province. Du reste cité commerçante plutôt qu'industrielle, n'ex- )as directement; elle fournissait les capitaux es ; faisait traiter les minerais sur place et se
le monopole de la vente. Quelquefois les maragusains s'associaient avec des entrepreneurs [Is payaient presque toujours un droit très
seigneur du pays. Toute cette combinaison ilairement exposée dans un acte de concession en 1364, par le Ban de Bosnie Tvarko à un leur saxon qui se faisait commanditer par i^sains. Il semble que, jusqu'au dernier moterrain minier lui-même ait-été divisé entre ) de petits propriétaires qui creusaient pour pte et vendaient aux Itagusains le produit de illes. Quelquefois même, il résulte des actes de
des testaments qu'on pouvait être propriétaire uart de puits. » Le métal était séparé de sa :ur les lieux mêmes, ainsi que le révèlent de X amas de scories, et subissait un dernier af- Venise, puis, plue tard, à Raguse où, vers 1430, litain, Menicocci Burello, importe cette in-
our ou Itaguse affaiblie a cessé d'entretenir térieur des rapports suivis, tout c
naguère si actif, s'est endormi comme par enchai ment. Il ne faut paa oublier que l'Amérique a été couverte peu de temps apfès 1» prise de Oonstanti pie; cette coïncidence de date explique parfaitom l'indifférence de l'Europe pour les minos de l'Orii puisque d'une part les recherches devenaient de j en plus difficiles et l'exploitation plus aléatoire, et < d'autre part le nouveau continent livrait à ses n très espagnols des richesses minérales presque intac qui ne cessaient d'inonder l'Europe de métaux j cieux. C'est ce sommeil de quatre siècles qu'il s'agit rompre. Toute société minière qui entreprendra des cherches, soit en Serbie, soit dans le reste de la pei suie, doit se dire qu'elle est l'héritière directe de '. guse, qu'elle reprend < la suite des affaires > au pc précis où cette république les a^ laissés vers la fin XV^ siècle. Par conséquent, son premier souoi doit i d'examiner l'inventaire laissé par ses prédécesseurs:
M. Millet poursuit la description des prinçipi centres miniers de la Serbie indiqués par les docume historiques, analyse la production actuelle et foui des renseignements utiles sur les dernières tentati d'exploitation des minerais serbes; enân, il se dema; pourquoi les capitalistes ârançais resteraient indiffère à l'avenir minier de la péninsule des Balkans. La mé demande nous pourrions renouveler ici aux ingénie et capitalistes italiens.
Mais, en somme, après l'exposé rapide que ni venons de faire de la production essentielle du sol aei on peut vraiment envier le sort d'un peuple redev» libre sur un sol à peu près vierge, et qui récèle tant trésors, et offre tant de ressources. Y a-t-il un ac pays en Europe qui, dans un espace relativem aussi restreint, réalise mieux les merveilles d'une Te
BEPTIÈME CHAPITBE 159
L'industrie de l'homme y est encore insuffiis, puisque le peuple aerbe eat intelligent, ai, icoles serbes, les maîtres poussent la jeunesse e au travail, que u'aura-t-on pas le droit de
d'un paya aussi béni du Ciel que la Serbie, liomme s'associera avec ardeur et avec esprit
l'oeuvre presqu'exubèrante de la nature?
Relations de la Serbie avec l'Etranï
Une première r6iiiarc[Uâ est nécessaire ici ; n'enbre pas et on ne sort point de la Serbie sans ] seport ; sous ce rapport, la Serbie, ainsi que tous pays jadis dominés par la Turquie, conserve les ditions de l'Orient et du moyen âge ; c'est, à n' avis, nn reste de barbarie qui ne doit tarder à dif raître, et qui,' irritant inutilement le voyageur civi et n'apprenant pas grande chose à la police se n'aboutit absolument à rien.
La Serbie, en imitant la Russie et la Turq par ce système de méfiance, n'a fait qu'encourage: police hongroise à une surveillance plus attentive ses confins, qui gêne surtout les Serbes et les I mains dans leurs mouvements, et dans leurs affai et donne au puissant voisin de trop grands droits. maintien du système des passeports en Serbie' et Koumanie n'est, en effet, qu'au profit des Màgyai puisqu'il y a un bon nombre de Serbes et un grand nombre de Boumains en Hongrie et en Ti sylvanie, on craint, sans doute, un envahissement pays, de la part des Serbes de la Serbie et des K
HUITIÈME CBAPlTaE 161
umauie; on veut donc ae réserver le tinar, et de les poursuivre, à l'occaaioQ.
idammeub le plus fort qui craint le jui ne veut point renoncer à son droit lur que celui qui lui échappe et s'emanou tard devenir un maître, condition pareille ne peut pas durer veut bien nous faire supposer que la te l'étranger, le juif surtout, voyageant
puisse se fixer sur le sol serbe ou rouler, devenir propriétaire, et renouveler, ces danubiennes du Balkau, ce miracle m, qui s'est opéré dans ces derniers longrie, est cause de la nécessité où la >umanie se trouvent d'exiger des paslutres moyens plus sérieux et plus simur se défendre de ce danger d'ailleurs il suffira que dans les contrats d'achat, on appartient réellement à la nationaéchapper au péril que le juif hopgrois, land devienne le propriétaire d'abord laître du pays serbe. Les plus grands
nationalité serbe proviennent de l'entbe -Hongrie.
. la Serbie supprimera ces passeports, >it d'exiger de sa puissante voisine la lé de conâanoe et de traitement, jyons ce que les journaux sémitiques ont dire de cet avertissement. On nous le défection; parceque nous avons pris : la oause des ^Roumains et, mainte- Serbes, en ce qui concerne leurs rapis avec l'Autricbe-Hoiigrie, nous devers traîtres. Nos sentiments à l'égard des
162 LA 6BBBIB ET LES SEfiBES
vrais Magyars n'ont, cependant, point changé; les estimons, nous les admirons pour toutes leurs c tes brillantes; mais ce qui nous a attaché le plus à noble nation est son esprit chevaleresque, sa dro sa vaillance. Depuis quelques années, l'ambitioi litique de ses chefs, secondée par l'intérêt des mi de Juifs qui, à l'heure qu'il est, plus on moins dég" occupent le sol hongrois, nous semble avoir pou( nation hongroise hors du chemin droit. La Ho pouvait se mettre à la tète d'une fédération de pe indépendants ; elle a voulu devenir une sonveraii rannique de plusieurs nations et magyariser tOD sujets. Cette violence faite à la nature lui sera, peut un jour on l'autre fatale. Elle peut bien se ré; pour le moment, des compliments que deux puis Empereurs viennent de lui adresser à Budapest; puisque Serbes, Croates et Boumains forment la leure partie de leur grand domaine, c'est avec e non pas avec les deux empereurs allemands qu' faudra faire ses comptes ponr l'avenir. Et le règle de ces comptes ne sera pas aussi facile qu'on a de se r imaginer dans les chancelleries austro groises; il est donc à craindre que, pour avoii d'nn noble peuple allié nn peuple à exploiter e primer, on précipite la liquidation d'un empire qi aucune base . rationnelle pour continuer à existe n'est que dans une grande fédération de peuples pendants, en faisant rentrer les Autrichiens da giron allemand, en délivrant les Tchèques, les S ques, les Polonais de la Gallicie, les Euthènes, les vènes, les Roumains de la Transylvanie, les Serbi Banat, de la Bosnie et de l'Herzégovine, que les gyars pourront encore vivre indépendants. Leur . pendauce actuelle, au contraire, demeure factice.
En effet, ils ne sont des maîtres qu'à la condition de dépendre de cette alliance lige, qui s'appelle iripU^ seulement parce qu'on est parvenu à river à cette chaîne et y retenir l'Italie dont l'intérêt suprême est de rester la souveraine indépendante et idéale, l'amie sympathique, sans aucune distinction, de tous les peuples qui marchent vers le progrès; mais, en effet, le Magyar d'aujourd'hui est le grand sujet de l'Allemagne, qui paye les privilèges dont on le gratifie, par un excès de zèle dans Foppression de peuples qui ont lutté autrefois à côté des Magyars pour secouer la domination étrangère et contribué à leur délivrance.
Un savant statisticien hongrois, M. Charles Keleti, écrivait en 1887: « Nous avons cessé d'être une nation intéressante, et comme nous remplissons honnêtement nos devoirs de nation civilisée, nous demandons qu'on nous reconnaisse comme l'égal des Etats de l'Occident. » Puisque de cette nouvelle nation sont forcés à faire partie des Slaves et des Roumains, il faudrait avoir leur avis là dessus avant de prononcer une sentence définitive. H ne faut pas d'ailleurs confondre un gros état avec une grande nation; et toute la civilisation d'un pays ne consiste pas dans l'ampleur de son budget et dans ses ressources économiques. La Hongrie est sans aucun doute en grand progrès, et digne d'admiration et de respect pour ce mouvement intellectuel qu'elle favorise en toutes les directions : mais, si on voulait tenir compte du rôle soutenu par les Allemands et par les Juifs dans tous ces efforts, on pourrait avoir des appréhensions sérieuses pour le sort final de la véritable Hongrie authentique et traditionnelle, qui, de jour en jour, s'effece à nos yeux. »
Nous avons demandé à Tun des chefs politiques
161 LA SERBIE ET LSB SE&Bl!:S
les plus dootss eb les plus écoutée de la Serbie, que les Serbes devaient craindre ou espérer d( Bussie et de l'Autriche-Hongrie. Voici en quels tei l'illustre et aimable écrivain répondait, après i avoir déûnitîvement Ûxè sur les oonâns de la pe idéale serbe.
« Il n'y a personne aujourd'hui en Serbie qui manderait d'autres confins pour la partie unie de les Serbes que les confins de la langue et de la m nalité, avec la seule réserve d'un arrangement p: oulier avec les congénères, différentes tribus slave Sud, qui devraient établir entre elles une certaini çon de vivre d'aocord.
Pour designer les conâns de l'ancienne Serb:
faut passer en revue rapide l'histoire des Slaves caniques dans son ensemble. On doit d'abord dii guer deux grandes époques : l' l'époque de prépo rance bulgare ou de l'hégémonie bulgare pour tou Slaves baloaulques, qui dura depuis la colonisa jusqu'à l'asservissement slave sous l'empereur Bi Bulgaroctone (1019), en somme, du septième à l'onai siècle; 2™^ l'époque de l'établissement de l'équil serbo-bulgare qui sortit de la regénération même états bulgare et serbe, ensuite des Croisades et, e: de la substitution de l'Empire Latin à l'empire gre Constantinople, qui date de l'année 1204 et se tr jusqu'à la chute de Constantinople anx mains des Ti
Dans la première époque, la vie serbe se sei plutôt repoussée vers le littoral adriatique, parce à défaut d'équilibre, les régions intérieures dt presqu'île balkanique subissaient l'autorité presqt elosive bulgare.
A cette époque-là, on pouvait distinguer c Serbies, la Serbie maritime, qui tenait les bassina
HUITIÈME CHAPITEE 16B
Patenta et du lac de Scutari avec ses afomprises les montagnes adjacentes, et la itrion<de de la Save et da Danube, qui tenait
des rivières Bosna, Drina et Morava, avec tercalaires entre la Serbie maritime et da^ 3Ù l'on trouve les hauts plateaux de l'anaie, entre Novi Bazar et Prizren, et ÇLui ijourd'hui encore VanrAenne SerMe par excel- ; la chronique du prêtre de Dioclée, un ou-
dans l'onzième siècle, qui nous délimite erbies. Pendant la première époque toute .
;t- à-dire du septième à l'onzième siècle, le }ractiou était plutôt la mer, parceque dans entrale et septentrionale, la prépondérance I Bulgares laissait peu de place à la vie spélerbe, vu surtout la grande proximité des nast bulgare. C'est donc dans la Serbie Maritime ua le premier royaume de Serbie (1077) avec on du pape Grégoire. Le lien entre la Serbie t la Serbie du nord ne se perdaient cepen- 8 ; mais les frontières du nord changeaient et de tout côté, grâce aux prépondérances
bulgare, byzantine ou hongroise, de sorte ;ie montagneuse entre la Morava du sud, s affluents septentrionaux de la Drina force côté-ci le centre fixe, et tout le reste toujours de la force relative, de l'habileté, I et du talent des différents chefs. Dans la poque (1169) c'est dans la Serbie du nord, sur eau entre Kopaonik et Char-dag {Novi-Bazar I qu'on a commencé à fonder un nouvel état a base de la chrétienté byzantine, la même ervi en 870 pour la constitution de l'état b secondé et aidé quelque fois par les Croi-
ET LES SBBBE8
sades et par les Anjoax de Naplea, 80U3 la d intelligente et bienfaisante de la série des prie mania, oet état atteint au moyen âge un degt vilisation qui fit l'admiration des contempor dont tons les historiens du moyen âge parle respect. Pendant cette époque, il y a eu souvent entre les Serbes et les Bulgares, pour l'établi d'un équilibre. À la fin, la frontière serbos'établit suivant les limites occidentales du du Timok et les limites orientales du bassii Strouma.
Du côté de Constantinople et du côté des grie, la frontière changeait sans cesse. La c tarqne interrompit ce mouvement d'expansio concentration.
Le royaume actuel de Serbie, ajoute doi éminent informateur, n'est qu'une partie de l'a patrie serbe. H doit sa formation aussi bien à héroïque et persévérant de ses régénérateurs q' pui de la nation serbe toute entière. Comme être organique d'ordre moral doit avoir sa dans le monde, la mission de la Serbie, mutatts v ressemble fort à celle du Piémont, sous la con( la maison patriotique de Savoie, devant la na< lienne, avant la constitution du royaume actuel L'Autriche suit dans les Balkans absolument ] politique qu'elle suivait autrefois envers les éta provinces italiennes. Ce régime s'est accentué tage, après l'occupation de la Bosnie et de l'I vine. Si les Serbes possédaient, intellectuelle: moralement, la même force dont ont fait preQ\ 1866 et 1870 les Italiens, pour en arriver à l'aoi sèment de l'uaité italienne, on devrait s'attendr en Serbie des résultats politiques analogues.
HniTIËUB CBAPtTBE 167
)ur le moment, en réalité, se révèle déjà lute occasion, par le sentiment nnanims ion, et qui devra tôt ou tard avoir rai- : obstacles qni semblent rendre difficile d'une seule grande patrie serbe indé-
) seule possibilité qui serait, peut-être, nger le point de vue actuel des patriolerait le cas où l'Autriche adopterait le I patriotes serbes et se déciderait à réae, en sa qualité de grande puissance, bus serbes, en vue de constituer, à côté libre, nne Serbie autrichienne indêpen- L lieu de songer à créer et protéger une dentale de Slaves du sud avec les Serbes l'Autriche, dans sa conduite politique, tcles, jusqu'à la dernière occupation de . cherché qn'à dominer, soumettre, et res.
1 côté, la Bnssie, n'étant pas limitrophe, la même religion, à la même culture, à et presqu'à la même langue slave, forla domination turque, encore du temps édé Pierre le Grand, tout l'espoir des es. On supposait que la Russie devait IX souffrances des corréligionaires, pres. On y émigrait non pas seulement de is de l'Autriche même, poussés et outrés se du clergé catholique. Un certain nomhommes de talent, s'y distinguèrent, en brillantes carrières. Les guerres russes B Ottoman, qni se succédèrent dans la lartir du temps de Pierre le Grand, ont 3 de grands espoirs, qui ont été d'ail-
168 LA SEBBIG ET LES BEKBES
leurs réalisés par la fondation de la principau à la suite des traités de Bucarest et d'Ad (1812-1823) et da protocole d'Ackerman. La guerre est dans la mémoire do tout le monde suit que les espérances serbes et les syrapa peuple serbe pour les Russes ont une base s ancienne, qui ne sera, peut-être, jamais ébran!
Une seule chose est vraiment à craindre d de la Kussie. C'est l'éventualité d'une entente a tricie on d'un entraînement quelconque pou tage de la presqu'île balcanique. On se rapp' amertume l'occupation de la Bosnie si facile imprudemment accordée à l'Autriche, à Reicht 1876, dans l'entrevue des Empereurs; on se de la préférence donnée aux Bulgares par le Sau'Stefano et on médite sur le partage de la et sur les idées échangées lors de ce partagt diplomatie autrichienne et allemande, conce presqu'île balcanique. On est donc tout à fai à maintenir envers les Eusses comme enveri monde la devise: Les Balkans aux peuples bal Mais on espère que les scènes de Eeichstadt i nouvelleront plus, et que l'on appréciera ©i l'avantage de se maintenir un allié fidèle, ei dans ces parages et la convenance d'accorder tection réelle et solide dans le grand et pénibl de l'union serbe. >
Nous avons, de temps en temps, enteni qaes hommes politiques italiens, M. Crispi ©ni mettre en avant le projet d'une principauté dante albanaise, sous le protectorat du royaui lie, et éventuellement, avec un prince italù nous sommes donc adressés à l'illustre person: nous a fourni les précieux renseignements qt
flDrnʻK CBAPiTEB 169
avoir son avis, et connaître en même temps mérale des Serbes sur une pareille év6ntuaîonnaissions d'avance sa devise, et nous ne int de sa réponse, mais nous tenons à la" tH extenao, pour dissiper tout malentendu QH notre propre pays. L'Italie sera toujours t plus grande, plus forte, plus respectée en t que son domaine sera exclusivement spiiroit supérieur de sympathie et de civilisadroit chevaleresque des nations nobles à la iea faibles, et si on le veut aussi, en conaises propres intérêts. Comme je crie depuis jue nous n'avons pas besoin de prêter nos France pour l'avoir amie, puisqu'elle se euf- §me, et que nous devons seulement retirer rement de les prêter à ses ennemis ; comme le droit de plaire à la France, et de noua er, rien qu'en lui prouvant que nous lui e amitié fidèle et une sympathie constante, 16 nous pouvons et que nous devons devenir ■a amis des peuples balkaniques, rien qu'en de l'intérêt pour leur prospérité et pour i. Voici donc ce qu'on nous écrit de.Belgrade: a déjà plusieurs décades d'années, que l'on T l'indépendance et pour la liberté des peuiquea, sous la devise: iea Balkans aux peuples qui se complète par la tendance à une %, et en attendant, à une entente balkanique, . qui pourrait y conduire. On ne pourrait re pour l'Italie ce qu'on ne serait pas prêt tre, en même temps, à l'Autriche, à la Eusanee (par exemple, en Syrie) et à l'Angleixemple, en Egypte, Chypre et l'Asie Mile sent si tien dans toutes les parties de la
170 t.A. SKEBIE ET LES 8EBBES
jreaqu'île que la même idée se trouve exprimée ■eiiTS façons. Les Roumains, par exemple, l'ei ons la forme d'une neatralisation de lear pa tg:ure dans tous leurs programmes, depuis H ,ittres l'expriment dans une défense d' ingéreT onque dans les affaires balcaniques. On sei omme, toujours le besoin supérieur de se pi l'importe quelle médiation, de crainte de ne oqner en même temps l'appétit des compenst 'immixtion dans les affaires balkaniques.
Cet ordre d'idées et de principes n'est lersonne, pas même par les Turcs. Il est facile uire que n'importe quelle ingérence d'Itali Albanie serait très mal accuillie à Belgrade, «rtout ailleurs dans la presqu'île. C'est aux  omme à tous les autres, de disposer de leur so ationalité, dans la presqu'île, n'est niée de p ourvu qu'ils soient disposés à se servir des dro 3 sont servis leurs voisins et compatriotes balk
C'est à eux de dresser leur programme e< lander ou un état dans les limites prescrites ationalité prépondérante, ou de a'allier avec ( ationalités balkaniques qui leur semble la p enable. Tonte solution pourrait être bien vae, aile qui ouvrirait une porte d'influence étrai e partage, qui paraît, actuellement comme ui doit être évité avant tous les autres. On vi ans ces dispositions qu'on préfère même la c( ion du régime turc à une solution pareille. »
' Pas même l'ingérence que la Russie a eue dans loi ilkaniques, pour constituer la principauté serbe) Nous i que le patriotisme de notre illustre correspondant 1 ire plus qu'il ne pensait. En 1S48 aussi, on disait cli 'Italia farà da se ; mais sans l'aido de la France en 1.
HUITIËUE CHAPITRE 171
au moins, a le mérite de la plna grande aïs, après nue déolaration si positive et si i\ faat ae dépêcher de faire déménager l'Aungrie, de la Bosnie et de l'Herzégovine, est qu'après ce déménagement que la Serbie prendre ces relations de commerce avec la atique et avec l'Italie qui ont été une source spérité au moyen âge.
avons encore désiré connaître oe que les Sera- jours pensent sur les débouchés que l' on tercher vers notre mer; et on nous a répondu, i, par ce précis historique fort instructif:
moyen âge, la Serbie faisait tout son commerce oral adriatique, et toiUes les routes d'exportation Hporiation aboutissaient aux villes orientales tique.
it Baguse qui était, parmi ces villes, la prinjui faisait le commerce aussi bien avec la avec la Bosnie, grâce à sa position favorable. litre, les villes de Spalato, Sebenico et Zara alutôt leur commerce avec la Bosnie; et les ïattaro, Bari (Antibari ou Antivari), Buleiari, Alessio, exclusivement avec la Serbie, loutes ces villes, se trouvait comme protecrande médiatrice Venise, qui avait quelques ■elations directes avec les pays serbes. Les : documents conservés aux archives de Rai Venise expliquent et démontrent ces relandes. La langue serbe ne connaît à présent ;re mot pour le compte que l'ancien mot itane, ou razione, qui est devenu en serbe racun,
vaglia, en serbe, vaut toujours comme une 1 courante pour la valeur. Le manque de )rdre, de sécurité qui suit partout le régime
turc comme ane ombre iachease, la mine éc qui s'enaaivit dans l'intérieur, amenèrent f la rupture des anciennes relations, qui ne st mais entièrement interrompues ; car même i on exporte encore le bétail de la parti gueuse de la Serbie méridionale par le chem guse, suivant les anciennes traditions ; et le même de la dynastie royale actuelle, Miloscl vie, natif du département de Oujitae (Uzice), ouest de la Serbie, avait encore fait, avant '. tion de 1804, un voyage jusqu' à Raguse, c un troupeau de boeufs sur ce marché adriatl
Aujourd'hui, tout le grand échange ioti de la Serbie vers l'occident, ae fait, par 1 avec l'Europe centrale; à cause de cette r surgissent quelquefois des conflits assez grf les intérêts des deux pays et on est gêné en s'être confiné dans un certain monopole avec l'Autriche. En dehors du grand intérê qui demande la communication par les cherc et par les relations commerciales suivies ent bus Serbes de l'ouest et celles de l'est, on ae besoin de renouveler, tant qu'il est possible, commercial vers la mer Adriatique, parce l'issue la plus naturelle pour les débouchés dt qui devraient servir aux moments difficiles, sentirait rétréci et suffoqué sous la pression ger d'exploitation égoïste du côté du nord.
La Serbie doit absolument s'étendre vei et on considère que la mer Adriatique est i nous fournir des ports, aussi bien d'après les
' Non pas seulement, à notre avis, pour ceux pour tous les produits <Je la Serbie méridionale, )
du moyen âge, que d'après la colonisation actuelle de ces rivages; et on regrette fort que le traité de Berlin n'ait pas au moins rapproché la Serbie du Monténégro, ce qui lui aurait permis de se ménager un débouché à travers l'état fraternel. C'est une preuve de plus de la constante mauvaise volonté de l'Autriche qui, au congrès de Berlin, ne demandait que l'oppression masquée de la Serbie.
I Ces pensées sont le fondement d'une entreprise de
I chemin de fer, qui, partant de Turnu-Severin comme
I terme extrême du réseau roumain, lierait Kladovo par
[ Nisch, Prischtina, et Prizren avec la vallée de la Drina,
I par laquelle on irait chercher le lac de Scutari, la
frontière monténégrine et le littoral Adriatique. On se flatte en Serbie qu'on aurait dans cette route le moyen de reconstituer deux monuments de l'ancienne civilisation romaine, c'est-à-dire, de restaurer l'ancienne voie danubienne, laquelle, par le pont de Trajan à Turnu- Severin, (dont les colonnes repoussent encore les flots du Danube) liait la Dacie avec Rome, et de retrouver la trace de l'ancienne Via Egnatia^ car la ligne de Scutari d'Albanie par Prizren, Prischtina, Nisch, Sophia, etc. serait la route directe entre Rome et Costantinople et remplacerait parfaitement ^ancienne via Egnatia. Au commencement de l'année 1896, la Skoupchina serbe a voté une loi pour la construction de la ligne Nisch-Kladovo, qui ferait partie de la ligne sus-mentionnée. Les études de cette ligne doivent être achevés au j)rintemps de 1898, A Bucarest on a montré les meilleures dispositions pour la construction du pont entre Turnu-Severin et Kladovo, et pour la jonction des deux lignes. Il resterait encore la partie pas trop grande, entre la frontière serbe et la mer Adriatique mais qui demeure encore au pouvoir de la Turquie; et
174 LA BBEBIE ET LBB SEBBKS
il est à regretter qu'un reste de sauvagerie tu; albanaise qui persiste sur les montagnes qui si Prizren de Soutari, crée des entraves sérieuses complissement de cette enÈreprise. C'est pourtai seule grande voie qui devrait servir comme principale pour tout échange commercial entre bie et l'Italie. On en espère beaucoup en Serbi Monténégro. »
Nous espérons à notre tour que les bons de l'ambassade italienne à Constantinople api ces dernières difficultés, auprès de la Sublime et qu'il nous sera possible pour le commencen vingtième siècle de voir, de nouveau, Rome , avec Byzance et avec la grande colonie de l'en Trajan. "
Au même illustre savant serbe qui nous a les intéressants détails qui précédent nous demi encore une appréciation impartiale sur les difl espèces et les différents degrés d'influence exer les étrangers sur la culture serbe. Nous tenio tout, comme Italiens, à apprendre à quel point, AllemandsetFrançais avaient contribué, en notre à modifier la civilisation du pays. Les lignes ( vent sont propres à satisfaire toutes nos curiosîi
« Il n'y avait, en somme, que quatre influ< l'époque de l'établissement des serbes dans la pri balcanique :
1' Vinfiuence byzantine. À travers et avec 1 stianisme byzautin, les Serbes acceptèrent la ture, les institutions, et, dans une certaine mes moeurs, le confort, les arts, les lois de Byzam cet intermédiaire, les Serbes ont participé à l'fa classique attaché au sol de leur nouvelle patrie empreinte a été si profonde et avait tellement j
HUITIËUE CHAPITRE 175
psychologique de la nation serbe, qu'où îore, et que l'on ne peut plua s'en déta- ■itiers actuels de cette grande civilisation
byzantine sont, parmi les Slaves, les Serires et les Russes. On peut ajouter, que imencement du XIII» siècle, c'est-à-dire it des nouvelles idées qui ont formé la ■ne, les Serbes, les Bulgares et les Eusseà squ'alorSj étaient attachés les Roumains) lie langue ecclésiastique et littéraire (le
encore en usage dans nos églises), et la ttîon.
influence romaine-italieniie, qui dominait la tntale et la Croatie, en même temps que zantine dominait la Serbie orientale. L'inne-italienne pénétrait dans la partie serbe le à travers les ports de la Dalmatie et de r Venise devenu l'intermédiaire et le ré- I échange. Avant le XIII* siècle, on pou- >i la partie occidentale, le littoral adria-
appartenant plutôt au cercle romain, et lus orientale, o'est-à-dire les bassins de
Danube, et les versants de la mer Egée, knt dans le cercle byzantin. Ce fut Saint .
na à l'état serbe la base définitive de la ^■zantine. L'état serbe, assez faible jusqu'à
prit alors un essor rapide et devint le d du Byzantinisme et de l'orthodoxie dans lalcaniques, en pénétrant même jusqu'au ique. La civilisation byzantine et la ciienne étant d'ailleurs les filles d'une seule outraient sans cesse sur le terrain de la mais la civilisation italienne, à cause de a laissé des traces plus larges et plus pro-
176 LA BEBBIE ET LES SBBBSB
fondes dana la patrie serbe. Seulement le tendances religieuses de Rome et de Byzam des conflits regrettables, à commencer p»
qui est tantôt cyrillique, c'est-à-dire grec, Tous les Serbes reconnaissent volontiers mieux pour la nation de rentrer defîniti l'une ou dans l'autre sphère et de cons compacte, au lieu d'un schisme dont les streuses, déjà très-sensibles, se feront de ressentir dans l'avenir.
S*"* L'influence arabo-turque qui se pi rapidité dès le XV* siècle, et dont il rest rents assez nombreux (quelques centaines chez les Serbes mahométans. Ces tribus, assez tranquilles etiuofifensives, ont ado ment, avec la religion et la philosophie, vivre des Musulmans, sans pourtant s'êti ment détachés de leur propre nationalit plus grand nombre de ces Serbes mahomé jamais pu apprendre la langue turque, il par la langue et par le soi natal, fortem< à> l'ensemble de la nation. Ils étaient, en g des seigneurs féodaux, qui avaient adopté ] mieux conserver leur fortune. Ce n'est qu que dans cette masse arriérée commence un esprit nouveau et l'on peut signaler un salutaire d'évolution vers le progrès.
4"® L'influence moderne européenne, qt aux premières décades du XVIII^ siècle, livranee du joug turc et avec la renaissar et littéraire de la nation. Les armes autric les premières brisé les chaînes de l'escl Dans les pays serbes de la Hongrie méric remarquons les premiers signes de vie lib
HUITIËUE CHAPITRE 177
rmes de culture moderne et d'une littérature I, chez les Serbes. A la fin du siècle passé, la ationale ae montre avec des caractères russes ; ce, comme en Bussie, du temps de Pierre le la vieille langue morte ecclésiastique, et on ton élève au rang de langue noble, de langue la langue du peuple. Les Bulgares ont imité exemple des Elusses et des Serbes, poussés aodernisme par le même mouvement démo- 6t philanthropique qui avait déterminé les réformes de Pierre le Grand. La restauration serbe effectuée entre les années 1804-1816 concours de l'Europe, aida à la régénération 1, par une littérature nourrie d'idées nouveles modernes, d'idées européennes qui ont péi^ie serbe et ont admirablement servi au déveit de la nation toute entière. »
it à l'Italie, son rôle est bien tracé vis-à-via rbie; elle doit se rapprocher d'elle, d'abord ier à recouvrer en entier son indépendance, lour rétablir ces relations de commerce qui ité si profitables aux deux peuples, pendant i âge.
,ut soustraire la Serbie à la double dominaue et autrichienne, la reconduire jusqu'au jro, et lui offrir les premiers navires qui denouveaux apporter les trésors de la presqu'île lie à Bari, Ancone, et Venise. « L'Italie, écri- 1885, M. Stoïan Boschkovié, fidèle à ses aspiïonservera sa place parmi les grandes nations, irant toujours des idées généreuses de justice grès. .
