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CHOIX D'UN NOUVEAU MÉTROPOLITE

Szegedin. Puis, il revint au Séminaire de Karlovei dont il suivit les classes avec application, mais sans avoir cependant à cette époque l'intention de se consacrer à la vocation ecclésiastique. En 1819, comme le professeur de la deuxième classe de grammaire du Gymnase de Sremski Karlovei donnait sa démission (on lui avait demandé d’être le précepteur du jeune baron de Pozun, Stefan Duka), une intervention du Métropolite Stratimirovié, protecteur du Gymnase, imposa comme remplaçant le jeune Pavle, qui témoigna de rares qualités pédagogiques. On louait surtout sa connaissance de l’allemand et du latin qui était à Karlovci la langue d’enseignement. Le jeune professeur, peu après sa nomination, devait se marier, mais il perdit presque aussitôt sa femme. Il se décida alors, en 1830, à passer en Serbie. Malheureusement, il n’y avait pas encore dans la principauté d'établissement où il pût enseigner. Miloë, qui eut l’occasion de le rencontrer, fut enthousiasmé par la vivacité et la profondeur de son esprit et le fit d’abord nommer secrétaire du Tribunal Suprême, puis se l’attacha définitivement comme secrétaire particulier. Pavle Jovanovié exerçait ces fonctions lorsque Stratimirovié le signala à Miloë comme le candidat tout désigné à la dignité de Métropolite de Belgrade t.

Pavle Jovanovié accepta volontiers l’offre du Knèze, entra dans les ordres et prit le nom d’Église de Petar. 15 jours plus tard, il était nommé archimandrite et envoyé à Constantinople avec une lettre de Miloë, demandant au Patriarche Grégorios de le consacrer comme Arhiepiskop Biogradski. Afin de permettre au nouveau Métropolite de tenir dignement son rang dans la capitale de l’Empire, Milos avait ordonné aux chefs des nahije de recueillir le plus vite possible l’argent provenant de la dimnica et appartenant de droit au Métropolite. Plus que jamais le Knèze s’occupait personnellement des affaires de l’Église, et, sous prétexte d’initier le nouvel élu, il en profitait pour rassembler entre ses mains les affaires ecclésiastiques les plus importantes, celles ayant trait à la discipline — et aux finances des Églises serbes. La lettre adressée par Miloë au chef de l’Église à la veille de son départ pour Constantinople est particulièrement significative : 1l lui recommande tel ou tel prêtre, connaissant par lui-même leur valeur, lui signale les hommes qui pourront lui être utiles, bref se comporte avec lui tout à fait comme avec un subordonné.

« À cette occasion, j'en viens à vous rappeler qu’il est déjà nécessaire que vous vous prépariez à votre voyage à Constantinople et que vous rassembliez l’argent des évêques autant qu'il vous sera

1 Ilié (A.), op. cit., p. 12-14.

possible. Je suis content que vous arriviez à Constantinople alors que notre Avram est encore là-bas 1. Il connaît leurs habitudes, sait le grec et connaît également son maître (le Patriarche). Il sera plus à même de vous aider dans votre œuvre que n'importe quel autre. Je lui écrirai qu’il vous attende. » (PoZarevac, le 25 oct. 1833) ?.

Petar répond avec l'humilité d’un vulgaire chapelain : il s’oceupera avec diligence des personnes recommandées par le Knèze : il s’agit d’un certain Niéifor qui semble jouir de la faveur spéciale du Prince. (C’est un clerc auquel on fait subir un avancement très rapide.) C’est à peine si Petar témoigne une certaine réserve : Jedno o njemu upitati Sojetlost Vaÿu dolazim : smem li mu dopustiti da u crkoi kad kad sluïi liturgiju, ili éete blagovoleti oëekivati, ili traäiti kakvo izvestije od njegovog episkopa (zvorniékog) ®.

Cet effacement volontaire du Métropolite porta très vite ses fruits. Non seulement le Knèze, meis encore tout son entourage, accueillit avec une grande faveur un homme aussi docile. Même à l'étranger, ainsi que nous l’apprend une lettre de Petar à un de ses amis, ancien collègue au Gymnase de Karlovei, Grigorije Lazié, on pensait que Stratimirovié avait fait un choix particulièrement heureux :

«.. Et, bien que je ne sois pas orgueilleux, il m’est agréable que tu m'assures que beaucoup de personnages honorables de Pest aient pris de mes nouvelles et que l’on parle favorablement de moi. Je ne m’en étonne pas. J’aurai toujours une bonne réputation dans les pays où se trouvent de bons amis comme toi et quelques autres. » (Lettre à Grigorije Lazié, Kragujevac, 20 oct. 1836) 4.

1 Il s’agit d’Avram Petronijevié (1791-1852) qui déjà en 1820 avait appartenu à la grande délégation serbe chargée d'obtenir de la Porte la reconnaissance de Miloë.

2) TNCAAS) Eopacit ep ele

3 Jbid.

# Duié s'étonne que Miloÿ ait demandé à Petar d’aller chercher la consécration du Métropolite de Constantinople, étant donné, « qu’en vertu de l’accord de 1832 cette démarche n’était pas nécessaire ». Et il ajoute naïvement : « On ne connaît pas les raisons qui ont déterminé Miloë à envoyer Petar à Constantinople. » (Dutié, op. cit., p. 223). Nous avons vu qu'il était de l’intérêt du Knèze de s’entendre directement avec le Phanar et de ne pas laisser s'établir en Serbie une autorité religieuse qui pourrait lui faire ombrage. A cet égard, son entente avec le Patriarche de Constantinople constitue un véritable marché, que les Phanariotes n'auraient pas renié. C’est ce qu’a très bien vu l’auteur anonyme de la brochure : Le Patriarcat de Constantinople et l'Orthodoxie dans la Turquie d'Europe, publiée à Paris en 1895 :

« Sachant très bien que tout se réduisait presque exclusivement à une question d'argent, et qu'avec de l'argent on parviendrait à résoudre toutes les questions pendantes, le Prince Miloë, en s’adressant au Phanar, joua cartes sur table : il marchanda, et le prix conclu, racheta la Serbie, quoique d’après le firman cela parût à peu près superflu » (p. 33).

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