L’OFFENSIVE LIBÉRALE
naient contre la loi incriminée les arguments déjà employés par celui-ci : les taxes prévues étaient exagérées : un colonel jouissant d’une solde de 50 ducats par mois payait 100 dinars de taxe à l’État « mais un moine qui n'avait pas un gros revenu était obligé de payer également 100 dinars. On n’agissait de la sorte envers le clergé ni en Autriche-Hongrie, ni en Turquie !. »
Un « docteur en théologie, d’un Séminaire du Srem » auquel l’organe libéral s’était adressé, soutenait le même raisonnement :
« La situation de votre Église est bien triste, carle Gouvernement serbe a fait ce que jamais jusqu'ici n’ont osé faire ni les Sultans à Constantinople, ni les Hongrois chez nous en Voïvodine...
… L'Histoire de l’Église chrétienne pourra inscrire le nom de Stojan Novakovié après les noms du furieux Néron et de l’horrible Caligula.… » De tels procédés, concluait le théologien, ne conduisaient qu’à l'anarchie religieuse ou au « schisme » 2,
Dans un éditorial du 25 octobre 1881 et sous le titre suggestif : « L'Église libre dans l’État libre », la Srpska Nezavisnost développait le même thème, dans un bel élan lyrique :
« Ce qu'aucun vizir ne s’est jamais hasardé à proposer au Sultan turc, ce que le furieux Calvin hongrois, Koloman Tisza, n’a pas osé proposer à l’Empereur catholique et Roi apostolique François- Joseph Ier, ce que les Tsars russes,chefs de l’Église russe, n’ont jamais accompli avec un tel manque d’égards et une telle brutalité, le Ministre de l’Instruction Publique et des Cultes a eu l’audace de le proposer. ÿ, »
C’est à nouveau sur le plan international qu’en novembre 1881 la Srpska Nezavisnost situait le problème : la chute de Mihaïilo n’était qu’un moyen, entre beaucoup d’autres, auquel avait recouru la politique impérialiste de l’Empire voisin ; il était évident que l’Autriche-Hongrie cherchait à s’étendre. Elle avait d’abord mis la main sur la Bosnie-Herzégovine ; maintenant, elle regardait du côté de Salonique : mais dans sa marche vers le Sud, une grande barrière l’arrêtait : celle del’Orthodoxie dontle représentantle plus actif,le plus éminent était Mihaïlo. Le Métropolite serbe était le principal obstacle aux visées ambitieuses de la politique impériale en Orient. On comprend que la diplomatie de Vienne se soit attaquée à lui avec la dernière violence ; on comprend moins que des hommes d’État serbes se soient prêtés à un jeu funeste pour l’Église et pour la Serbie tout entière. « Voilà, s’écriait en terminant le rédacteur de l’organe libéral, voilà la situation déplorable où nous ont amenés nos videlovci.
1 Jbid., 22 oct. 1881.
2 Srpska Nezavisnost, 24 oct. 1881.
3 Jbid., 25 oct. 1881.
Alors que dans tout le monde orthodoxe, « dela cabane du moujik au palais du Tsar », chacun était attristé par la chute de Mihaïlo, les progressistes s’efforçaient de « salir par d’infâmes allégations le chef de l'Église ». Leur journal n’avait-il pas reproché à Mihaïlo son absolutisme et son « mercantilisme » : le Métropolite s’était-1l montré «partisan » quand il avait bien voulu accorder au progressiste bien connu qu'était l’archiprêtre Aleksa Ilié une paroisse à Gradiëte et Cuprija, puis sa grasse prébende de Topéider ? Que signifiait enfin l’autre accusation : le Métropolite aurait procédé à la vente de livres religieux et de manuels pédagogiques : mais n’était-ce pas parce qu’il n’en existait presque pas avant son avènement ? D'ailleurs beaucoup de ces livres venaient de la Russie qui les avait offerts à l’Église serbe. D’autres reproches étaient simplement grotesques : pourquoi mettre sur le compte du Métropolite l’histoire du détournement de ces 1.700.000 florins, inventée de toutes pièces ? Il en était de même de la fable qui voulait que Mihaïilo ait emporté avec lui, dans son exil, tous ses habits pontificaux !.