1 ce que nous ne cessons de répéter, pour notre jmpte, à nos patriotes ; et puisque nous cou-
sidérons comme ua crime de lèse nationalité tion de la Bosnie et da l'Herzégovine par 1'. Hongrie, puisque ce crime autorisé par le Berlin de l'année 1876 et consacré par la liance, nous sépare cruellement et inâignem pays ami, nous faisons notre propre cause la patriotes serbes, nous recueillons au fond de i et nous poussons pins loin les cris de doult détresse qui nous arrivent du pays serbe.
En attendant, voici, l'éloquent mémorano à la chancellerie impériale et royale de Y 7 décembre 1896, par les représentants des c serbes-orthodoxes, clerico-scolaires, de Bosnie zégovine, au sujet de l'égUse serbe orthodos nationalité et de la langue serbe:
Oppression des Sbbbes en Bosnie et HEEzi
A Sa Majesté Impériale et Royale Api l'Kmpereur-Itoi François Joseph.
Sire !
Les soussignés représentants des comm:
rico-soolaires — serbes orthodoxes de Sérayév< Donya Tonzla, Brtchko, Gratchanitza, Stolatz, Bossanska Gradischka, Priïédor, Nova Doubitz; Most, Zwornik et Belyina, — au nom des di munes — ont l'insigne honneur de soumettre i du Trône de Votre Majesté Impériale, pom daigne le prendre en bienveillante considérati Mémorandum '
Les églises et les écoles serbes ont touj même avant l'occupation de ces contrées en 1
' Pendant que nous rncttone sous presse, disa.it le Méi s autorités des provinces occupées ouvi'CDt la série à.'
jamaiie, une autonomie c orthodoxes se sont admii de vtie scolaire et clérie ,us leurs églises et dans l'alphabet serbe et le pu tenir leurs séances nent et sans la présenc ts, de même sans être DQent aux dites autorités ours pu librement célébi jonformer aux ordonna ication à l'autorité et t employé et dans leui
.t des saints serbes et i aes dana les édifices co:
rement élu leurs prêtres àtre aucunement infiueni
i sans empêchement elle «col es religieuses, prim
libre plan d'instructi( oigner la foi qu' elles o:
,r nationalité serbe, le n irbe;
et leurs écoles ont te jcepter des legs et des d a toujours été administi
crzégovino des ressorti sants s ine d'années et qui sont raèi 3S provinces. C'est corame uoIj sentiment eei'bo dans ces pa
elles avaient le droit d'acheter et de vendre des commiinales au profit des églises et des écoles t ont érigé des fondations clérico-scolaires sans sation préalable de l'autorité ;
L'administration de leurs édifices commuuai écoles et des églises, sans aucune exception, le oombait totalement de même celle des monastè des écoles et biens de monastères ; ' Elles avaient le droit de participer aux élt des Patriarches oecuméniques ;
Enfin elles ont eu le droit de pétition toutes les autorités temporelles et spirituelles, le Gouvernement et le Souverain.
Voici en quoi consistait principalement noi tonomie clérico-scolaire avant l'occupation : c'e ces droits que s'appuyait notre religion orthod notre nationalité serbe.
Mais, lorsqu'on 1878 l'art. XXV du Traité de confia à l'Autriehe-Hongrie le mandat d'occu d'administrer la Bosuie et l'Herzégovine, afin d', tre fin aux mécontentements et aux désordres, 1 olamation adressée à nos compatriotes le 13/25 1878 nous a annoncé que Votre Majesté « ord que tous les fils de ce pays seraient égaux dev loi, que la vie, la croyance, les biens et la forti chacun seraient également protégés et sauvegai
» Vos lois et ordonnances ne seront pas ar rement abrogées, vos moeurs et coutumes sert spectées. lîien ne sera changé de force, tout sei rement examiné et jugé. >
Plus tard, le 9/21 avril 1879, la Convention, c entre le Gouvernement de Votre Majesté et ce! Sa Majesté le Sultan afin de régler les détails d cnpation, a expressément stipulé que a les ind
de ces contrées seraient en premier lieu introduits dans les diflférents emplois administratifs » de même dans son article II que: « tous ceux qui seraient domiciliés en Bosnie et en Herzégovine jouiraient d'une complète liberté dans l'exercice de leur religion. »
En conséquence, l'autonomie clérico-scolaire et nationale que nous possédions avant l'occupation, nous a été garantie déjà par le Traité de Berlin, car cette autonomie n'a jamais été la cause des mécontentements, désordres et troubles à la suite desquels le susdit mandat a été confié à l' Autriche-Hongrie; de sorte que rieii ne pouvait être changé, ce qui nous a été, en outre, confirmé tant par la proclamation du 13/25 juillet 1878 que par la Convention du 9/21 avril 1879, puisque cette dernière nous garantit notre religion, nos droits acquis, nos coutumes, nos biens, nos institutions, l'exercice extérieur de notre religion, notre nom national serbe, notre langue, notre nationalité et tous nos biens les plus sacrés.
Le peuple serbe-orthodoxe des provinces occupées a donc cru pouvoir s'attendre à ce que son antique autonomie clérico-scolaire, qui lui était ainsi garantie, cette autonomie qui avait sauvegardé sa religion et sa nationalité serait non seulement complètement respectée, mais aussi augmentée et élargie.
Dix-huit années se sont écoulées depuis l'occupation et au lieu de voir nos justes aspirations se réaliser, nous voyons les autorités de ce pays marcher pas à pas vers l'anéantissement complet de notre antique autonomie, qui nous a été garantie par la proclamation de Votre Majesté.
Longtemps nous avons attendu une amélioration; nous nous sommes adressés au Q-ouvernement du pays pour qu'il nous protège contre ses subordonnés, mais
182 La sebbts et les serbbb
notis ne reçûmes ni aide ni satisfaction; le ment a toujours confirmé et autorisé toute, res prises par les autorités contre notre ég
Au contraire le Gonvernemenfc du pays tend continuellement à l'annihilation de nationaux les plus sacrés et c'est dans cett' qu'il a rendu et qu'il rend continuellement nances contraires non seulement à notre ai tonomie clérJco- scolaire, mais au sens même autonomie, de sorte qu'il nous conteste ne institutions et coutumes auxquelles nous avo pu nous conformer librement du temps de tion ottomane.
Et lorsque nous nous adressions au Gou du pays avec l'humble prière de modifier nances, celui-ci nous a oa simplement écon nous a même pas jugés dignes d'une répons
Tout ce qui précède a profondément ; inquiété les communes serbes-orthodoxes et !
bres et a amené les soussignées communes thodoxes, les plus importantes du pays, à humblement, par l'organe de leurs représ Votre Majesté Impériale, leur très gracieux et Empereur et à soumettre aux pieds d Trône ce mémorandum contenant leurs griel en priant humblement Votre Majesté de daij ter une oreille favorable et bienveillante.
Sire!
Longue est la liste des griefs, qui font poir des cœurs de Vos protégés, de Vos i nous ne nous arrêterons qu'aux plus impoi nous considérons comme notre devoir pat plus sacré d'informer ouvertement et sinoèren
HUITIÈUE CEAPITBi; 183
de tout ce qui engendre dans nos âmes la doule mécontente ment.
tre autonomie nationale, serbe-orthodoxe (clélaire) et avec elle notre religion est menacée,
annihilée et négligée de toutes sortes et mar qu'il nous est impossible d'énumérer totalen sorte qu'il nous faut nous limiter aux plus .ntes :
) autorités politiques ne nous permettent pas istrer nous-mêmes, comme du temps du régime 1, nos communes clérico-scolaires, et s'immiscent s affaires les plus simples sous prétexte de conpérieur ;
es font ce qu'elles veulent des affaires communes influencent nos décisions et les renversent bon leur semble ;
I délégués du Gouvernement accompagnés dô les, pénètrent dans nos écoles et dissolvent nos
municipaux qui y siègent, et cela sans aucune p. ex. en 1894 à Bossanska Gradisohka).
I délégués non- orthodoxes assistent aux séances conseils, influencent leurs décisions et l'ordre , ce qui est contraire aussi aux saints canons ! Église orthodoxe;
nous enlèvent de force nos portraits hîstoriirmi lesquels se trouvent aussi des portraits de es que notre Église a canonisées; défendent aux dites communes l'achat de biens les et l'enregistrement des titres de propriété s, sans autorisation préalable de l'autorité;
empêchent nos processions religieuses; pour : de St. Sava, ils demandent des programmes et les altérations ;
n'exécutent pas les ordonnances concernant
184 LÀ SEBBIE ET 1.ES 8EBBKS
l'emploi de l'alphabet cyrillique envers le munes; au contraire ils les obligent à empk bet latin et l'orthographe croate (à Slotzi Novi, Bossauska, Gradischka);
Ils détruisent l'emploi da nom serbe anx communes le nom de langue Bosniaq dans les certificats d'écoles) ;
Ils restreignent la libre élection des ci Mostar) ;
Ils chassent et déplacent les prêtres (] sanski Novi);
Us oppriment et persécutent les meml:
mnnes, comme les présidents, les secrétaire:
très d'école pour des faits dont les comm tier aont responsables et dont chaque m soi ne peut être fait responsable; {p. ex.
Donya Touzla, Bossanski Novi, Priïédore, Gradischka).
La constmotion d'églises serbes est ( nous défend d'en construire dans les villes < portantes et on les rélègue hors des lieux hat des villages sans importance (p. ex. Bosst
La fondation de sociétés chorales noi dite (p. ex. Bossanski Novi, Bossauska Brtchko);
On nous entrave l'acceptation de fond ses et de legs, en exigeant une autorisati( de l'autorité;
On ordonne sous peine d'amende des d'églises qui ne sont pas nécessaires {p. ex
Ils ont introduit la corvée; ils forcent monter la garde autour des églises lorsqu refuse à accepter les curés qui lui ont été force;
hditièmî: chapitre 185
oivent de force la taxe sacerdotale du maire une, quand la commtine entière se refuse re le curé qui lui eat imposé {p. ex. Bos-
lises sont fermées et le peuple reste longpouvoir assister aux services divins (p. ex.
îovi et Vitassovitza);
les églises de nos communes serbes-orthopliquent la loi sur les corporations et soiques, ce qui est contraire aux saints ca- T6 Église;
imposé à quelques communes — sans paru peuple ni du clergé — des statuts con-
prescriptions de notre religion, d'après te l'autorité des communes religieuses passe le la police;
it de nos anciens droits et des prescriptions inte Eglise, ils tendent ^ ôter les cathédraint dans les lieux de résidence des Métro- . ex. h Mostar) aux communes y relatives e passer sous l'administration illimitée des LUS;
Went aux communes l'administration des lonastére même dans tels lieux où cette .on a toujours été dans leurs mains {p. ex.
< de Mostar et le monastère de Gitomiid il s'ensuit des différends entre les comutorité religieuse supérieure, ils ne permet- IX communes d'en appeler an Patriarche s, tout en reconnaissant eux-mêmes qu'ils 9 compétents à régler de tels différends ,ar);
a entrave le droit de pétition; les oom- I G-ouvernement ne permettent pas qu'on
186 LA SERBIR et LES SEBBE8
décide sur difierentea pétitions (p. ex. la prifei grâce), de la commune de Mostar en faveur de 1' Christophore Mihaïloviteli, curé et administrateu la paroisse;
Et pour couronner tonte leur immixtion da ressort des communes cléricales et scolaires les ai tés politiques ont ordonné à chaque commune nièrement de leur faire part, plusieurs jours à l'a^ de chaque séance qu'elles auraient l' intention de i avec l'ordre du jour détaillé: en se réservant en ( la faculté d'exclure de la discussion les projets { tuels, qui pourraient être soulevés pendant la s^ même. De même il a été ordonné aux communt soumettre aux autorités politiques les listes de délégués (p. ex. Bossanski Novi);
L'autorité dresse arbitrairement l'inventairt objets sacrés dans les autels en l'absence du p (p. ex. Bossanski Novi);
En conséquence de tout ce qui précède nos munes clérico-seolaires et même notre religion o doxe sont soumises' au contrôle et à l'autorité > police, ce qui ne s'est jamais vu du temps du r^ pttoman et ce qui est contraire à la doctrine de i religion.
H en est de même avec nos écoles religieust normales et moyennes.
Une longue et amère expérience nous a prouvï les autorités du pays, de concert avec le Gouverne] tendent à détruire complètement nos autels, nos et où nos enfants apprennent à respecter leur religi< leur nationalité — de tous côtés on persécute le : la langue et le sentiment serbe.
En premier lieu ils ont attaqué la célébratio la fête du premier civilisateur serbe, du patron
HUITIÈME CHAPITRE l87
I, de St. Sava, que notre Sainte Église a , fête est entravée et défsndae; dans les ra de celles-ci on lui fait toutes sortes mts; même le cantique de St, Sava est dé-
Savski Most).
d'instruction de nos écoles est enchaîné re, les livres d'école sont persécutés, ces tgnent notre nationalité, notre langue et erbe, et l'on nous impose des livres qui .re sentiment national; même les cahiers à â couvercle desquels des scènes de notre
reproduites, sont défendus; ) toutes sortes de difficultés contre la ooul'ouverture d'écoles religieuses; on défend •ritoires à oet effet (p. ex. Koukouljev).
cultes de toutes sortes sont opposées à la ies bâtiments, destinés aux écoles, auxquels ss emplacements incommodes et impropres; y élever des clochers (par exemple Bos, ceux, qui n'ont fait que parler publiquee orthodoxe serbe, sont condamnés {p. ex. à
fusé de donner à la commune orthodoxejstar l' autorisation d' instituer, avec ses ens un lycée pour jeunes filles, bien que nditions exigées par la loi fussent remlête reste sans réponse, tandis que i des les et noires » instituent librement cette
et toujours les autorités du pays favories primaires e£ secondaires de l'État au ! écoles orthodoxes serbes religieuses. Dans omuuales de l'État est exclu tout ce qui a notre langue serbe, avec notre nom et ne-
L 8EBBIE ET LE8 8EBBES
tre conscience nationale et nos enfants y sont fi oublier leur nationalité; pour atteindre complè ce but, on transfère dana le courant de l'année s les instituteurs de nos écoles religieuses dans les communales de l'Etat (p. ex. SérayéTO, Savski Dobri) — afîn de laisser nos écoles sans institut sans enseignement; on force même, les parenti . TOyer leurs enfants aux écoles de l'Etat,
Les autorités gouvernementales ordonnei prêtres des villes et villages, où existent déjà m les orthodoxes-serbes, d'annoncer an peuple di Églises, qu'il doit envoyer ses enfants aus école vernemen taies; en outre, elles enjoignent aux j verbalement et sons peine d'amende, d'avoir à leurs enfants dans les écoles gouvernementales (ei ski Most) ; là, où existent déjà les écoles serbes, . torités condamnent à l'amende ceux qui cona d'envoyer les enfants aux écoles serbes (ex, Bos bitza).
Elles ne confirment pas les instituteurs po présenter eusuite comme candidats pour les école vernementales (ex. Sanski Most) ;
Le choix d'instituteur, d'une même personi ■ confirmé pour une localité et n'est pas confirmé une autre (ex. Sanski Most) ;
On ne laisse les prêtres pour l'euseignemer gieux dans les écoles gouvernementales que là o a au moins dix enfants orthodoxes-serbes, afin q prêtres tâchent de faire envoyer les enfants aux gouvernementales et non pas à l'école orthodoxe tante (ex. Stolatz) ;
Mais le coup mortel a été porté à nos école bes-orthodoxes par l'arrêté du gouvernement do en date du 26 mai 1892, N,ro i
HUITIÈME CHAPITBE 189
fcrit que tontes les élections d' instituteurs re adressées au gouvernemeut du pays par éfeetures et défend d'installer l'instituteur aa confirmation, ce qui empêche, pendant ce nseignement dans l'école orthodoxe' ; ceci lit déjà dans de nombreux cas, où les autovoyaient pas pendant des mois ces élections mation, malgré que ces requêtes fussent aets de certificats, délivrés par les autorités Bs sur la conduite politique des candidats ; mortel à nos écoles fit que 24 des plus imie nos communes serbes-orthodoxes adresséavril 1893 une requête au gouvernement du le d'obtenir la révocation de cet arrêté et la nation d'instituteurs, ainsi qu'elles l'avaient iivernement ottoman et ainsi que cela résulte lâme de l'autonomie.
pendant plus de quatre ans, elles n'ont pas es d'une réponse et par là notre école natioébranlée dans ses fondaments et la vie de 3nalité est supprimée.
Que l'on a en efi'et en vue d'effacer toutes les traces rappelant notre nationalité est prouvé suffisamment par le sort fait aux monuments sépulcraux de Stolatz, portant des inscriptions en caractères cyrilliques; en efi'et, dans cette localité on a, avec la suprême violation de nos sentiments de religion et de piété envers les morts, et sous prétexte d'exploration scientifique, déterré les antiques tombeaux de nos pères, enlevé et emporté les monuments pour différents usages.
Et qu' en effet l' administration poursuit le but d'effacer même les traces qui rappellent notre nationalité est prouvé par l'affaire des inscriptions cyrilliques sur les tombeaux de Stolatz. Sous le prétexte
d'études scientifiques on a, sans égard à nos sent religieux ni à la piété envers les morts, foni tombeaux de nos ancêtres, enlevé les pierres craies et on les a employées pour divers travau
De même on empêche la conservation de nationalité par les livres d'écoles, en prohibant duction des livres d'écoles serbes dans le pays e les écoles.
On nous interdit la fondation de bibliot publiques serbes, de sociétés musicales scieni serbes, sous différents prétextes, comme par e: " que la nécessité de ces institutions n'est pas c trée > ou on laisse tout simplement les pétitio: mandant l'autorisation de fonder ces institution dant des années sans réponse (p. ex. à Sérayévo, Touzla, PrJédore, etc.) tandis que les fonctior coupables de ce retard n'en sont pas rendus r sables.
En contradiction avee la convention du 9-2.
1879 les indigènes ayant achevé leurs études à 1 ger sont exclus des fonctions publiques auto (comme celles de curé, maître d'école, etc.) et j fait sont exilés de leur patrie.
Bans ce qui précède nous avons exposé à Majesté en traits rapides comment on procède néral à l'égard de nos affaires religieuses et soo. maintenant il nous faut mentionner encore un nière de procéder étonnante et sans pareilles p quelle les autorités parviennent à leur but : l'a lation de nos anciens droits garantis i Ce procéd le suivant: Les autorités du pays donnent aux euliers et aux corporations les ordres les plus ir ve7-balemis>it ; l'exécution de ces ordres leur est in sous peine des amendes les plus fortes, Malgi
HUITIÈME UBAPIl-BE 191
ïpetéos on n'a jamais voulu réitérer eea .t. Par es procédé, nou3 sommes privés iô de prouver le vrai contenu des ordres par conséquent, de nous plaindre con- 'os aux autorités supérieures, de tels ordres verbaux que nos curés 3U déplacés, qu'on nous enjoint ou dila voie des communes, ou indirectment Consistoire, de monter la garde autour . ex. à Bossanski Novi) et beaucoup i encore qui seraient impossibles dans
is eu la grande liberté de soumettre à Impériale et Royale Apostolique tout e nos cœurs en La priant bien hum- )uloir ordonner à qui de droit qu' on s anciens droits qui nous ont été gachacun peut jouir dans un pays civiet surtout qu'on nous laisse:
jmploi de la langue serbe avec l'alphale libre emploi du nom serbe dans l'église et hors de celles-ci, sans nous ingue bosniaque;
< de tenir nos séances communales sans en informer préalablement l'autorité et ce de fonctionnaires;
de célébrer librement nos fêtes et nos igieuses, sans être obligés à en informer l'autorité et sans que celle-ci puisse les
mploi des portraits historiques serbes i, lesquels sont nécessaires pour l'euseiitre histoire;
192 LA 8BBBIB ET LES SEBBEB
La libre éleetioa de curés et de maîtr sans être influencés par l'autorité et sans qi ait le privilège de confirmation ultérieure;
La fondation et l'ouvertare d'écoles ser' doxea, primaires et secondaires, avec un I d'instruction ;
Le droit libre et illimité de pouvoir ac( l^s et des cadeaux faits au proût de l'égl l'école;
Le droit de pouvoir librement disposer clé ri co-scolair es ;
Le droit de pouvoir librement faire à tions clérico-soolaires nationales, surtout au pensions de nos maîtres d'école, sans qu'ui sation de l'autorité — ni antérieure ni ulti soit nécessaire;
Le droit que nos communes elérioo-scolf sent librement administrer leurs églises et ! les et aussi les monastères qu'elles ont toujo droit d'administrer;
Le droit de prendre part à l'élection de tropolitaîns ;
Le libre droit de pétition envers toutes lee civiles et religieuses, le Oouvernemeat et le
La faculté de pouvoir librement tenir ment nos assemblés de maîtres d'école;
La libre fondation de bibliothèques si sociétés chorales serbes et d'autres sociétés h' res et l'abolition de la censure des fêtes orgai nos communes elérico-scolaires au profit des l nos écoles et de nos églises;
La garantie qu'on décidera impartialeme pétitions et dans un délai déterminé et ne laisser sans réponse pendant des années;
HDITIÈUB CHAPITEE 193
Q outre nous prioDs:
[l'on défende aux autorités de donner des ordres Binent;
ii'on ne rende jamais responsables les particnour'des affaires communales; d'il soit défendu aux autorités de se mêler des 9 communales et d'erpulser des curés et des 3-d'école.
a oonséquence de tout ce qui précède, nous prions [imblement Votre Majesté de'se daigner ordonner ;ion de toutes les ordonnances et prescriptions ires à nos anciens droits garantis et contraires igences d'un siècle civilise et éclairé: nomînale- 'ordonnance du 25 mai 1892, N" 325 3241, par e a été introduite la confirmation ultérieure des ^ d'école élus; l'ordonnance qui exige qu'on inpréalablement l'autorité des séances de nos déscolaires avec l'ordre du jour; et l'ordonnance pose aux écoles et autre part la « langue bosniaque. ifin nous prions qu'on permette aux communes orthodoxes en Bosnie et en Herzégovine de fon- OB immixtion des autorités politiques, l'admini- 1 centrale de leur autonomie elérieo-scolaire et voir se réunir, dans ce but, aussitôt que possilérayévo, »
lis il parait que ce mémorandum n' a abouti à 1 que le système d'oppression adopté par l'Au- Songrie a exaspéré les populations, puisque a jour de grand deuil national pour toute la mais surtout la Bosnie et l'Herzégovine, le let 1897, le plus triste des anniversaires, a enitenti de Séraïevo à Belgrade ce cri douloureux. Pour tonte la nation serbe, pour toute la famille
194 LA SEHBIt:' ET LES BERBES
aerbe c'est une journée de grand deuil. Ce ( le portons dans notre coeur, et nous l'y gar squ'au jour de la délivrance. Heureux ceux ■ qui verront poindre l'aurore, annonçant un leure à notre race, et surtout à nos frères u ■de la Bosnie et de l'Herzégovine.
Perdant, dans une bataille glorieuse, de ces, deux diamants de sa couronne nationale, nation française a pu se remettre de cett travailler à sa revanche, sans s'arrêter ui ment. Elle a pu le faire, puisqu'elle est resl ■et unie, malgré l'amputalion opérée à son c( -traité de Francfort, et puisque la réintégrât provinces est une question de quelques an pourquoi un grand écrivain français a pu di une fois de l'Alsace et de la Lorraine: « Pe n'en parlons pas! >
Notre cas est tout-à fait autre. Âyan barrière chrétienne contre l'invasion turque, mes arrivés à un état politique dont il ne point d'exemple dans l'histoire des peuples, cite le démembrement de la Pologne pour i l'injustice de la diplomatie européenne, on le qu'on ne connaît pas assez l'histoire de nqs situation actuelle de la Serbie, — et quand j Serbie, je vais dire par là: des pays de la ] -Cet exemple esi sans pareil, et il est la ta< noire de notre siècle. Regardez un peu c d'âme qui est divisée — non point en trois Pologne — mais en cinq parties différentes, peu votre oreille à cet agonisant qui rend ment le dernier soupir, après avoir combati ■clés et des siècles pour une cause sainte et si une cause que vous avez saluée de vos a]
' HUITlËHIi: CHAPITRE 195
istea et généreux toutes les fois qu'un combattu pour sa liberté et son droit, e n'est qu'a]>parente, puisqu'il y a enliuio uu oaug uaus nos veiues, puisque, malgré toute i'oppression, la nation serbe est un organisme qui combat et qui veut vivre. Le coup terrible qu'on noua a porté, en nous arrachant la Bosnie et l'Herzégovine, juste ail moment où ces provinces devaient renforcer la patrie commune, ce coup nous a déconcertés, mais il ne nous a pas tués. Il a déchiré notre organisme national au moment où- celui-ci 'allait se consolider par ses propres efforts et par sa propre force, mais il ne noua a point anéantis. Malgré toute le tyrannie du régime austro-hongrois cea provinces restent aerbea et elles resteront tellea, pût M. de Kallay décrocher iea étoiles du ciel. Elles passent par une crise terrible, il est vrai, mais notre proverbe dit que le fer devient d'autant plus dur et d'autant plus solide qu'il est plus battu, un mot de sagesse qu'on pourrait se répéter à Séraïevo et même à Vienne et à Budapest.
Pour le moment nous ne sommes pas encore assez forts pour pouvoir venir en aide à nos frères martyrisés et pour pouvoir lutter avec eux pour notre cause commune; nous sommes tous forcés de patienter. Pour une cause juste comme la nôtre l'heure ne manquera pas d'arriver. Jusque !à, contrairement à nos amis français, pensons y tous, et parlons en, beaucoup. Mais comme tout cela ne suffira point travaillons y tons et crions à pleins poumons! Un travail juste et dévoué n'est jamais resté sans un bon résultat. Et puis l'injustice qui nous a été faite à porte close, au Congrès de Berlin, doit être portée à la connaissance des hommes éclairés et impartiaux de tous les pays. Us ne peuvent point faire autrement que d'être nos alliés, et l'alliance
196 LA 8EBBIE ET LEB 8ERBEB
dee honnêtes l'etoportera dans notre temps de conquérants insatiables et injustes.
Par l'invasion austro -hongroise en E Herzégovine le 18-30 juillet 1878, notre l'nnité nationale est devenue encore plui cette invasion rendra peut-être même u notre cause commune. L'histoire n'est pas pareils paradoxes. »
Voici donc qu'en Italie, au moins, le :
révolte est arrivé pour nous émouvoir; que éclairés, que les hommes de coeur le recueill qu'une manière d'aimer la liberté et la justi sophisme diplomatique ne saurait justifier force qui a porté l' Autriche-Hongrie d'abord de deux provinces serbes et puis à les tenir ei et à les opprimer. Heureusement pour les l Bosnie et de l'Herzégovine, il y a sur le sol grande monarchie austro-hongroise trop de contents, italiens et roumains, slovènes, ser tchèques, ruthenes et slovaques, pour que ] moulu des Habsbourgs puisse rester debout
Les alliés naturels de la Serbie sont t( pies qui souffrent de la tyrannie austro-h la sympathie de toute l'Europe civilisée ai de l'insurrection sera aussi jour de délivr
Je sens le besoin de déclarer une fois pourtoul sque Je me plains de la toute puissance des Israélites n'ai atlcune Intention de mépriser leur race et de pos( politique; j'ai des amis, en Hongrie même, parmi les que mes illustres amis, les Orientalistes Vambérg et j'estime et j'aime beaucoup; mais les nobles excepti< la régie; et la règle que le pouvoir eseessif des Ju détruit, petit à petit, l'esprit chevaleresque du noble j In Italie, où les Israélites se font valoir, sans doraini élément utile au développement de notre oivilisati* question de mesure et de proportion.
DVIEME CHAPITRE
.stitution du royaume serbe.
:itiitioD qui régit actiiellement le royam s modiiicatioiis qu'elle a subie, date dtj L'ancienne Principauté étant devenue ioi se trouve maintenant à la tète de l'ét nsable et sa personne doit être pour t( sacrée, comme celle du plus noble et du. p!
ntant de la nation. Il exerce le pouv union avec la Skouptcbina, ou assemb ns son approbation, aucune loi ne set toi est le clief de l'armée ; il représente les puissances étrangères et signe tous les autres états. U devient majeur à 6 il doit appartenir à la religion orthodo de la grande majorité des Serbes. Il d int de fidélité à la constitution; et ce décide ce qu'il y a à faire, en cas de e i régence. Le Roi est tel par la grâct a volonté du peuple. Il devait s'appeler îs, mais l'Autriche qui a des sujets ser a protesté contre ce titre, comme elle i au Roi de Roumanie de s'appeler le
i LA SERBIE ET LEB B1£BBES
I Moumains. Mais le titre idéal pour le p lure celui qui avait été d'abord choisi ; lale s'étend à tous les pays oii bat un ooi 3une cbancellerie ne saurait détruire ce f turel.
La première constitution donnée par le R peuple aerbe, sur l'instance des notables A inievic et Thomas Vucio datait du 3 févi is la Sublime Porte ne l'ayant point rec i la remplaça n'était propre à contenter ni le peuple. Mais le véritable prince réforme idant huit ans, de l'année 1860 à l'annéi .nce Michel, le fils du prince Milosch; il )réparer l'annexion pacifique de la Bosnit , assassiné à Toptchidère. On a fait alors lit que l'assassin était uu sicaire envo, rtisans de Karagjorgjevic, mais on a soup' Ime temps, et cette supposition a trouve 1 )dit, que des émissaires de l'Autriche, ji >grè3 que faisait l'oeuvre pacifique de réde: .nce Michel, avait perpétré cet horrible atk I la civilisation.
Appelé à la succession nu nouveau priuc ireu du précédent, qui était mineur (n'ayar 6 quatorze ans), la régence du général I l'habile Eistic et du sénateur G-avrilovic va le royaume et profita de l'occasion poui acienne constitution dans un sens plus 1 ite nouvelle constitution entra en vigueur >9. Ceux qui soutenaient le nouveau gouvem mateur formaient le soi-disant partiiibér is étaient des conservateurs. Ce n'est que de es années, qu'à côté du parti, libéral on a, Serbie, un parti radical, dont le chef act
NEUVIÊMR CHAPITRE 199'
N. Pachic, lequel aussi a été, pendant quelques mois, sous le régime du jeune Eoi Alexandre à la tête du gouvernement national. Mais ce qu'on appelle radical en Serbie ne serait que libéral en Italie.
Ce n'est que le 18 août 1872, que le prince Milan, devenu majeur, prit dans les mains le Gouverpe-
N. Pachic'
cbef dn parti rodiral.
ment; après trois ans il se mariait avec la allé du colonnel Keako, une beauté, Nathalie, la mère du Ko» actuel Alexandre. Dix ans après, le G mars 1882, la Principauté serbe fut érigée en Royaume.
