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L’OFFENSIVE LIBÉRALE

Les libéraux n’acceptèrent pas le coup qui leur était directement porté sans murmurer : c’est dans leur presse et dans la Srpska Nezavisnost en particulier que l’on retrouve l’écho de leurs véhémentes protestations. La campagne de presse qui se développa à la suite de la destitution du Métropolite contribua beaucoup à grossir l’importance de cet événement. Les libéraux y virent un admirable prétexte d’agitation contre les progressistes. Dès le lendemain de la chute de Mihailo, ils eurent l’habileté d'interpréter l’acte d’arbitraire du Gouvernement non seulement comme une violation des canons de l’Église, ce qui n’aurait que modérément ému l’opinion serbe, mais avant tout comme un abandon des traditions nationales, un reniement du passé.

1 Cité par la Srpska Nezavisnost, 29 janv. 1882. 2 Srpska Nezavisnost, 22 oct. 1881.

8 Cité par la Srpska Nezavisnost, 18 nov. 1882.

C’est le 20 septembre seulement que la Srpska Nezavisnost consacre son premier article à ce «nouveau Kossovo », comme certains hbéraux appelaient la destitutionde Mihailo. Le ni rappelait que ce n’était pas la première fois que le Métropolite Mihaïlo protestait contre les ingérences gouvernementales dans le domaine réservé à l’Église. Mais la plupart du temps, grâce à la largeur d’esprit et à la tolérance des divers hommes d? État, un accord était vite intervenu : '

« Le Gouvernement de Piroéanac vient de créer un précédent qui va introduire dans notre administration religieuse l’instabilité telle que nous la connaissons dans le Patriarcat de Constantinople, où les intérêts permanents de l’Église sont subordonnés aux vues changeantes de l’État. Le Gouvernement a sacrifié un homme qui a créé notre littérature religieuse. Il a humilié un grand patriote dont la renommée dépasse les frontières étroites de la Serbie et dont la voix est célèbre au loin comme la voix d’un bon prélat et d’un remarquable homme d’Église 1, »

Ne fallait-il pas songer en outre aux fâcheuses répercussions que cette destitution ne manquerait pas d’avoir en Russie ? Le Métropolite était le Serbe dans lequel les Russes avaient le plus de confiance.

L’organe libéral estimait le renvoi de Mihaiïlo d’autant plus inopportun qu’il avait eu lieu peu de temps avant le Sabor qui devait élire, chez les Serbes de Hongrie, le nouveau Patriarche. Or, le Gouvernement hongrois avait destitué le précédent patriarche Ivaëtkovié, et il ne manquait pas de Serbes en Hongrie pour soutenir que cette destitution était contraire aux canons. Le Gouvernement hongrois aura désormais beau jeu : il n’aura qu’à rappeler un précédent ‘en Serbie, cette « Terre de l’orthodoxie ». « Notre Gouvernement, ajoutait la Srpska Nezavisnost, peut être persuadé que les Serbes de Hongrie ne nous pardonneront jamais un procédé par lequel nous avons affaibli leur position. » Il n’était d’ailleurs pas difficile, concluait l’article, d’apercevoir les influences hongroises qui avaient présidé à la disgrâce de Mihaïlo : chacun savait fort bien que l’Autriche- Hongrie avait voué une haine implacable au chef de l’Église serbe, et ce n’était pas par une pure coïncidence si le jour même de la destitution du Métropolite — le 18 octobre 1881 — un long article lui était consacré dans le Pester Lloyd ?.

Deux jours après cette violente attaque, le journal libéral publiait une adresse de plusieurs prêtres au Métropolite Mihaïlo. Ils repre-

1 Srpska Nezavisnost, 20 sept. 1881.

? Srpska Nezavisnost, 20 oct. 1881.

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