CRITIQUE DU PROJET DE LOI PROGRESSISTE
corps électoral spécial dans lequel entraient, à côté des membres ordinaires du synode ecclésiastique, le Président du Conseil des Ministres, le Ministre de l’Instruction Publique et des Cultes, le président de la Cour de Cassation, le président de la Cour d’appel et trois membres de la Skupétina. Cinq ecclésiastiques seulement participaient à l'élection épiscopale contre sept laïques. Mais la Srpska Nezavisnost observait que cette disproportion s’accentuerait dès qu'il y aurait des sièges épiscopaux vacants. L'élection des évêques s’effectuait sous la présidence du Métropolite, et celle du Métropolite sous celle du Président du Conseil.
— Les prêtres diocésains soumis à la juridiction des évêques étaient les archiprêtres, les vicaires des archiprètres (protojerejski namesnici), les igoumènes et les prieurs. L’évêque conservait le privilège de les choisir, mais le Ministre des Cultes devait donner son approbation et avait le droit de mettre son veto au choix épiscopal.
— Les membres du tribunal disciplinaire diocésain étaient l’évêque, l’archiprêtre de la ville, siège du tribunal de district, le président de ce tribunal, et quatre prêtres du diocèse. Tous ces membres — sauf l’évêque — étaient élus et nommés par le Knèze pour une période de deux ans, sur une liste de dix candidats que lui soumettait l’évêque diocésain, par l'intermédiaire du Ministre de l’Instruction publique et des Cultes. Ainsi le Gouvernement conservait, plus qu’un simple droit de surveillance, un pouvoir effectif sur le principal organe de l’administration religieuse diocésaine. A plus forte raison veillait-il jalousement à maintenir son contrôle sur la plus haute instance, le synode. Par l’article 8 du projet de loi, toute élection du Synode devait être soumise au Ministre de l’Instruction publique et des Cultes. Le Synode, du reste, ne se réunissait ou n’était clôturé qu’à la suite d’un décret du Knèze 1.
L’articie 15 du projet transformait complètement la situation de ‘évêque dans l’État en faisant de lui un fonctionnaire comme les autres.
Les libéraux attaquèrent furieusement des nouveautés « aussi contraires à l’esprit des canons ». Pour eux, Novakovié, qui ignorait tout de l’Orthodoxie, avait commis une monstruosité. « Ne suffit-il pas au Ministre de l’Instruction publique de brimer les instituteurs : qu’a-t-il besoin d’un millier de popes ? » Avec un projet semblable, on « tuait sûrement l’orthodoxie et l’on séparait l’Église serbe du monde orthodoxe ? ».
1 Srpska Nezavisnost, 25 fév. 1882.
2 Ibid., 28 fév. 1882.
342 RÉPERCUSSIONS DE LA DESTITUTION DE MIHAILO ” LE DÉBAT A LA SKUPSTINA.
Les 27 et 28 décembre 1882, la Skupétina examinait les différents projets de lois qui lui étaient soumis (projet de loi sur la réglementation de la condition ecclésiastique, sur l’établissement d’un fond ecclésiastique et sur les changements et compléments à apporter à la loi de 1862). C'était la première fois depuis 1871 que le Gouvernement soumettait à la Chambre d’aussi nombreux projets concernant le clergé. Aleksa Ilié s’ingéniait à mettre en lumière les avantages de la nouvelle législation : désormais le prêtre recevraiït une paroisse de 300 à 400 maisons qui lui permettrait de mener une vie en accord avec son rang social. D’autre part les dîmes en nature, si humiliantes pour le prêtre et si impopulaires chez les paroissiens, étaient abolies. Le prêtre avait le droit de percevoir pour sa subsistance, sur chaque tête imposable, deux dinars par an 1. Une autre réforme, qui devait avoir une répercussion sur les rapports entre le clergé régulier et le clergé séculier, était l'abolition progressive des paroisses desservies par les monastères. Ces paroisses devaient servir à grossir les nurije des prêtres séculiers disposant de moins de 300 maisons. La proposition de loi sur la réglementation de la condition ecclésiastique n’était pas moins favorable au clergé : l’article premier décidait que toute paroisse de prêtre ne devait pas comprendre moins de 300 maisons ni plus de 400. Une chapellenie d’archiprêtre pouvait cependant se maintenir entre 200 et 250 maisons. Dans les cas particuliers seulement où il était impossible d'exécuter cette prescription, on laissait les prêtres avec un nombre de maisons inférieur à celui qui était prévu ; mais (ces exceptions étaient destinées à disparaître dès que la chose serait possible ?. »
La discussion de ces projets à la Skupètina donna lieu à un intéressant échange de vues au sein de ce petit groupe de députés considérés comme des « spécialistes » de la question religieuse et parmi lesquels Aleksa Ihé occupait une place éminente. Milan Miliéevié profita de l’occasion pour rendre hommage au clergé : « Pauvres ou riches, petits ou grands, nous ne saurions vivre sans la bénédiction du prêtre, et nous n’aimons pas à vivre sans elle... Même si notre assemblée était composée de ces gens qui se nomment libres penseurs, qui ne se soucient que de la terre et laissent à d’autres le ciel, nous pourrions dire cependant : « que celui qui a besoin d’une église la construise, que celui qui a besoin d’un pope le paye » ; si nous étions
1 Hriséanski Vesnik, janv. 1883, p. 49.
? Hriscanski Vesnik, janv. 1883, p. 50.