Le gouvernement da la Serbie est partagé entre huit ministères: Les Affaires Étrangères, l'Intérieur, la Guerre, la Justice, la Finance, les Travaux publics,
l'Iastructioti publique et le Culte, l'Agrioijl Commerce. L'un dea ministres, indiqué pa tient la présidence du Cabinet. Les ministre sponsables des actes de leur gouvernement; haute trahison, d'offense à la constitution, d cation au dommage de l'État ils peavent éti Le ministère des affaires étrangères se f deux grandes divisions, dont l'une est politiq' administrative; l'une et l'autre sont présidé secrétaire; mais toutes les deux dépendent d' nik (chef ou directeur général) du Ministère, I politique a deux bureaux, le bureau des affa bureau de la presse. La division adminisf pins complexe, et outre les affaires ordinaires bureau pour les traductions, autre bureau po respondance étrangère (en français et en turc tement du Nacélnik, du secrétaire pour la i dance étrangère, et du trésorier, est, d'aprèi à laquelle il appartient, de BOOO, de 6000, o francs par an; les secrétaires reçoivent de 25 francs; les soribes de 1000 à 2000 francs. '. maintient à l'étranger des envoyés et minist potentiaires à Athènes, Berlin, Vienne, Buca dres, Paris, St. Petersbourg, Washington et tinople; chaque envoyé et ministre reçoi traitement 27,000 francs par an, et, en outre, 6( pour la maison, et de 1000 à 2000 francs poi mestiques, de 2000 à 3000 francs pour les Btallation et de Chancellerie. La Serbie a él agence diplomatique à Sophia, avec un traitt nuel de 18,000 francs pour l'agent, et 7000 fr le logement, les domestiques et les petit frais on a érigé un consulat général à Skoplie et que, avec des appointements de 16,000 frau
Les autrea consuls généraux de la Serbie sont honoraires.
Tous les mimstres, en Serbie, ont un traitement de 12,630 francs par an. Le ministre de l'intérieur surveille l'administration des départements, des districts
St. Popovic'
et des communes, la presse, le service secret de la police, les élections et la convocation du Parlement, le recrutement de l'armée, le droit d'inscription dans la nationalité serbe, le droit de changer de nom. Son ministère a deux divisions, la santé publique et la police. Le chef de la police a un traitement de 6062 francs,
202 LA SEBBIIi: KV LEB SBBBE8
avec des secrétaires dont les appointements varie! 3284 à 3789 francs.
Le ministère des finances a six divisions, ave nombreuses sections; c'est le plus important des r stères et celui qui compte le plus d'employés; i chargé de la surveillance du domaine public, du sonnel, des impots (qui frappent en Serbie les te le revenu, les maisons, l'industrie et la personne, en des proportions raisonnables avec tous les ég pour les pauvres); du trésor (qui administre ausi caisse des pensions) ; des différends de toute espèce t l'état. et les prives, les communes, etc.; de la dettt blique; des intendances de finance; des douanes, actives, et qui fonctionnent en 31 endroits. Le ] stre actuel est M. Stephan Popovîc pour la seconde appelé par la confiance du Roi Alexandre son ai élève, à cette place d'honneur.
Les appointements des employés de ce mini semblent être, en proportion, plus élevés que eeu: employés dansles autres administrations. Par cett) sure on prévient, sans doute, les dangers de corruf dont un employé mal payé pourrait être suacepti
L'institution d'un ministère des travaux pu en Serbie date de l'année 1862; avant il n'y : qu'une direction générale des constructions, *aff aux services du ministère de l'intérieur. En 18i ministre s'appelait seulement ministre des cou étions ; oe n'est qu' en 1878 qu'il prit le titre dt nistre des travaux publies, en dehors des pou chaussés devant surveiller les chemins de fer, le naux, la bonification des marais, la régularisatioi eaux, la Poste et le Télégraphe. Pour les chemi] fer, il y a en outre un Directeur général, un Ispe général, un inspecteur et plusieurs ingénieurs;
NEUVIÈME CHAPITBK 203
lîftle aux fraie du ministère des travaux épare des employés pour le service dea obéir en Serbie. L' activité déployée en ces deraées par le ministère serbe des travaux jté très coDsidérabie; mais elle sera bien plus 'sque les chemins de fer en projet qui doir la Serbie avec la mer Adriatique auront noment sérieux d'exécution, nistère de l'instruction publique et du culte a été fondé en 1862 et réformé en 1879; il se .u ministre, de deux directeurs {Nacébnk), rétaires, un comptable, trois scribes et quais. Des deux divisions, l'une concerne l'inl'antre le culte. Les directeurs reçoivent de X) francs par an; les secrétaires de 2600 à ministère est aidé par un Conseil supérieur e de huit à douze membres ordinaires etvingt membres extraordinaires. Le minile président pour les séances générales; le lent est réservé au membre le plus ancien du ismembres ordinaires sont nommés pour deux Roi sur la proposition du ministre; les memardinaires, pour un an, par le seul ministre; es extraordinaires assistent de droit à toute I générales, et aux autres séances seulement sont appelés. Les membres du Conseil sont rmis les Académiciens, les Professeurs des prieures et secondaires, les Bibliothécaires et. ns de Belgrade ; le Nacélnik ou Directeur gélustraction publique, et le chef de l'instruaire sont des membres nés du Conseil. Parembres extraordinaires, peuvent aussi être- 'rofesseurs de la province, des Médecins de , des Maîtres d'école élémentaire eu renom^
204 LA -skbbie: et les serbeb
Le Conseil supériear donne son avis sur la 1 afcion des écoles ; il règle la vie interne des école; >précie les professeurs et les maîtres habilités j mseignement, il juge les maîtres et professeurs loles moyennes, il Gritic[ue, à l'occasion, les orc
Le Boi est le chef de toute l'armée nationale ; i ministre de la guerre la commande sous sa pn isponsabilité au nom du ïîoi. II organise l'armé idministre. Le serment de fidélité au Boi que cht ilitaire est obligé de prêter en Serbie sonne ainsi: i '. . N. je jure, devant Dieu le Tout -puissant, de den T toujours et en toute situation fidèle et obéissan ci de Serbie Alexandre I*"^; que j'écouterai et suiï ièlement les ordres de mes chefs, que je défend lèlement la patrie et que je n'abandonerai jamais :apeau. Ceci étant la vérité, que Dieu vienne à ' de. " Le plan de l'organisation actuelle de l'ai rbe a été présenté en 1882, par le gênerai Nik ors ministre de la guerre, et fut admis et execat Ï83, Chaque Serbe doit prêter service'de 20 a 50 est-a-dire, de 20 à 30 ans dans la première categ 3 30 à 37 dans la seconde, de 37 à 60 dans la ■ èrae. Il n'est point permis de se faire remplacer n autre citoyen; les inhabiles seuls et ceux qui îrdu leurs droits civils sont exclus du service i lire ; mais les premiers doivent payer en compe on du service personnel qu'ils ne peuvent pas pi ne tasse militaire, dans la proportion de la dixi artie de leur revenu annuel. Dans des cas extrè n pourra aussi employer au service militaire le )yena qui ont dépassé la cinquantième année, ei Sectant à la garde des Magasins, aux Garnisons ommissariat, etc.
(EUVIËME CHAPITRE
de la justice se compose seule
un directeur avec 7073 francs
seorétaires et un comptable
4042 francs, et nn scribe à
de l'agrioulture et de comi isions, industrie et commerça, ioniture, forêts, et bétail, avec aux de la montagne (mines), e et télégraphie, avec treize emp!
itrale; de ce ministère a encore < a'elle affecte, selon le besoin, lais, en somme, on peut cor tde, qu'une sage économie a pi u système administratif de e eu Serbie l'employé pour la s la place pour l'employé; que s sa place une sorte de respoi àe une branche spéciale du sei )ie, comme en Angleterre, la bu ssaire; dans les bureaux serbes irt; et on sait toujours à qui s'f îigné sur les affaires publique t constater que chaque emplo;
Roi et des Ministères, il y a e:
on de l'état serbe, à tenir oomp . provinces, ou départements ;uel est partagé en 21 cercles o ). A la tête de chaque départe ïu préfet; en 81 districts ou a ■ec un aresM natelnik), sans coi ■ade et des travaux des mines une administration spéciale;
•206 r.A 8EKBIE ET LES
1317 communes [opatinaj avec un maire (kmet), assi par trois jugea et un conseil communal.
Il y a, enfin, pour compléter le système cons tionnel serbe, une sort de Sénat ou Conseil d'état e ■ Parlement national, appelé Skouptchina (Narodna S Uinà).
■ Le Sénat fat adjoint au pouvoir princier en '. «t réforme en 186lj il se composait alors d'un p dent avec un traitement de 7,000 florins, d'un vice sident avec 5^000 florins, et de 17 membres, avec A florins, élus par le souverain, parmi des fonctionai âgés d'au moins 35 ans et ayant prêté service pen plus que dix ans. Âtbaciiée à ce Sénat était ai fois une sorte de Cour des Comptes, avec le titr Bureau de Control {Glavna Contrôla), avec un prési et nn nombre considérable de contrôleurs; ce prési était choisi entre le haut personnel de la Caisse d et proposé au Prince pour son approbation. En 186 Sénat fut changé en Conseil d'état {drzavni si ■Chaque membre en est élu par le E.oi efc reçoit un tement de 10,014 francs; le nombre des membres -^ de onze à quinze. Le Êoi élit aussi le président ■ vice -président du Conseil, et les maintient au pou autant qu'il les agrée. Le couseiller d'état actuel être non pas seulement âgé de 35 ans, et avoir * déjà l'état pendant 10 ans, mais, aiusi, être propriél «n Serbie. Le Conseil d'Etat examine toutes les stions qui sont soumises à son jugement; il élabon projets de loi; il juge en appel des réclamations co des décisions ministérielles; il donne son avis sttr les abus de pouvoir; il exerce toutes les fonction l'ancien Bui'eau de Control; il est, en somme, un prème modérateur, et un gardien illuminé et cons de la légalité dans toutes les sphères de l'admini
NEDVlȫa CHAPITRE 207
iea complimenta tout dernièrement adressés lent par le Roi Alexandre à ce corps retémoignent éloqnemment des services que le institution continue a rendre au Pays, le véritable représentant légal du peuple est bchina ou Parlement national. Cette assemdu commencement de l'histoire nationale des Ile n'a jiimais entièrement disparu, pas même de la domination turque. Mais ce n'est' que ■e siècle, l'année 1848, qu'elle recommença à er régulièrement. À la suite de la Révision [ts reconnus et accepté par le prince Michel, tcMna devait se réunir tous le trois ans, sauf xtraordinaires, où elle pouvait être convoélai moins long. L'Assemblée nationale derouver les projets de loi ministériels et po«i en présenter de propre initiative. Sans le nent de la Skouptchina, rien ne pouvait être i à la Constitution, ni au système des imle Prince devait mourir sans laisser d'enfants , c'était à la Skouptchina qu'il appartenait ler le successeur.
|ue Serbe qui payait des taxes était un élecique électeur âgé de 30 ans pouvait être élu lU Skouptcliinar. On choisissait, du temps du ichel, un député pour chaque dizaine de mil- .bitants. Les employés et les militaires ne pourenî électeurs ni élus; sur ce point, la Skouptrbe se montrait bien plus démocratique que Bments, et exprimait directement la volonté tjment du peuple serbe. Les députés serbes it d'une complète immunité et recevaient peuséances cinq francs par jour. Le Prince ib le présidence et le secrétaire de l'assemblée
' 208 hK BEBBIE ET LES 6EBBES
ordinaire; les assemblées extraordinaires devaient elles mêmes leur président et leur secrétaire. En 18 Coûstitation du Parlement a subi quelques changea
Il y a en Serbie une grande skouptchina fÇ skupStinal et une skouptchina ordinaire. On com la grande, lorsqu'il s'agit d'élire un nouveau s rain, lorsque le souverain régnant meurt sans si sion, et de lui fixer la liste civile; dans le cas serait nécessaire de créer une Régence; lorsqu'il réformer la Constitution; lorsqu'il y a à céder ou à monter ou donner en échange une partie du terr de l'État; lorsque le Souverain croit nécessaire d des situations difficiles, devant des questions extrême importance,, consulter la volonté du pays e
Pour la skouptchina ordinaire le nombre des > tés est de 170 membres. On élit maintenant u puté sur 3000 électeurs qui payent des taxes à 1 Sur quatre députés, trois sont élus par le peiipl par le Koi, qui le choisit entre les personnes les cultivées, les plus habiles et qui s'entendent le r aux affaires; ceci évidemment pour empêcher q assemblée composée de seuls paysans peu ins laisse passer des projets de lois qu'elle ne serai en état d'étudier et d'apprécier. Sous l'apparence restriction démocratique, cette mesure n'est que raie, et une garantie pons le progrès; les paysans naturellement des conservateurs et ont besoin i eutrainés vers le progrés.
Chaque serbe arrivé à la majorité peut de électeur s'il paye des impôts ; tout électeur qui teint les 30 ans et paye au moins 30 francs d'i par an peut être élu député. Le Roi peut nomme pûtes des employés, des officiera, des magistrats hommes du clergé; leur élection est interdite au pt
NEDTIËUi: CHAPITBE 20&
iSkonptGhina se réunit essentiel lemeut pour di- , modiâer, changer, approuver ou repousser les i de loi qui lui sont soumis et pour approuver Igets.
îs Ministres peuvent assister aux séances desdéet prendre part à la discussion; le !Boi peut, en déléguer auprès de la Skouptchina des Commisau lieu des Ministres ou en union avec eux, jurnir tous les éclaircissements nécessaires; mais liatres, ni Commissaires, ne pouvent pas voter 'Assemblée; une mesure de sagesse que notre lent National ferait bien d'adopter. Si un député
le Roi ou un membre de la Famille royale, ou ublée elle même, ou un antre député, peut être par une délibération de la Skouptchina, ou, en B d'extrême gravité, ou de quelque crime, livré ibunaux ordinaires. En dehors de ces cas, au- ^puté serbe pendant la durée de ses fonctions t être ni saisi, ni jugé.
L Skouptchina est régulièrement convoquée une ran et ouverte et fermée par le Boi. Le Roi inaussi le temps et le lieu de la réunion. Le Itot oit de dissoudre une assemblée pour en faire ne autre : mais, entre la dissolution de la vieille )lée et la convocation de la nouvelle ne doit • un temps plus long que six mois. Aucun dé- 'a le droit d'entrer armé dans la Skouptchina;. te doit toujours être public ; les membres de la échina n'ont des relations qu'avec les Ministres. après ce que nous venons d'exposer, la consti-
serbe est des plus libérales que l'on connaisse :ope; cependant le parti radical eu Serbie rét encore une révision de la constitution ; et an l'août de l'année 1888, une commission de 16 dé-
210 LA SERBIE ET LKB BEBBE8
pûtes, fut chargée d'étudier et de préparer le pr( des réformes. L'idéal des radicaux Serbes sembl plusieurs égards se vérifier dans la constitution glaise. Le droit réservé au Eoi, ce qui veut dire, somme, au Gouvernement, d'élire le quatrième des putes, qui doit, en quelque sort, par son influence, son autorité, par son crédit, mener presque toute 1 semblée, et assurer d'avance au Gouvernement majorité, a paru un véritable danger pour les libei constitutionnelles. D'ailleurs le progrès que le pay fait dans ces dernières années a considérablement él le niveau intellectuel et la culture des députés élus le peuple et montré nécessaire et urgente l'aboli! d'un droit réservé à la Couronne, qui semblait un vilège, et aurait pu à la longue devenir un entrai ce même progrès, dont, au commencement, il semb la plur sûre garantie.
Dans ces dernières années, pendant le passage royaume des mains du Roi Milan à son fils le '. Alexandre, la Skouptchina à revendiquée au pays soustrait à la Couronne et au G-ouvernement une pa des anciens droits, et mieux déterminé les foncti respectives des diËfèrenfcs pouvoirs de l'Etat; maii ce qu'il paraît, le parti radical n'est pas encore an au terme de ses réclamations ; on en veut encor certaines formes et formules qui semblent génei marche de la liberté ; peut-être, on ne voit pas ai que certaines formes apparemment indifférentes, e on les juge à la surface capables de prêter à quel ridicule, dans une société qui n'est pas encore arri à son degré suprême de perfectionnement, sont cessaires pour maintenir dans l'Etat la discipline pour assurer l'évolution rationnelle du progrès na nal eu empêchant toute secousse et convulsion aoci
Le mouvement scolaire et culture nationale. '
emière école serbe érigée à Belgrade di 3e Karageorges, de l'année 1808; Obrado' 1 premier directeur; les maîtres étaient t
l'Autriche et enseignaient à lire et écr.
tious élémentaires d'arithmétique, histoi 1 et sciences naturelles. L'école fut fera t la Serbie fut de nouveau privée de to»
eignement jusqu'au règne du prince Mil
homme sans culture, mais intelligent, c à la création d'écoles élémentaires en p!
les du district, de sorte qu'en 1826, on léjà une vingtaine; en 1832, fut ouvert ^mnaae à Kragoujevatz.
36, on signale le nom de Pierre Badovanoi recteur général de toutes les écoles serbe
renaeignementsi on apprend que le gymnt )s là était divisé en quatre classes. Dans lasse, en enseignait la religion, la gramma:
tirons presque tous ces renseignements à peu près c i de M. GopÉevii, en y ajoutant quelques notices i
serbe, l'histoire serbe et universelle, les sciences nati relies, la géographie politiqueet l'arithmétique, la pb; aique; dans la deoxième classe, encore la religion, l'hi toirô universelle, la géographie politique, les scienc naturelles et l'aribhmétiqii,e, et, en outre, la grammaii du vieux slavon (la langue de l'église), la syntaxe serb et l'anthropologie; dans la troisième classe, en deho 'des mathématiques et de l'histoire universelle, enco: la rhétorique, la logique, l'éthique, la psychologie, mythologie grecque (!); dans la quatrième classe, t dehors de la physique, de la géographie tnafchématiqi et de l'histoire serbe et universelle, la poétique, la si listique, le droit naturel, les antiquités romaines. C voit par ce programme irrationel et peu pédagogiqn qu'à cette époque on n'avait encore une idée bien clai de la classiâcation des sciences, et que le pédantîsr de l'éducation allemande, s'insinuait déjà dans la c rection de l'école serbe. Dans la troisième et dans quatrième classe il y avait un maître de religion; ch que classe du gymnase comptait quatre professeu' dont chacun, selon la classe dans la quelle il enseigna dans la première, dans la seconde ou troisième, ou da la quatrième, recevait un salaire annuel de 1260, lô( ou 2000 francs.
En l'année 1836, on fonda encore deux gymnas inférieurs, avec deux classes a Zajecar et Oacak. I écoles élémentaires serbes en 1836, d'après les rens gnements de Radovaiioviô étaient 62, avec 72 maîtrt de ces 62 écoles, 26 étaient aux frais de l'état, 46 a frais des communes. Des 72 maîtres, 21 appartei lent à la principauté ; les autres étaient des maîti serbes de l'Autriche, ce qui explique aussi les teniiï ces allemandes dans les méthodes de l'enseigueme En 1837, les élèves qui fréquentaient les 62 éco
DIXIÈME OHAPITEB 21S
dépassaient le nombre de 2611. En 1886, on lit déjà 47,044; an progrès évidemment très Die, mais encore insuffisant pour mettre le rbe au niveau des peuples les pliie cultivés. 3 élémentaires qui étaient 62 en 1836, se sont en 1886, jusqu'à 568, avec 923 maîtres; on en outre en 1884, une école supérieure de lies avec 26 professeurs, fréquentée par 611 es, une école de théologie avec 18 maîtres et !s, deux séminaires pour les maîtres d'école rofesséurs et 186 élèves, 5 écoles techniques professeurs et 561 élèves, 22 gymnases avec sseurs et 3313 élèves : et enfin une école 'des udes ou université avec 37 professeurs et 219 . On calculait en 1887, que sur 10,000 habi- 5 fréquentaient les écoles, iversité {velika skoîa, grande école) avait été 1 1838 à Kragoujevatz par le prince Milan BOUS le titre de liceum ou veliko uciliste. Au ement, elle n'avait que la faculté philosophiigée en deux'sections; en 1840, on ajouta la nridique (pravoslavno) ; transférée en 1843 à par une ordonnance de l'année 1844 les proà défaut de traités et manuels à la portée des (, ont reçu ordre de rédiger leurs leçons de à pouvoir être imprimées, avec la permission itère de l'Instruction publique, ayant en vue 'esprit du temps et les besoins du pays. Eu 1848, une nouvelle chaire de science politique, écoatiouale, finance et commerce, avec un seul ir, dont le traitement devait être de 3000 francs In la même année, on ordonna que les manuels écoles dussent passer la révision de la Société avant d'être imprimés.
214 LA BEHBIE ET L£B 8EBBEB
En 1861, on fonda deux nouvelles chaires pour la littérature serbe et pour la langue allemande.
En 1863, le Lycée, à. la suite des réformes du Ministre Oukié prit le nom d'École supérieure, avec trois facultés, juridique, philosophique et technique. Dans la faculté philosophique on remplaça l'enseignement de l'allemand supprimé avec l'enseignement dn latin; la faculté technique embrassait ces enseignements : géographie, météorologie, commerce, tenue des livres, pédagogie. L'Université subit une nouvelle transformation en 1873, et puis en 1880 ; les cours des trois facultés durent quatre ans. En 1886, l'Université de Belgrade comptait uu recteur et 33 professeurs, avec 107 étudiants pour le droit, 78 pour la philosophie, 27 pour la faculté technique; ce nombre limité d'étudiants pour cette dernière faculté, devrait prouver que le plan de ces enseignements n'est pas rationnel et ne donne des résultats pratiques assez satisfaisants. Les chaires que les élèves de la faculté technique doivent fréquenter sont le dessin, la géométrie, les géodésie, la topographie, la mécanique, la machinerie, la construction de chemins, canaux, pont, tunnels, la physique, l'astronomie, la météorologie, la géologie, la palaeontologie, la minéralogie et géologie, la chimie, la technologie chimique, les mathémathiques supérieures et l'hygiène publique. À quel but professionnel peut-elle aboutir cette série d'enseignements? Évidemment à former des demi-ingénieurs ? et que pour le perfectionnement il sera encore nécessaire d'envoyer ses licenciés de l'université de Belgrade à l'étranger.
La faculté philosophique aussi est loin d'être complète. Elle se partage en deux sections, l'une historiqueou de philosophie morale, l'autre physique ou de philosophie naturelle, d'après l'ancien système scolaire. Les deux
DIXIÈME CHAPITBB 215
i ces eiusegnemeats ; philosotoire des Serbes et des peuples Slaves, ana-
physiologie, économie publique, statistique, ie et ethnographie comparée, pédagogie, hybliqae; la section historique, a, en outre, ces ciaux: Histoire universelle. Histoire littéraire )s et des Slaves du Sud, Histoire universelle érature, philologie, archéologie, langue et litrusse, grec et latin. La section qu'on appelle
et mathématique comprend encore ces cours:
tique supérieure, physique, zoologie, botanique, jie, géographie, géologie et paléontologie, chi-
technologie chimique, mécanique théorique, ie et météorologie, géométrie.
I !a faculté de droit, on reçoit ces enseignenciclopédie du droit, Histoire du droit slave, lu droit romain, droit civil, procédure civile, lal, procédure criminelle, droit commercial, en vec les lois serbes, droit constitutionnel, droit ■be, droit d'état universel, droit des peuples, batistique, médecine légale, hygiène publique. e plan d'études, on peut voir que la faculté de Belgrade, est la plus complète et la mieux , Sont annexes à l'Université un musée d'hiurelle, un cabinet de physique et de mécaniiboratoire de chimique, un jardin zoologique,
national, et une librairie, le de théologie {Bogoslovija) fondée en 1836, Férentes modifications en 1838, 1844,1863, î. Le peuple serbe est religieux ; le clergé serbe, ins dit, a contribué puissamment non pas seudévelopper la culture nationale, mais à tenir 'esprit de nationalité, Dana le but de prépaya un clergé éclairé, on a porté grand soin à
216 LA. SEKBIË £1' LES 8EBBES
l'école de théologie; elle dépend du Mmistèr struction publique et du culte, et, du Métrogi reçoit les élèrea du séminaire, ou la plus ' élevé et nourris gratia'; mais tous les licenciés nase peuvent être reçus à l'école de théologie plan des études: théologie dogmatique et p théologie naturelle, lecture et interprétation de patriatique, homélies, droit canonique, Histoire et géographie biblique, Histoire universelle e phie, éloquence, psychologie et physiologie, aritmétique et comptabilité, physique, pédag giène et médecine domestique, économie rural* ture pratique pour la culture des champs et dt vieux slavon, Russe, chant d'église. D'aprè; gramme, "on peut aisément se former une i manière intelligente avec laquelle le gouv serbe sait faire son profit du concours du elerg vre de la civilisation nationale. Pour l'ent cette école, cependant, l'état serbe ne dépensai plus que 63,262 francs par an, avec un ree( torze professeurs et adjoints; l'école comptail ves, dont uji certain nombre provenait des pa qui ne font pas encore partie du royaume. Li seurs sont, les uns, proposés par le Ministère, 1 par le Métropolitain; ils sont nommés bous p royal et payés par l'Etat. L'école possède ur théque spéciale à l'usage des professeurs et < d'environ 3000 volumes.
Mais la culture nationale des Serbes trouvé d'autres foyers à Belgrade, pour s'y cl développer.
En 1841, avait été fondé par le jeune p chel Obrenovic la première Société littéraire se. itvo srpske slovmoati).
1847, ce centre littéraire avait déjà déployé ivité féconde sur le domaine historique, géograarohéo logique et linguistique; par les 21 voluson Glasnik ou revue, la Société a visé à popust divulguer des connaissances qui en élevant s de la culture nationale, dirigeraient le senti- )litique national vers le but le plus noble à la e plus pratique. La science et la vie nationale
pays serbe sont un, grâce aux a£forts des sa- ; littérateurs qui n'ont jamais perdu de vue ce s a paru essentiel pour la reconstitution d'une patrie.
première Société littéraire serbe, craignant peut- 'on puuse perdre le temps, comme dans un© tutres académies littéraires, en des vaines rei et exercices stériles, modifia en 1864 ses stas'appela Société scientifique serbe (Srpsko uceno ; le docte sénateur Jean Gavrilovic en est alors le président. Elle se partagea en trois sections : ihie et linguistique, mathématiques et sciences es, histoire et politique. L'illustre historien !fl'ovakovic en était le secrétaire perpétuel. ir élargir le cercle d'action et d'influence de ïé, eu 1868, il fuit décidé que tous les savants quoi qu'appartenant à un autre état, pourraient
des membres ordinaires de la Société. Comme s correspondants et honoraires ne devaient nmés que des hommes marquante et de mérite ir. Alors l'Etat qui avait accordé auparavant le de 1200 francs par an, l'augmenta jusqu'à 6. Mais l'Etat imprimait, en outre, à ses frais, 3 de l'académie dans l'imprimerie nationale, et .a publication des grands ouvrages qui lui spécialement recommandés par la Société. La
correspondance de la Société jouissait da privîli d'être transmise gratis.
La Société possédait enfin une BibliotKèque à e riche en manuscrits et précieux documents de l'histc nationale serbe, dont le pins grand nombre a été ] blié. En 1880, le parti libéral ayant pris le dessus di la Société, on constata que l'on voulait faire aervii Société scientifique à des intérêts de parti, et obte de trop grands privilèges dans les élections politiqi; à la fin, en 1886, il fut décidé de transformer def tivement, l'ancienne Société en Royale Académie si {Kraljevska srpska akademija), dont le seul program serait de faire avancer la science, encourager, évei et rafiner le goût national dans l'art. L'Académie , alors partagée en quatre sections : sciences naturel sciences philosophiques, sciences sociales, beaux a La nouvelle Académie livre à la presse deux séries publications, les Gomptes-ïtendus de travaux littéral et scientifiques, bous le titre de Glas Kralievsko Sr} Akademjt'e, et les Mémoires et documents on mo ments sous le titre de Spomenik Kralievsko Srpske A demjie. L'Académie ne paye rien pour son logemen pour ses impressions.
L'Académie ne peut avoir plus de 26 memb dont un tiers seulement peut résider hors de la Ser' Les correspondants peuvent être deux fois plus m breux. Le membres ordinaires ainsi que les corresp dauts sont choisis par l'Académie elle même. . académiciens reçoivent un subside annuel pour le travaux, arrêté, d'année en année, par le Ministre l'instruction publique et ont droit à recevoir gr; toutes le publications de l'Académie. Les prem: académiciens ont été nommés par le Itoi, qoi es patron de l'Académie. D'après l'annuaire de l'Aca
de Belgrade àe l'année 1895, nous apprenons que
irésident actuel et le bibliothécaire est M. Milan Lcevié et le secrétaire perpétuel M. Jovan Zujovié, [ue les quatre secrétaires de sections sont le même Fes. J. M. Zujoviô, pour les sciences naturelles, Stoïaa Novakovié pour les sciences philosophiques Lub. Kovacevic pour les sciences sociales, et M. Mil Baltrovi6 pour les beaux arts et belles lettres.
autres membres ordinaires de l'Académie étaient 1896, les suivants ; Dm. Neshié, Lub. Eleric, Sima anic, Svetislav Bulovié, Svetomir Nicolajevic, Vailav Jagic, Vladan Borjevic, Jovan Turoman, Lulir Stoïanovic, Pera Borjevic, Oelomil Mijatovié, ita Grejkovic, Balihosar Bogishié, l'archimandrite iîuyaratz, Gliska Gershid, Jovan Ristic, Jovan Abaaovic, Jovan Mishkovic, l'archimandrite I. Ducic, ïan Boshkovié, Milutin Garashanin, Hattià Ban, romi Jenko, Paul Jovanovic, Milan Jovanovic. Plus ibrense est la série des correspondants serbes, et s touts ces noms, on peut dire que se trouve réunie leur de l'intelligence et de la culture serbe. Il y a urellement au sein de l'Académie quelque prévention
porte a des exclusions injustes; mais', en somme, peut dire que l'Académie de Belgrade représente nement aux yeux des Serbes et de l'étranger la ion qui pense, la nation idéale. L'Académie s'est si agrégé un grand nombre de membres étrangers, as avons été honorés de son choix aveo M. Gr. Ascoli l'Académie de Milan, et avec M. Emile Teza de aiversité de Padoue.
En 1896, étaient indiqués comme des candidats ir les futures élections de l'Académie: Dr. Niccola istic, Dr. Jovan Jovanovié Zuraj, Dragisha Milutiic, Olimpie Basilevic, Vladimir Jovanovid, Jovaa
Dragashevic, Jovan Borjevic, Dr. Sv. Rade Dr. J, Tzvigic.
