II. — Le problème de la mission de l’Église
Libéraux et progressistes ne s’affrontaient pas seulement sur la question du rôle du Souverain dans l’Église, mais aussi sur la conception même de cette Église. Pour les libéraux — et pour leur représentant ecclésiastique le plus autorisé, le Métropolite Mihailo, ce qu’on devait entendre par « Église serbe » ce n’était point l’Église du royaume de Serbie, mais tout le peuple orthodoxe serbe ? ; et par cette formule ils entendaient moins le peuple du royaume que celui qui restait irrédimé — hors du royaume. Les libéraux s’étaient difficilement et incomplètement accoutumés au concept d’État. Ce mot évoquait pour eux les douloureux souvenirs de l’oppression musul-
! Un incident assez grave avait éclaté lors de la proclamation du Royaume. L'’évêque de Sabac, Jeronim, avait refusé de célébrer un Te Deum en l'honneur du nouveau roi. Puis, ayant été obligé de se soumettre, il avait marqué sa désapprobation en n’assistant pas au service célébré dans l’église cathédrale de son diocèse. Naturellement, les progressistes s’indignèrent fort de cette rébellion. Le Videlo désignaït à la réprobation du public l’évêque coupable : « Nous avons estimé qu’une telle attitude de l'évêque était déloyale à l'égard du souverain, antipatriotique à l'égard du pays, et condamnable du point de vue de ses devoirs (épiscopaux). I1 ne faut pas admettre cette opposition larvée, souterraine qui ne peut pas être le fait d'hommes d’Eglise, mais seulement de Pharisiens. L’excuse de l’évêque est tout à fait ins uffisante : Jeronim, prétend-il, n’a pas reconnu l’œuvre accomplie par nos mains (c’est-à-dire par les mains des progressistes) dans l’Église serbe ; il ne peut continuer de servir. » Ce ne sont point là raisons valables pour le Videlo qui condamnait à la fois le « pharisaïsme » et le « cléricalisme » de Jeronim (Videlo, 14 mars 1882).
? Srpska Nezavisnost, 13 janv. 1883.