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LE DÉBAT A LA SKUPËTINA

ces gens-là, dis-je, nous n’en accepterions que plus aisément ces propositions dont le but est de donner un statut légal à la condition ecclésiastique et de la mener à un état qui convienne à la fois à nos sentiments et au rôle rempli par les prêtres ».

Miliéevié adjurait la Skupétina de régler définitivement une question depuis tant de temps en suspens :

« Si aujourd’hui, Messieurs, après trente années, car cela fait trente ans que la législation de ce pays n’a rien fait pour le clergé, si aujourd’hui nous demeurions inattentifs devant un tel problème, nous pourrions dire que, malgré les grandes affaires que|nous avons conduites depuis trois ans, nous avons manqué à notre devoir national, et cela, aucun de vous ne le veut, aucun de vous ne le désire. 1? » Aleksa Ilié arrivait à la rescousse : il approuvait les « 300 maisons ». Puis il signalait l’importance du projet déposé devant la Chambre : il rappelait les progrès effrayants de l’incrédulité dans les masses populaires. « Vous savez bien que les églises sont tout à fait vides alors que les cabarets sont pleins. Vous savez également qu'il n’y a plus chez nous cet amour du prochain, cette charité chrétienne qui brûlait chez nos pères. Quelle en est la cause ? L’abandon de notre foi... 2»

Les séances de la Skupétina ne furent pas toujours occupées par ces jJoutes oratoires. Quand le projet de Gara$anin, qui prévoyait le remplacement du bir par un traitement fixe, vint à l’ordre du jour, de vives résistances se manifestèrent. En particulier, les députés des régions nouvellement libérées protestèrent violemment et quittèrent la salle en criant : Jok ! jok ! (non ! non ! en turc). C’est grâce à l’habileté parlementaire d’Ilié que le projet fut finalement accepté par la SkupStina ÿ.

Quand la discussion porta sur la question de l’élection du Métropolite, elle s’anima davantage encore : Miliéevié avait craint de se montrer « plus pope qu’un pope » ; le pope Pera Stevanovié, député ne craignit pas de se montrer « plus laïque que les laïcs ». Non seulement il défendit le texte du gouvernement progressiste tendant à instituer un corps électoral spécial mixte, mais il poussa jusqu’à l’extrême cette conception :

« Jusqu'ici, l'élection du Métropolite était effectuée par un corps électoral, moins étendu que celui qui existe maintenant. On conçoit que plus il y a de gens pour élire un homme, meilleur sera cet homme ; toutefois, une aussi grande assemblée nous coûtera beaucoup

1 Hriséanski Vesnik, fév. 1883, p. 56.

2 Ilié (A.), Moji doäivljajt, p. 84. 8 Ilié (A.), Moji doäivljaji, p. 99.

d'argent à cause des indemnités (interruptions : mais il n'y aura pas une élection chaque année !) Certes, il n’y aura pas d'élection chaque année, mais il peut arriver qu’il y ait de fréquentes élections et cela nous coûtera cher. En ce qui concerne le discours de M. Krupeïevié, je ne saurais m’accorder avec lui, car même s’il en était comme il dit, si le Métropolite était élu comme le voulait le Gouvernement, je n’y trouverais que des motifs de satisfaction, car je désirerais que soit Métropolite celui-là précisément que les députés de la Skupètina, les présidents des Tribunaux suprêmes ont choisi et non pas celui que désirent trois ou quatre moines... ? »

Du point de vue strictement dogmatique, la déclaration du pope Stevanovié était profondément hérétique. Son amour pour le parlementarisme occidental lui avait fait complètement oublier le principe de la Tradition apostolique. Aleksa Ilié, lui-même, qui ne se souciait point pourtant de susciter des difficultés à Novakovié, reconnut que la mesure était dépassée :

« En ma qualité de prêtre, je considère que le Synode épiscopal, d’après l’esprit de l’Église, doit être composé seulement de membres du clergé, parmi lesquels les réguliers auront la majorité puisque c’est à eux qu’appartient la direction de la plupart des affaires dans l’Église — donc l'élection du Métropolite ? ».

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