Nous avons dit que l'Académie a une se( beaux arts, et que le peintre Jovauovié en faî
Quelques renseignetneuts sur les peintres i seront pas dépourvus d'intérêt pour nos lectei faire mention des peintres dalmates Nicoolô B Andrée Médulic de Sébènique, les Schiavoni défi peintres serbes de la . Serbie hongroise, Constantin G. Daniel, Novak Radonié, et Jaksié peintre poètes, qui appartiennent au ] doit signaler surtout au nombre des peintres i de la Serbie, M. Etienne Teodorovic né en 18i visad élève de Bahl dont les tableas religieux riques montrent nne grande vigueur de oolo Jovanovié né à Vesac dans le Banat en 1860.
études à Vienne avec Mûller; puis il résida toi ï à Munich et à Paris; il excelle dans le tableau par la représentation fidèle de la vie serbe, i grine et albanaise; meis ses grandes compositio riques aussi ont été fort appréciées.
Après Jovanovié, méritent une mention: \ d ic né, comme Jovanovié, dans un village i Banat, où, après avoir étudié à Vienne, il vit vaille retiré; George Kristic d'un village eerl Hongrie, élève de l'académie de Munich, qui à Belgrade ; Pierre Ranosovic, né a Consta •élevé dans les académies militaires en Russie, ra abandonné la milice pour l'art, et dont le table sentant l'hajduk Ràitch a été beaucoup admir Bukovac de Raguse élève de Cabanel, né en IJ dent à Agram, dont le comte Orsatto Pozza :
■couvert et encouragé le talent; Marc Murât n ^use en 1864, élève de Lindenscbmit à Munie
ire aerbe aussi essaye de se développer de Pierre Ubarkic qui a étudié à Munich.
Georges Jovanovic qui eafc en traiu de ..... js le monument pour les morts de Kossovo. Le Roi Alexandre, là Reine Nathalie, le Gouvernement et l'Académie ne laissent passer aucune occasion d'encourager les artistes serbes de talent: et les premier» résultats donnent lieu de faire les plus heureux présages pour 1' avenir de l'art serbe.
Ma âlle Cordélie ayant consenti à m'accompagner, cette rapide excursion de Borne à Belgrade devait m'offrir tous les agréments, com'elle me permet maintenant d'en garder les 80uvemrd les plus doux.
J'épargne au lecteur la description banale denotr* voyage de Rome à Vienne et de Vienne à la frontière serbe. Dans n'importe quel Guide de voyage on trouverait des renseignements plus copieux ei plus exacts de ceux que je serais en état de donne] ici, La pouszta hongroise m'a paru cette fois plus triste encore que dans mon voyage d'il y a 12 ani an sympathique pays des Magyars. La régioû que l'or parcourt pendant huit heures de Pesth à Belgrade esi le plus souvent déserte, monotone et marécageuse quelques troupeaux d'oies et de. cochons ne suffiseni par pour animer et égayer le paisage.
Ainsi donc, nous n'avons rieu d'intéressant à rele ver sur ce parcours. Vers le soir, nous arrivons à Se. mlîn, où le professeur Veanio est venu à notre reu contre avec le neveu du président du Conseil des Ministres, M. G-. S. Simié, qui, étant alors malade je n'ai pu voir pendant mou court, voyage a Belgrade mais dont j'ai eu lieu, en maintes occasions, d'appréciei toutes les bontés à mon égard.
Un mot sur ce personnage distingue, dont la fermeté et la droiture en ont peut-être causé la chute pré' cipitée et inattendue, no sera pas hors de propos ici M. Georges S. Simic est le fils de l'ancien président du Conseil d'Etat, M, Stoïan Simic; né à Belgrad* le 28 février L843, il fit sou gymnase et son lycée dans sa ville natale ; puis, il se rendit à l'étranger et il étu' dia, pendant quatre ans, à Berlin, Heidelberg et Paris les sciences politiques et économiques. Rentré en Serbie en 1866, il passa au service de l'état au MinistèrE
ONZIÈME CHAPITBE
des affaires étrangères. Nommé en 1882 agent diplomatîqae et consul général de Serbie a Sophia, il y demeura jusqu'à la moitié de l'année 1884, lorsqu'il futrappelé, À la suite de la rupture des relations diplo-
G. S. SiMio'
lei Président du Conseil
niatiques entre la Serbie et la Bulgarie, < par l'incident de Bregovo. En 1887, il fut nommé Envoyé exraordinaire et Ministre plénipotentiaire à St. Pntersbourg; de là en 1890 il passa ministre à Vienne, où il demeura quatre ans, pendant lesquels, il représenta aussi la Serbie, comme Ministre auprès du Boi
d'Italie. Nommé la première fois, le 24 janvier 1894, président du Conseil et Minisfere des affaires étrangères, il resta à ce poste seulement 70 jours et donna ses démissions au commencement d'avril, à la suite de divergences d'opinion avec ses collègues au sujet de la politique intérieure ; nommé, de nouveau, ministre de Serbie à Vienne, il y resta jusqu'à la fin de 1896, quand il fut appelé pour la seconde fois par la confiance de S. M. le Roi Alexandre à former le Cabinet actuel. Mais des nouvelles divergences au sujet, cette fois, des relations de la Serbie avec l'étranger, et surtout avec les autres pays slaves, malgré l'estime dont il jouit auprès du Eoi Alexandre, l'ont forcé de quitter au mois d'octobre passé le ministère, pour faire place à uu ministère imposé. Esprit aimable, cultivé, et éclairé, M. Simic s' occupe de littérature dans ses heures de loisir ; on lui doit aussi la traduction en serbe des Principes de la politique de Benjamin Constant et du roman Uàbhé Constantin de M. Ludovic Halévy.
Monsieur Vegnic nous apprend que l'on nous attend au bal de la Cour ; que notre arrivée a déjà été signalée, et que ma première conférence aura lieu le lendemain au Palais Eoyal devant le Eoi et la Reine. J'avais déjà eu l'honneur d'être présenté à S. M. la Beine Nathalie,^ pendant son séjour à Florence, où j'avais aussi fait les honneurs du Musée Indien au jeune Prince Alexandre, aux soins alors de son gouverneur, l'aimable et sage professeur Stephan Popovic. Après huit heures de trimballage en chemin de fer, nous ne demandions, ma fille et moi, qu'à nous reposer. Mais la prévenance de mon cher ami et illustre collègue de l'université de Belgrade, où il enseigne le droit international, ancien jeune ministre radical sous la présidence de M. Pachié, et dont j'avais déjà apprécié l'esprit et le savoir dans une
ONZIÈME CHAPITBE 227
courte visite qu'il venait de nous faire à Rome, la cordialité de sa réception, les magnifiques fleurs qu'il présentait à ma chère Cordélie, le plaisir d'avoir enfin mis
JF. Mu- a. Vesnic'
le pied sur le sol hospitalier de la Serbie, la magnifique perspective de la ville de Belgrade illuminée ont en le don de nous éleofcriser tous deux; nous avons donc alors entièrement oublié d'être si fatigués, et nous nous préparâmes joyeusement à cette première distrac-
228 LA aiRBIB ET LES 8BBBK3
tioii insbraotive et intérsssanbe d'uus visite an Palfti» en jour âe fête.
A la gare a ea liea une double grande accolade avec M. Stephan Popovic, l'ancien précepteur, le conseiller fidèle, et aujoard'hni de nonvean le ministre
Stoiah Bocheovio'
ADCièu Mlotstce de rinntractiOD.
bien aimé du Eot Alexandre, qui règle la finance, et aTec M. Stoïan Bochkovic; ancien professeur d'histoire universelle à l'Université, ancien recteur de l'académie de Belgrade, ancien ministre de l'instruction publique (1872), ancien ministre plénipotentiaire de Serbie à Bucarest, le premier patriote serbe avec qui j'ai été «n correspondance, né en 1833 a Swilainatz. Il a voyagé,
OKZIÈHE CHAPITRE
À plusieures reprises, en Italie, en Allemagne, en Belgique, en France, dans chaque voyage et dans chaque pays parcouru, gagnant de nouveaux amis à la cause serbe, dont il est Tun des apôtres les^ plus éloquents. £n dehors de quelques traductions, ed de nombreux articles, on lui doit, entr^ autres, ces publications: « Histoire générale du Moyen-Age, spécialement pour les peuples 3laves ; Projet d'un Dictionnaire scientifique, avec le texte serbe-croate-bulgare ; Assemblée législative; L'Empereur Etienne Douchan de Serbie et les relations diplomatiques de la Péninsule Balcanique au XIV siècle. »
M. Popovic enleva ma fille chez lui, où M^® et Mademoiselle Popovic lui avaient préparé une chambrette eomfortable, qui était un bijou; mon ami le professeur Vesnic m'installa fraternellement dans son hôtel ensoleillé de garçon à la rue Milan. Notre toilette achevée en grande hâte, nous arrivâmes vers onze heures au palais, où nous étions attendus. Accueillis par le Maréchal de la Cour et par la Dame d'honneur de la Reine Nathalie, une veuve intéressante, distinguée et intelligente, M°*® Draga Machin, nous avons eu l'honneur d'être de nouveau présenté à la gracieuse S>eine qui avait la bonté de se rappeler de nous, et au jeune Eroi Alexandre qui daigna me remercier de la visite que je faisais à la Serbie et de la promesse faite de tenir le lendemain une conférence sur le rôle de la femme dans le monde moderne, sujet, disait-il, qu'il avait le don de l'intéresser particulièrement.
La Reine Nathalie, malgré les chagrins qui l'ont visitée, a gardé tout l'éclat de sa grande beauté. Fille d'un colonel rasse, de la Bessarabie, M. Kesko, née le 14 mai de l'année 1859, elle compte maintenant trente huit ans. Belle, riche, bonne, afibctaese et oharitable
L SBB8IS ET LES 8BBBIS
La Bbinb Nathalie.
elle fut mariée à l'âge de seize ans aveo le prince Milan. iEUle apparut, depuis lors, comme la vila,, la bonne fée du peuple serbe, et le bon génie du prince, tant que ce prince névrotique, hélas, et atrabilaire l'écoûta.
OHZIÈHE CHAPITRE
Le Boi Alexandre.
Elle a poussé le dévouement pour son pays d'adoption jusqu'à l'héroïsme, ce qui la fit adorer. Elle est intrépide et généreuse, et connaît tous les sacrifices. Privée, par des fautes graves qui n'ont pas été les
siennes, de la gloire de oonbinuer k partage
ges du royaume, elle voaa son existence
but; elle ue concentra toute entière dans 1
la maternité. Heureusement pour elle, un en
de vivre lui était né le 14 août 1876, celui
i maintenant avec prudence sur la Serbie,
^ Alexandre, lequel a reçu de sa mère anrtou
fj^- , cation très soignée ; il a maintenant vingt-ui
A intelligent que désireux d'apprendre, la cour
!\'.'- a encore donné aucup vertige et il reste boi
&~~ écoute facilement le conseils de^ sages; il ami
\; tion de ce qu'il faut ; seulement, il est a dési
;^ influences funestes ne le pousdenb hors du ch(
'., Aucun prince ne s'était encore jamaîs trouv
è position aussi délicate que la sienne; le ïïoi
;;, adore et chérit sa mère qui continue à veil
-^ «t vénère son père qui, cependant, risque soi
('.. le bien être et la paix de son pays, la couro
^ fils; mais il ne doit savoir que trop qu'il d
^,'. gne précoce à la nécessité quia forcé la Ee
;, lie de quitter un jour le palais où la voix
avait cessé de se fair,6 entendre. Tous les m
'< Koi Milan, et toutes les angoisses de la H«
ïV tunée ont commencé depuis ce jour. Le Eoi
"/ , demeure le seul trait d'imion qui unit encoi
^ faiblement et de loiu, les deux époux, qui ■
la couronne royale. On doit maintenant sou
lement que le Eoi déchu cesse entièrement ■
des affaires d'un royaume, dont il avait
compromis le sort et d'y intriguer par si
qu'il impose au gouvernement du pays; s
guste fera, sans doute, oublier et raoheti
■■' petit, toutes ses fautes, mais ni lui, ni ses
■■;, doivent être gênés dans leurs mouvements ]
ONZIÈME OHAPIX&B 238
obstruction et par cette foule d'embarras que peut lui oréer à Vienne la politique ostile et contraire aux intérêts des Slaves, que le Roi Milan semble y seconder. Telle est, au moins, l'impression que reçoit l'observateur étranger, un Italien surtout, des entraves qui semblent, de temps en temps, interrompre la marche régulière des affaires eu Serbie et jeter le pays entier dans le trouble.
On me présenta à l'élite de la société serbe qui otait réunie au palais ; au nombre des personnages, je remarque M. N. Pachio , le chef du parti radical, qui 4tttend son heure' poui* revenir au pouvoir, un homme sérieux, à l'air grave, que l'on prendrait aisément pour un italien de la plus belle race; Madame Pachié qui l'égale par sa beauté, et qui, étant née en Dalmatie, parle oouramment l'italien et garde pour l'Italie, pour Florence surtout, une sorte d'attachement passionné et doulourenx. Mais l'homme le plus distingué et le plus sympathique avec lequel j'aie eu lieu de causer plus longuement et avec plus, de profit, au moins, deux ou trois fois, pendant mon court séjour à Belgrade a été le général Sa va Grouic ancien et actuel ministre, d'une culture moderne, et dont l'esprit éclairé et très libéral semble ouvert aux plus larges horizons. Sa oonversation est intéressante et instructive et la dou- -ceur de son caractère ainsi que son éducation en font un causeur séduisant; il a montré comme homme politique un tact exquis; tour à tour, ministre de la guerre, ministre des affaires étrangères, président du conseil, un brave comme militaire, un sage comme homme politique, et de la meilleure compagnie comme homme du monde.
Aussitôt les présentations terminées, les danses «commencent; le Roi Alexandre daigna engager ma
234 LA BEBBIE ET LES 8BBBEB
fille à un tour de walse. J'ai admiré la grande semplioité, presque patriarcale, de cette fête de ooor. La Bune Nathalie a aussi fait uu tour avec son augnste enfant. Tout le monde avait l'air de s'amuser, personne ne se trouvant gêné par l'étiquette. À minuit com-
Lb Genbbai. Sava Grouio'
mença le cotillon, qui dura presqu'une heure. Pour le lendemain on devait transformer la même salle en salon de conférence.
Le salon ne pouvant faire place a plus que cent personnes, on a été forcé de restreindre les invitations à un certain nombre de privilégiés, ce qui donna lieu, à ce que l'on"m'apprit, à quelque murmure.
Le parterre de la conférence était très <
OHZIÈUE CHAPITRE 28&
le J£oi et la Beine Nathalie 9e trouvaient an premier rang avec la dame d'honneur; à l'henre indiquée, je me préBeutai, et aussitôt que la Beine me manda que je pouvais oommenoer, j'ai donné lecture des pages qui suivent, écrites pour l'occasion et pour un parterre qui devait être snrtout composé de dames :
Lb bôle de la fbuhs dahs la Sooiârii Modebue
Si, au lieu du thème que je me suis proposé de développer ce soir, devant Vos Majestés, je me contentais de tracer une série de portraits, où l'on présenterait pour chaque pays un modèle à imiter, ma tache serait plus facile, et, par tous ces exemples de nobles vertus en action, on apprendrait mieux au grand peuple des femmes qui travaiUeiit à leur développement et à se ' faire une plus grande place dans la vie, oe qui leur convient de faire.
Mais, puisqu'il serait téméraire pour un étranger, d'aborder, dans votre pays d'adoption, auguste Nathalie, ce sujet délicat, sans chanter d'abord les louanges de la gracieuse souveraine qui, par la réunion de tant de grâces et de tant de vertus, a su attirer sur elle non pas seulement l' amour de tout un peuple, mais encore l'admiration de l'étranger et l'enthousÎEksme de oe pays de la Kenaissance, où vôtre Majesté a choisi un jour de se reposer avec son auguste fils, prédestiné à la gloire de gouverner maintenant si sagement la Serbie, puisque ces louanges seules devraient suffire à mon entretien, je prie Votre Majesté de me permettre d'envisager autrement mou sujet; pour lequel, cependant, il me faudrait faire usage de ce couteau merreUleuz que Lessiug prêtait au Père Eternel, au moment de la création du premier couple humain. Seulement,.
LA flBBBIB ET LffiB SfiBBES
Lessing ajoutait que l'artiste divin, de crainte d'en faire une chose grossière, eu coupant la femme, «'était légèrement trompé, en s'y prenant etwas zu fein. Comment donc, parlerai-je de cet être si subtil, si fuyant, «i changeant, sans craindre de le chiffonner un peu, comme une fleur trop rudement maniée, qui vit de rayons et de souffles parfumés?
Je reviens cependant de l'Amérique latine, où il ^st presque défendu maintenant d'adorer la femme comme un être privilégié, et où j'ai assisté dans une ^cole normale de femmes, à une leçon de pédagogie qui aurait dû m'enlever toutes ces préoccupations, toutes ces appréhensions, au sujet de la femme.
Une Directrice demandait donc à l' une de ses élèves quelles sont les causes essentielles qui contribuent au progrès de l'humanité. La jeune fille répondait avec le plus grand aplomb, qu'il faut seulement les chercher dans la conformation originaire de notre cerveau, tout en admettant, pourtant que l'éducation, en un certain degré, peut, à la longue, modifier nos conditions cérébrales. La leçon de pédagogie prenant ainsi l'allure d'un traité de physiologie des plus modernes, je risquai discrètement cette demande à la maîtresse : Est-ce que la jeune fille ne fait aucune distinction entre le rôle de l'homme et celui de la femme, vis-àvis du progrès ? Est-ce qu'elle pense sérieusement que la femme pour exercer ce rôle, se trouve dans les mêmes conditions physiologiques que l'homme? — Bien certainement, me répondit la maîtresse; il n'est plus question de qualité, mais seulement de quantité; donnezlui du temps et la femme développée fera un jour exac* tement tout ce que l'homme fait, pourvu qu'elle puisse^ à son tour, disposer de tous les moyens dont l'homme dispose, ô'était pour la maîtresse un axiome, presqu'un
ONSliSMX CHAPITBB 237
dogme, iiidisontable; et elle n'a même pas daigné de questionner la jénne fille, sur ce point.
Mais, oomme je ne voulais point, à mon tour, me persuader que, dans toutes ces têtes de jolies et intéressantes demoiselles, se fussent logées et fixées les mêmes idées et doctrines absolnei?, j'insistai, en priant la docte maîtresse. de vouloir pourtant questionner les* jeunes demoiselles et leur demander si toutes étaient, sur ce point essentiel, du même avis. Alors, comme poussée par un ressort, une petite rebelle, la fille d'un italien, aux yeux vifs, alerte, û'ingante, à la taille gracieuse et élancée, se leva de son banc, toute contente de pouvoir faire comprendre qu'avant tout elle voulait rester femme; elle avança donc que la femme domine par le sentiment, mais non pas par la raison, et que cela vaut mieux; qu'elle doit surtout aimer, beaucoup aimer, et ne pas trop se perdre en savantes réflexions ; qu'il y a, sans doute, des arts, des métiers, des occupatioDS, qui peuvent lui convenir en particulier, mais que r on devait surtout admirer l'oeuvre de la femme dans son intérieur, au saint foyer de la famille. On sentait bien que tout ce que la petite disait n'avait point ét^ appris ou lu quelque part, mais devait tout naturellement déborder d'un sentiment longuement suffoqué, qui avait besoin d'éclater; et puisqu'elle avait parfaitement deviné que je l'écoutais avec sympathie, elle s'enhardit à soutenir et développer plus bravement et avec plus de feu sa thèse réactionnaire, lorsqu'une antre élève se dressa contr'elle, pour exposer, avec cette gravité et ce ton doctoral de la dame savante que M. Pailleron a si bien pris à partie dans Le Monde on Von s'ennuycj d'une manière étendue et systématique, la théorie matérialiste et complètement égalitaire de sa maîtresse. La leçon avait même l'air d'une ré-
238 LA. BEBBIE ET LES aK&BEB
primEinâe, pour rimpertinenoe d'une défense d ciens droits de la femme, qu'à l'heure présente cette classe de Montevideo, semblait prendre le portions d'un petit coup d'état. Ce retour natu bon sens, cette révolte spontanée d'une vierge contre l'attentat de l'école américaine qui vise sformer brusquement la femme en un demî-h me firent cependant, comprendre que la métho troduite d'après le modèle des Etats Unis du Noi l'Amérique du Sud n'est pas tout à fait raisoi et qu'il j s, pour le moment, quelque chose < urgent à faire que de pousser, d'un côté, nos filles vers des exercices physiques qni en devel les muscles aux dépens de la grâce, et de l'auti vers des théories absurdes, qui, en altérant les fo; de la nature, troublent nécessairement les foncti la vie sociale.
Le lendemain de ma visite à l'école norm femmes à Montevideo, la Directrice envoya cl un magnifique album, où tons les visiteurs de avaient, par una page brillante ou par quelqu€ aimables, prodigué à cette directrice des louangt le refrain était celui-ci: < l'idéal de la femme n est la maîtresse d'école dans l'Ouruguay ».
A mon tour, j'ai pris la plume, et niché dai bnm cette petite insolence:
< L'homme prêtait jadis des ailes à la femn l'adorer comm'uu ange. Puisque, dans ce beau j femme ne veut plus se servir des ailes, changée de rôle, reprenons ces ailes légères et brillantes a laissé tomber, et essayons de faire de notre pour nous laisser adorer à notre tour, par l'é l'homme *.
Mais la vérité est que, même dans l'Améri
OIZIËME CEAFITBE 2Sd
ortant de l'école, la femme oublie volontiers ■s scolaires, les théories arides de la nouvelle le positive, ses griefs contre l'homme tyran, homme absorbant, contre l'homme égoïste, ireuse, lorsqu'en souriant de son plus beau t en regardant de son oeil le plus doux, par not aimable, elle peut encore se donner un
émme latine de l'Amérique n'ignore point erbe par sa beauté, parfois éblouissante. L'andalonse de la première congaête et domina- !;nolâ, s'est beaucoup mêlée, dans notre siècle vec là race italienne, et ce mélange de deux les races a produit un nouveau type admira- 'Ârgenline et dans la République orientale, ae est plus vive; l'orientale plus voluptueuse; leut, l'autre ae repose davantage; toutes les ardent hardimment et avec intention, avec omme, toutes fières da l'hommage rendu à ité; mais la femme argentine semble attirer >our le pousser à l'action; la femme orientale retenir agréablement, dans la jouissance des
elà des Andes, au Chili, la noble dame estrémue une douce dame chilienne, a gardé l'anité de sa race. Couverte de son manto, elle a i Madeleine pénitente; mais ses grands yeuz i se tournent vers le ciel, pour montrer toute deur, tantôt se baissent vers le sol, pour inir modestie, parlent trop pour que l'on puisse ndre sur certaines formes et apparences de
tété. La femme chilienne prie sans doute
beaucoup le matin dans les églises; mais, puisque la religion prêche la charité et l'amour, dans l'apres midi,
940 LA SBBBIB BT LEB BBBBEB
impatiente de voir l'efFet de aes prières, elle ff bien et redevient femme du monde; elle b'occu ses pauvres, elle accueil, elle sourit, elle oaus« charme. Elle n'est pas en prétention de bel esp ne tient anonnement à passer pour une grande sft< elle sait seulement que ]es hommes sont, plus ou i des picajlors; et elle oonoentre sur ses lèvres, c du miçl, toutes les douceurs du langage. La jouri la mondaine du Chili oommeuce modestement aus d'un autel, dans une sombre chapelle d'église ; e souvent élégamment, brillamment, coquettement d'une coquetterie discrète et lady-liJcp., dans un b( élégant, ou dans un cercle causant d'amis intin
On peut donc voir que la femme de l'Ami latine prend aisément sa revanche, dans le monc longs ennuis de l'école.
La femme de chaque pays a, d'ailleurs, de sources spéciales qu'elle tire de son milieu. La féminine est bien diâTérente de peuple à peuple, forme de coquetterie aussi. La pose de la parii n'est point la pose de la femme anglaise, ou di lemande, de l'italienne, ou de l'espagnole,- de la on de la hongroise, de la hollandaise ou de la doise.
La parisienne est faite d'esprit, l'anglaise d deur, l'allemande d'honnêteté (et à Vienne, de si tie) l'italienne d'élégance artistique, l'espagno souplesse, la russe d'épanohement, la hongroise d Toure, la hollandaise de sagesse, la suédoise de chise. Les qualités de l'une peuvent, en partie, certaine mesure, appartenir à l'autre; mais, dans cuue, prédomine un penchant qui la caractérise onne femme ne cause comme une irançaise, n'est comme une anglaise, ne tient son ménage com:
ONZIÈME CHAPITKE 241
», ne chante la romance comme une ibalienne, comme une eapagnole, ne vous aborde comme , ne V0U3 excite comme une hongroise, ne )nne comme une flamande, ne vous ouvre son ime une suédoise.
arisienue vous entretient souvent par des détours, l'anglaise par des idylles, l'allemande ecturea, l'italienne par sa gaieté ouverte et pagnole p^r ses poses voluptueuses, la russ^ ain qu'elle met dans ses discussions à perte i hongroise par ses vivacités à sursauta, la ie par sa gravité, la auédoise par son feu k femme de chaque pays garde pour elle un trait qui la distingue; c'est par ce trait qu'elle exerça sa séduction et son influence sur le peuple dont elle fait partie, et qu'elle nous domine, souvent, tout en ayant l'air d'être sujette. L'une noua aéduit surtout par son regard, l'autre par son sourire, par sa voix, par ses mouvements, par ses flnesses ; tantôt c'est la splendeur, tantôt l'animation, la tendresse, la chaleur qui nous fascine; tantôt la diablerie, tantôt la sainteté; mais, en toutes et en chacune il y a quelque chose d'indéfinissable, qui n'est ni voix, ni sourire, ni baiser, ni 80UÛ3e, ni air, ni feu, ni chair, ni esprit, mais tout cela ensemble. Le divin éternel féminin ne résida pas seulement dans la beanté éclatante de la princesae de Troye; mais elle traverse et pénètre subtilement l'âme de la femme; et c'est ce féminin qui nous attire et nous attache, ce féminin qui est plus souvent notre force, que notre faiblesse, notre enthousiasme, parfois même notre immortalité.
Dieu à donné, sans aucune doute et pour cause, plus de vigueur à l'homme; mais, pour compenser, en même temps, la femme, lui a communiqué une âme
plus vive et plus pénétrante ; grâce à cette â; quefois, la laideur même sait à nos yeux, deyt pathique. Par cette fascination mystérieuae, 1 aussi a son côté surnaturel; et c'est pourquo Tent, dans le ciel bleu de notre imaginatio elle nous apparaît comme un ange du Parad comme une Madone de Grâcea.
Ou a fait, il est vrai, dans l'admiration des quelque place aussi à l'Amazone, à la "Walkyrie. me héroïque; mais, le plus souvent, elle devient ] une bonne fée, une vila bienfaisante. Ce cous général dans le culte de la femme, qui nous 1 core chercher au delà de la vie, aux champs E Hellènes, au milieu des auges du Christianise les Houris persanes, dans le "Walhalla germai la preuve naturelle que nous lui reconnaissoni tus supérieures, des mérites que nous ne poesé . tainement pas et qui nous enveloppent et n ment. Un homme qui est peu de chose exerce quel qu'influence autour de lui; chaque femmf traire, rien que par son âme, ai elle en a ui voix de mère, de soeur, de fille, d'épouse d'amante, à toujours quelque chose de divi dire. Quelques femmes savent par instinct pouvoir elles disposent; un regard, un sourire pir, un désir, un petit crt frémissant de fei quelquefois nous enivrer et nous transporte, l'enthousiasme ; ah, si toutes pouvaient seul douter de la force qu'elles possèdent, elles ne raient plus aucun autre droit, heureuses des <^ verains, de droits suprêmes, de droits divini peuvent sûrement exercer à notre bénéfice, ei L'évolution que le sort de la femme a subi stoire est à elle seule une merveille.
ONZIÈME CHAPITUE 243
is la première révélation de l'àme féminine, ments dont l'existence dramatique de uolyeule du Paradis Terrestre a été pénétrée ns presque deviner ce que serait devenue a femme.
I l'Histoire Sainte se soit occupée d'Eve m à. peu près, pour nous apprendre qu'elle ie, comme ces malheureuses épouses d'une 6 conte orienta] de Barbebleue, nous poula suivre au delà de l'Éden et nous émou- 6. Après le péché, Eve est donc condamnée
du Seigneur: « Tu seras malheureuse; tu ;u accoucheras avec douleur; et l'homme n maître. »
tait; elle sait déjà que son nom veut dire:
3 son nom même, elle trouve déjà une con-
une bénédiction; et elle attend, avec pa- ■ où sa grande tache va commencer. Couverte i agreste, elle entre soumise et résignée nière hutte que son homme lui a bâtie, .re au champ. Que fait Eve, pendant ces •es de solitude et de douloureuse attente?
i. A la fin, un jour, la petite cabane se aut élargir ia maison; deux enfants vîenlux pieds d'Eve; mais la mère voit avec les premiers frères qu'elle a enfantés, ne
i adolescents, les deux fils d'Eve quittent ael pour s'en aller aux prés, et aux champs ; 16 plus revenir. Caïn, dans un mouvement tué Abel, et, maudit par le Seigneur, La terre comme une âme dannée; mais au- ■aphe ne saurait rendre le cri de détresse oir de la première mère, devant son enfant
morfc. En attendant, Tune de ces filles, dont on ne parle pas, après la disparition d'Abel, prend pitié du frère fugitif. La première soeur, dont le nom indo-européen svasar sanscrit, 807'or latin, schwester allemand, siste?' anglais, sestrà slave, signifie et indique celle qui console^ va rejoindre Oaïn repenti, affolé, éperdu au milieu de la forêt où il se cache; elle le console, et elle lui pardonne par Dieu. Qui sait si Eve affaissée dans sa double douleur maternelle n'a pas elle même, poussé, enyers Caïn, ce rayon de lumière divine! Mais, devant ce suprême sacrifice, Adam attendri et ému s'approche encore une fois auprès de la mère, pour lui rendre V enfant perdu; et Abel revint, en effet, sourire de nouveau sur les genoux de sa mère, sous le nom de Seth.
L'histoire aride et impassible n'a poi^t noté toutes les larmes secrètes, tous les longs soupirs, toutes les angoisses mortelles d'Eve ; elle nous a fourni le- seul canevas du premier roman psychologique, du premier drame épique de l'humanité ; mais il n'y a qu'à le ra- . conter pour s'émouvoir et pour comprendre que, par cette première fille de Dieu, par cette première mère et épouse, par cette première dame et souveraine du monde, le rôle de la femme, apparemment si effacé, serait, en somme, devenu celui d'une douce consolatrice, et d'une grande régénératrice.
