SIGNIFICATION DE. LA CONVENTION
Un certain nombre de réflexions viennent à l’esprit lorsqu’on relit ce singulier accord : en apparence, entente entre deux autorités spirituelle et temporelle, mais en fait, contrat plein de méfiance, qui traduit, par son réalisme, les longues chicanes dont il était la tardive conclusion. Le Phanar renonçait à des privilèges hiérarchiques moyennant de substantielles indemnités et consentait à abandonner un droit de regard que le Knèze serbe lui rachetait à un taux assez élevé pour l’époque. Il est vrai que l’on avait réussi à «canaliser» les prétentions de la Grande Église en supprimant toutes ces taxes extraordinaires qui, par leur multiplicité et leur irrégularité, justifiaient la réputation séculaire d’exaction et de prévarication qu’avaient laissée derrière eux presque tous les évêques phanariotes de Serbie. Au fond, le grand vainqueur et celui qui tirait le plus de profit de cet accord était Milos. La « part du peuple serbe » dans la nomination des évêques était et devait rester illusoire, et le Knèze avait les mains libres pour désigner à ces postes de confiance des hommes à Jui. L'article 7 est particulièrement significatif ct trouvera son application lors du conflit qui dressera plus tard un ministre des Cultes contre un Métropolite. Il est évident que, par cet article, le pouvoir sur le haut clergé tendait à passer des mains du Patriarche dans celles du Knèze 2. C'était toute une révolution intérieure et qu’il est utile de souligner, si l’on veut bien comprendre l’évolution ultérieure de l’Église orthodoxe serbe. Cette dernière devenait nationale
1 Golubinskij (E.), Kratkij oëerk istorii pravoslav. cerkvej, bolgarskoÿ, serbskoÿ, rumynskoj, Moscou, 1871, p. 650.
2 [lest vrai que ce même article 7 stipulait que le Métropolite ne pouvait être destitüé sans la connaissance et l'approbation du Patriarcat de Constantinople; mais ce n’était là qu’une formule. Pourtant Ristié fait observer que, grâce à ce paragraphe, l'accord de 1832 devait servir de modèle à la Constitution « turque » de 1838. Cette dernière conférait en effet au Sultan le même droit de contrôle en £e qui concernait les conseillers d'État (Ristié, Diplomatska istorija Srbije, 1. II, Belgrade, 1896, p. 276).
puisque ses chefs étaient désormais tous serbes ; mais elle perdait déjà un peu de son indépendance spirituelle en se soumettant humblement au pouvoir temporel.
Cette indépendance, elle ne pourra jamais plus la regagner, si ce n’est parfois en essayant de s’appuyer sur des Églises orthodoxes étrangères plus fortes qu’elle ; mais rechercher un appui dans l'Église russe, ce sera accepter, par la force des choses, la tutelle russe. L'Église orthodoxe serbe est, dès 1832, engagée dans l’impasse d’où elle ne sortira pas : accepter le joug temporel pour conserver son caractère purement national, ou chercher à l’étranger la garantie de son indépendance et de sa primauté spirituelles.