‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 13 sur 197 · CHAPITRE IIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIT

Cuoix D’uN Nouveau MéTroPoLiTEe.

Le 11 juin 1833, le Métropolite Melentije mourait. Ce n’avait assurément pas été, quoi qu’on ait dit, une « grande figure » de l’Église. Sa formation théologique était très rudimentaire, son sentiment religieux assez faible. Il semblait avoir toujours conservé un peu de la rudesse et de la rusticité monastiques. Peut-être étaitce cette simplicité d’allures qui, jointe à sa légendaire bravoure, l'avait rendu si rapidement populaire en Serbie. On lui savait gré d’avoir réagi contre l’exclusivisme phanariote, et d’avoir été un patriote. En 1833, à Milos qui guerroyait pour obtenir le rattachement de six districts et qui lui demandait des prières pour l’issue favorable des hostilités, le chef de l’Église, toujours aussi combattif en dépit de son âge, répondait :

« Si j'étais bien portant, je leur apporterais (aux chrétiens des 6 districts dont le Knèze s’efforçait d'obtenir le rattachement) ma bénédiction par l'Évangile et par l’Épée. Mais maintenant, je ne peux que vous recommander à Dieu. Ne tardez donc pas à obéir au doigt de Dieu qui vous est actuellement favorable et vous invite à vous hâter au secours de l’innocence. Mes prières vous accompagneront partout et toujours comme jusqu'ici » À.

Cette lettre devait être la dernière que reçut Milos, car le Métropolite rendit l’âme quelques semaines après l’avoir écrite. Le Knèze qui aimait beaucoup Melentije en fut très affecté. Voyant qu'il approchait de sa fin, il avait envoyé au prélat des conseils joviaux pour le réconforter ; la lettre pleine de tendresse qu’il dépêcha, le 2 mars 1833, au Métropolite mourant surprend quelque peu de la part d’un homme aussi dur :

« Je ne saurais manquer, à cette occasion, de vous citer mon propre exemple, — bien connu de vous — lorsque j'avais mes crises

z Ilié (A.), op. cit., p. 8.

d’hypocondrie. Vous savez que dans cette maladie j’en étais venu à vous demander de lire une prière pour moi. Mais rien ne ma aidé, ni les médicaments, ni les prières, tant que je ne me suis pas mis à passer joyeusement le temps, à jouer aux cartes, etc. Faites-en de même, et vous verrez comme vous n'aurez plus mal nulle part, et comme vous guérirez » 1, ,

À l'heure où le Knèze s’efforçait de rétablir la discipline ecclésiastique, en réorganisant tout d’abord l’ordre monastique, le plus atteint par l’anarchie, il était nécessaire de trouver un homme dont le caractère fût à la hauteur de l’éducation religieuse. Chose qui n’était point aisée à cette époque en Serbie. Les prélats, on ne saurait dire cultivés, mais sachant uniquement lire et écrire, étaient une rareté. Duëié le reconnaît lui-même : Zato je valjalo imati uëena i bogoslosski obrazovana mitropolita. Takvoi se u Srbiji tada nije mogao nat ?.

Miloë avait offert la succession du Métropolite Melentije à l’ancien évêque de Sabac, Gerasim, et ce dernier, après quelques protestations et malgré son grand âge, avait fini par accepter de présider aux destinées de l’Église de la principauté. Mais à peine le vieillard avaitil donné son consentement que le Knèze changeait déjà d’avis et: s’adressait à Stratimirovié pour lui demander de désigner le candidat qui lui semblerait convenable. Le Métropolite de Karlovei fixa son choix sur le secrétaire du Knèze, Pavle Jovanovié, dont il connaissait par expérience le caractère et les qualités 5. Le nouvel élu, Serbe d'Autriche, était né dans la petite ville d’Ilok dans le Srem, le 18 février 1800. Son père Lazare étant opanëar 4, mais doué d’une certaine aisance, préféra sur le tard s’occuper de viticulture. C'était un des notables de son pays. La mère de Pavle, Julijana, était issue d’une famille de commerçants, originaire de Sid où elle était née.

Pavle était d’une nature docile et travailleuse. Il suivit d’abord les cours de l’école communale d’Ilok, puis les trois premières classes du Gymnase d’Osijek ; il acheva ses études secondaires à Sremski Karlovci, qui était le centre d'enseignement le plus réputé du monde serbe de ce temps. Pavle fit cependant sa philosophie au lycée de

1 Petrovié {(Mita), op. cit., pp. 792-704.

2 Dutié opel, pi292:

# On conte que Pavle Jovanovié hésitait à accepter l’offre de son souverain, alléguant son incapacité et aussi son intention de se remarier. Miloë se serait écrié : «Quel fou ! je lui donne toutes les femmes, et il en veut une !» (Eno budale, Ja mu dajem sve #ene, a on hoée jednu!} L’anecdote n’est pas invraisemblable quard on connaît le caractère du Knèze (Ilié, op. cit., p. 14).

* Fabricant d’opanci, « chaussures faites d’un morceau de cuir attaché par des lanières de cuir ». Cf. Niederlé, Manuel de l'Antiquité slave, t. II, Paris, 1926, p. 77.

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