C'est de l'ample sein maternel d'Eve que sortira en Palestine d'abord la Vénus Astarté syrienne, et, en suite, la Vierge Marie, la mère sublime du Rédempteur du Monde, qui écrasera par son pied, la tête du serpent, du grand séducteur et qui purifiera l'amour, faisant de la famille un sanctuaire, renouvelant la vre^ indiquant à chaque femme un rôle supérieur à remplir, comme douce inspiratrice.
Vénus qui charme par ses grâces divines, Hélène
ONZIÈME CHAPITEE 246
qui éblouit par la merveille de ses formes, Aspasie qui domine par son esprit, la chaste matrone romaine qui veille, dans la maison, au travail de ses esclaves, révèlent un côté de la puissance fascinatrice de la femme, mais un seul côté. Eve, au contraire, qui se transforme, par la plus délicate des évolutions, dans la Vierge du Ghristiajiisme , embrasse en elle tout l'être féminin, s'élève, se subtilise, se spiritualise et pénètre toute entière Thumanité de son premier feu divin.
Les poétiques Litanies de la Vierge suffisent pour indiquer toutes les grandes perfections que la foi ardente des Chrétiens lui a prêtées. Dès qu'on les analyse, on s'aperçoit que le Vierge immaculée que l'on invoque dans la prière, est encore plus haute que celle qui thrône et sourit ou s'attendrit pour nous, sur les panneaux et sur les toiles lumineuses de l'Angelico et de Botticelli, de Raphaël et de Murillo, d'André del Sarto et de Carlo Dolci. La Vierge des peintres est belle, modeste, tendre et suave ; la Vierge des Litanies est toute rayonnante. Elle possède, en un degré sublime, toutes les vertus, toutes les charités, toutes les , saintetés, toutes les beautés, toutes les magnificences. Glorifiée dans le symbole chrétien, elle devient l'étoile du matin qui ouvre le jour, la porte du ciel, comme l'aurore des hymnes védiques, une rose mystique, dont chaque feuille brillante répand un parfum ; une tour d'ivoire, dont la blancheur est sans tache ; une maison d'or resplendissante ; un refuge de toutes les âmes en peine ; celle qui veille, qui aime, qui prie, qui implore pour nous; celle qui console, qui aide, qui protège, qui gnérit. On la fait monter, dans un nimbe d'azur, couronnée par une auréole, sur un thrône de reine bienfaisante, pour qu'elle puisse accorder toutes les grâces, calmer toutes les douleurs; et, dans la glorification de la Vierge
Ni
LA eBRBIE ET LES 8EBBES
/"ierges, de la Reine des Vierges, de la très pure^ . très chaste, de la très prudente, de l'aimable, de lirable, de la joste, de la clémente, de la fidèle, de ge, du vase d'honneur, de la cause de notre joie, ilie du Saint Esprit, chaque femme chrétienne peut re : en moi aussi, il y a une étincelle de cette diet moi aussi, dans ma maison, je puis, je dois er mon autel, et m'y faire adorer et bénir.
Dans les premiers siècles du Moyen âge, la figure
femme, qui avait fait de l'esclave payenne une boratrice intime de l'homme à la création d'une elle famille humaine, semblait s'être presqu'eutiént effacée.
En dehors des noms de quelque sainte martyre, de [ue reine pieuse, de quelque religieuse savante, le cette Cécile, noble romaine, qui apprend la mu- I des anges, comme cette Théodoiinde, princesse roise devenue la reine des Longobards, qui humaea Papes, comme cette nonne allemande Hrosvita, 3an3 sa cellule, écrit des drames si passionnés, ou ae cette femme aimante parisienne, Heloïse, qui ne de sa passion, se cloître et pousse, du fond de ouvent, un dernier et suprême cri d'amour, l'hi- ) extérieure de le femme jusqu'à l'aurore du monde irne, est courte et peu brillante.
Mais, de sa sombre retraite d'un château crénelé, l'année mille, dans sa longue robe élégante, comme ilanche fée s'avance sur le perron et se montre la ! châtelaine. Elle se sent profoodément chrétienne; :e passionne pour l'oeuvre que les Chevaliers chré-
ont accompli en Terre Sainte; elle est demeurée ■e jusqu'au retour de son héros j elle se prépare à urouner d'une auréole, par un voile d'or qu'elle a
de ses mains comme Pénélope : elle ordonne des
ONZIÈME GHAPITBE 247
fêtes; elle convie au château des trouvères et des troubadours; elle écoute avec ravissement la louange des hauts faits de son Croisé. Les chevaliers ont appris, par les poètes, que, pour plaire aux dames, il faut être pieux et vaillant : c'est donc la femme chrétienne qui a créé le roman de la chevalerie.
Mais il arrive quelquefois que la belle châtelaine, dans Tattente du chevalier absent, écoute attendrie la voix touchante du poète qui célèbre les gestes des héros, et qu'elle tourne d'abord sou attention, ensuite son esprit, enfin son coeur vers le poète lui même. Alors, au retour ûe chaque printemps, se tressent des couronnes de fleurs, et se groupe la cour d'amour, où, la dame couronnant le troubadour, celui-ci s'enflamme pour elle. Ce thème donné revient une fois par an ; chaque nouveau poète doit désormais avoir sa dame à chanter; on a commencé très naturellement et très sérieusement ; on finit par s'accomoder à une poésie de convention pleine d'artifices et de liéux-communs dont la littérature provençale est le miroir le plus fidel.
Mais, au milieu de ce parterre de fleurs rhétoriques, bourgeonnent et s'épanouissent, par le soufile de l'amour et du génie, deux arbres divins, la Divina Commedia et le Canzoniere.
Deux femmes exquises, une florentine et une provençale avaient fixé l'attention de Dante et de Pétrarque. Leur beauté, sans aucun doute, avait commencé par les attirer ; mais Béatrix et Laure n'étaient, peutêtre, pas les plus belles femmes de leur monde. Béatrix et Laure avaient, cependant, parlé par leur regard, par leur sourire et par leur voix; ce qu'elles avaient su révéler était simplement un sentiment divin. Pour la première fois, on se passionnait, dans le monde chrétien, platoniquement, pour l'âme de la femme; pour la première fois,
on entrevoyait, par les yeux d'une femme aimante, le Paradis ; alors la langue poétique chercha aussi toutes ses expressions les plus élégantes, les plus subtiles, les plus légères, les plus diaphanes, le plus musicales pour rendre ce sentiment nouveau, pour donner par l'art, une sort d'évidence à l'imperceptible, à l'indéfinissable, qui veut devenir l'infini.
Bien autrement, le Boccaoe, le bourgeois florentin, aimera bientôt à Naples, sa noble et belle Marie d'Aquin, qu'il nous représentera, à plusieur^s reprises, sous le nom de Fiammetta. Dans les yeux de cette femme galante il avait vu souvent s'allumer le feu du 'désir; et la possession immédiate de l'objet aimé fut à la fois le premier ressort et le couronnement de son amour payen, dont le but était un seul : rendre à un couple humain l'existence plus douce et plus gaie.
Lç Boccace ne visait point à idéaliser la femme de son temps ; il se contentait de représenter la florentine et la napolitaine telle qu'il l'avait connue et aimée de son amour sensuel ; il la désirait ardente et fidèle ; il voulait bien, en grand artiste, qu'en amour les lois de l'esthétique fussent observées ; mais il ne se souciait guère de l'amour moraliste et purificateur.
L'amour lui semble une chose saine, et presque sage ; c'est pourquoi non seulement il le recommande, mais il s'en fait le savant précepteur. Mais pour lui comme pour les anciens, l'homme et la femme n'ont d'autre raison de se rencontrer que le plaisir ; il aime bien la femme; mais, peut-être, il ne respecte pas assez sa contemporaine et ne la cherche que dans l'exercice de ses fonctions amoureuses. Les femmes du Décaméron sont aimables, vives et séduisantes ; mais leur type est rarement élevé. Cette admirable Griselda, qui, par sa fidélité, semble atteindre un degré
héroïque et former une exception, ji'est pas une conception du Bocèace ; elle accentue seulement et développe un typei élémentaire de la vieille tradition orie^tale, qui nous est fourni dans Tlnde par la légende épique et dramatique de Çakuntalâ, l'épouse délaissée et traliie qui garde sa chasteté et sa noble fidélité, et dans les traditions de POccident, par la légende chrétienne de la Sainte Q-eneviève, de la Sainte Olive, de la fille du roi de la Dace et de Cresoentia.
Mais, dans ce même. siècle où la Fiammefcta du conteur florentin avait montré toutes les séductions de Tamour terrestre, se révélait à Sienne une femme puissante, courageuse, éloquente, passionnée, jusqu'à l'extase, une femme à miracles^ qui a bien prouvé, par son exemple, combien son sexe, par les ressorts de l'âme, est, parfois, supérieur au nôtre. C'est à Catherine Benincasa que revient l'honneur d'avoir ramené les Papes d'Avignon à Rome. Comme dans les temps anciens, ce que ni ambassadeur, ni peuple, ni sénat n'avaient pu obtenir de l'orgueil blessé de Coriolan, fut gagné par le seul reproche d'une mère auguste et par les larmes d'une tendre épouse, au quatorzième siècle, après les vains efforts des diplomates et messagers de tout espèce auprès des Papes, fut le triomphe d'une seule sainte femme enthousiaste, pleine d'ardeur, de piété, de charité qui parvint, par le feu sublime de son éloquence, à faire cesser la nouvelle captitivé de Babîlone.
Presqu'un siècle après, une pauvre jeune fille, Jeanne d'Arc, la pucelle d'Orléans, enflammée par l'exemple et par une étrange vision de la Sainte de Sienne, devenait à son tour une vierge héroïque et guidait d'une manière presque miraculeuse, le roi de France et ses guerriers électrisés contre les , envahisseurs étrangers
de sa patrie. D'où tirait-elle toute cette force presque sur- humaine, si ce n'est de cette âme de la femme, qui, éveillée, excitée, enflammée, met parfois une animation divine datis l'œuvre de l'homme? Attirée, peutêtre et endoctrinée par les nombreux esemples cités dans le livre curieux de Boccace De daris muUeribus^ au grand siècle de la Renaissance italienne, à côté de femmes poètes, de femmes humanistes, de femmes savantes, on vit renaître en Italie des femmes héroïques et des princesses vaillantes, qui, apr'ès avoir administré leurs petits états avec sagesse, les défendaient, comme Catherine Sforza, avec bravoure.
Mais la pompe demi-orientale, demi-hiératique de la dominations espagnole, en couvrant la femme de robes épaisses et de chapelets, prépara, sous les auspices de la compagnie de Jésus, l'événement du siècle de Tartufe et de Madame de Maintenon; tout se réglemente sous l'empire des Monarchies absolues et de la Sainte Inquisition; la femme perdit alors son naturel; et au milieu d'une société déjà fort ennuyeuse on vit poindre la caricature des Précieuses ridicules et des Femme Savantes,
De ce long ennui, au siècle de Louis quinze, la femme vint prendre sa revanche, tantôt, en mettant dans son boudoir, de l'esprit et de la souplesse, où il n'y avait que de l'affectation et de la raideur, tantôt en prenant la clef des champs, sous le beau prétexte littéraire de revenir à l'églogue pastorale, au culte de la nature; la jeune Marie Antoniette disait spirituellement que les contes de Florian lui faisaient l'effect d'une soupe au lait; mais, à la vérité cette soupe ne lui déplaisait point, et pendant les courtes années de son bonheur, elle préfera souvent l'air parfumé des buissons à l'étiquette de Versailles et à la rigueur de
ONZIÈME CHAPITEE 2B1
aa dame d'honneur, qui ne Itii permettait même pas de changer de chemise à son gré.
Les belles élégantes dn siècle passées, nos ayeules, en somme, que l'on nons représente si souvent comme de grandes pécheresses, n'étaient qu'aimables, spirituelles et point méchantes; un peu folles, sans doute, aux jours de la joie, et fort insouciantes de l'avenir, des que l'orage commença à gronder; mais lorsqu'il éclata avec une véhémence qu'aucuo sage n'aurait prévue, plusienres d'entr'eiles, bravèrent le danger et les unes donnant l'exemple à leur reine, les autres en l'imitant, montèrent avec une force héroïque sur l'échafaud; pauvres frêles créatures, qui semblaient seulement nées pour le plaisir, elles puisèrent dans leur dignité de grandes dames, de nobles mères et d'épouses la vertu dea suprêmes sacrifices. Celles que la guillotine avaient épairgnées, poussées eu un triste exil, condamnées aux privations les plus douleureuses, et à une existence pleine d'angoisses montrèrent à leurs époux et à leurs enfants, la fierté héroïque des anciennes stoïciennes, en élevant une génération qui devait faire dea prodiges de valeur sous le premier Empire, et sous la Restauration préparer la renaissance de la France moderne.
Si le proverbe a dit: ce que femme veutj Dieu le veut, c'est que Dieu lui même anime et pénétre par une sorte de mystère, l'âme de la femme.
Nous avons fixé de préférence notre attention sur l'histoire de la Révolution française. Mais dans presque tous les pays de l'Europe, où l'on vit quelque signe de résurrection nationale, une partie essentielle du mérite revient à la témme, qui n*à pas été vile, et qui poursuivit au contraire d'un jtiste dédain et de son noble mépris les lâches.
Sans une grfuide génération de mères efc d'i généreuses, il n'y aurait point eu, en notre siée ce peuple de nobles patriotes, héros et martyi à mourir pour l'indépendance et pour la liberi patrie.
Cliaque pays pourrait nous raconter ses gi femmes glorieuses.
• On n'a point oublié, en effect, les admirable i de ces femmes Souliotes, dont Jes Candiotes jours se montrent si dignes. Les jeunes filles ri nos jours ont bien raison d'être fières de leurs j mères, les vaillantes épouses des Déoabristes, < vaient leurs chers exilés en Sibérie, Combien triotes, combien de révolutionnaires allemanc grois, italiens, n'ont-ils donc pas chauffé leur pour la patrie au coeur chaud d'une femme ai Les Koerner et les Herwegh, les Petôfi et lei les Berchet et les Mameli ne se sont-ils pas : pour les chants les plus enflammés, parce qu'u de femme, après un doux baiser, leur a ch . maintenant, va, mon génie, chante et combats délivrance de ton pays ? N'avez vous mêmes, ] témoins, nobles guerriers de la Serbie, de l'em sme éveillée par l'apparition soudaine d'un f charité, de votre courageuse princesse, descen thrône pour venir panser vos blessures ?
Comment donc se défendre d'une sort de se: de vénération pour cet être faible qui nous di la force, et qui parfois de l'oeuvre surnatui Dieu, fait l'œuvre toute simple de son dévoue
Kous venons maintenant d'apprendre qu' gleterre, les femmes ont enfin, en ces-jours-ci, , la propagande de Sir Gladstone et de sa noi clientèle féminine, obtenu le droit au vote poU
Dois-je dire que je ne puis m'en réjouir? Que je trouvais beaucoup plus forte la femme chez elle, que lancée, comme elle va l'être, dans le tourbillon empoisonné et dans Forage périlleux de la vie parlementaire? Eh bien, elle votera maintenant pour son candidat à elle. Qu'en suivera-t-il ? Que, d'or en avant, son candidat ne sera plus toujours celui de son mari; qu' il y aura, le plus souvent, de petites ou de grandes querelles domestiques pendant les élections; que les fils, selon leur penchant, se rangeront tantôt du côté du père, tantôt du côté de la mère et, augmentant la confusion des partis, troubleront souvent la paix de la famille, pour des causes qui lui sont entièrement étrangères.
Avant le droit que l'on vient d'octroyer à la femme anglaise, celle-ci, toute en s'effaçant, pouvait jouer un rôle effectivement plus large, plus important et plus sympathique que 'celui dont maintenant elle semble fière. Sa parole, adroitement placée, dans un salon, pouvait quelquefois gagner mille voix; maintenant, son vote ne représente plus qu'une pauvre et mesquine unité. Son influence générale et indirecte comptait plus que son action directe et particulière; son talent féminin s'exerçait avec moins de fracas et avec moins d'éclat, mais d'une façon plus naturelle, plus délicate et plus poétique; le vote accordé à la femme anglaise ce n'est que la prose de l'arithmétique bourgeoise fin de siècle; et il y a bien à craindre que le jour où toutes les femmes s'occuperont directement de politique, les hommes, délaissés, songeront à faire toute autre chose; alors on re verra Hercule reprendre la quenouille d'Omphale et filer à sa place.
Dans n'importe quelle condition sociale Dieu ait placé la femme, elle peut avoir un rôle sympathique
2bi LA sebbiï: et les bebbbs
et bienfaisant à remplir;' la paysanne, l'onvrière, la ménagère, la grande dame, la souveraine, chacune, selon son rang, a ses petits et ses grands droits, ses petis et ses grands devoirs en face de la société humaine ; mais le suprême devoir à toutes est celui d'être aimables, d'aimer et de se faire aimer. No8 grandes mères, et nos ayeiiles, savaient à peine lire, et n'étaient pas bien fortes en ortographe; mais elle n'en étaient pas moins adorables et adorées. C'est que chacune avait parfaitement l'esprit de son état; chacune mettait un charme particulier dans tout ce qu'elle disait,dane tout ce qu'elle faisait; elle aimait naïvement et ouvertement, avec moins de détours et de fictions. Sans se douter de son grand empire sur l'homme et sans y prétendre, sans doute, elle l'exerçait discrètement chaque jour.
Maintenant, on discute davantage sur les droits de la femme; on lui fait une place assez grande dans les écoles, dans certaines administrations, dans les journaux, dans les sociétés littéraires et scientifiques; et elle gagne effectivement un peu plus d'argent, qna dans le passé; mais elle n'en est pus pour cela ni plus riche, ni plus estimée, ni plus recherchée; je crains, au contraire, que la femme entrainée dans cette voie par l'esprit trop positif de notre époque ait perdu une partie de ses avantages; c'est même avec un certain dépit mêlé de mépris que l'homme s'exprime à l'égard de la femme libre qui gagne son pain. Il faut d'ailleurs convenir que cette femme s'occupe assez peu de sa famille; que le foyer, lorsqu'elle s'absente de la maison, se refroidit; que l'air, cet air de famille qui est fait, en grande partie, par le souffle de la femme, y circule moins; que toute la vie domestique, plus agitée et décousue, nous devient antipathique. L'homme qui a gardé un sentiment d'honnête fierté préfère travailler double,
ONZIÈME CHAPITBE 255
iter les revenus de la maison, plutôt, que érieur délaissé, et sas enfants abandonnés La mère, l'épouse étant le centre lumineux rie de famille, si le feu sacré s'éteint, si la 3 sent plus soutenue par son homme, si plus conscience de protéger et de rendre être adorable, plus faible que lui, la vie de eut un ennui, une charge, un lien prertable.
femme qui doit allumer la lampe du foyer; 3oit être fournie par l'homme; si la femme e chez elle, inquiète et affairée, à la reombustible de la vie domestique, le vide la maison et dans le coeur des époux, me noua donne bien plus, lorsqu'elle ne e pas de l'argent. Les soins qu'elle donne son et à nos enfants, l'adoration secrète voue, l'autel qu'elle dressa, orne, et décore 'oyer, valent tous les trésors du monde, ■te de quel pays, n'importe de quel état it, ce n'est qu'en nous aimant beaucoup, que us gagne; et, de toutes les femmes, la plus ijours celle qui saura le mieux nous aimer.
<ntre, daus cette reunion élégante plusieurs it entr'autre, Monsieur Patrimonio, le doyen jlomatique, ministre de France, d'origine equel on cause à Belgrade, comme on pour- Paris; le chevalier Eollati notre intelligent . lires en Serbie, et quelques illustres homes, tels que le célèbre et vénérable poète thieu Ban, de la Dalmatie et le docte et limandrite herzégovieu Nicèphore Doucic.
ne à Raguse en 1818; à vingt un ans il
enseignait l'italien à Oostantinople. Il avait déjà écrit en italien plusieures poésies, quatre draines {Il Terre-moto di Ragusa^ Fingallo^ Dobroslavo, H Moscovita) et deux chants d'un poème épique {La presa di Cartaginé). En 1846 il arriva à Belgrade, et depuis lors il se voua entièrement à la littérature nationale serbe. Ayant entrepris l'éducation des filles du prince alors régnant de Serbie, Alexandre Karageorgevic, il se préparait a publier son cours, sous le titre U éducateur de la femme^ lorsque la révolution de 1848 éclata, et M. Ban fut entraîné, comme les autres, par le tourbillon de la politique, travaillant surtout à l'union des Serbes avec les Croates, contre les Hongrois, ralliant davantage la Dalmatie, sa contrée natale, eveo la Serbie. C'est eli Dalmatie, qu'il rédigea les trois premiers volumes du Doubrovnik et reprit en main et mit en vers sa tragédie, son chef d'oeuvre dramatique, et la pièce la plus populaire du théâtre serbe, intitulée: Meyrima ou la libération de la Bosnie, qu'il avait écrit en prose en 1854. Spn activité littéraire comme poète et comme publiciste a été merveilleuse, son action comme patriote vraiment apostolique; aussi le peuple serbe lui a fait décerner par le Parlement National une pension viagère, et la Société littéraire de Belgrade célébra solennellement en 1875 son jubilé de la cinquantième année de sa vie publique comme écrivain et comme citoyen. Parmi ses oeuvres, on signale quatorze drames oi^ tra^ gédies, une foule de brochures politiques éloquentes, et de poésies ardentes (les vers qu'il a écrit et publié se montent, dit-on, jusqu'au nombre de quarante mille). M. Ban a toujours visé aux grands effets, et il les a obtenus; une auréole entoure maintenant la tête glorieuse de ce vieillard. On me présente aussi à sa fille Palissana, mariée à un maître de la peinture historique na-
OKZIËUE CHAPITBE 267
tionale serbe, portraitiste et écrivain d'art, M. Etienne ThéodoroTÏc, que j'ai ensuite visité chez lai, avant de quitter Belgrade. À son école se sont formés, en partie, les jeunes peintres serbes, l'un desquels, M. Paul Jovanovic, qui est allé se perfectionner en Allemagne et en
Le peintbe Paul Jovanotic'.
Prauce, et que nous avons déjà signalé dans un chapitre précèdent, en parlant de la culture serbe, jouit maintenant à Paris d'une réputation européenne.
L'archimandrite Doucic, au regard doux et profond, aux manières exquises et séduisantes est une des plus nobles figures de la nation serbe. Né en 1833, dans l'Herzégovine, il lit ses études à Belgrade.
II refiisa deux fois l'évêché, pour se livrer tout
entier, aux grands intérêts du pays, et à ses nobles études. Dans le monastère Dujé en Herzégovine, il fonda une école pour le peuple, et, près de Mostar, le premier séminaire théologique de la province. Ayant préparé avec Vukatovic Tinsurrection herzégovienne de l'année 1861, il y commanda un bataillon; à la conclusion de la paix, il fut exclu, avec Vukatovié, de l'amnistie. Nommé directeur des écoles et du séminaire tbéologique fondé par lui au Monténégro, il, reçut du Prince plusieures missions pour l'étranger. Appelé en 1867 par le prince Michel en Serbie, il fut nommé président du Comité pour les écoles serbes subventionnées disséminées en Turquie. La guerre de 1876 ayant éclaté emtre la Serbie et la Turquie, il y commanda les volontaires du corps d'Ibar ; il fut blessé et eut deux chevaux tués sous lui. Il combattit encore en brave pendant la guerre de 1877-78; à la conclusion de la paix, il fut nommé président du tribunal suprême ecclésiastique de la Serbie, et, en 1880, bibliothécaire et membre du Conseil de l'instruction publique. En sa qualité de député au Parlement serbe, il s'y signala par la fermeté de son caractère et par son éloquence. Il est écrivain très élégant; ses travaux historiques et géographiques lui ont valu l'admission à l'Académie de Belgrade et à la Société d'histoire diplomatique de Paris. Dans un pays, ou, à la tête du clergé se trouvent des braves aussi intelligents et aussi dévoués à la cause du pays, que l'archimandrite Doucic, il n'y a à craindre aucun empiétement de l'église sur l'état; au contraire, on pourrait seulement s'étonner de' ne pas voir au nombre des conseillers intimes du jeune roi Alexandre des patriotes aussi sûrs, aussi capables de le guider sur la voie juste et droite, la seule qui peut encore sauver la couronne royale en Serbie, et ailleurs.
rv <Mii
OHZIÈME CHAPITEE
Aprèa ma lecture, le Koi Alexandre félioite ne meut et avec bonté son auguste mère de la par compliments qu'elle a reçu, et la Reine Nathalie gue à son tour m'apprendre qu'elle partage tout à mes idées et mes vues sur la femme moderne; le y professeur Popovîc, qui a étudié les langiues romar Paris, aveo M. Gaston Paris et avec M. Paul Meye réjouît de pouvoir rafraîchir aveo un italien le venir de ses brillantes études, qu'il va maintei féconder en Serbie.
Après le conférencier, la Société de la Beiue plaisir d'écouter, et d'admirer le jeu distingué acteur italien,' Gustave Salvini, le fils du célèbre ti cien, qui se trouve de passage à Belgrade; il est et élégant; il dit bien; il rappelle, de temps en te par la voix et par le geste, son père, mais sans les gérations; il ne vise point aux grands effets, mais il à bien comprendre son rôle, et à le rendre avec fii et avec précision. Il déclame le petit poème de P Cessa II Gladiatore, et pour faire valoir ses ta scéniques, il contrefait un célèbre acteur anglaif célèbre acteur français, et un célèbre acteur allem je lui sais gré de ne pas contrefaire aucun de ses frères italiens; il y a un peu de charge dans soi et je l'aime moins que dans les rôles sérieux; le demain, en effet, au théâtre de Belgrade, je le ti d'un charme exquis dans le rôle de Romeo, su dans la grande scène romantique du balcon.
Le lendemain, Cordelie et moi, avec nos M. Etienne Popovîc, et M, Mil. Vesnié, nous i l'honneur de déjeuner à la cour. L'affabilité du et de la Reine nous touchent; M. Vesnic m'apj . que dans la soirée, le Roi Alexandre, pour reconii publiquement mes services désintéressés en l'hor
260 LA SBBBlBt ET US BBBBBB
de la nation serbe va me oréev granâ officier de Tordre
de Saint Swva. Après la déjeuner^ la dame d'honneor
de la Beine, M* Draga Maohin promène par iul temps
€uperbe, ma âUe Cordélie jusqu'à la forteresse de To-
ptchidère. Je fais des visite^ aveo M. BoclikoTic et
î; avec M. Veenié. Je désirais surtout connaître l'homme
p éminent qui avait, comme régent, bien gouTarné k
ty Serbie, pendant la minorité de Eoi Alexandre, M. Jean
k Itistic : m.fkUieurea8ement, il était malade.
'p'' M. fiistic est né en 1831. Il fit ses études à Hei-
^^' delberg et à Paris; à Heidelberg il avait débuté par
't- • une brochure, en allemand, intitulée : Kurze Uebergicht
ff- desgeUtigen uiid sittlichen Zuatanden in Serbien; reçu doc-
^^,^-'' teur en 1852, dans la même année, il publiait à Berlin
;*; une autre brochure allemande, qui fut remarquée et
^^ traduite immédiatement en ûrançais et en polonais, sur
^ La nouvelle lîtérature des Serbes. Bentré en Serbie, il
^;-. s'occupa aativement des affaires politiques du pays.
v; C'est lui que, comme envoyé en mission extraordinaire
S à Constantinople, obtint, en 1867, da Sultan, l'évacaa-
f. tîon des forteresses de la principauté par les gami-
l' sons turqu«s; à son retour, au mois de novembre de
'J- la même année, le Prince Michel lui confiait le porte-
1^ feuille des affaires étrangères; mais appartenant au
',' parti libéral, il n'approuvait pas toutes les mesures du
prince, et il résigna le portefeuille; envoyé plosieurs
; fois, en mission, à l'étranger, il était à Berlin, lorsqu'il
apprît l'assassinat du prince Michel, et fat chargé par
le Gouvernement provisoire de lUmener en. Serbie le
jeune prince Milan Obrenovic, qui étudiait alora a Pa-
i ris. Jean Bistic rentra avec le jeune prince à Belgrade
en 1868, et y devint membre du Conseil de Bégenœ.
En 1872, lorsque le prince Milan prit les rênes du
i Gouvernement, M. Bistié fut ministre des affaires
OHZIËHE CHAPITBE 361
étèangères, eb chef de Cabinet. C'est lai qui stipula l'ftUiance «ntre la Serbie et le Monténégro, et déclara la gnerre à la Porte. L'inauocès militaire trouva, gràoe à M. Biatic, nna ample compensation dans le snocès diplomatique, M. Biatié était encore an pouvoir lor-
jEitf BlSTIO' Amiiea Fcésldsiit et rAgeut.
sgue la guerre Itusso-tnrqne éclata, et après le traité de Santo Stefano ce fut M. Ristic qui, au Congrès de Berlin, représenta la Serbie. Le nom de M- Biatié, plusieurs fois chef du Cabinet, jusqu'à sa régence, par laquelle on peut bien dire qu'il a bu ménager tous les intérêts de manière à pouvoir raffermir la royauté en Serbie, tout en défendant les intérêts de
la constitution, est donc étroitement lié à toutes les phases de Thistoire moderne dans la péninsule des Balkans. En 1880 il avait dû' s'éloigner du pouvoir, ne pouvant souscrire aux conditions humiliantes et dangereuses que TAutriche-Hongrie mettait à son traité de commerce avec la Serbie. Ce fut alors que M. Biistic, profitant de ses vacances, put réunir et publier son grand ouvrage inti^tnlé: Relations extérieures de la Serhi-e de mon temps. Cet ouvrage d'une haute importance contient des souvenirs personnels et des documents d'état et révèle plusieurs côtés de l'histoire contemporaine. En 1885, invité à Saint-Pétersbourg pour les fêtes des Sainte Cyrille et Méthode, il fut reçu par le Tsar avec la plus haute distinction. Au Congrès de Berlin, le prince Gorfcchakoff s'était, à l'égard de M. Eistic exprimé ainsi: « Eisticest un homme très rusé; il a voulu être plus fin que nous. » Mutatis mutandis, nous pourrions dire, que pour les Serbes, M. Eistic a été un Cavour doublé d'un Sattazzi; il est froid dans son maintien, gçave, sérieux; mais, mêmes ceux qui ne sympathisent pas avec lui, sont forcés de reconnaître à cet homme d'état, quelque peu autoritaire, et peut-être plus renard que lion, des qu£|.lités de premier ordre, qui ont toujours fait tourner les yeux \'iBrs lui au moment d'un danger national.
Parmi les hommes supérieurs serbes que j'ai eu l'honneur d'approcher pendant mon court séjour à Belgrade, je place en première ligne un homme d'état, et historien des plus solides, aux vues les plus larges et les plus justes, M. Stoïan Novakovic.
