‹ La Serbie et Son ÉgliseChapitre 15 sur 197 · CHOIX D UN NOUVEAU MÉTROPOLITE FER · texte numérisé non relu

CHOIX D UN NOUVEAU MÉTROPOLITE FER

Entouré de la considération générale, Petar se mit en route pour Constantinople où il arriva le 6 décembre 1833. Aussitôt consacré par le Patriarche Constantin, il ne devait pas tarder à être rappelé en Serbie par Miloë. Il est intéressant de lire la lettre écrite à ce moment par le Knèze au Métropolite et en même temps à Avram :

«. Je suis entré le 15 décembre à Belgrade. Le peuple m’a accueilli avec enthousiasme et le soir les maisons étaient illuminées.. Le même jour a été lu le Hatti-chérif, proclamé publiquement à notre peuple et aux Turcs, au Divan chez le Vizir. À 8 heures le Vizir est venu me rendre visite... Etant heureux de passer la fête de Noël avec M. le Métropolite et dans l’espoir que vous aussi (Avram) vous serez présent, je recommande que M. le Métropolite vienne directement à PoZarevac. Resavac vous fournira une voiture et vous pourrez ainsi vous rendre facilement à Kragujevac pour la célébration des fêtes... »1.

Effectivement, Petar arriva à PoZarevac deux jours avant Noël. Il y resta jusqu’à l’Épiphanie, puis repartit pour Belgrade où il ne séjourna que peu de temps avant de partir pour Kragujevac qui était la résidence habituelle du Métropolite. A cette occasion, les Srpske Novine publiaient un article extrêmement élogieux sur Petar, déclarant que : «tant par son intelligence que par sa science théologique et par sa connaissance des langues étrangères, sa bonté de cœur, sa douceur et sa modération, il mérite le choix qui a été fait de lui. Il promet, par ses éminentes qualités, de relever l’Église serbe, de paître le troupeau du Christ dans la dignité et à l'exemple de son chef, d’instruire le clergé serbe, que des conditions de vie misérables et l’absence d’un Métropolite de sa nature ont réduit à un niveau inférieur de culture et de formation. La création d’un Séminaire et d’un Consistoire, la suppression de nominations de prêtres analphabètes ».. tels étaient les buts principaux assignés par le journal serbe au Métropolite ?. En attendant, la popularité de ce dernier ne cessait de grandir : à l’Épiphanie, il recevait les visites non seulement de tout le corps des fonctionnaires en présence à Kragujevac, mais encore de la femille du Knèze, dela Princesse Ljubica, des kneïeviéi Milan et Mihailo, enfin de Jevrem Obrenovié, frère du Knèze. Ses anciens collègues lui écrivaient des lettres émues. Un archiprêtre de Zemun lui envoyait une épître larmoyante pleine d’éloges amphigouriques, et profitait d’ailleurs de l’occasion pour lui recommander un frère cadet, clerc, iz odapna milu Srbiju ljubeti,

1 Ilié (A.), op. cit., p. 14.

2 Srpske Novine, 1°T janvier 1834, n° 1.

kao buduéi sin njezin 1. Jouissant de l’estime universelle et possédant l'entière confiance du Prince, Petar pouvait se mettre au travail pour essayer d'accomplir dans l'Église serbe les réformes dont personne ne contestait l’urgence. La tâche était rude. Avant de se mettre à l’ouvrage le nouveau Métropolite se souvenait de son ancien maître.

RarrortTs pu METROPOLITE PETAR AVEC LE MÉTROPOLITE DE SREMSKI KARLOVCI.

-Les liens qui unissaient le Métropolite de Serbie avec le Chef: de la plus puissante Église serbe hors des frontières de la principauté étaient ceux de l’amitié, puis de la reconnaissance : Petar n’oubliait pas qu’il devait tout à Stratimirovié, d’abord son poste de professeur à Karlovci, enfin sa nomination même au Siège de Belgrade. Il est certain que le sentiment d’avoir contracté une dette de reconnaissance jouera un grand rôle dans les rapports ultérieurs de Petar avec son ancien maître ?. Par ailleurs, le Patriarcat de Constantinople étant loin de lui être continûment favorable et sa nomination même ayant été arrachée au Phanar par un coup habile de la diplomatie de Milos, il avait besoin de trouver hors de Serbie un appui et un conseil : où trouver mieux l’un et l’autre que chez cette célèbre Église qui, pour beaucoup de Serbes, conservait, de préférence à toute autre, le sens des traditions nationales et religieuses du peuple serbe ?

