LE ( TOMOS » D'INDÉPENDANCE DE
fusillades d’Arandjelovac. Et la cause des Obrenovié, loin d’être
affermie par ces répressions brutales ‘perdra dans le peuple beaucoup de sa popularité.
LE « roMos » D'INDÉPENDANCE DE 18791,
Ristié en terminant l’exposé des deux guerres concluait :
« L’avenir prouvera que la Serbie n’a pas à se repentir, mais qu’au contraire elle a des raisons de se féliciter d’avoir en 1876 déployé le drapeau serbe et d’être entrée résolument en guerre 2. »
L’historien qui veut faire le bilan objectif de ces années décisives de la politique serbe ne partage pas entièrement cet optimisme. Surtout lorsqu'il se place au point de vue religieux. Le Serbe orthodoxe a vu s’évanouir plusieurs des « mythes » qui lui étaient chers : mythe de la faiblesse de la Turquie qui s’avérait faux ou tout au moins exagéré}; mythe de la solidarité des populations chrétiennes opprimées et de la certitude d’un soulèvement général des Balkans à la première intervention militaire des Serbes ; mythe de l’aide russe qui semblait assurée aux Serbes à tous les moments critiques qu'ils pourraient traverser. Or l’empire turc avait conservé encore assez de vitalité pour défendre six mois contre l’armée russe la place forte de Plevna. La confiance serbe dans les « frères bulgares » sortait fortement ébranlée de ces guerres. Pourtant, dans sa proclamation du 18/30 juin 1876, le Knèze Milan avait pu s’écrier :
« Nous aurons à nos côtés nos valeureux frères monténégrins, avec mon courageux frère Nicolas, leur chef. Les héros de l’Herzégovine sont aussi des nôtres, de même que les martyrs bosniaques. Nos frères bulgares nous attendent 5, »
A vrai dire les « frères bulgares » n’avaient pas été d’un grand secours et San-Stefano avait refroidi singulièrement l’enthousiasme serbe à leur égard. Ristié pouvait écrire avec mélancolie :
« L’avenir jugera si notre gouvernement a agi sagement en identifiant dans ses préoccupations l’avenir du peuple bulgare avec le nôtre 4... »
Enfin c'était la Russie qui avait provoqué les déceptions les plus
1 Nous avons consulté pour une partie de la documentation de ce chapitre l’ouvrage paru à Belgrade en 1880 sous le titre 8 Nezavisnost Srpske Crkve progla- $ena 1879, ainsi que la thèse de Djordjevié (Nikola) , Die Selbständigkeit der Serbischen Kirche. ge 1 L
2 Zivanovié (Ziv.), Politiéka istorija Srbije, LP: 384.
8 Stranjakovié (Drag.), L'œuvre accomplie dans le passé en faveur du rapprochement et de l’union des Serbes et des Bulgares, p. 18.
4 Ristié (Jov.), Diplomatska istorija Srbije, t. I, p. 165.
amères. Cette « protectrice » traditionnelle de la Serbie ne semblait guère s’être souciée des intérêts de son pupille à San-Stefano. Par contre, la Russie s’était plu à créer dans la Bulgarie démesurément agrandie de la Roumélie orientale, de la Macédoine jusqu’au lac d’Ohrid et Salonique, de Vranje, Pirot et Trn, conquis par la Serbie en 1877, un État vassal qui lui ouvrirait, au premier ordre, la route de Constantinople. Le Congrès de Berlin, il est vrai, avait mis fin à la « Grande Bulgarie » et la Serbie avait réussi à obtenir Vranje, Nis et Pirot, mais uniquement grâceau soutien d’Andrassy et de l'Autriche. Pour les diplomates des Puissances, Autriche et Russie en particulier, il n’y avait là qu’un troc de territoires, qu’un échange de zones d'influence, Bulgarie pour la Russie, Bosnie-Herzégovine pour l'Autriche. Mais pour la Serbie et surtout pour son Église orthodoxe les agrandissements qui avaient été concédés par le Congrès de Berlin étaient d’une importance capitale. Désormais il ne fallait plus songer à la Bosnie pour laquelle le peuple serbe avait pris les armes en 1876. Or celle-ci « était le songe de toute une génération et sa perte (nous) abattait comme un nouveau Kossovo » (SI. Jovanovié). Par contre, la possession de Vranje, Ni et Pirot orientait le peuple serbe vers la Serbie du Sud et l’obligeait à tenir compte de régions qu'il avait jusqu'ici négligées et laissées à la propagande de l'Exarcat. Naturellement ce changement complet d’orientation ne se fera pas immédiatementet, c’est au sein de l’Église orthodoxe que nous pourrons le mieux observer le trouble moral qu’il occasionnera.
Cette Église allait cependant bénéficier du changement intervenu dans le statut international de l’État serbe. L’article 34 du Traité de Berlin avait reconnu l’indépendance de la Serbie. L'Église de la principauté avait le droit, elle aussi,de prétendre à l'indépendance vis-à-vis du Patriarche œcuménique, c’est-à-dire à l’autocéphalie, en vertu de cet usage admis dans l’orthodoxie que les droits ecclésiastiques et principalement les délimitations changent avec les dominations politiques et les administrations... Ainsi s’achevait ce double cycle des luttes de libération de la Serbie, lutte contre la Porte et lutte contre le Phanar. De même que l’autonomie ecclésiastique avait suivi de peu le Hatti-chérif de 1830, de même l’autocéphalie religieuse était la conséquence directe de la proclamation de l’indépendance. À la veille de la seconde guerre serbo-turque, un député de la SkupStina de 1877, Dim. Katié, avait proposé de supprimer le tribut annuel que l’on envoyait au Patriarche, « celui-ci ne le méritant pas » puisqu'il restait sujet de la Turquie. Ristié, dans un long discours, s’opposa à ce projet, affirmant qu’à l’heure où le Croissant luttait contre la Croix on ne saurait faire acte de sagesse en déchi-