J'avais été, il y a dix-sept ans, en correspondance littéraire avec cet éminent patriote et littérateur serbe ; en le connaissent de plus près, j'ai pu me rendre compte de l'élévation de son esprit, et de son caractère.
OKZIÉUE CBAPITBE 263
Flusiears fois ministre, de l'instruction publique, des affaires étrangères , ministre plénipotentiaire à Constantinople, président du Conseil, ce docte professeur de la littérature des Slaves du Sud à l'Université de Belgrade, est né le 1*'' novembre 1842 à Sebac. Il
StOÏAN N07AK0VIC' Audaa Ptéstâent da Coiusll.
débuta dans le journal hebdomadaire Vila, qu'il dirigea lui même entre les années 1865-68. En 1867 il avait déjà publié son Histoire de la littérature serbe, depuis réimprimée à plusieures reprises, augmentée et améliorée. Suivirent des Bibliographies, des Chreistomaties, des Textes littéraires serbes, une Syntaxe serbe fort estimée, une foule d'articles et brochures du plus
261 LA. BEBBr£ BT LES «EEBE8
gnuid intérêt, pOTir l'hiatoire, la littérature, la linguistiqtie das pays serbes.
Un antre savant serbe, dont je oonnaissais les mérites «t j'ai apprécié à Belgrade l'amabilité, est le président actuel de l'Académie et Bibliothécaire M. Milan
Diakow Miliéévid, né au mois de mai de l' année 1831 k Kipany dans le district de Belgrade. 11 avait fait ses études à Belgrade et en Bassie ; il commença comme nn humble maître d'école; ses con.naissainces pédagogiques l'ont amené an Ministère de llnstmation publique. On lui doit une remarquable Histoire de la Pédagogie, nn ouvrage monumental,
tOrZlËHB OHÀPITEB 2(î&-
1876, comme description et iHnBtratioa de pacte de Serbie, nne foale de livres pédago- ; d© pablicatious ijai nous révèlent l'ethnoleB mœurs et usages, les fêtes et traditions s, en an mot, tout le folklore des Serbea. Sa rase n'a pas abandonné chez elle le costnme Ses femmes serbes, et le repas qu'on nous a itaib pas seulement généreux à l'égard des.
,ngers, mais aussi intéressant au point de vue
endemaîn de ma première cooféreuce au palieu une seconde conférence au Casino, où i de Belgrade qni s'amuse a l'habitude de se n m'avait prévenu, qu'en l'honneur de ma s la conférence, il y aurait bal au Casino, quelque peu troublé, parceque je trouvaisil de clouer pendant une heure des jeunes utients de danser sur des chaises, pour enten- I pas entendre (car le français n'est pas fami- .ts la Société de Belgrade) une conférence sur aiussi grave que celui-ci : Nationalité et hitr eureusement, j'avais entrevu dans la salle u milieu d'an parterre de roses, quelques têtes .'hommes graves, entr'autre, l'aimable et éloisident Eajevitch, M. Novakovic, M. Etienne M. Vesni6, le ministre de Bulgarie, et quel- «s personnages sérieux; et je me suis répétéunus Plato, pour me donner courage à com-
NaTIOHALITÉ et HCMAHITÉ
remière société humaine, le premier état étant- 1, dont le père est le chef et le roi, les devoirs-
266 LA 8ERB1B KT LES SEBBES
de ce premier maître, de oe premier souverain, ont été indiqués par son nom. Le mot indien pitdr, latin patm; français père, allemand vater, anglais fatker, signifie ■d'abord seulement : celui qui soutient, celui qui protège. De même, le mot sanscrit patis, greoo-latin poUa, qui -signifie seigneur a commencé par représenter le protecteur; le dàsapati védique avant de devenir un despote, était le maître protecteur des esclaves qui faisait peu-, pie, après avoir été domptés par la conquête. Dans l'oraison dominicale, lorsque nous invoquons notre père qui est au ciel, nous ne voyons en Ini que le ■seigneur qui nous protège. On n'est père et on n'est roi de la grande famille humaine qu'à la condition de la défendre, de la protéger, de la sauver de l'ennemi, -comme le pâtre éloigne le loup de ses brebis. .
Les patriarches étaient des pâtres dans le monde védique, comme dans le monde biblique; d'Abel à Abraham nous avons une succession de pâtres, de pa^ triarehes et de chefs de tribus.
Dans l'âge védique, lorsque lo domaine du premier pâtre s'élargit, le gotra, l'enclos des vaches, se peuple : autour de cette grande première famille patriarcale viennent se grouper, par les femmes qui entrent dans le gotra, différentes familles et se constituer autour de l'ancien, la première tribu pastorale, dont le chef s'appelle encore dans les Vedâa le gàspati ou sei- ^eur des vaches ; mais ce gàspati, devenu roi pasteur, deviendra un roi conquérant dans le Penjab, comme les Hyksos ou rois pasteurs de l'Arabie sont devenus les maîtres de l'Egypte. Le roi pasteur est le roi idéal ; c'est ainsi que les anciens héros se révèlent, Cyrus en Perse, Samson et David en Palestine, Her- -cule et Paris en Grèce, Eomulus à Rome; le Christ Jui-même est d'abord adoré par les pâtres et aura
ONZlËlCEi CHÀPITaS 267
ymbole uu agueaa ; et le gâapati védique r«iana le Gospod, le grand pâtre divin, le roi du peaples slaves, et dans le seigneur maître de a, le gospodin. Au même ordre d'idées patriart être ramené le mot hoapodar ou gospodar qui . l'origine, indiquer un père et un prince pa-
j, dans l'âge patriaroal, le chef de la tribu de- , en même temps, dans sa maison, qui était à 'étable et l'église nationale de la tribu, le grand ) la communauté.
nt de pousser le bétail au pâturage, de quit- Los, après avoir distribué les œuvres et les i du jour aux membres de la tribu, le chef demner les sacrifices, composer, quelquefois luit chanter des hymnes. Sa qualité d'auguste leur, et d'invocateur des Dieux, donnait au la tribu un caractère presque divin, et à l'état vait sur la tribu un caractère théooratique.
dehors du terrain commun qu'il occupe, de la ommnne qu'on j parle, et du même sang qui .ns les veines des hommes, c'est, avant tout, iljgieuse, cette sorte de lien idéal, qui donne er état social une grande cohésion et presqu'un ) d'indissolubilité ; voilà pourquoi nous avons ces derniers temps, un prince catholique alleivenir orthodoxe pour appartenir davantage tifier à son peuple orthodoxe ; et une princesse )ur faire les délices d'un peuple catholique la- ; elle sera un jour la reine, renoncer à la relison père bien aimé pour adopter celle de son époux.
s les nations se forment encore par d'autres
combinaisons.
268 LA SISUBIC ET LBfl 8E&BES
Dès I« commencement de THstoire, s'établit,^ par 1© oommeree, une sorte de droit international entre tribn et triba. Ohaqne tribu en grossissant, en se développant, sent le besoin de recevoir quelque chose de son voisin, pour améliorer son état, se civiliser.
Alors on ébauciiô des traités de commerce, la forme la plus rudimentaire, mais aussi la plus positive et durable de l'alliance internationale. Le commerce développe alors les commissanoes sur l'étraîiger; on découvre aussi la femme du voisin, et on reconnaît instinctivement le besoin physiologique que les espèces se croisent,, à tel point, que dans plusieures constitutions de rOrient la prescription aux hommes d'aller chercher leur compagne dans une tribu voisine est absolue. Le rapt des femmes Babines n'est point un conte des chroniqueurs romains mais la consécration d'une ancienne coutume, qui n'a pas entièrement disparu des usages indo-européens et althaïques, au moins dans les sofuvenirs gardés par les chants populaires et par les rites du mariage.
La femme devait être cherchée dans la tribu ou deuis le royaume du voisin. Tantôt on la demandait d'après un certain cérémoniel et on la marchandait, en l'achetant comme on achète une perle précieuse^ tantôt on allait bravement l'enlever, les armes à la main, ou on l'obtenait après de brillants exploits, dans une joute d'honneur. La femme était donc considérée comme un bien, et ce bien on devait le mériter.
^ Quant à la terre, le bétail, les produits du voisin, tantôt on l'obtenait par droit d'échange, tantôt on s'en emparait violemment par droit de conquête. La tribu amie ouvre un marché; autour du marché se forme une ville.
La tribu plus forte absorbe souvent les phts foi-
OHZIÈIIB CHAPITKB 269
)le8, B0U3 Is prétexte de les défendre de voisins iu' commodes; ainsi, aoz frais des tribus alliées, protégées, et annexées, le prsmiâr' pstit domaine peat devenir on grand royaume. Si le peupla soamia est d'ane autre religion, et d'une oultor© inférieure, il devient presque toujours l'esclave du vainqueur. Mais le plus grand nombre de nations illustres, comme certains corps composés, s'est formé, au ooura de l'iùstoire, par le seul effet d'une longue a£&nité sympathique et homogénéité. S'approohe ce qui oe convient; ce qui, ne pouvant se défendre seul, oherohe un appui, le trouve dans le voisia qu'il admire le plue. Dans toute la nature, on peut surprendre le même travail d'assimilation que l'on retrouve dans la société humaine. La même loi d'attraction moléculaire et dynamique vers un centre sympathique de gravité, s'accomplit dans l'histoire entre hommes et hommes, et dans la nature, entre chose et chose. Lorsque ce centre de gravité se déplace, l'organisme en soufire, et la décomposition a lien.
De tous les éléments qui composent ce qu'on appelait autrefois un état et s'appelle maintenant nation, celui qui devrait compter le plus semble avoir jusqu'à présent occupé le moins les écrivains de droit international.
La force violente peut tenir, pour un instant, réuni tout un grand empire formé des éléments les plus divers; on l'a vérifié plusieurs fois dans la longue série des siècles; et il suffîra de nommer les quatre grands empires d'Alexandre, de Charlemagne, de Charles Quint et de Napoléon; aussitôt le colosse dispara, en suivit la dissolution de l'empire.
Pourquoi, au contraire, on a donc vu l'empire romain durer si longtemps que, pour l'œuvre de la oivilisatioo, noua le voyons encore se survivre? Parceque
Taggrégation multiple ne s'est point faite par violence, ni par un seul homme, ni en un seul siècle. Elle est, au contraire, l'œuvre lente d'une évolution organique, de la conscience pénétrée chez les peuples soumis que Bome était la loi, la justice, la providence, le bien être, et que, par son large sein, cette grande civilisatrice pouvait nourrir le monde entier. Par la loi civile, par la loi religieuse, et par ses souvenirs de grandeur et de majesté, elle domine encore.
Ce même phénomène si étrange de vitalité, de vie après la mort, que l'Empire Ottoman, objet de si grandes inquiétudes pour l'Europe et de si grandes convoitises, nous présente encore, ne saurait avoir son explication que grâce à sa qualité privilégié d'héritier, devenu indigne, de cet empire grec de Byzance, de cet empire d'Orient, qui était, en somme, par l'intermédiaire d'un lUirien, d'un slave grécisé et romanisé, une creati(m puissante de Eome.
Dès le temps de Dioclétien, les Slaves étaient donc attirés vers les Grecs de Byzance. Cette merveilleuse prédestination .historique ne doit point être oubliée lorsqu'on songe à l'avenir des peuples de la péninsule balcanique, Rome qui a créé l'empire d'Orient, ne peut que se réjouir d'un retour naturel de l'histoire à ses origines. Les droits de seigneurie sur la côte septentrionale de l'Afrique, sur les deux côtes de la IS^er Eouge, sur la Syrie et sur toute l'Asie Mineure jusqu'aux confins de la Perse que réclame encore de nos jours, tout impuissant qu'il soit, l'Empire Ottoman, ne sont que les anciens droits, cédés par Rome à Byzance; et ces brigands Kourdes que la Porfce déchaîne si souvent contre les Chrétiens, tantôt en Bulgarie, tantôt en Arménie, tantôt à Candie, ne sont que les petits-fils de ces anciens Parthes indomptables,
j^^MÉli
contre lesquels les armes romaines elles mêmes ont si souvent échoué.
Mais, cette forte discipline qui, en prolongeant la vie de l'Empire d'Orient, a sagement présidé à la première organisation du nouvel Empire Ottoman, et qui a permis pendant quatre siècles, malgré la différence de religion et de races, à des peuples différents de subir et supporter un joug assez dur, était un enseignement précieux, un riche héritage et un don admirable de Rome. Si l'ancienne discipline romaine aujourd'hui ne tient plus à Constantinople, si la décomposition d'un empire vieilli dans la paresse et pourri dans le vice, malgré quelques fausses apparences, est imminente, en dehors du manque absolu d!idéalité qui empêche la Turquie musulmane de chercher en elle même l'énergie nécessaire pour une résurrection et une réconstitution nationale sur la voie du progrès, d'un côté, il faut en chercher la cause dans la confusion d'idées européennes qui s'est faite depuis un demi siècle à Constantinople, par l'œuvre intéressé et contradictoire de toutes les di-^ plomaties, qui ont poussé la Turquie vers l'anarchie, hors de sa tradition historique, et de l'autre côté, dans la conscience nationale des différents peuples subjugués par la Turquie, qui se tenaient tranquilles, tant qu'elle était bien forte, mais, qui s'émancipent en secouant l'ancien joug, pour affermir leurs droits et revendiquer l'un après l'autre une place plus ou moins grande au soleil de la civilisation, dans la certitude que la mission histo» rique de l'Empire Ottoman, épuisé et presqu'agonisant, est désormais achevée, et qu'il faut remplacer un corps disloqué et anémique par un organisme compacte, sain et vivant.
C'est ainsi que la Grèce d'abord, ensuite la Roumanie, la Serbie, et le Monténégro, plus tard la Bul-
JV1
ij t
272 LA SilBdiS ET LEB SEBBE8
garie, ont pu se coastitaer en pays libres, en nations indépendents; le tour est arrivé pour Can^die; demain viendra, peut-être, oelui de la Eoumélie, de la Macédoine et de l'Albanie. ^ La Bosnie seule n'a fait que <5hanger de maître, en passant d'un empire à Tautre, sacrifiée aux intérêts des soi-disantes grandes puissances ; mais ces péchés contre nature ne restent point impunis •devant Dieu; un proverbe chrétien dit: que Dieu peut ne pas payer le sanjiedi, mais qu'un jour ou l'autre il paye, lorsqu'on se l'attend le moins.
Lorsq'un empire quelconque cesse de protéger les peuples qui en font partie et d'en procurer le bien être, ' il devient un tuteur incommode et n'a plus aucune raison d'être. On comprend un empire russe, qui réunit touts les peuples qui parlent la langue russe et qui ^tend vers l'Asie les bénéfices d'une civilisation demi- ■européenne; on comprend parfaitement un empire germanique qui tient ensemble tous les peuples qui parlent une langue allemande; les deux empires sont, au moins, organiques, et tant qu'ils laissent en paix les autres p9.ys et qu'ils ne s'occupent que de leurs propres intérêts, puisq'ils remplissent dans leur vaste domaine une mission civile et patriotique, ils méritent notre respect.
Mais il y a des empires mofns solides, que la seule violence a constitués, que les intrigues diplomatiques ont longuement soutenus, dont la constitution est un artifice et une convention, et qui semblent destinés à périr aussitôt que la force nécessaire, pour s'imposer par la violence et primer le droit, leur fait défaut.
*■ On apprend, en effet, que les montagnards Albanais dans le voisinage d' Ipek, en vieille Serbie, viennent de se soulever. Leur seul intérêt cependant est de s'allier avec les Serbes, et les Monténégrins, s'ils veulent réellement regagner leur indépendance.
OSZIÈUE CHAPITKB 273
Alors, au sein de cea empires en décadence, de nouveaux organismes tendent à se former, de nouvelles sociétés douées de vitalité et d'idéalité se constituent. Dès qu'un peuple arrive à la conscience de son individualité il acquiert aussitôt la brillante dignité de natioQ indépendante. Les circonstances historiques peuvent, plus ou moins, retarder cette affirmation du droit naturel ; mais la loi de la nature, qui tient à multiplier et à varier ses espèces, fait, tôt ou tard, une place à celles qui, ayant une raison spéciale pour entrer, à leur tour, dans la lice humaine, possèdent la force nécessaire pour y vivre, lutter et produire.
Chaque nouvelle nation qui s'élève crée tout naturellement autour d'elle, nn nouveau centre lumineux qui rayonne sur son entourage,
La grande richesse, la force intime, le privilège de l'immortalité que l'Italie semble posséder, ne tient pas à un seul fait historique, à la grandeur de sa Ville Eternelle, mais à un ensemble de forces qui se sont révélées dans la grande variété de ses centres de vie, et de ses foyers lumineux; aux différents éléments de civilisation qui ont créé sa grande nationalité ; aux différentes races, qu'après avoir fixé leur demeure, en tel ou tel antre endroit de la péninsule italienne, après y avoir laissé l'empreinte de leur génie particulier, se sont ' superposées les unes aux autres et croisées en elle, unifiées d'abord soua l'empire auguste de ïîome législatrice, puis sous le domaine spirituel des Papes, ensuite au souffle de la liberté des Communes marchandes et à la lumière hellénique et étrusque de notre merveilleuse Renaissance, enfiu, dans la haine accumulée de toutes les dominations étrangères, jusqu'à ce grand cri de douleur arrivé au coeur d'un Roi chevaleresque, au milieu d'un peuple guerrier, qui avait gardé l'esprit,
la fermeté, la vigueur, la fierté de ces anciens Allobroges, dont Jules Oéaar avait expérimente la vaillance.
Les Anthropologues et les Ethnologues se tourmentent beaucoup, dans l'espoir, qui est le plus souvent, une grande illusion, d'arriver à nous persuader que sur les côtes de toute la Méditerranée existait une seule race d'origine probablement africaine; que les Sicules, les Ibères, les Ligures, appartenaient à des races inférieures: que les insulaires de la Sardaigne indiquent toujours par leur crâne une race peu intelligente; que sous les Hellènes de la Grande Grèce, sous les Étrusques de l'Italie centrale et sous les Celtes de la Gaule Oysalpine, existaient des Italiotes demi-barbares.
D'autres, an contraire, tournent maintenant la question et prétendent que les Italiotes, les Sicolea surtout, avant les Etrusques ont donné la civilisation aux Romains, qui auraient été les barbares. Et, tandis que nous sommes encore à nous demander si les Slovènes, qui parlent bien certainement une langue slave et qui font aujourd'hui partie de la grande famille des Slaves dits du Sud, sont, par leur conformation physique des véritables Slaves, voilà, que les anthropologues et les ethnologues, avec la plus grande assurance, vont chercher chez les Slovènes les ancêtres slaves des Vénitiens. Mais toutes ces théories phantaisistes, souvent confuses et absurdes, même acceptées dans leurs conclusions les moins fondées et les plus hardies, aboutiraient à une seule démonstration : que la variété des races n'a jamais empêché et n'empêchera jamais qu'une nation puisse se constituer. L'Italie et la Suisse en sont la preuve la plus évidente.
Tout en ignorant à quelle race originaire appartiennent réellement les habitants actuels de la Suisse,
ONZlitUE OH&FITBB 275
ns maintenant qu'en Suisse il y a des Alle- )B Français et des Italiens ou, pour être plus lUS savons qu'on y parle l'allemand, le franbalien. Mais, qui pourrait jamais nous démon- !)0U8 les Suisses qui parlent français ou ita- 3ôs vrais latins? A l'origine, les montagnards a Tessin, de l'Engadine et du Valais étaientertainement des Latins? Étaient-ils des Allei montagnards des vallées suisses qui abou- Lac des Quatre Cantons? Si l'on devait en le type physique, ni chez les uns, ni chez les autres, on reconnaîtrait des Latins et des Ger* mains. Ces Helvètes indomptables que César redoutait, k laquelle des races connues appartenaient-ils ? L'amour de l'indépendance caractérise généralement tous les peuples montagnards, calabrais ou albanais, monténégrins on écossais, afghans on abyssins. Mais chacun de ces peuples appartient à sa propre race. Les Helvètes, an contraire, pour se grouper en nation, pour unir leurs efforts dans nna lutte commune et suprême, pOur défendre leur montagne contre l'étranger, ne se sont jamais préoccupé de leur origine ethnique, et encore moins de la langue qu'ils parlaient; ils s'appelèrent d'abord des Helvètes, et puis des Suisses; la patrie, est comme en Alsace, le sol; la patrie est dans le nom qui réunit les habitants du sol, en un seul intérêt commun, en une seule société inviolable. Chez les Suisses, la conscience > nationale est tout, d'autant plus forte qu'elle date de très loin, de ces Helvètes qui èk l'arrivée des armées romaines ont fait retentir de vallée en vallée le premier cri d'indépendance contre les étrangers qui venaient troubler la pais de leur vie pastorale.
Ces anciens nobles de la Suisse, qu'on appelle les
276 LA SEEBIE BT LES 8EBBK8
Helvètes, ont donc créé la nation suisse, le phénomène peut-être le plus original dans l'histoire des Nationalités.
Car, il ne faut point oublier qu'à la formation des nations préside souvent une loi supérieure qui est digne d'être observée. Comme nous voyons dans une famille un seul homme suffise à créer la noblesse de toute sa descendance, ainsi, en parcourant la longue légende de la formation des états, il est aisé de constater que les états les plus illustres doivent leur existence non pas à la foule, souvent aveugle et inconsciente, mais à une minorité aristocratique.
De même que l'on voit des états se former, par la seule volonté et le génie d'un homme qui les crée, destinés cependant, paroequ'ils tiennent à la fortune d'un seul homme, a s'écrouler aussitôt que le fondateur disparaît, ainsi nous voyons, dans le cours de l'histoire, des races peu nombreuses, mais fortes et intelligentes, s'imposer à la masse, et, en vertu de leur supériorité reconnue, du respect ou de la sympathie qu'elles inspirent, se fixer sur le sol qu'elles viennent occuper, dompter, guider, civiliser les indigènes, et attirer à elles les peuples voisins, désireux de s'assurer un protecteur puissant.
Tous les peuples les plus illustres qui ont passé à travers l'histoire, étaient représentés par une noble minorité.
Voyez d'abord les Ariens dans l'Inde. Ils n'ont pas, à vrai dire, créé une véritable nation indienne; mais ils ont organisé, constitué, dominé et civilisé l'Inde devenue par eux brahmanique bien avant les Musulmans et les Anglais. Maintenant, on. appelle encore Hindous tous ceux qui ne sont pas étrangers à l'Inde, tels que les Musulmans, les Chrétiens, les Par-
sis, les juifs. Mais, si même Ton décomptait de la population de Tlnde, soixante dix millions d'éléments hétérogènes il en resterait toujours une masse de deuxcents millions que Ton qualifie sous le nom d'Hindous.
Cependant, si les Anthropologues qui s'amusent à étudier et grouper les races de l'Inde, devaient classer les véritables Ariens de l'Hindoustan, je crois que les Hindous de pure race arienne se réduiraient à quelques millions seulement; le reste est composé d'aborigènes, de races demi sauvages, de races mélangées. Cette oeuvre de sélection nécessaire pour l'anthropologue, est presqu'indifférente pour l'historien ; parceque toutes ces races différentes ayant accepté les Ariens comme leurs maîtres et instituteurs, la civilisation indienne s'est faite en partie par le concours de ces sujets, qui ont toujours reçu quelque chose des Ariens, tantôt la langue, tantôt la religion, les lois, les moeurs, de manière que l'Inde, dans son ensemble, nous présente maintenant un seul peuple immense arianisé.
Le mot arya^ l'arien, signifie en sanscrit, l'homnae ncible^ élevéj supérieur. Cette indication suffit pour indiquer, en général, la supériorité de la race indo-européenne qui a envahi, dominé, civilisé une grande partie de l'Asie, et presque toute l'Europe. La masse, en Europe comm'en Asie, était composée d'indigènes de races inférieures; mais il est possible que quelques unes de ces races difficiles à déterminer et à qualifier aient eu des ressorts, qui, au contact de la civilisation arienne, pouvraient donner lieu à une activité spéciale.
Entre le vainqueur et le vaincu il n'y a pas eu toujours incompatibilité de moeurs; de manière qu'à l'heure présente toute affirmation qui mettrait le mérite d'une forme de civilisation du seul côté de la race conquérante, serait imprudente. Ce qui dut arriver sur
278 LA SSRBIS KT ££8 8BBBS8
I0 8ol de llnde, de la Grèce, et de l'Italie est trop instmctif^ pour que, tout en admettant qne sans les minorités arîstocratiqnes des peuples conquérants il n'y aurait eu aucune brillante ciYilisation indo-européennCy nous ne soyons obligés de tenir le plus grand compte des conditions favorables au développement d'une nouvelle civilisation que le peuple soumis offirait à son seigneur.
Les premiers Ariens étaient entrés dans la vallée du Gange, comme une race magnifique, non pas seulement courageuse, vaillante, bien armée, bien vêtue, bien nourrie, mais déjà ennoblie, avec un culte presqu'organisé, et un premier code de lois pour la famille et pour la société. Us savaient chanter, prier et commander; cette supériorité leur permit de refoulera la montagne les races les plus indociles, les plus réfiractaires à la civilisation, d'assujettir et de s'assimiler en partie les autres capables d'être civilisées, d'élargir le cercle de la quatrième caste, pour admettre au bénéfice de la civilisation arienne, et en profiter, un plus grand nombre d'indigènes.
La rigueur de la loi brahmanique qui empêche absolument un membre de la première caste de se marier avec un membre de caste inférieure (prescription qui a été d'ailleurs enfreinte plus d'une fois), ne s'applique plus avec la même inéxorabilité aux membres de la troisième et de la quatrième caste; c'est ainsi que, par les castes mixtes, une plus grande aggrégation de non- ariens à la race arienne a permis au Brahmanisme, en acceptant, des couches inférieures, de nouveaux éléments de civilisation, de s'imposer à presque toute l'Inde au deçà et au delà du Gange.
La véritable force des premiers Ariens qui ont conquis et dominé l'Inde n'était donc pas dans le nom-
ONZIÈME CHAPIT&B 279
bre, mais dans l'élévation des idées, dans la nature exquise et délicate des sentiments, dans ce rayonnement de beauté, dans ce charme et dans ce prestige, qui éclate de chaque homme et de chaque peuple intelligent.
Mais la plus brillante ' civilisation du monde demeure encore la civilisation hellénique. Ce merveilleux attrait que, malgré toutes les fautes de la Grèce, actuelle, a pour tout homme civilisé ce qui touche à l'Hellénisme, ce sentiment que nous partageons tous en ces jours, que la cause de Crète est notre cause, et que l'on y combat pour la lumière, pour le progrès et pour l'humanité, cet accord dans une aspiration vers un idéal plus pur, sont à eux seuls, un prodige, qui peut avoir son explication dans ce seul fait: de tons les peuples de la terre, les Hellènes sont ceux qui se sont le plus approchés de Dieu. Il y a, en effet, si peu de distance et de différence entre les Dieux de l'Olympe et les héros historiques des anciens Hellènes; entre Vénus, par exemple, et Âspasie, entre Achille et Alcibiade, entre Jupiter et Périclés, entre Apollon et Platon; jamais tant de divinité n'était passé dans la race humaine; le mythe de Prométhée né dans l'Inde, devait se spiritualiser en Grèce; dans l'Inde, il s'agissait encore du feu couché dans le bois, qui éclate par la confrication; c'était donc un feu matériel; le feu que Prométhée enlève aux Immortels, pour en faire part aux Hellènes, était déjà un feu divin; et depuis cet emprunt fait au ciel, jamais tant de merveilles ne sont sorties du cerveau de l'homme; jamais tant de lumière n'a rayonné dans le monde. Les Hellènes ont fait les Dieux à leur image, pour tes adorer et nous sommes tous prêts, à notre tour, à adorer la Grâce. Le Parthénon ne semble-t-il pas le véritable palais des Dieux? Les choeurs qui se chantent dans
l'ancienne tragédie grecque, ne les diraient-on pas les choeurs mêmes deTOlympe? et cette langue hellénique, qui semble tantôt gazouiller, tantôt bourdonner, entre les roses et le miel dans les odes d'Ânacréon, n'est-elle pas la langue même des Grâces? Minerve elle même est-elle beaucoup plus sage que Soorate? Vulcan artiste plus habile que Phidias? le mythique Orphée a-t-il chanté des hymnes plus sublimes que Pindare? L'Hellène a soufflé son génie sur les côtes de l'Asie Mineure, sur les îles de l'Archipel, à Athènes, à Sparte, à Thébes, dans la Grande Grèce, en Sicile et évoqué partout des voix et des formes divines.
Comment donc ce prodige humain qui s'appelle le monde hellénique, après une floraison et une création presque fabuleuse a-til pu si vite se dissiper et disparaître de notre horizon? Par quel cataclisme? Par quel châtiment du ciel?
La vérité est que ce véritable peuple de Dieu, qui s'appelait les anciens Hellènes était peu nombreux. Ces grands nobles de l'antiquité se sont, en partie, épuisés eux mêmes dans la jouissance même intense et impatiente de leur oeuvre merveilleuse; ils ont aimé et créé, comme des Immortels, evec une volupté divine; mais, si leur feu intérieur poussait à la création de poëmes en vers, en pierre, et en gestes qui ne semblaient point destinés a périr, leur frêle argile était mortelle. Les derniers rejetons de Tancienne Grèce hellénique ont, peut-être, succombé dans leurs dernières guerres contre les Romains, et dans les grandes marches militaires en Asie d'Alexandre le Grand ; c'est encore par les Hellènes qui l'accompagnaient que l'empire d'Alexandre s'est formé; c'est par deux grandes villes helléniques, Byzance et Alexandrie, que deux nouveau^s: centres universel de civilisation ont transmis l'héritage de la
ONZIÈME CHÂPlTfiE 281
Grèce et de rOrient à TEurope occidentale. Les véritables Hellènes d'autrefois n'existent peut-être plus; cependant ils ont laissé, par Thellénisme, par Famé hellénique, de nombreuses traces de leur passage, et jeté partout des germes et des étincelles, qui éclatent en mouvements de renaissances mystérieuses, spécialement daus les pays où ils ont un jour brillé.
C'est ainsi que, dans cette partie de l'Italie méridionale, qui s'appelait autrefois la grande Grèce, où Platon était venu, dit on, s'inspirer pour donner un charme poétique à la philosophie positive de Socrate, devait naître aussi son meilleur interprète italien, E.uggîero Bonghi; c'est ainsi que dans la grande Grèce ont paru les philosophes les plus illustres et plus originaux de l'Italie, Bernardine Telesio et Tommaso Campanella, Giordano Bruno et Giambattista Vico, Pietro Giannone et Gaetano Filangieri, Pasquale Galluppi et Antonio Genovesi et, encore dans cette Sicile, où Théocrite avait chanté ses eglogues, devait se faire entendre le murmure de la première pastourelle italienne et Giovanni Meli reprendre au commencement de ce siècle, l'ancienne lyre (^'Anacréon.
