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LE POINT DE VUE SOCIALISTE

qu’une tentative du gouvernement progressiste pour mettre la main sur l’Église. Cette liberté de ton et ces jugements peu amènes de l'organe radical n'étaient point faits pour lui attirer la bienveillance du Gouvernement. L’attitude de la Samouprava dans la crise religieuse mécontentera fort les Videlovci et, commeïils n'étaient point gens à tolérer longtemps une opposition même sourde, ils n’hésitèrent pas à faire appel à la censure. Dans l’année 1883, le nombre des articles radicaux supprimés ou mutilés ira sans cesse croissant.

LE PoINT DE VUE SOCIALISTE.

Le premier journal socialiste en Serbie — mais aussi dans la Péninsule balkanique — avait été, en 1871,le Radenik de Svetozar Markovié. Comme la censure restait très sévère, la nouvelle feuille était obligée de se montrer très prudente et n’abordait que rarement ’étude de la doctrine socialiste. Toutefois, bien qu’elle ait trouvé dans le public serbe un grand écho —, le Radenik ne comptait pas moins de 1.500 abonnés — le Gouvernement des Régents, après l’avoir soumise à d’incessantes tracasseries policières, l’interdit définitivement en mai 1872 1. Il faut dès lors attendre près de dix ans — en 1881 — pour retrouver un journal socialiste serbe, le Radnik, d’ailleurs d’existence éphémère et qui ne franchit pas l’année qui l’avait vu naître. Le Radnik prit nettement position contre le Métropolite Mihaïlo, se réjouit de sa chute et profita de l’occasion pour se livrer à une diatribe contre les « frères russes » qui passa à travers les filets de la censure gouvernementale :

« On a agi tout à fait correctement avec le Métropolite. Si tu tires tes droits et tes canons de la Russie et non du peuple serbe, tu n’as qu’à prendre tes canons sous le bras et t’en aller en Russie. Qu'ils te proclament Saint. Chez nous, c’est le chou au lard qui est saint ! Si tu es dans ton droit, tu peux demander justice auprès de notre peuple et non point appeler au secours le diable luimême... ? »

Le Radnik fut remplacé par la Borba en 1882 *. La Borba, bien

1 Skerlié (Jovan), Istorijski pregled srpske $tampe, 1791-1811, Belgrade, 1911 p- 63-4.

2 Radnik, 1881, n° 156 :

«S Mitropolitom je sasvim korektno postupljeno : Kad ti nosi tvoje pravo od Rusije i kanona,a ne od naroda srpskog, onda kanone pod miëku pa bajd u Rusiju, neka te proglase za sveca, a kod nas je sveti kupus sa slaninom ! Ako si u pravu, to pravo svoje smeë traziti kod naroda naëeg, a ne zapomagati i samog djavola samo da se pomogneë... »

3 Skerlié (Jovan), op. cit., p. 69.

qu’elle restât encore relativement très modérée, était singulièrement plus audacieuse que son aînée. Les éditoriaux, rédigés sous une forme volontairement doctrinale, n’en attaquaient que plus dangereusement certains mythes chers aux politiciens serbes des années 80. Devant la querelle qui méttait aux prises progressistes et libéraux, les rédacteurs de la Borba témoignaient d’une indifférence encore plus sincère que celle des radicaux de la Samouprava. |

Les socialistes tournaient en ridicule les « pleurs » des libéraux sur le départ de Mihailo 1. La personnalité du Métropolite ne pouvait être sympathique aux héritiers des idées de Markovié. D’abord comme russophile : les socialistes n’étaient ni russophiles, ni austrophiles :

« Si nous cherchons notre véritable ami parmi les États étrangers, nous ne le trouverons pas là où on le cherche habituellement. Nous ne savons pas, il est vrai, s’il existe des États qui aient une parenté avec nous et qui ressentent envers nous un amour de parents.. Seuls des intérêts communs peuvent lier entre elles deux ou plusieurs nations. En vertu de ce principe, quel est celui qui possède des intérêts communs avec nous ? Pas la Russie ni l’Autriche assurément, car leur intérêt consiste à nous effacer de la carte et à venir à notre place. Ce sont deux États de proie. Leurs gouvernements pillent et rien de plus... ? »

C'était renier aussi bien la politique progressiste que la russophilie du Métropolite Mihaiïlo. Les vraies amies de la Serbie, pour la Borba, étaient les nations opprimées qui souffraient comme elle, c’est-à-dire les nations slaves. Puis aussitôt après, en premier lieu ({ na prvom mestu ») l'Italie... Hostiles à la politique étrangère telle que la concevait Mihailo, les socialistes l’étaient également à son autoritarisme. Dans leur haine contre le principe d’autorité, ils s’en prenaient d’abord à l’armée. La Borba racontait comment des officiers à Topèider voulaient tailler en morceaux « comme des cornichons » des malheureux qui s’avisaient de parler politique à. Ils dénonçaient aussi cet esprit despotique dans l’Église. L’organe socialiste, un des premiers, engageait une campagne violente contre la direction du Séminaire : c'était surtout au recteur Nikanor qu’il s’en prenait ainsi qu’au « Père Mita », de fâcheuse réputation. (Ce dernier n’était autre que Mita Pavlovié, le futur Métropolite Inoéentije). Les séminaires avaient fondé une association Bratstvo, dans le but de développer leur culture générale et d’étu-

1 Borba, 4 juil. 1882.

2 Ibid., 27 janv. 1882.

8 Borba, 21 mars 1882.

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