‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 136 sur 197 · LE PROBLÈME DE LA MISSION DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME DE LA MISSION DE L'ÉGLISE

Pays qui avaient connu sa splendeur. Si quelque Église était autorisée à parler en son nom et à se considérer, non comme son héritière, mais comme sa représentante, ce ne pouvait être que la métropolie de Belgrade qui avait toujours fait partie du Patriarcat de Peé. Les libéraux comptaient utiliser au profit de la nation cet instrument d'unité et de liberté que constituait selon eux cet « héritage de Peé ». Certains d’entre eux parlaient parfois de rétablir cet « auguste Patriarcat », mais dans l'intérêt général du peuple serbe, tandis que selon eux le « patriarcat serbe » de Karlovci était une machine de guerre autrichienne. Alors que les progressistes entendaient limiter aux frontières de l’État la sphère d’action de leur Église! et se souciaient fort peu du célèbre principe d’Innocent III: /mperium sine patriarchä non staret, les libéraux voyaient dans l’œcuménicité de l’Église orthodoxe, dans le caractère supra-étatique de l’Église orthodoxe serbe en particulier, un lien puissant qui réunissait les divers tronçons du peuple serbe. Ils apercevaient dans toute extension de l’influence religieuse serbe une extension de l'influence politique du Royaume, et dans cette fraternité des Églises orthodoxes serbes comme la préfiguration de l’État futur. Progressistes et libéraux voulaient les uns et les autres « servir le peuple ». « Tout pour le peuple », disait le Videlo. Mais les libéraux entendaient réaliser cet idéal au moyen de l’Église, les Videlovci au moyen de l’État. Au fond la mentalité libérale était assez proche de la mentalité exarchiste : travailler d’abord à une unité spirituelle, l’unité politique devant en découler. Aussi l’Église orthodoxe serbe, surtout sous le règne de son Métropolite libéral Mihailo, loin d’être hostile aux prétentions exarchistes, ne craignit pas de les encourager. Obsédée par la Bosnie et l’Herzégovine et par « les frères d’outre- Save », elle hvrait, dans son inconscience, la Macédoine aux Bulgares. Et les progressistes avaient beau jeu pour dénoncer ce nationalisme nébuleux, cette religiosité fumeuse qui sacrifiait à un avenir incertain les destins immédiats de l’État serbe.

1 C’est dans le même esprit que les progressistes proposaient le transfert définitif de la capitale serbe tout près de la frontière méridionale à l'instar des Bulgares qui avaient su faire de Sofia un centre d'attraction. C’est ainsi que «les enfants serbes de Pirot allaient à l’école dans la ville bulgare de Caribrod pour y être élevés dans un esprit qui assurément n’était point serbe ». Il fallait laisser les intérêts économiques du pays à Belgrade et transporter à Ni la capitale politique du Royaume. Ainsi, dans le cadre de l’État serbe, la nouvelle capitale représenterait un centre de propagande qui lutterait avec efficacité contre l’Exarcat (cf. Videlo, 11 mai

Page 1