Mais, si dans la Grèce même, il n'y a plus, hélas, les survivants directs des anciens Hellènes, leur esprit y plane encore. C'est ainsi que dans la magnifique lutte pour l' indépendance hellénique, pour laquelle la France, l'Angleterre et l'Italie ont su, au nom de l'hellénisme, se passionner jusqu'au sacrifice de leurs plus nobles victimes, on vit revivre sur le sol classique de Salamine et de Marathon plusieurs anciens héros de Plutarque. C'est ainsi que l'âme des anciens Hellènes a pénétré le grand coeur d'un fils du nord, d'un chevalier danois, du prince George de Grèce qui est parti d'Athènes, comme Thésée, pour tuer le monstre de Crète,
Erien ne peut entièrement mourir de' ce qui est vraiment divin; et la Grèce divine continuera toujours à inspirer des poètes et des philosophes, des nobles citoyens et des sages législateurs, des artistes de génie et des guerriers héroïques.
Mais qui a jamais songé à mesurer la grandeur d'Athènes et de Florence, par le nombre, par la multitude de ses habitants? Comme un petit soleil suffit pour illuminer un monde, lorsque la flamme du génie traverse Tesprit d'un homme, par cette transmission et émanation divine, l'oeuvre individuelle devient, au bénéfice de l'humanité entière, oeuvre universelle. Lorsqu'un homme s'appelle Homère ou le Dante, Shakespeare ou Goethe, Alexandre ou Oharlemagne, Jules César ou Napoléon, leur génie trouve un reflet dans toutes les contrées du monde, dans tous les âges de l'histoire.
Maintenant, si cela est vrai pour les individus, combien plus grand ne doit-il pas être le bénéfice ressenti par l'humanité, lorsque le génie semble animer tout un peuple, ainsi qu'est arrivé plusieurs fois, dans l'Inde par les Ariens, en Grèce par les Hellènes, en Italie par les Eomains et par les Florentins, en France par les Parisiens, dans le nord par les Normands, par les Anglo-Saxons et par les Germains? Quel sera maintenant le peuple slave destiné à prendre la tête de la future civilisation baicanique?
Si la théorie des adversaires de Fallmerayer qui reconnaissaient partout des Hellènes en Grèce est, sans doute, exagérée, et si l'origine latine toute pure des Roumains est contestable, si Ton doit donc forcément rabattre un peu sur quelque illusion philhellénique et philoromaines, ce double sillon lumineux qui a cependant traversé la péninsule baicanique peut in-
diquer aux Serbes qui ont foi dans la mission historique de leur pays, la voie à suivre pour devenir ce peuple idéal capable d'exercer avec les Grecs et les Roumains une hégémonie sympathique sur les peuples du Balcan.
L'hellénisme et le romanisme, compris dans leur grandeur, ont été dans le passé et sont encore dans le présent les deux éléments les plus précieux de la civilisation; le peuple balcanique qui s'empreignera le plus de l'esprit hellénique et romani que trouvera, même s'il ne sera pas le plus nombreux, tout le prestige nécessaire pour se mettre à la tète du plus noble et du plus idéal des Empires.
Nous considérons maintenant l'empire romain, comme l'œuvre la plus colossale de l'histoire romaine. Mais cette grande œuvre s'est élaborée par une petite minorité vigoureuse et solide, qui avait le sens de la mesure ; par l'obstination dans le travail assimilateur, pendant sept siècles, d'une aristocratie fîère, noble et intelligente, mais fort limitée.
Le jour où ces véritables Aryâs ou nobles se sont bravement plantés sur le Tibre, pour y fonder la ville du fleuve, (d'après la linguistique, la Jicus ruminalisy la porte ruminale, n'avait d'autre signification que le figuier du fleuve, la porte du fleuve, le nom le plus ancien de Rome reviendrait à un mot proto -arien, qui sonnait sruman, le fleuve, le courant), à défaut d'autres ' routes, se sont servi du fleuve, comme de la voie la plus sûre et la plus commode, pour porter plus loin leur premier commerce par terre et par mer; comme le plus grand nombre de villes historiques, ont surgi sur les bords d'un fleuve ou sur le rivage de la mer, Rome a fait du Tibre sa première grande route, pour tracer une nouvelle voie à la civilisation et 'verser
dans le Latium, les produits des grandes îles de la Méditerranée et une partie des trésors de l'Afrique et de l'Orient.
L'obstination que dès les premiers siècles de leur existence les Romains ont mis à abattre la puissance des Etrusques, tout en tirant les plus grand profit de leur civilisation, n'a d'autre raison que le désir de les remplacer comme puissance maritime. En effet, nous voyons, aussitôt les Etrusques vaincus, les Romains se trouver en possession d'une magnifique flotte , très bien armée et capable de tenir tête à la flotte rivale de Carthage.
Après que les Romains s'étaient assurés les bords du Tibre, ik attiraient vers eux les Sabins qui devaient apporter à Rome les produits du sol, et les Etrusques qui dominaient alors toute la mer Tyrrhénienne. La grande supériorité des Romains, sur tous les autres grands peuples historiques, est dans l'habileté avec laquelle ils savaient tirer parti de l'ennemi dompté. Aucun peuple ne s'est aussi bien pénétré de l'esprit des peuples assujettis que les Romains. Le mot d'Horace : Graecia capta ferum victorem coepit peut s'appliquer aisément à toutes les conquêtes romaines; mais, par l'Etrurie et par la Grèce surtout, Rome s'est humanisée et civilisée.
Les Romains ont certainement beaucoup reçu et appris des Osques, et des Etrusques, peut-être même, des Carthaginois et ensuite des Gaulois, plus tard des lUiriens, et des Orientaux; mais la religion et l'art étrusque et hellénique ont modifié les institutions, les lois, l'esprit romain, et pénétré la vie romaine, par l'œuvre subtile d'une infiltration spirituelle, le plus souvent inconsciente, mais nécessaire et idéale, qui, sans altérer pourtant le fondament du caractère ro-
main, qui était la force, lui a communîqué cette nouvelle sève, grâce à laquelle, les Romains devenus, à leur tour, les maîtres spirituels du monde, ont pris à nos yeux, la figure et l'aspect d'un peuple d'Immortels.
Rome elle même était devenue la grande forge, où tout le monde ancien devait ensuite se modeler. Autour de cette forge, du temps d'Auguste, s'agitait un peuple divers de trois millions d'âmes; mais si les ouvriers sont devenus un peuple immense, les maîtres de la forge n'ont jamais été bien nombreux. Des anciens Romains, nés et élevés sur le Tibre, n'en restaient certainement plus beaucoup à Rome au siècle d'Auguste.
Mais, comme en France tout le monde qui va à Paris et s'y établit, pour se faire une sorte de noblesse, se donne l'air d'un parisien, ainsi tous les Italiens, à la fin de la république romaine et au siècle d'Auguste voulaient être des Romains; cependant Catulle, Virgile, Tite Live et Pline appartenaient à la Haute Italie ; Plante était de la Romagne ; Térénce un africain crépu ; Ennius était arrivé de la Grande Grèce; Ovide des Abruces, Cicéron lui même de la Oampania; il était donc un de ces napolitains qui possèdent encore de nos jours le don naturel de l'éloquence. Mais César qui le premier osa concevoir un empire, était un srrai romain. Ce grand forgeron aux vastes idées, qui laissa à son neveu le plus lourd, le plus magnifique des héritages, fondait encore son œuvre^ sur la tradition assimilatrice de l'ancienne Rome. Quel sera maintenant le peuple forgeron de l'empire fédéral balcanique ?
De Berlin on nous propose de tendre en ce moment, par droit d'héritage, les mains sur Byzance. Rome a une mission plus noble en face des peuples balcaniques que celle d'une conquête matérielle ; le caractère sacré que l'histoire lui a fait, a donné a cette
ville sainte le droit de bénir, et elle doit se bénir et protéger, et assister tons les efforts d pies balcaniques pour revendiquer leurs dror ■ stence et de marche vers le progrès.
La conscience nationale des Italiens se ré^ oontre toat attentat de conquête; et si les ments diplomatiques du gouvernement italien mettent à l'Italie pour le moment, cette ala mouvements qui pourrait rendre plus actives fécondes nos sympathies, les peuples balcaniqi bes, Bosniaques, Monténégrins, Bulgares, Ro Albanais et Grecs peuvent être assurés que le la Providence et l'union de ces peuples permet! constituer une grande fédération nationale baie avec des principautés, des royaumes indépend meilleur allié de ces Etats Unis sera l'Italie. L'Empire d'Auguste, après quatre siècles d'existence laborieuse a succombé ; mais l'idée stice, de progrès et d'humanité qui avait présic création est restée et demeurée presque intacte code de Justinien proclamé à Byzanoe dans des nations modernes. De même, si après dis luttes et de convulsions, ce fait de viol-ei s'appela le premier empire s'est submergé, l'œm et pacifique du code de Napoléon, ce grand 1 la Corse, lui a survécu et demeure encore s< beau titre de gloire. L'idée prime toujours 1 elle en est souvent la cause, elle le modifie et le i le fait est souvent passager ; l'idée peut être telle ; et c'est seulement par les grandes idées les grands sentiments que l'Italie peut 6ncor< venir, et dire son mot de grande nation, droit et l'espoir d'être écoutée avec sympathie respect.
. Mais c'est pour continuer à prouver aux Serbes, aux Roumains, aux Grecs, que la force n'est pas dans le nombre, mais dans la noblesse, dans la volonté, dans l'idéalité, que je vais poursuivre ma thèse historique sur la valeur des minorités aristocratiques.
Dans la foule même des barbares qui a plusieures reprises ont envahi l'empire romain, au milieu de destructeurs comme les Oimbres, les Huns, les Vandales, on vit avec Arminius, avec Herrmann, l'homme seigneur, surgir la nation allemande; avec Théodoric, élevé, dans un milieu hellénique, a Oonstantinople, s'établir l'empire des Ostrogothes, avec Alboïn, Rothari et Luithprand s'organiser en Italie pendant deux siècles un royaume de Longobards. Germains, Ostrogothes, et Longobards étaient, comme ils le furent, après, les Normands, des minorités vaillantes et intelligentes.
Si les Longobards, en suivant Texemple de leur reine Theodolinde, avaient deviné et compris combien de force le christianisme donnait aux Papes, ils n'auraient point préparé leur ruine, et l'Italie aurait pu parfaitement se reconstituer en nation indépendante même avec ces barbares romanisés. Mais de cette Gaule qui avait tant compté pour la création de l'empire romain, ce Franc latinisé qui s'appelait Oharlemagne, couvait de loin l'Italie. L'idée de l'Empire romain hantait souvent son large esprit inquiet et fécond. Peut-être, avait-il entendu dans quelque côté de la France à Arles de Provence, cette ville si bien située sur le Rhône, que le génie de César, dans un emportement contre Rome, avait songé un jour à s'établir dans la Gaule, et commencé a peupler Arles de femmes roniaines, ce qui explique aussi comment les Arlésiènnes qui passent encore aujourd'hui comme les plus belles et les plus élégantes femmes de la France aient gardé un type classique
d'une pureté et d'une distinction admirable. Mais pour
refaire en France l'empire romain, Charlemagne, qui était non pas seulement un grand guerrier, mais surtout un sage, fit du Pape son grand allié contre les Longobards. De cette manière l'empire romain béni, par les papes, devint très chrétien, en France, saint en Allemagne, catholique en Espagne et en Autriche. Dans ces diflférents déplacements de l'empire romain, l'idée de nationalité s'est obscurcie. Les diflferents peuples suivant la marche et la fortune de l'Empire, demandaient protection tantôt à un maître, tantôt à un autre, que l'on croyait tout puissant, et qui était cependant étranger à tout ce qui se passait dans la vie intime de chaque peuple.
Lorsque les Hohenstaufen de la Souabe descendirent, en qualité d'Empereurs, en Italie et s'établirent dans le royaume des deux Siciles, la présence de ces Empereurs sur le sol italien commença a gêner le Saint Siège, qui ne se contentait déjà plus d'un seul domaine spirituel, et visait déjà à une plus large domination temporelle. Dans cette lutte de convoitises, les Italiens envenimés, se partagèrent en Guelfes es Gibelins. Au milieu de ces contrastes, la liberté des communes fut souvent sacrifiée; de petites seigneuries et principautés vinrent à la fin du quatorzième siècle et dans le quinzième siècle remplacer les petites républiques, à l'exception des républiques marchandes, de Gènes et de Venise surtout, dont les oligarchies fortement organisées, confiant le soin du gouvernement à un certain nombre limité de familles privilégiés permirent à ces deux peuples, si peu nombreux et pourtant si puissants, de dominer pendant quelques siècles toute la Méditerranée, de tenir longuement tête aux Turcs et de garder pendant des siècles leur indépendance.
ONZIÈME OHAPIT&B 289 r
Nous savons encore que les Gaulois de Vercingétorix n'étaient pas eux mêmes en grand nombre, mais autour de ces braves se groupèrent quelques autres peuples de la Gaule, pour aflSrmer la nationalité gaii'^ loise contre César. Les premiers Normands qui ont occupé l'Islande, l'Angleterre, la France et l'Italie méridionale pouvaient se compter; mais chaque guerrier était un chevalier, et chaque chevalier en valait mille à lui seul ; leur vaillance, leur courage, leur esprit romanesque en firent des conquérants. Les fondateurs de l'empire russe n'appartenaient point à la masse slave; ces Yariagues descendus de la Suède jusqu'à Kiew, n'étaient qu'une poignée de preux, à l'esprit entreprenant; mais en qualité de nobles, ils se sentaient dignes de commander; et j'espère bien que personne de vous ne se méprendra point sur le sens que j'attache au mot noble. Je n'entends point comme nobles ceux qui le sont devenus seulement, en tel jour, en tel lieu, par la volonté de tel prince, par le privilège d'un parchemin. Ces parchemins ont quelque signification lorsqu'ils donnent une sorte de consécration publique à une noblesse déjà acquise; mais rarement ils ont le pouvoir de fonder une vraie noblesse dynastique, qui doit tenir à la natute même des sentiments propres d'un individu, d'une famille, d'une race. Le mot noble n'a pour moi autre signification que celui de mot arya, qui indique surtout une élévation morale. A difi*érence donc de leurs prédécesseurs les Huns, peuple destructeur, les Magyars, qui ont fondé la nation hongroise, étaient, parmi les peuples de cette race turque à laquelle ils appartiennent, des nobles; le christianisme les a bien vite civilisés; le contact de la civilisation latine, et la renaissance italienne les ont ensuite rendus dignes de devenir à leur tour un peuple civilisateur.
Eq oooupaat l'aucienne Panuonie e' de la Dacs romaine, et en s'y fixant, n'étaient pas si nombreux pour suffir s peupler. Comme les Turcs ont fait dans balcanique, n'aimant pas eux mêmes la cull le travail manuel, les anciens Magyars, e l'ancien propriétaire du sol, sont raren leurs propres paysans, leurs propres ai propres marchanda. Ils ont donc volont terre dans les mains de l'ancien labourei nonie, devenu le ruthène au nord, le roi Serbe au sud, certains métiers au pouvo.
nés, et les professions utiles dans les mai mands ou des Juifs. En gardant leur fie:
la vigueur et la beauté physique de l'a:
turque, le Magyar devint en Europe, par sme, un peuple humain et chevaleresque cultivée, aimant le progrès; mais lui aussi sol qu'il occupe, ne représente qu'une nO laquelle doit ses succès historiques à une periorité parmi les tribus de sa race et i éducation au milieu de peuples civilisés.
Les Anglo-Saxons qui ont envahi et gleterre appartenaient à la plus noble et à raoe germanique, dont les représentants ; pas nombreux en Allemagne même. L'iiidi est le résultat d'un heureux mélange du ( resque avec l'ancien noble romain; le vrs le plus raffiné de Celtes romanisés: par par le mouvement en avant d'une nou' connue, soit par le croisement de deu races nobles, une nation brillante se mo vêle, elle produit sur nous l'effet de cet la mer agitée, au milieu de laquelle
ONZIÈME CHAPITRB 291
poétique des Hellènes voyait surgir la divine Aphrodite.
Et ce n'est point vous faire un compliment, ô nobles Serbes, dont le sang et l'aspect, la vigueur et l'élan semblent trahir le croisement de plusieures raceS; la slave, la celte, la grecque et la latine, ce n'est point, dis -je, vous flatter, que de se réjouir en vous regardant, dans Tespoir que grâce à ce privilège d'origine, l'on ne tarde à vous reconnaître, parmi les Slaves des Balcans, ce droit de suprématie que votre histoire nationale semble, vous avoir réservé et assuré.
Par ce que je viens d'exposer il me semble impossible de se refuser à admettre que pour constituer une nation il ne suffit point la communautij de langue et de race; une véritable nation comprend davantage: l'unité religieuse, l'adoption des mêmes traditions historiques et surtout, comme en Suisse, les intérêts communs ; mais surtout on arrive à réaliser la vitalité d'une nation, par une sorte de dignité et supériorité morale, qui non seulement permet à un peuple de s'insurger contre ses anciens oppresseurs étrangers, mais lui donne le droit de s'élever sur des races inférieures qui restent soumises, jusqu'au jour que civilisées et ennoblies à leur tour, elles pourront sortir de leur tutelle.
Tant que cette fière dignité morale n'est pas sentie, aucune résurrection, aucune délivrance n'est possible. Cette dignité, qui crée la conscience nationale, est la condition essentielle par laquelle la nationalité peut s'affirmer et se constituer.
Certes, toute nouvelle nation qui se forme dérange quelque peu les intérêts de ses anciens maîtres ou protecteurs et de ses proches voisins.
Mais le banquet de la civilisation ne ressemble en rien aux autres banquets mortels ; ce n'est qu'un repas
d'air et de' lumière, où eutespiraiit et'eu r^ardant, on n'enlève rien aux autres convives ; an contraire, la présence d'un nouveaii convive ne fait qu'augmenter la quantité de Inmière, en ajoutant nn nouveau centre lumineuz à l'illumination générale de l'humanité. Lorsque l'on s'approche du banquet, il semble que l'on doive sentir un certain malaise chaque fois qu'il faut faire place à un nouveau convive. Mais une fois attablés et présentés les uns anx autres on finit par se persuader que le nouvel hôte n'est point aussi incommode qu'on se rimaginalt d'abord, et on est, au contraire, heureux de constater qu'il a, par sa contribution à la vie commune, facilité la marche lumineuse dn progrès.
Est-ce que l'on se trouve moins bien en Europe depuis que les anciennes principautés danubiennes sont devenues des états indépendants ? depuis que la Grèce, la Hongrie, l'Italie et l'Allemagne ^ont libres? L'état despotique, quelque vieil organisme dont le rouage rouillé commençait à mal fonctionner, a certainement souffert de la constitution providentielle des nouvelles nationalités. L'état artificiel qui se fondait sur le seul intérêt d'un individu ambitieux et d'une dynastie épuisée, l'état conventionnel produit de la violence d'en haut et de l'ignorance d'en bas, l'état de par la grâce de Dieu, qui supprimait toutes les libertés humaines, n'est plus possible de notre temps, et se décompose fatalement aussitôt que dans son sein commence à germer et à se développer le sentiment de nationalité.
Mais ce sentiment si naturel et si humain, ne saurait être que bienfaisant, non pas seulement pour le peuple qui se constitue en son ùom, mais pour toute la société humaine, qui voit s'organiser pour elle de nouveaux éléments qui semblaient perdus pour la vie
ONZIËUK CHAPrFBK 298
sociale, se ranger enfin sous la discipline d'un état civil, prenant une figure hi8tori(jue, développant, en faoe de la civilisation, une propre activité, ttne propre individualité.
C'est une force de plus ajoutée à toutes les énergies humaines qui travaillent pour le progrès; par conséquent, tous les hommes de progrès peuvent saluer avec joie l'apparition de chaque nouvelle nationalité comme nue conséoration de droit de natare, comm'un auxiliaire précieux et désirable ajouté à l'oeuvre commune de la civilisation.
Il n'y a donc aucune incompatibilité entre le sentiment de nationalité et le sentiment d'humanité ; et puisque les deux sentiments se conviennent parfaitement et s'entraident, il n'y aucune raison pour les séparer, en dédaignant le patriotisme par aâfectation d'humanité, ou en dédaignant l'humanité par affectation de patriotisme.
Tout mon Credo là dessus se trouve d'ailleurs exprimé dans une strophe d'un poëte toscan de notre époque, Giuseppe Giosti :
Frima, padroD ai casa, in casa mia; Foi, cittadino, nella mia città ; Italiano, in Italia ; e oobI via Diceudo, uomo nell'amanità; Di qaeeto passo, do vita per .vita, Abbraccio tutti, e son cosmopolita.
Chaque individu doit avoir en vue, d'abord, sa maison, sa famille ; chaque famille peut s'intéresser aumiliea dans lequel elle se trouve , mais lorsque cette société s'agrandit, s'ennoblit, et prend le nom de patrie, lorsque cette noble société devenue libre et indépendante, n'a plus rien à craindre de l'étranger, elle peut, à son tour, regarder plus loin, viser vers l'hu-
294 LA 8EBBIB ET LES 8BBBEB
manité, et, par rbumanité, monter plus haut, ji la divinité, par l'oeuvre du génie qui est souvem verselle et immortelle.
N'importe de quel petit pays, par le senti d'idéalité on peut pousser le regard très loin. Li tdtes comme les grandes nations ont quelque chos dire, quelque chose à enseigner, quelque service i dre à l'humanité. Pour l'homme qui pense, pc sage qui réfléchit il n'y a pas un seul état civil, petit qu'il soit, qui puisse être considéré comm quantité négligeable. Athènes et Florence, qui leurs grands siècles, n'ont jamais atteint cent habitants ont révélé des mondes au monde, feit la grandeur d'une nation est l'âme de son pie, qui se révèle par sa bravoure et par sa saj par son art et par sa science. Dans les manifestt de l'enthousiasme de chaque peuple et dans ses vres de génie ne se révèle pas seulement le oari original de la nation, maïs sa capacité d'idéal et pansÎQn, qui permet à chaque peuple d'entrer l'humanité, et de participer à l'âme universelle.
Il faut certainement avoir les pieds bien ûxi son sol; mais la grande création a besoin de larg rizoDS pour regarder plus loin, pour trouver un ai: pur, pour prendre un bain de lumière en face de
C'est pourquoi les seuls peuples qui ont i preuve d'une vaste idéalité et, dans leur producti tellectuelle, montré de comprendre et de sentir manité, semblent avoir une véritable signification l'histoire,
Pourquoi, encore, le génie d'Homère et du I de Cervantes et de Molière, de Shakespeare ' Goethe, nous apparaissent comme des poètes d( manité ? paroeque, tout en gardant leur physioi
nationale ils ont su créer des types universels* Pourquoi, dans notre époque même l'oeuvre littéraire du puissant dramaturge norvégien Ibsen, du génie critique danois G. Brandes, derorîgînal romancier russe L. Tolstoï a un si grand retentissement au delà des pays, où elle s'est produite? Paroeque, chacun de ces écrivains de génie, tout en gardant un cachet particulier individuel et national, a compris humainement la représentation de la vie réelle, et, par cette double vision de ce qui est près et de ce qui est loin, a su intéresser et passionner un public international.
Il y a, en effet, tout un monde idéal qui nous convient également. Il n'existe qu'une seule manière d'aimer : aimer réellement ; une seule manière de dévenir noble, se dévouer aux nobles causes ; une seule manière d'être chrétien : faire simplement du bien ; à cette condition, il me semble que tout le monde pourrait s'entendre, et que toutes les idées circuleraient librement. Et, pour ces idées, si elles sont bonnes, chaque langue peut devenir une excellente messagère.
Yoilà comment, étant italien, et n' ayant point l'espoir d'être compris en Serbie par ma langue maternelle, ni la possibilité de me communiquer à vous par une langue slave, j'ai demandé la permission de me servir à Belgrade de la langue la plus douce, la plus souple et la plus ailée pour le commerce des esprits.
Si je n'ai point dit comme je l'aurais désiré, j'espère au moins, que vous aurez compris tout ce que je voulais dire. IL me semble que pour tout homme civilisé ne devrait presque plus exister de peuple étranger; je garde, sans aucun doute, toutes les grandes adorations pour mon pays ; mais j'ai aussi tous les respects et une sympathie profonde pour chaque peuple qui travaille à son progrès. Voilà pourquoi, pouvant
être auBsi bien i'ami des Magyars et des SI tous les peuples Slaves, j'ai choisi les Serl les intermédiaires les plus illuminés et les patbiques de l'Europe slave vers l'Orient, adresser, comme ancien missionnaire de pa tionale, une parole émue, dans l'espoir qu'en ce sol généraux, elle deviendra plus chaude ira se féconder plus loin.
Ma lecture achevée, je reçois les féliciti vingtaine de personnes qui m'avaient sui bout; mais je constate la vive satisfaction de de pouvoir, enfin, se livrer à la da,nse, qui le prix de la patience avec laquelle on m'a Et moi même j'étais heui-eux de pouvoir i un essaim de jeunes filles fraîches, saines, g de yie et de feu; j'ai surtout admiré la beauté des denx demoiselles Pétronievié, d' ne famille historique serbe, radieuses, élé{ demes, et exquises.
On commence par le Kolo, la danse on □aie des Serbes, qui rappelle les anciens ch et à laquelle on me prie de prendre part; n'exige point de grands frais de représente content de m'y enchaîner avec ma fille, et ser entraîner par les Grâces serbes, à ces i voluptueux d'un rithme traditionnel, qui si moment, m'unir plus étroitement à un pays patriarcale a un charme indéfinissable.
Le lendemain, je tombe malade; mais le de la bonne vieille qui soigne matemellen fesseur Vesnic, ont le pouvoir de me gué ceur de sa voix est encore dans mes orei voix de femme dit quelque chose, cette fei
ONZIÈME CHAPITEE 297
voix caressante me révélait l'âme la plus pare, on aurait dit d'une sainte.
Je déjenne, chez le recteur de rUniydraité; M. louzévic dont j'avais déjà admiré l'esprit à un déjeuner intimé chez M. Etienne Popovic. Nous avions connu à
Le prof. Iouzévic'
Rectenc de l'UniTerailé.
Fiorence, il y a neuf ans, Sa femme, et sa digne bellemère; il est veuf depuis huit ans, mais il garde à son épouse bien aimée un souvenir touchant, dans sa maiaouj autour du portrait de la jeune et ohanuante dér funte, ayant élevé une sort de sanctuaire domestique, qui est'toujours le foyer, où il semble aller chauffer ses sentiments; il a l'air sceptique, et il semble dédaigner
ONZIÈME CHAPIT&E 29^
de vives acclamations. Je remarque dans la salle entr'autres, une belle dame élégante, la baronne Kuun^ la femme du conseiller de la légation austro-hongroise, vive, spirituelle, qui adore la Grèce, ayant séjourné pendant quatre ans à Athènes, mais qui ne semble faire trop grand cas des Serbes, et des Roumains. Sa présence me gêne un peu; car, si je suis l'ami intime de son cousin le comte Kuun et de sa soeur, si je garde la plus vive sympathie pour les Magyars, je déteste la politique austro-hongroise envers les Serbes et les Eoumains. Mais, en femme d'esprit, elle a le bon goût de sourire, même lorsque je lui semble charger un peu mes attaques contre les grandes puissances, dont l'une est représentée à Belgrade par son mari. La même réserve diplomatique est gardée par le chevalier BoUati, lequel, en sa qualité de représentant de l'Italie, ne saurait pas trop agréer une charge à fond contre la Triplice, dont, à mon grand regret, et avec son grand dommage, l'Italie continue à faire partie. Mais, au fond, il sympathise comme moi pour la cause de l'hellénisme, et il doit reconnaître la nécessité qu'on laisse les peuples balcaniques les maîtres exclusifs de leur destinée.
Voici d'ailleurs ma troisième conférence, telle qu'un public serbe enthousiaste l'a accueillie.
La situation des peuples slaves en Europe
Je n'ai jamais oublié l'impression singulière que j'ai éprouvé, un jour,, il y a de cela vingt huit an?,, à Saint-Pétersbourg, lorsqu'un Panslaviste très-connu. Monsieur Danilevsky, à la suite du contentement que je lui montrais, parce que le monde russe s'ouvrait de plus en plus à l'Europe et reprenait l'oeuvre d'assimi-
LA 8BBBIB ET LES 8EBBË8
latioD de Pierre le Grand tout en continuant et à civiliser une grande partie de l'Asie, dit: < mais, pas du tout; la Russie n'est a ni l'Asie, mais une partie du monde à ellt se suffît eb qui a ea propre civilisation doi fière et jalouse. » Je demeurai un peu inte; cette tirade inattendue.
Une autre fois, huit ans après, je vena à Florence une conférence eu italien sur russe. Une jeune dame russe, une magn:
beauté, au type géorgien, aux yeus de ge intelligente, mais dominée, en ce moment, ] timent de Russofîlisme exagéré, en forme ciement pour les élogea que je n'avais poini dés è. la femme de son pays, me fit pregqu'u de mon apologie, en déclarant que les Ra souciaient aucunement de ce que l'Europe pi ser et débiter sur leur compte. Il suffit, i que les Busses se connaissent et s'estimen ils n'ont aucun besoin de votre Europe, et i donc se passer de votre estime. Je regB femme admirable, avec étonnement, frapf traste entre l'expression douoe et suave de de Madone et la dureté dédaigneuse de f sions.
En ce temps là, les oeuvres de Lé n'étaient point encore populaires en Europe vins russes reprochaient njéme à M. Turgut trop délicat, trop parisien, trop européen, t à la façon de l'Occident.
Dans ces dernières années on a vu, j France, un nouveau rapprochement entre les l'Europe. Les intérêts politiques qui, souvent, 'd'éloignemeot, cette fois ont servi à ralliei
danfc, Eusses et Français ; mais ce qui se rapproche de la France, se rapproche aussi, "bon gré mal gré, de toute l'Europe.
Le moment est donc peut-être favorable pour parier de la situation du monde slave au milieu de la société européenne.
L'histoire ne nous apprend rien de précis sur les anciens Slaves. Nous ne savons point de quelle race était réellement la masse des peuples qui occupaient jadis l'Europe centrale et l'Europe orientale; un grand nombre de peuples que nous avons cru appartenir à la race germanique étaient probablement des slaves, ou d'une race avoisinante, comme les survivants Lettes et Lithuaniens. On a trop souvent confondu la langue avec la race, et pris ^our des Germains les Slaves qui - en avaient adopté la langue; pris pour des Slaves les lithuaniens qui avaient adopté soit une langue slave, soit ce lithuanien qui passe pour la langue la plus proche du sanscrit; les Romains avaient latinisé par leur langue des peuplades de races fort différentes; ainsi la noble race conquérante des dominateurs Germains imposa souvent sa langue et germanisa, au sein l'Europe centrale, c'est-à-dire, dans les pays devenus maintenant germaniques, un grand nombre de paysans slaves, lettes, lithuaniens, ou d'autres races inconnues, dont la figure et le nom même à présent se cachent à nos recherches.