« Dans son activité apostolique, il n’a jamais oublié qu’il était venu de Karlovei ; il n’a jamais perdu de vue Sremski Karlovei dans laquelle il voyait et vénérait la Jérusalem serbe exilée de Peé et sur laquelle il prenait modèle comme sur la Règle de la Foi et la Maîtresse de l’orthodoxie, dans toutes ses coutumes, ses Institutions, ses Règlements et ses ordonnances ecclésiastiques. C’est ainsi qu’il ne put jamais arracher de son cœur sa première patrie où ses yeux avaient été pour la première fois illuminés par les rayons du Soleil. Elle résidait toujours en son âme comme une consolation. Il se tournait vers elle comme vers le plus cher objet de cordiale tendresse et de piété filiale. »%, Il n’y avait cependant pas que des motifs sentimentaux pour pousser le Métropolite de Serbie à se tourner vers Sremski Karlovci. Le manque d’expérience de la nouvelle Église

LT (At) doper p.25:

3 Voir plus loin, p. 118 et sqq.

* Oraison funèbre du Métropolite Petar prononcée par Nikanor Grujié le 26 septembre 1864 (Hriséanski Vesnik, sept. 1888, pp. 682-686, texte citép. 685).

end dé: Lt à hd

FFFTPPIVS PTE

ESRI PTT IE

os

Late, ds té sud lan

La tr de

PONTS PNR PT UV EN, EI a1p À PT MR

RAPPORTS DE PETAR AVEC:SREMSKI KARLOVCI 73

lobligeait à rechercher à l’extérieur les directives qui lui étaient indispensables pour résoudre nombre de problèmes pratiques. Devant Stratimirovié, le Métropolite Petar redevenait souvent le séminariste timide et docile qu’il avait été dans sa jeunesse.

Une lettre de Petar au Métropolite de Karlovei, en date du 5 janvier 1834 et envoyée de Pozarevac, éclaire ces rapports mieux que tout commentaire. Le Métropolite de Belgrade s’exeuse de n’avoir pas écrit immédiatement à son protecteur, mais, dit-il, le temps lui a manqué en raison des fêtes de Noël où il a été obligé d’officier. Il lui rend compte de façon assez pittoresque des céré-

monies qui ont présidé à sa consécration, et ajoute «qu’en ce qui concerne la consécration et le service divin dans l’église patriarcale (de Constantinople) il peut dire sans flatterie qu’on ne peut les rapprocher de ceux que son Éminence accomplit avec son Clergé (à Karlovci). Sauf chez le Patriarche qui suit le culte divin avec dignité et componction, chez les autres, malheureusement, on doit constater la dernière négligence et, tandis que le service se célèbre, l'Église pleine de monde (surtout de Grecs) retentit d’un impudent bavardage »1. Petar se réjouit du fait que par suite d’une décision patriarcale la Métropolie de Belgrade ait monté dans la Hiérarchie orthodoxe : elle se trouve désormais sur un pied d'égalité avec la Métropolie d’'Ephèse. « Le Métropolite de Belgrade, jadis placé au 12e rang, est maintenant placé au second. » Petar, comme il le racontait ensuite, avait fait l’éloge de Stratimirovié devant le Patriarche. Il devait renouveler cet éloge devant le Ministre de Russie à Constantinople, Butunjev. Celui-ci lui ayant demandé quelle était sa formation (universitaire), il en avait profité pour rendre un hommage fervent à son ancien maître. Butunjev lui avait répondu : « Je me réjouis de ce que Son Altesse le Knjaz Miloë ait fait un choix aussi heureux, en désignant un homme cultivé et le disciple d’un pasteur spirituel aussi insigne dont les services en faveur de sa nation et de sa foi sont connus dans le monde entier. Je ne manquerai pas, dès mon retour en Russie, d'informer à ce sujet mon Souverain et je suis persuadé que cette nouvelle lui sera agréable. » Le diplomate avait même baisé la main du prélat, attention à laquelle celui-ci s’était montré fort sensible. La réponse du Métropolite Stratimirovié à son ancien élève est très affectueuse, mais on sent percer le pédagogue : il s’enquiert en effet de la langue dans laquelle ont pu converser le Patriarche et Petar, «ignorant si le Métropolite de Constantinople parlait serbe ou bulgare », si Petar parlait couramment latin ou allemand, et s’il y avait suffisamment d’interprètes à Constanti-

1 Ilié (A.), op. cit., p. 26-30.

nople pour les langues slaves ! Petite enquête qui peint bien l’esprit curieux de Stratimirovié.

Peu après, le 22 janvier 1834, une lettre du secrétaire du Métropolite de Karlovci, Marko Lazarevié, mentionnait la liste des livres religieux que Petar lui avait commandés. Il envoyait également à Belgrade un ouvrage en latin traitant de l’organisation des pouvoirs civils dans la Métropolie de Karlovei. Enfin, au nom de son « maître spirituel », le Métropolite de Karlovei, il recommandait au chef de l'Église Se de veiller au développement de la culture en Serbie en créant le plus grand nombre possible d’écoles : u svakom mestu gdje cerkov i parohija jest, toi $kola da budet?.« Dans chaque endroit où il y a une église et une paroisse, il doit y avoir aussi une école. » Cette maxime, qui était celle de l’Église de Karlovei, devait dorénavant être ie de l’Église serbe.

C’est assurément dans le domaine scolaire que l'influence de Sremski Karlovei sur l’Église de Petar s’est révélée la plus bienfaisante.

Page 1