Les Polonais comptent, aujourd'hui, parmi les peuples slaves, parceque leur langue est certainement une langue slave, parceque leur histoire s'est développée au milieu de peuples slaves; mais la race noble de la Pologne, par l'esprit et, par le caractère, est plutôt celtique que slave. Un polonais ressemble, par conséquent, beaucoup plus à un français qu'à un russe; lorsqu'une dame
302 , LA BBKBIE ST LSS 8EBBES
polonaise causa bien en français, on pourrai la faire passer pour une parisienne; la di même lorsqu'elle parle le ft'ançais à mervt difScilement son origine slave.
Le panslavisme est donc, au fond, une t illusion. Le paysan catholic|ue slovène ne rei rien au paysan orthodoxe de la Enasîe; i certainement tous les deux une langue d'or mune; mais ni le type physique, ni le carac des deux peuples semblent avoir aucun rapp terrain occupé maintenant par des Slaves il ; sîeures races qui ont adopté una langue sla^ circonstances historiques dont les détails m pent, mais qui se rapportent à une époque oei assez éloignée et confuse, à la période assez déplacement des penples dits barbares, qui av: mencer bien avant qu'en s'ayançant jusqu'à de l'Empire BomaiD, on eût songé à Itome site de les arrêter. La position que garde, pt respectivement, les Buthènes de la Qallioîe, ques aux conBns de la Bohème et les Sk confins de l'Italie, comme des penples slave on doit admettre leur origine slav-e, semble refoulement, à la suite d'une grande ou de pi vasions de l'ancienne Moesie, de l'ancienne ] l'ancienne Pannonie; toutes ses pointes e slaves de diâ'érents côtés semblent l'indiot spersion de peuples fuyards, devant des enr sants.
Mais nous ignorons absolument aujoi quelle race connue étaient réellement les ht l'ancienne Dace, de l'ancienne Moesie, de Pannonie; nous trouvons actuellement dai surtout des Itoumains, dans l'ancienne A
ONZIÈME CHAPITBB dOS
Croates et des Serbes, et dans la Pannonie du sud des Boumains ; mais si Ton compare le paysan actuel de la Transylvanie avec le paysan qui cultive le sol de la Gallicie, quoique l'un parle une langue de source latine, l'autre une langue bien certainement slave on est porté a croire qu'à l'origine ils formaient peut-être un seul peuple daco-pannonien, et que le torrent des Huns? suivi plus tard par le fleuve, plus large des Ugriens, des Hongrois, des Magyares, les sépara, pour se faire une place sur les steppes de la Hongrie, si ressemblantes à ces steppes de l'Asie centrale d'où ils arrivaient. Mais, cependant, pas encore assez civilisés, pour imposer leur langue altaïque aux deux branches brusquement séparées de l'ancienne population pannonienne, ils permirent aux paysans de la Transylvanie qui cultivaient le sol, de garder la langue quasi-latine de leur milieu, tandis, que le peuple refoulé au de là des montagnes du nord adopta, au contact de populations slaves, une langue, et avec la langue, un caractère, et des moeurs foncièrement slaves.
En tout cas, il serait maintenant extrêmement difficile de démêler la véritable nationalité de tous les peuples qui ont ^ été classifiés comme des slaves, ainsi qu'en essayant de séparer, sur le sol de l'Allemagne, la race germanique de la race slave ou demi-slave, on risquerait de faire de grandes confusions.
Dans la race qu'on appelle slave, il y a d'ailleurs, deux types physiques bien distinctes, celui dont le type le plus prononcé, le plus accentué, réside en Bohême et de là rayonne sur une partie de l'Allemagne du sud, et sur une partie de la Croatie; et le Slave oriental, dont le type le plus caractéristique et constant nous est oflPerb par le robuste paysan russe moscovite, dont on a crû reconnaître, pour la ressemblance physique.
304 J.fL SERBIK ET LES SERBEB
des anciens parents détachés et demeurés sgue sauvage dans la tribu barbue de Âïnc Mais, si les paysans russes sont nomb] donné le véritable caractère fondamental appelle la vie russe, la Hussia a accueil vaste sein tant de peuplades différentes, est foncièrement slave par son paysan rx.
Polonais, elle toucbe, peut-être, au moni par ses dominateurs à la race noble Scar les Cosaques et par les Circassiens, aux h Caucase et du Turquestan; par les Mardvt.^ — . w^^et les Finlandais à la race finnoise althaïque; par les Lapons du Nord, aux races de la Sibérie, par les Lithuaniens et les Lattes aux peuples de la côte de la Baltique et de la Mer du Nord; par les habitants de Nijni Novgorod et de Kazan et des régions ouraliennes, aux peuples tartares.
On a appelé Slaves tous ceux qui parlent une langue slave, comme on a appelé Latins tous ceux qui ont adopté une langue latine, et Grermains tous ceux qui s'expriment dans une langue germanique. Mais l'unité seule de la langue ne suffirait presque jamais à donner le caractère d'une raee entière ; elle pourrait seulement indiquer qu'à un jour donné, par certaines circonstances favorables, un peuple supérieur a imposé sa langue à des peuples diâ'érents. C'est ainsi, peut-être, que les Bulgares, de race turque, ont reçu d'un peuple slave, qui était vraisemblablement le Serbe, leur langue slave ; que les Slovènes et les Slovaques, d'une race indéfinie, ont accepté la langue de leurs voisins, les Tchéquea et les Croates, et se sont rangés, comme les Bulgares, parmi les nations slaves,
Le type des Grecs et des Albanais de nos jours, qui vraisemblablement nous rend le type de l'ancien
Macédonien et de l'ancien Epirote, ce qui nous explique aussi comment, sans les Athéniens, et sans les Hellènes, les Grecs aient occupé de longue date Byzance et fondé un empire sur le Bosphore indépendamment de la Grèce classique, de la Grèce hellénique, le type moderne, je dis, des Grecs et des Albanais s'approche bien plus du type turc que du type slave, tel qu'il est représenté, par exemple, par le Eusse et par le Tchèque. La race turque est, sans aucun doute, parmi les races humaines, l'une des plus belles et des plus vigoreuses ; dans notre siècle, un grand nombre de Grecs, d'Albanais, et d'Italiens passés au service de la Turquie ont pris un nom turc, et souvent brillé comme des Turcs, ce qui prouve qtie, s'ils .parlent une langue différente, les Turcs et les Ariens, ne diffèrent guère par leur caractère physique, et par leur capacité intellectuelle. L'exemple des Magyars et des Finnois, q^i, appartenant à la race turque, ont su devenir, par le christianisme, avec les Bulgares, des nations civilisées européennes, est instructif pour nous éclairer sur ce que serait devenu la race turque conquérante en Europe, si le jour où elle se fixa à Constantinople, au lieu de s'obstiner dans le cercle étroit du monde phanatique musulman, avait adopté les idées et les lois humaines du Christianisme.
Après toutes ces restrictions sur la valeur que l'on peut attribuer au mot slave, il me faut répéter que le panslavisme est une grande et peut-être funeste illusion, comme le pangermanisme, comme le panlatinisme, trois colosses, aux pieds d'argile, si on ne les regarde que par la base, mais qui ont cependant leur signification historique et idéale, dès qu'on les considère comme trois grandes unités morales, dont la force et l'activité seront d'autant plus grandes et fécondes,
306 LA SEBBIB ET T.E3 SEKBES
qu'elles aortiront de leur isolemeut, pour se ci quer et pour s'huniftOiaer.
U est donc sage de ne pas trop insister si cherohe des éléments originaires et constîtati qu'on appelle la race slave, pour étudier U slave, tel qu'il se présente dans l'histoire, tel q obe et s^agite, de nos jonrs, pour exercer un r la civilisation actuelle.
Des trois grandes races européennes la i celle qu'aujourd'hui semble nous inquiéter et per le plus, et cependant est celle qui, peut-ê moins reçu de l'Europe, et jusqu'ici, qui a. 1 rendu en échange; les peuples slaves qui ont davantage l'influence grecque et latine, COJ Dalmates et les Serbes sont aussi, n'import puisse avoir été la constitution originaire de h qui s'appelle slave, mais dont la supériorité tainemet le produit du mélange harmonique sieurs races civilisées, semblent aussi les préd< la plus noble représeutance de la race slave.
La crainte de certains publicistes de l'( qu'un jour ou l'autre toute la race slave puiss verser en Europe pour soffoquer la civilisât! dentale, tient à l'exagération de la toute paist l'empire russe, qui tôt ou tard, devrait donne à la triste prophétie napoléonienne, si injuriei les slaves eux-mêmes, que la fin du siècle nous terait une Europe entièrement cosaque ou tatt sommes arrivés à la fin du siècle, et nous ne encore, nous ne craignons plus rien de pa; Tatares se tiennent fort tranquilles et inofft delà du Volga ; les Cosaques déplacés des ri' Don, arrachés à leur milieu historique, à leu: fertiles, à leur constitution originale, serait
ONZIÈME CHAPITBE 807
plu3 malheureux que nous si on les forçait de s'établir en Occident. Mais, c'est pour taquiner le Busse, qu'on le représente tantôt comme une brute tatare, tantôt comme un Cosaque violent. Les admirateurs français du roman russe, maintenant, ont changé de ton et donnent même dans l'excès contraire, faisant dépendre l'avenir de toute la société européenne, des idées russes, comme si les idées de Tolstoï et de DoQztojevski étaient vraiment les idées de toute la société russe, et immuables en Russie même ; et comme si plusieures de ces idées n'avaient pas eu des devanciers dans l'art et dans la littérature de l'Occident ; comme si Michelange et Léonard n'avaient précédé tous les artistes russes de l'école positive moderne ; comme si les romans de Dickens et de Tackeray n'avaient devancé de presqu'un demi-siècle, les chefs d'œuvre de la moderne littérature russe. On ne remarque d'ailleurs pas assez que dans ces mêmes idées il y a souvent un manque de mesure et de suite, qualités qui seraient pourtant essentielles pour leur donner de la solidité, pour le revêtir de cette beauté esthétique qui est faite, en grande partie, de rithme, et de proportion. Bien souvent il arrive dans l'esprit russe qu'après une affirmation rude, originale, violente qui semble devoir frapper les organes mêmes de la vie sociale, convulsionner et révolutionner le monde, le même écrivain qui a touché aux plaies les plus saignantes, se perde, à la fin, dans une contemplation presqu'ascé tique du monde, et dans un vague mysticisme, où toutes les énergies intellectuelles semblent s'éteindre, dans l'attente du grand nirvana. Chaque peuple, le russe, comme tout autre, n'est bien fort que dans son "home; chacun, dans son foyer, peut alimenter une flamme plus vive; de cette flamme quelque étincelle brillante peut jaillir au delà des con-
fins de la patrie. Mais chaque home national un centre d'attraction; Vhome de la Grande pour centre Moscou; l'home de la Petite Ru r home des Serbes Eelgfade ; 1' home des Crow 31 les Slovai^ues ne se laissent pas attirer pE les Slovènes par Agram, ils devront se choisit de vie. Pour les Slovènes il y a un double choix, entre Laibaeh et Villach; peuple montagnard, ils doivent civiliser leur montagne. L'e£Fort qu'ils font, guidés par lenrs prêtres catholiques qui, inspirés d'en haut où la vieille tradition de Metternich du divide et impera, domine encore, s'occupent peut-être plus de politique que des intérêts des âmes, pour lancer leur peuple contre les Italiens de l' latrie, de Trieste et de Goriee, n'est pas seulement imprudent, mais stérile. Les Slovènes que l'on doit voir avec le plus grand intérêt s'agiter pour entrer eu possession d'une culture nationale, ont le tort de ne pas reconnaître assez qu'il y a de la place pour tout le monde, pourvu que chacun demeure à sa place; pourquoi donc, au lieu de se concentrer, de se réunir, de se développer autour d'un centre slave, viennent-ils chercher leur base dans des villes dont l'esprit italien est fort bien déclaré et accentué? Les Slovènes n'ont pas encore constitué solidement leur nationalité dans leur propre milieu slave et déjà ils travaillent à leur épanchement. Les prêtres slovènes, au lieu de persuader leur peuple, que l'Italie peut, comme dans le passé, aider à la civilisation àes peuples slaves de la côte de l'Adriatique, ainsi qu'elle l'a fait pour Spalato et pour Raguse, semblent prétendre de substituer leur influence, leur langue, leurs moeurs à l'influence, à la langue, aux moeurs de la majorité italienne dans les villes du Frioul et de l'Istrie à Goriee et à Trieste, qui se tournent spontanément vers le moud latiu.
ONZIÈME CHAPlTliE
Mais, si l'on peut souhaiter que les Slovènes se groupent autour de leur centre slave le plus actif et le plus proche et n'empiètent sur le sol italien, d'un autre côté il est vivement à désirer que les Italiens du confin, cessent eux-mêmes, de voir dans les Slovènes des ennemis de notre nationalité et d'en jalouser le progrès. L'Italie non seulement n'a rien à craindre de la fortune et de la grandeur de ses voisins slaves, mais au contraire, pourvu que leur activité se déplace un peu, elle ne peut que désirer qu'à côté d'elle respirent des organismes puissants. Nous- avons vu, à notre grand dommage, ce que nous a valu, pendant des siècles, le voisinage, au de là de l'Adriatique, d'un empire ottoman, inerte, où chaque peuple, sous le joug d'un despotisi!ne aveugle et fanatique, semblait réduit à l'impuissance. Notre grand intérêt est que toute la péninsule balcanique prospère, que toutes les énergies, slaves, roumaines, albanaises et helléniques s'y réveillent, s'y dévoloppent, et que l'on puisse en tirer les plus abondants fruits pour la civilisation. Non seulement nous ne devons donc craindre la civilisation des peuples slaves qui nous sont plus proches, mais nous ferons bien de leur venir en aide, de tout notre esprit, de tout notre sentiment, et de tous nos moyens. Nous aurons une influence bienfaisante sur les peuples slaves seulement en mesure de la lumière que nous aurons apporté dans leur monde, et des voies que nous aurons ouvertes pouir faciliter leur commerce, soit par terre, soit par mer.
Je pen^e, en outre, que le grand rôle, le beau rôle, le rôle digne de l'Italie, ce n'est pas de s'accrocher aux grandes puissances, pour faire ce qu'elles font, en suivant leurs traces, mais de protéger les intérêts de toutes les jeunes nations qui surgissent, ou qui luttent
ri
310 LA SEBBIU KT LES SKEBBS
pour leur existence et de prendre en ses mai causa, de les défendre contre les oppresseurs pousser toutes sur la voie du progrès. Ce rôle sant n'éveillant ni aucune envie, ni aucun a lui assurera seulement la sympathie et la rei sance des petits; mais elles valent bien l'illusl pagnie, souvent morose, et embarassante, des César préférait être le premier citoyen ( village, plutôt que second citoyen à Borne.
ne pouvant plus être la première puissance du depuis que, pendant son. long sommeil, p autres colosses se sont dressés sur le sol de 1' ni se mettre seule à la tête du mouvement de lisatîon, depuis que d'autres civilisations suivi marche glorieuse, elle peut du moins attirer '\ les jeunes peuples qu'elle couvre de sa syi contribuer à leur prospérité, à leur union, rendre plus actifs et plus féconds. Elle est i tée elle-même, avec de grands privilèges ; n traditions historiques lui ont imposé, avec di de haute noblesse, le devoir d'être chevalei l'égard de toutes les autres nations qui sout qui travaillent. Elle aussi, sans doute, a ses plaies internes ; mais, si un Italien peut les vo souffrir, ce qu'il y a d'enseignement dans notr de charme dans notre vie, de puissant et de daut dans notre uatnre, doit et peut aussi se dre et déverser au bénéSce des peuples qai n< gnent point non pas le poids lourd, et ant d'un protectorat gênant, mais la bienveillai stance d'une grande sympathie toujours pré montrer. C'est à ce titre seulement que le mêi peut sympathiser un jonr pour une belle eau groise, l'autre pour une jaste cause roumaine
jouir de la délivrance des Bulgares et féliciter les Serbes de leur esprit d'indépendance et de leur acti* vite civile pour mériter un jour la grande hégémonie sur les Slaves qui s'étendent de la mer Noire à l'Adriatique; défendre l'esprit latin sur les frontières, et voir pourtant avec plaisir le vaillant Monténégro s'agrandir, et attendre avec confiance que la Serbie pousse vers un port de l'Adriatique, comme la Hongrie à poussé vers Fiume; avoir quelque peine à oublier que les Croates sous la domination autrichienne n'ont pas été des ennemis bien doux et admirer cependant l'oeuvre de civilisation qui s'accomplit en leur sein depuis presqu'un demi siècle; souhaiter l'union de l'Albanie du Nord soit avec la Serbie, soit ,avec le Monténégro (si elle ne peut se dresser et vivre en état d' indépendance), de Candie avec la Grèce, et se réjouir de chaque nouvelle activité qui se développe dans la péninsule balcanique, si proche de la nôtre, mais faire tous les efforts pour que tous ces peuples sympathisent entre eux, et parviennent à constituer cette grande fédération balcanique, où les Serbes et les Roumains, les Grecs et les Albanais, les Slovènes et les Croates, les Bulgares et les Monténégrins pourront remplacer par des grands Etats Unis civilisés ce grand empire ottoman qu'en Europe, pour le moins, a presque cessé d'exister.
La diplomatie des grandes puissances se dispute déjà la peau de l'ours qui n'est pas encore tout à fait mort; et la question d'Orient n'est devenue pour l'Europe qu'une question de succession. Mais il serait cependant si simple de la résoudre, en laissant aux peuples mêmes, qui occupent les derniers débris de l'ancienne Turquie en Europe le soin de décider sur leur avenir. Certes, si l'Angleterre, la Russie, l'Ai-
LA 8SBBIE ET LES 8EBUE8
lemagne, l'Italie, comme grande et première beritière de l'£mpire romaîn, où la Qièce même voulait tendre une main impériale sur Byzance, il y aurait de grandes récriminationa dans le monde, danger de guerre internationale, danger même pour les jeunes nations de la péninsule balcanique qui viennent de se constituer. Mais ce que la diplomatie aurait de mieux à faire ce serait de ne pas se donner trop de peine pour une affaire qui ne la regarde pas directement. Costantinople est un bijou, une perle qui tente aussi bien la convoitise des ^Russes que des Anglais ; mais elle u'a pas été cherchée par Dioclétien et baptisé par Oonstantiu, ni pour les uns, ni pour les antres ; pour les Turcs non plus. Byzance fut habitée d'abord par des Thraices et des Grecs, ensuite par des' Uliriens; elle était déjà dans les premiers siècles du moyen âge, la capitale des peuples de la péninsule balcanique, agrandie, fortifiée et enrichie, pour tenir tête à tous les barbares, à ceux du nord, comme aux orientaux. Les anciens habitants de l'Iilirie, de la Macédoine, de la Trace, de la Dace, de la Moesie, et de laPannonie, déjà hellénisés, et romanisés, avaient atteint un degré assez élevé de civilisation du temps des premières incursions des barbares; c'est pourquoi les Magyars et les Bulgares, de race turque, ont pu si vite se civiliser sur l'ancien sol; c'est pourquoi encore les Turcs eux mêmes, non pas seulement grâce à l'empire byzantin, dont la forme était greco-latine et dont ils ont reçu l'héritage, .mais par le concours des peuples civilisés qu'ils ont trouvé sur le sol de la péninsule, et dont ils ont adopté en partie les moeurs et .reçu les connaissances ont pu organiser leur état et faire un bon ménage avec les peuples partiellement soumis. Bien ne saurait être plus instructif pour nous faire
ONZIÈME CHAPITRK 813
une idée de ce qui s'est passé dans rélaboration en Europe de Tempire Ottoman, que de suivre les rapports des Slaves Méridionaux au moyen âge, tels qu'ils ressortent d'un savant mémoire publié en français, par votre si distingué professeur de droit international. Seulement on peut en conclure que ce même travail d'assimilation qui s'est continué dans la Péninsule sous l'empire ottoman avait déjà commencé de longue date sous l'empire byzantin. C'est M. Vesnic luimême qui nous apprend que les hommes d'état byzantins ont été les maîtres en matière internationale non sealements des Serbes ^t des Bulgares, mais des Turcs eux-mêmes. Mais les maîtres byzantins eux-mêmes de quelle race étaient-ils eifectivement ? N'appartenaientils pas à des provinces différentes de l'Empire? et chacun n'avait-il pas apporté des éléments de sa race à la constitution de l'empire de Byzanoe ? Maintenant encore Constantinople va devenir de nouveau la ville par excellence, la capitale fédérale, de toute la péninsule balcanique, le plus grand centre d'attraction de tous les peuples des Balcans. Vienne est une ville germanique ; Moscou la ville russe par excellence est déjà trop asiatique ; Constantinople, ville neutre, et universelle pourra trè^ bien devenir la résidence de la grande fédération des Etats Unis balcaniques, où Slaves, Roumains et Grrecs, au souffle de la sympathie latine, pourront développer la plus bienfaisante . activité. Est-ce un rêve? Peut-être. Mais nous sommes déjà si près du but, que si la mauvaise volonté des grandes chancelleries européennes ne s'y oppose, le commencement du vingtième siècle verra peut-être ce beau rêve se réaliser. Alors les différents états fédéraux, appuyés sur la grande unité politique de la fédération n'auront plus besoin pour subsister de pencher tantôt vers
Saint Peter^bourg^ ta^tôt vers Vienne; dans la constitution fédérale ils trouveront la force nécessaire pour résister à toute pression de l'étranger, s'il y aura encore ^ tentative de pression.
Je sais que la grande politique est faite par les grandes puissances, qui ne semblent guère impatientes de voir surgir des Etats Unis balcaniques. Mais l'histoire nous réserve quelquefois de grandes surprises; et il suffirait un peu d'entente entre les chancelleries des petits états balcaniques, prêtes à s'accorder dans une action commune pour déjouer le jeu des grandes puissances qui ne veulent point se désintéresser de la question d'Orient.
Les grandes puissances ont le tort, dans la question d'Orient, de faire leurs comptes en dehors de tous les intérêts des peuples qu'y sont directement intéressés dans la péninsule balcanique et qui seuls ont le droit de décider de leurs propres destinées. Par conséquent, ce n'est pas d'elles que les peuples du Balcan peuvent |v> espérer d'être mis tôt ou tard dans leur véritable as-
siette. Il faut donc qu'au dessous de la grande diplomatie européenne s'organise et travaille activement une diplomatie balcanique, pour établir, en vue de l'intérêt commun de tous les états des Balkans, un accord préliminaire entre les états pour la cré ation d'une grande fédération balcanique, de laquelle, en attendant, feraient partie la Serbie, le Monténégro, la Bulgarie, la Roumanie, l'Epire et la Grrèce. En réservant à l'avenir les questions de détail, rien n'empêcherait, dès à présent, la Constitution d'une fédération, qui établirait comme principe essentiel que la terre appartient à la majorité du peuple qui la possède, et que les seuls peuples balcaniques ont le droit de s'occuper des intérêts politiques de la péninsule. Oe prin^
ONZIÈME CHAPITEE 315
cipe essentiel posé de non intervention, qui est en somme le principe des nationalités, grâce au quel ont pu surgir les états danubiens, la Hongrie, la Grèce, et l'Italie, on travaillerait à une constitution générale, dont les lois devraient convenir également à tous les Etats de la Fédération.
Les Slaves* sont maintenant dispersés ; le jour où les Serbes et les Monténégrins, avec les Bulgares, auront réuni leurs eflfbrts pour reconstituer leur unité slave par un lien fédéral, ce centre d'attraction devra tôt ou tard attirer les Bosniaques, les Dalmates,. et peut-être aussi les Croates et les Slovènes. Dans l'Europe centrale, avec les Ruthènes, les Polonais, les Croates et les Slovaques pourra se former une seconde grande société slave. La troisième société continuera a être représentée par les Russes.
Ces trois fortes unités slaves, ces trois organismes fondés sur des sympathies et des intérêts naturels, ne pourront qu'être sympathiques à l'Europe et elles deviendront des précieux intermédiaires à l'œuvre générale de la civilisation.
La diplomatie fait distinction entre les puissances de premier, de second, de troisième, même de quatrième ordre, et c'est avec un certain dédain que l'on s'occupe des petites puissances, comme d'êtres imperceptibles, qui ont droit d'existence à la seule condition de rester soumis.
Mais dans l'humanité, comme dans la nature, dès qu'il y a du mouvement en avant, rien n'est petit ; le territoire de la Grèce glorieuse, qui fondait des colonies, dans tous les ports de la Méditerranée ; de la Phénicie qui poussait ses navires autour de l'Afrique ; de Gênes, de Venise et de Florence, qui lançaient leurs marchands à travers le monde ; du Portugal, de la Hol-
lande, de l'Angleterre, qui tour à tour, ont su se créer un empire aux Indes, était d'abord fort limité; tien petites sont la Belgique et la Suisse qui compteut tant dans riiiatoire du progrès et de la civilisation ; et la petitesse du Piémont ne l'a point empêché de donner à la patrie italienne 'le plus grand agitateur de notre temps, Mazzini, le plus grand ministre, Oavour, le plus grand roi, Victor Emanuel, le plus grand général, Garibaldi.
On a souvent désigné la Serbie comme un Piémont slave ; la vaillance de ses soldats, et la sagacité de ses hommes politiques lui ont orée une situation exceptionnelle dans la péninsule balcanique et un certain droit d'initiative pour les questions qui intéressent l'avenir de la péninsule.
La Serbie, d'accord avec le Monténégro et la Bulgarie, la ^Roumanie et la G-réce doivent, en tout cas. dire le premier mot en tout ce qui concerne la prO' chaîne constitution des Etats Unis de l'Orient.
Le plus sage des Etats sera aussi le plus fort. Si dans les questions intérieures de l'Etat on mettait Is même ardeur patriotique, le même dévouement, les mêmes vertus dont les peuples baleaniques ont tou jours fait preuve le jour du péril en tàce de l'étrau ger, les petites patries ne tarderaient à devenir gran^ des. Homme de paix, et habitué par le culte de l'art de la littérature, et de la science à saisir plus viti les larges que les petites questions, je ne me làissi point arrêter, dans l'élan de mes rêves humanitaires par les détails et par les obstacles qu'opposent souvent i toute grande conception de la vie sociale, l'esprit rou tinier, l'intérêt des partis, l'egoïsme individuel. Je pens que si l'on vise haut, on a plus de chance de s'enten dre. Rappelez à votre souvenir la conception de la Di
vina Commedia. La base en est Tenfer, où s'agitent toutes ^les passions humaines ; une base large, solide, et qui tient à la terre, mais où Ton ne voit que des damnés. Au dessus de cette base ressort et s 'élève une montagne, qui se rétrécit de plus en plus vers la cime ; mais, en regardant vers le sommet, et en montant , toujours, on découvre le Paradis terrestre, où l'on trouve enfin la source à^Eimoej de la bienveillance, de la bonne intelligence, par laquelle les hommes se purifient et acquièrent la dignité de monter vers le ciel. Telle est aussi la marche de l'idéal et du progrès ; si on ne regarde que les objets les plus proches, si on marche terre à terre, on ne trouve jamais la source d'Eunoe, où l'on peut se retremper pour la vie idéale ; et, sans cette boisson divine, sans cette suprême ambroisie, sans cette seconde vue divine, donnée à l'homme, aucun peuple ne saurait arriver à la véritable grandeur.
La jeunesse serbe a reçu cette conclusion avec une ovation; qui m'a prouvé que j'avais parlera des cœurs généreux et, peut-être, frappé juste. L'approbation des hommes illustres qui m'é(joutaient me causèrent non pas cette vaine satisfaction d'amour propre que peut donner le succès, mais cette douce émotion que doit éprouver tout écrivain qui peut se dire: tu as écrit d'après ta conscience, qui était bonne.
Des dépèches reçues de la Roumanie m'invitaient pressamment à Bucarest, pour y tenir trois autres conférences au public roumain : il m'a donc fallu précipiter mon départ, et poursuivre ailleurs ma chaude mission de messager libéral de paix et de civilisation ; j'ai dû alors me congédier en hâte de mes amis serbes, si bienveillants pour mol et si hospitaliers. Après avoir
visité, avec une certaine précipitation, quelques institutions locales, et pris congé du palais, des autorités, et de mes amis, comblés d'attentions à notre départ. comm'à notre arrivée, après avoir constaté qu'en dehors des troubles politiques, la vie à Belgrade devait être bien douce et facile, et qu'avec un roi sage et énergique et des ministres de bonne volonté la marche du progrès en Serbie devrait être rapide, le 3 mars de cette année, à cinq heures du matin, nous quittions la capitale dn royaume et le sol serbe, pour rejoindre par la grande plaine hongroise, après un long détour, les confins de la Roumanie.
Certes, j'aurai désiré étudier plus longtemps le pays qui m'ouvrait si largement ses portes; je n'ai pa que le constater pour ainsi dire, après l'avoir, par les visions de l'âme, presqu'entièrement deviné. Je devrais, me demander maintenant, si j'ai bien fait, ne pouvant apprendre rien de très nouveau au public éclairé de l'Europe, de livrer ces pages à la publicité; mais, je me suis dit, au dernier moment, que les personnes à grands sentiments et à grandes convictions ne sont peut-être pas aussi nombreuses qu'on le croît, et qu'il ne serait pas inutile d'entei^re une voix de pins prêchant une bonne cause.
J'ai écrit un jour des pages sympathiques sur les Magyars, que je continue à aimer, tout en détestant cordialement la politique austro- hongroise; aujourd'hui je viens d'écrire pour les Serbes; demain, peut-être, je dirai tout le bien que je pense des Boumains. Il me semble que celui-ci est encore le meilleur moyen de travailler pour la paix. Tant qu'on ne se connaît pas, on peut s'haïr ; dès que l'on découvre le côté sympathique de chaque peuple, les oppresseurs mêmes doivent avoir honte de leur oeuvre de destruction et changer de sy-
OKZIËue CHAPITRE 319
stème; poar désarmer la tyrannie et l'injastice nous ne disposons ni de canons, ni de gendarmes; mais la plume d'un écrivain honnête peut, comme l'éclair, percer des ténèbres, et remettre un peu d'azur au oiel. Quant au peuple serbe notre voeu sincère est de le voir marober à notre rencontre, en reprenant, uni avec les Monténégrins, le chemin de l'Adriatique ; tel est notre désir, et tel est aussi son droit.
Rome, h 25 décembre 1897.